Affichage des articles dont le libellé est Céret. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Céret. Afficher tous les articles

mercredi 7 juin 2017

Mort d'un torero à Céret en 1884

Le quotidien du Roussillon du 1er mars 1884 nous informe brièvement de la mort dramatique d'un torero dans les arènes de Céret.

Mort d'un toréador : Le 24 février, un toréador surnommé le Gavatj a été tué par le taureau dans une course qui avait lieu à Céret. Le Gavatj était un des amateurs qui réussissaient le plus souvent à gagner la prime de 20fr. en enlevant la cocarde du taureau emboulé, dans les arènes de Perpignan. Il est mort deux jours après l'accident qui lui était survenu, et au milieu d'atroces souffrances.

De la même manière, le bi-hebdomadaire Le Canigou dans son numéro double du mercredi 27 février / samedi 1er mars 1884 nous donne sa version des faits avec quelques variantes.

La course de taureaux qui a eu lieu dimanche dernier à Céret a été le théâtre d'un drame horrible. Le toréador Gabatj (mot dont les Espagnols se servent pour désigner ironiquement un Français) a été presque empalé par un coup de corne qui lui est entré dans le corps à 25 centimètres de profondeur.
Ce malheureux toréador est mort mercredi après trois jours de souffrances atroces.


On peut donc déduire d'après cet article que le pauvre toréador a donc été empalé le dimanche 24  et est mort le mercredi le 27 février 1884.

L'hebdomadaire perpignanais Al Galliner du 9 mars 1884 revient sur cette affaire en donnant plus de détails sur la vie de ce torero, dont on ne saura par ailleurs que le surnom de Gavatj ou Gavach, mais jamais le nom véritable.  Bien qu'encore jeune, ce n'était pas un novice, ayant débuté très  tôt, mais l'embonpoint qu'il aurait développé au cours des années semble avoir causé sa perte. L'événement est d'autant plus tragique que ce torero devait se marier le lendemain. Le journaliste en profite aussi pour répondre aux détracteurs des courses de taureaux.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


La mort d'un torero

Le jeune torero qui vient de mourir à la corrida de Céret était né à Fitou, département de l'Aude. Il fut nourri à Arles-sur-Tech, où on lui donna le surnom de gavach, qualificatif par lequel (comme le fait justement remarquer Le Républicain) les catalans du Roussillon et d'Espagne désignent les Languedociens. Fixé dans la capitale du Vallespir, il reçut de son père nourricier les premières leçons de tauromachie ; la témérité du maître devait déteindre sur l'élève.

Nous avons vu le gavach, il y a quelques années, aux courses de St-Laurent-de-Cerdans, il était alors maigre, nerveux, d'une agilité extraordinaire, bondissant autour du taureau sans la moindre capa pour se protéger, enlevant les cocardes. L'audace qu'il déploya ce jour-là, montra aux nombreux aficionados que le jeune torero périrait de son imprudence.

Modeste autant que courageux, il dédaignait les fanfaronnades auxquelles nous ont habitué les toréadors-acrobates nîmois et en particulier le fameux Pouly. Il pratiquait et connaissait l'art de la tauromachie et non les exercices de cirque.

Nous l'avons revu plus tard aux courses de Perpignan, mais l'embonpoint lui avait enlevé la plupart de ses facultés, il avait de la peine à gagner rapidement la barrera, plus encore à la franchir. Grâce à son courage, il enlevait néanmoins les cocardes ; comme banderillero c'était un homme fini, la première des qualités étant de présenter une superficie aussi faible que possible aux cornes du taureau. C'est en posant des banderillas que le malheureux a trouvé la mort.

Son mariage devait être célébré le lendemain; en vain sa fiancée agitée par un sombre pressentiment l'avait-elle suppliée de ne point descendre dans l'arène ; il jura que c'était la dernière fois et voulut en offrant les cocardes à son estimada lui donner en présence de la foule une preuve éclatante d'affection. Encore une fois les pressentiments se réalisèrent, le torero fut tué presque au début de la course.

A cette nouvelle les journaux de Paris et du Nord ont poussé des cris de paon. Qu'on défende les courses de taureaux et toute la rengaine connue. Ah bien oui, si l'on veut prohiber ce genre de spectacle que l'on prenne une mesure semblable pour les courses de chevaux, les régates et l'entrée des dompteurs dans les cages de bêtes fauves.

Parce qu'il est de bon goût, parce que la haute futaie affectionne les courses de chevaux, on ne prête qu'une légère attention aux nombreux jockeys qui chaque année s'estropient, se tuent au saut des obstacles et des rivières. C'est très chic, très v'lan, cela suffit.

Quoi de plus barbare et de plus digne des Romains de la décadence que le spectacle d'un homme qui chaque soir s'expose à être dévoré par une bête féroce ? Il est là sans défense, sans moyen de fuite en présence d'un public sans enthousiasme et glacé d'horreur. - Aux courses de taureaux, l'homme peut fuir et peut-être dégagé par ceux qui composent la cuadrilla, des milliers de personnes assistent aux triomphe du torero, le danger est en quelque sorte atténué par la beauté, la grandeur du spectacle.
On peut reprocher aux courses espagnoles le massacre des chevaux, mais telles qu'elles se pratiquent en Roussillon les courses n'offrent rien qui puissent justifier les réclamations d'une minime partie de la presse. Et d'ailleurs si l'on peut prouver que la mort d'un torero est chose excessivement rare, en est-il ainsi des dompteurs ?

Ces derniers finissent toujours par être dévorés et l'on connait bien des toreros en renom qui jouissent maintenant de la fortune acquise pendant leur jeunesse. La proportion est de cinq à un, nous n'inventons rien.
Si l'on veut donc défendre les courses de taureaux, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures, que l'on fasse table rase du coup.

Un aficionado

Note 1 : Le journaliste d'Al Galliner se plaint dans son article des réactions  de la presse nationale suite à cet accident, bien que j'avoue avoir cherché et n'avoir rien trouvé dans les divers journaux à grand tirage de cette époque (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a rien).

Note 2 : Il s'agit bien ici de courses de taureaux, puisque qu'à Céret la première corrida à l'espagnole avec mise à mort n'aura lieu qu'en 1894, soit dix ans plus tard.

Sources :
* Le Roussillon du 1er mars [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
* Le Canigou du 27 février / 1er mars 1884 [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
* Al Galliner du 9 mars 1884 [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
Photo : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

samedi 29 octobre 2016

Ambiance au théâtre de Céret en 1884

Des acteurs au niveau et des spectateurs enthousiastes


Le journal Al Galliner est un ancien hebdomadaire paraissant jadis à Perpignan dans les années 1880. Son objet principal était constitué de chroniques sans aucune pitié des principaux spectacles de la ville, en majorité les pièces de théâtre ou les opéras présentés au théâtre municipal. C'était aussi une tribune féroce (et souvent drôle) envers la politique culturelle de la municipalité et parfois envers les artistes eux-mêmes. Enfin, le journal se plaisait également à rapporter les bruits de couloir, les rumeurs du moment ou toute autre histoire insolite alors objet de discussion dans le milieu perpignanais, souvent en en faisant des récits amusants.

Mais Al Galliner ne se cantonnait pas toujours exclusivement à Perpignan, ainsi que le prouve son numéro du 10 février 1884, dans lequel nous est décrite avec enthousiasme l'ambiance au théâtre de Céret, à tel point que l'on aurait presque l'impression d'y être !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Al Galliner partout


Théâtre de Céret. - Car à Céret il y a un théâtre. Ne vous attendez pas, si vous y allez, à vous trouver dans une salle luxueuse ou seulement confortable, ni loges ni fauteuils mais des chaises et des planches. Une grande cave débarrassée de ses tonneaux, au fond de laquelle on a dressé une scène ; quelques vieux décors, un rideau très défraîchi représentant un paysage, tel est ce théâtre. Ah ! j'oubliais, le directeur craignant un auditoire turbulent a eu soin de faire peindre sur le mur : Il est défendu de crier. Mais un Cérétois né malin a gratté une lettre du dernier mot si bien qu'il est maintenant dangereux de lire à haute voix la dite inscription.

Mais quelle foule, grand Dieu ! Il ne faudrait pas songer à trouver place une demi-heure avant le lever du rideau. Bien plus, les personnes ayant des places réservées ont toutes les peines du monde à traverser la cohue des gens qui se pressent contre les murs.

Dimanche dernier on donnait la première représentation de Lazare le Pâtre. Les rôles ont été fort biens tenus ma foi ! dans ce drame si émouvant et de longue haleine. - Le Pâtre Salviati a très vivement impressionné le public, Come de Médicis a été imposant de sagesse et de dignité dans ses jugements. Très bonne la duchesse de Médicis.

En somme, la troupe a été écrasée sous les applaudissements du public et la collecte faite par Mme Allau a du être, croyons-nous, très fructueuse.

Nous avons remarqué dans la salle l'élite de la société de Céret.

M. Roussel ne peut manquer de faire recette tous les jours de spectacle, mais nous lui recommandons de veiller à ne pas laisser entrer plus de monde que la salle ne peut en contenir, il pourrait lui arriver quelque désagrément.

Un passant.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Illustration de H. Taxardo en 1840 pour l'Acte III scène XI de Lazare le Pâtre

Une salle de spectacle à Céret...


De nos jours et depuis plusieurs décennies déjà, Céret dispose d'une véritable salle de spectacles : la Salle de l'Union (reconstruite récemment). En 1884, il fallait se contenter d'une cave à vin, d'une scène rudimentaire, et de chaises et de bancs. Mais ni la motivation des acteurs ni celle du public ne faisaient défaut, c'est le principal, et la petite ville de Céret (3800 habitants à l'époque) pouvait ainsi elle aussi avoir sa saison théâtrale.

...pour les Cérétois ou les Cérétans ?


On remarque que le journaliste qualifie les habitants de Cérétois, alors qu'aujourd'hui (et depuis longtemps déjà) c'est le terme de Cérétan qui est utilisé. Le Dictionnaire géographique et administratif de la France de Paul Joanne, paru à la fin du XIXème siècle et qui donne les gentilés pour toutes les communes de France, indique que l'on dit Cérétois, tout en précisant que localement on préfère l'usage de Cérétenc et Cérétenque (de la même manière que l'on qualifie encore par exemple les habitants de Banyuls, les Banyulencs), forme elle aussi désormais tombée en désuétude.

Un mot sur le spectacle


La pièce représentée ce jour là est Lazare le Pâtre. Jouée pour la première fois à Paris en 1840, ce n'est donc pas une nouveauté, mais une pièce à succès de Joseph Bouchardy (1810-1870), auteur de nombreuses pièces très populaires (et souvent longues), aux intrigues passablement compliquées et pleines de rebondissements.
Lazare le Pâtre est une pièce en quatre Actes avec Prologue et l'histoire se passe près de Florence, en Italie, vers 1440. L'image ci-dessous montre la liste des personnages telle que publiée en 1840.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les personnages de Lazare le Pâtre


Sources
Al Galliner  du 10 février 1884 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
Paul Joanne (dir.), Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies, Hachette, 1890-1905 [domaine public] via Gallica (article sur Céret)

Photos : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]
Illustration pour l'Acte III scène XI : H. Taxardo [domaine public]

Retrouvez ici tous les articles de ce blog concernant Céret.


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

dimanche 20 mars 2016

Fièvre de la cerise à Céret en 1943

La cerise de Céret en temps de guerre

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

On peut lire dans Le Journal (Paris) du 2 juin 1943 un intéressant article de Louis Walter à propos de la célèbre cerise de Céret, première de la saison en France depuis au moins 1922. L'auteur de l'article s'est attaché à décrire tout le circuit de production, depuis la disposition des arbres, favorable aux voyageurs en train arrivant en gare de Céret, en passant par le tri des cerises effectué par les jeunes Cérétanes, qualifiées de « plus jolies femmes du Roussillon », et jusqu'à leur expédition vers Perpignan et toute la France. Mais en 1943 la guerre n'est pas finie et la population, tributaire des cartes d'alimentation, est aussi rationnée... pour les cerises.



Fièvre à Céret

capitale des cerises

...d'où sont expédiées chaque jour
vingt-cinq mille kilos de fruits
à travers toute la France


CERET, 1er juin.- La récolte des cerises touche à sa fin.Déjà, direz-vous ? C'est que « la » cerise de Céret est la première cerise de France, en date et en saveur. Elle mûrit de bonne heure. Alors que les brumes et les froids de l'hiver finissant ou du printemps qui ne se montre pas encore sévissent à Lyon et au-dessus de la Loire, les dépêches des journalistes perpignanais signalent la récolte des premières cerises de Céret.

Tous les ans, lors des processions de la Semaine Sainte, c'est le grand Christ de bois qui reçoit l'hommage de ces primeurs.

Au printemps, toute la région de Céret, qui porte le doux nom de Vallespir, se couvre de blancheurs. Ce sont les cerisiers qui sont en fleurs. Ils apparaissent dès que vous quittez la station thermale du Boulou et que vous dévalez vers la petite sous-préfecture, à travers les vignobles de Saint-Jean-Pla-de-Corts. Tous les contreforts des montagnes de l'Albère sont blancs. Les toits rouges de Céret tranchent seuls sur cette symphonie virginale dans laquelle se confond même la blanche plazza de toros.

Le long de la voie ferrée, les cerisiers font la haie. Lorsqu'un train circulait sur ces rails aujourd'hui inutiles, les voyageurs pouvaient cueillir des cerises sans quitter leur compartiment. Les cerisiers sont partout. Ils détachent leurs tendres silhouettes sur le lit du Tech, sous l'arche émouvante du Pont du Diable et dans les prés d'herbe grasse et mouillée de la route de Maureillas.

Cette année, la récolte a été inférieure d'un tiers à celle de l'an dernier. Mais, en compensation, la qualité a été supérieure. Toutefois, ne vous alarmez pas : malgré cette diminution, il y a déjà presque un mois que Céret expédie chaque jour vingt cinq mille kilos de cerises.

Cela en représente des échelles dressées sous les arbres et des bras levés pour détacher les bouquets de fruits et des corbeilles pleines portées par des processions de jeunes filles, ces Catalanes de Céret, les plus jolies femmes du Roussillon.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le marché aux cerises de Céret à la fin des années 1920


Dans toutes les rues de Céret, on trie, on classe, on choisit. Les cerises sont en tas d'abord. Puis elle prennent place sous les doigts agiles des Cérétanes, dans des caissettes où elles s'alignent comme des confiseries de luxe, des bonbons rouges si luisants qu'on les dirait caramélisés. Ou bien, on emplit des cageots, des cagettes, des billots, formant, devant les magasins, d'impressionnantes fortifications. Et tout cela part, dans le tumulte des gazogènes, les éternuements des moteurs réticents, l'odeur néfaste du charbon et les grands cris des expéditeurs en chemise à manches courtes et en espadrilles, montant en pleine marche sur les camions sous le grand coup d'un soleil déjà estival.

A Perpignan-Ville, les cerises ont fait quelques apparitions sur le marché. Chacun en aurait voulu. Mais à un kilo de cerises par titulaire de carte d'alimentation, il aurait fallu cent tonnes par jour. Comme les répartiteurs doivent alimenter non seulement Perpignan, mais le reste des départements français, la capitale du Roussillon n'a pas été plus favorisée que Narbonne, Toulouse ou Lyon.

A Céret, le producteur a vendu ses cerises jusqu'au 10 mai à 15 francs le kilo. Du 10 au 15 mai, les cours ont été abaissés à 9 fr. 50. Aujourd'hui, on ne cueille plus que la cerise « Napoléon ». Malgré ce nom prometteur, il ne s'agit que du bigarreau blanc, qui se mélange avec les cerises ordinaires. Le tout est taxé à la production à 5 francs le kilo. Les agriculteurs cérétans, en raison de la modicité de leur récolte, estiment que ces prix n'ont pas été assez rémunérateurs. Ils doivent avoir raison. Mais le consommateur qui a payé, au détail, les cerises à 22 francs, 20 francs et 12 fr. 50 (dans les Pyrénées-Orientales), considère que c'est suffisant (pour lui). C'est une question de point de vue.


Louis Walter

Note sur l'auteur : Louis Walter a été un journaliste de L'Indépendant et effectue donc le reportage pour ce journal parisien. Il semble avoir été prisonnier de guerre en Allemagne (mais rapidement libéré) et reçoit le Prix de l'Académie (1000 francs) en 1944 pour son ouvrage Ceux des Stalags. Derrière les barbelés.

Source : Le Journal (Paris) du 2 juin 1943 (via Gallica) [domaine public]
Info Louis Walter : Ego 39-45
Photo : Bandeau issu du journal [domaine public]
Carte postale : Editions Cim (fin années 20) [domaine public]

Retrouvez ici tous les articles en rapport avec la cerise de Céret.



Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

mardi 24 novembre 2015

Au programme au cinéma de Céret en novembre 1930

Aventures et romance au cinéma de Céret en 1930

On peut lire dans le journal La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 le programme du cinéma à Céret, dans la salle municipale et au cinéma Le Cérétan pour les séances de samedi et dimanche. Peut-être certains cérétans, aujourd'hui très âgés, se souviennent-ils avoir vu ces films ? Voyons ce qu'il en est de ce programme.


Des aventures en Sibérie...


Le premier film annoncé est « Michel Strogoff », interprété par les célèbres artistes Yvan Mosjoukine et Nathalie Kovenko. Michel Strogoff est avant tout un célèbre roman d'aventures de Jules Verne publié en 1876. L'histoire se déroule en Russie  et raconte l'histoire d'un messager du Tsar chargé de porter un message au frère de celui-ci afin de le prévenir d'un complot visant à permettre l'invasion de la Sibérie par des hordes tartares. Son chemin est bien sûr parsemé d'embûches, il se fait notamment brûler les yeux, mais il rencontrera aussi l'amour, avec la belle Nadia.

Parmi les acteurs du film, Nathalie Kovanko (Nadia)

Le film diffusé à Céret en 1930  est un film muet de 1926, réalisé par le cinéaste russe Victor Tourjansky (1891-1976), émigré après 1917 en France, puis plus tard aux États-Unis et enfin en Italie. L'article de presse précise qu'il s'agit de la deuxième partie du film diffusée ce jour-là à Céret, car la totalité de ce long-métrage dure tout de même 2 heures et 48 minutes !

L'acteur principal est Ivan Mosjoukine (1889-1939), émigré russe en France, et une des plus grandes vedettes du cinéma muet de l'époque ayant déjà joué dans plus d'une centaine de films. Son fort accent russe l'empêchera de faire carrière dans le parlant, ce qui lui vaudra alors de mourir seul et dans la misère.

Ivan Mosjoukine (Michel Strogoff)
est dans une mauvaise passe...

La belle Nadia est l'actrice ukrainienne Nathalie (Natalia) Kovenko (1899-1967). Elle est à l'époque la compagne de Victor Tourjansky et participe à la plupart de ses films. Lorsqu'il la délaisse au début des années 30 pour l'actrice française Simone Simon, elle rentre dans son pays et arrête le cinéma.

Ce film  de 1926 n'a pas été tourné en Sibérie, mais à Boulogne-Billancourt pour les scènes d'intérieur, puis en Lettonie dans des paysages similaires aux grandes steppes, avec le concours de plusieurs milliers de figurants de l'armé lettone elle-même pour les scènes de batailles, et enfin en Norvège. Dépaysement garanti pour nos spectateurs du Vallespir !
Etrangement, Victor Tourjansky réalisera en 1961 une autre adaptation de ce roman, Le Triomphe de Michel Strogoff, mais cette fois-ci en version sonore et en italien !

On peut voir ci-dessous un extrait du film.



...et une histoire romantique de vengeance.


Le deuxième film annoncé est « Souvent est pris », délicieuse comédie interprétée par Monte Blue et Dorothy Devore. Il s'agit d'un film muet américain de 1926 connu sous un autre titre, « La double mort du capitaine Frazer », à l'origine « The Man Upstairs ». Le réalisateur en est Roy Del Ruth (1895-1961), encore à ses débuts à l'époque mais qui deviendra le deuxième réalisateur le mieux payé d'Hollywood dans les années 30.

Le film « Souvent est pris » a été perdu depuis, et l'on sait seulement qu'il était constitué de 7 bobines. L'histoire est celle d'un homme, Geoffrey, cherchant à obtenir un rendez-vous d'une femme, Marion, via une petite annonce. Lui ayant fait une blague, celle-ci décide de se venger en se faisant passer pour morte et en l'accusant d'être l'auteur du crime. Après quelques péripéties et l'avoir sorti de prison, elle finit par lui accorder le rendez-vous demandé.

Monte Blue en 1924

Le rôle de Geoffrey est interprété par Monte Blue (1887-1963). Après avoir commencé comme cascadeur, il se fait une réputation comme acteur de film romantiques et est un des rares acteurs à avoir survécu à la révolution du cinéma sonore.

Le rôle de Marion est interprété par Dorothy Devore (1889-1976). Véritable vedette durant les années 20 dans de nombreux films de comédie, elle arrête sa carrière au moment du passage au parlant.

Dorothy Devore en 1925

En France, le cinéma muet vit en 1930 ses dernières heures, puisque le premier long métrage sonore français est tourné cette année-là, mais la plupart des salles de cinéma ne sont pas encore équipées à cet effet, lui assurant ainsi un sursis momentané.

Il y a encore un cinéma à Céret de nos jours qui diffuse un à deux films par semaine.

Le cinéma de Céret  de nos jours

Sources :
La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan, domaine public]
Articles Wikipédia des sujets concernés (cf. liens).
Informations sur The Man Upstairs : Catalogue du American Film Institute.

Illustrations :
Photos du film Michel Strogoff : La Petite Illustration cinématographique du 7 août 1926 [domaine public]
Photo de Monte Blue : Photoplay Publishing Company [domaine public]
Photo de Dorothy Devore : Auteur inconnu, photo promotionnelle de 1925 [domaine public]
Photo du cinéma : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]

Les autres articles sur Céret sont à relire ici.

Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner en bas à droite de cette page
dans la section Membres.
Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !


lundi 1 juin 2015

Culture du cerisier dans les Pyrénées-Orientales en 1938

Un cerisier à Maureillas en 1938
Ce week-end du 30 et 31 mai a eu lieu à Céret la fête de la cerise. Nous avons pu déjà voir dans des précédents articles que, bien que sans doute ancienne, la culture de la cerise y est très longtemps restée totalement anecdotique puisqu'à la fin du XIXème siècle Céret est universellement renommée pour ses noisettes et que l'on ne commence à parler de la cerise de Céret dans la presse nationale qu'à partir de 1926, avant que ne démarre en 1932 la tradition d'envoyer une caisse de cerises au président de la République, opération publicitaire efficace et qui prouve alors la précocité de la cerise de Céret parmi les cerises françaises.

Le succès de la cerise de Céret à partir des années 20 a incité les producteurs fruitiers a planter des arbres en grande quantité, tout en provoquant l'émergence de nouvelles variétés, non plus pour la consommation locale mais plus aptes au transport et pour le commerce national. Je propose donc dans cet article de commencer à faire le point sur cette révolution de la cerise dans les Pyrénées-Orientales vingt ans après, soit en 1938, à travers le constat dressé par les ingénieurs agricoles Peyrière, Basset et Clave dans Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales.

En 1938, la cerise est cultivée dans tout le département sauf dans le canton de Mont-Louis. Quatre communes cependant concentrent la moitié de la production : Céret, Maureillas, Reynès et Llauro. On compte 90 000 cerisiers à travers tout le département produisant en moyenne 24 000 quintaux par an. La région de Céret en particulier est passée de 20 000 à 30 000 cerisiers de 1920 à 1937 et produit alors 15 000 quintaux, soit plus de 60% de la production départementale. Voyons quels sont les cantons concentrant le plus grand nombre de cerisiers en 1938 :

Canton de Céret : 45 000
Canton de Prades : 7 200
Canton de Thuir : 6 400
Canton d'Argelès-sur-Mer : 5 250
Canton d'Arles-sur-Tech : 2 200
Canton de Saint-Paul-de-Fenouillet : 2 000
Canton de Latour-de-France : 2 000

La position dominante du canton de Céret est incontestable, mais on peut voir que d'autres régions telles que les cantons de Prades (avec la commune de Clara) ou de Thuir (avec Llauro) ont également une production honorable. Le podium de tête des communes aux plus grand nombre de cerisiers sont les suivantes, toutes dans le canton de Céret :

Céret : 25 000
Maureillas : 7 000
Reynès : 5 500

Les auteurs précisent qu'à l'époque les cerisiers n'existent sous forme de plantation quasiment que dans la région de Céret. Partout ailleurs dans le département, ils sont soit isolés, soit en petits groupes en bordure des champs, des vignes ou des prairies.
En ce qui concerne les plantations, les jeunes arbres sont tous issus des pépiniéristes locaux et plantés à 7 ou 8 mètres les uns des autres. Sitôt plantés, ils sont rabattus à une hauteur entre 1,30 et 1,50 mètre. Ensuite, quelques-uns les taillent en gobelet durant les premières années, la plupart laissent l'arbre livré à lui-même. Le seul traitement appliqué est une bouillie bordelaise à 2%, pulvérisée en hiver. Le rendement moyen est de 70 kg de cerises par arbre. En 1937, un arboriculteur de la région obtient toutefois un rendement de 150 kg sur une cinquantaine de ses cerisiers.

Note : Un quintal métrique équivaut à 100 kg. La région de Céret produit donc à l'époque 1 500 tonnes de cerises pour 30 000 arbres (dont 1 250 tonnes rien que pour Céret même), ce qui correspond plutôt à un rendement moyen de 50 kg par arbre. On est encore loin des quantités produites dans les années 70, mais c'est en fait le niveau auquel on est revenu de nos jours.

Note 2 : Un film documentaire sur l'histoire de la cerise à Céret vient de sortir ces jours-ci. Il s'agit de Céret, des cerises et des hommes, de Claire et Gérard Ebele. Plus d'infos ici.

Nous verrons dans un article suivant les variétés cultivées à l'époque.

Source et photo :
* Peyrière, Basset et Clave, Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales, 1938 (domaine public ?)




Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

lundi 8 décembre 2014

Création d'un club démocratique à Céret en 1848

L'année 1848 constitue une période agitée de l'histoire de France puisqu'une révolution met fin à la Monarchie de Juillet (1830-1848) et met en place la Deuxième république dès le mois de février.
Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République en décembre 1848. A Céret, les républicains s'organisent. Le document retranscrit ci-dessous ne précise pas quand en 1848 il a été publié. Toutefois, on se doute que cette année-là, la République est encore fragile et ses partisans cérétans éprouvent donc le besoin de se compter et de s'affirmer. Ils proposent donc la création d'un club républicain.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

République française

Liberté, égalité, fraternité



Habitans de Ceret, nos Concitoyens, nos Frères,

Un Club vient de s'organiser. Son principal but est la propagation des principes démocratiques tels que les entendent et les pratiquent les hommes sages et vertueux.
Liberté pour tous, Égalité entre tous, Fraternité la plus cordiale. - Voilà ce que veulent les fondateurs de ce Club, c'est vous dire qu'ils n'excluent aucun de leurs frères et que tous seront reçus à bras ouverts.

Venez donc à nous, vous tous qui voulez la République dans toute sa pureté, qui voulez l'ordre dans la liberté, le respect des personnes et des propriétés, venez à nous, apportez à l'œuvre commun votre concours, associez-vous à vos concitoyens qui vous appellent de leurs vœux et bientôt cette cité donnera l'exemple d'une seule famille marchant droit et ferme à la conservation des droits de l'homme inscrits en caractères ineffaçables en tête de nos constitutions.

VIVE LA RÉPUBLIQUE !

[Perpignan, de l'imprimerie de Mlle A. Tastu .- 1848]

Notons qu'il y aura au moins deux clubs de la sorte à Céret. Tous deux seront interdits par les autorités à partir de 1851, peu avant le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851 et qui fera de lui un empereur un an plus tard.

Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret.

Sources :
Document : Gallica [domaine public]
Précisions Céret : Pierre Cantaloube, Céret et les ponts du Tech, Saint-Estève (Pyrénées-Orientales), Les Presses Littéraires, coll. « Le Tech et ses franchissements »,‎ 2004, ISBN 2350730093
Photo : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]



Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

dimanche 24 août 2014

Premières cerises de Céret et d'ailleurs

Depuis quand les cerises de Céret
sont-elles les premières de France ?

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Marchande de bouquets de cerises à Paris en 1815
Céret est de nos jours réputée pour ses premières cerises, envoyées au Président de la République depuis au moins 1932, ainsi que nous avons pu le voir précédemment. Mais il n'en a pas toujours été de la sorte et j'ai voulu essayer de savoir un peu plus précisément quand a commencé la renommée de la cerise cérétane.

Bien que le merisier ou cerisier sauvage ait toujours été présent en Europe, il faut attendre les Romains pour que ceux-ci ramènent la cerise que nous connaissons d'Asie mineure et qu'elle se développe en Europe à partir du haut Moyen Âge. Difficile donc de dire de quand date l'apparition de la cerise à Céret. Peut-être la cerise y est-elle cultivée depuis très longtemps, toutefois la production semble être restée limitée à la consommation locale jusqu'au début du vingtième siècle. En 1898, le Bulletin trimestriel du Syndicat d'initiative du Roussillon nous rappelle que la production de Céret est réputée, mais pas pour ses cerises :

Les flancs des montagnes qui avoisinent Céret sont couverts de noisetiers qui produisent des fruits universellement renommés.

Sortons donc un moment du cadre strictement départemental et essayons de savoir d'où venaient les cerises que l'on consommaient jadis à la capitale et comment elles étaient transportées. Voyons les compte-rendus de la presse à travers le temps.

Le Magasin pittoresque, 1854

A mesure que se complète le réseau de chemins de fer aboutissant à la capitale, les départements du centre et du midi se mettent en mesure de profiter des avantages résultant de ces voies de communication. De vastes vergers récemment plantés livreront dans un avenir prochain des quantités importantes de toutes sortes de fruits à la consommation parisienne. Parmi ces fruits, les cerises, guignes, bigarreaux, ne pourront arriver en bon état à leur destination que dans des paniers soigneusement bagués.
Les cerises des départements du Midi se vendent à Paris à des prix fabuleux, à l'époque où le rayon de Paris n'en a pas encore à envoyer au marché ; on en jugera par le calcul suivant. Un kilogramme de cerises est vendu, rendu à Paris, 2 francs, dans la seconde quinzaine de mai. Des revendeurs achètent ces premières cerises pour en garnir des bâtons ornés de feuilles de muguet pliées ; chaque bâton porte six cerises, du poids moyen de 3 grammes et un tiers. On peut donc faire, avec un kilogramme de cerises, cinquante bâtons vendus 10 centimes la pièce. Ainsi, d'un kilogramme de cerises, la revendeuse retire, par la vente des bâtons de cerises, 5 francs dont il faut déduire le prix très-minime des bâtons et des feuilles de muguet.

La Semaine des familles (Paris), 6 juillet 1861

Grâce aux chemins de fer, le rayon d'approvisionnement de Paris s'est singulièrement augmenté, et cependant, par un phénomène que je n'ai vu expliqué nulle part, il n'y a pas une réduction sensible dans les objets de consommation. Les premières cerises nous sont arrivées des départements du Midi, ; les vergers de Paris ont commencé depuis la mi-juin à envoyer leur contingent à la halle. Le Midi, surtout les départements de l'Allier et du Puy-de-Dôme, dont les cerises sont finies, commence en ce moment l'envoi de ses abricots qu'il cueille un peu avant maturité. On les emballe avec soin dans des boîtes plates où ils achèvent de murir avant d'être livrés à la consommation.

La Semaine des familles (Paris), 1er juin 1878

(...) les premières cerises ont fait leur apparition sur les marchés (....)
(...) aller explorer les riantes régions où le joli fruit [la cerise] mûrit sur les côteaux de Montmorency.

L'Agriculture nouvelle, mars 1897

Les toutes premières cerises s'expédient par [24] ou 30 environ dans les caissettes déjà employées pour les premières fraises ; elles sont appuyées chacune sur une feuille de hêtre, en  dessus d'un lit de mousse humide.

Le Populaire (Paris), 19 mars 1922

Le temps des cerises

Une branche de douze cerises, provenant des forceries des environs de Paris, a été vendue à la criée du pavillon des fruits aux Halles, 130 francs, soit à raison de 12fr.50 la cerise.
L'an dernier, les premières cerises de même provenance avaient été payées 17fr50 la pièce.

On sait qu'il y a en 1920 dans la région de Céret déjà 20 000 cerisiers, ce qui n'est pas rien. Il est donc nécessaire que la filière s'organise et le premier marché de gros de Céret pour les fruits (cerises, abricots, etc.) a lieu en 1922. Mais toujours aucune mention dans la presse nationale. Il faut attendre 1926 pour que l'on parle de la précocité de la cerise de Céret.

L'Ouest-Éclair (Éd. de Caen), 13 avril 1926

Voici les cerises

Paris, 11 avril .- Déjà les premières cerises ont fait leur apparition aux Halles centrales ; la saison est précoce : l'an dernier le premier arrivage avait eu lieu le 9 mai. Hier on a vendu au cours de 8 à 15 francs la caissette de cerises de Céret de 600 à 900 grammes, soit 16 francs 70 environ le kilo. Pour des primeurs, le prix n'est pas exagéré. Oui, mais le pain augmente toujours.

En 1932, coup d'éclat de l'envoi par avion des premières cerises de Céret au Président de la République.
Par la suite, la production de la cerise se développe, atteignant déjà 1500 tonnes en 1937 rien que pour la région de Céret (on ira jusqu'à 5000 tonnes dans les années 70) et, douze ans plus tard, la réputation de la cerise de Céret semble bien établie.

La Voix du combattant du 7 mai 1938

Les premières cerises ont fait ces jours derniers leur apparition dans la région privilégiée de Céret, où elles murissent traditionnellement avec les fêtes de Pâques, de même que les fraises ornent maintenant de leur rouge vermeil les devantures des fruitiers.

Sources :
* Articles : Gallica (cf. liens)
* Chiffres :  Peyrière, Basset et Clave, Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales, 1938
* Chiffre 1970 : Office de tourime de Céret

Illustration :
Les cris de Paris, par Carle Vernet, 1815 (domaine public, via Gallica) 


Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret.


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

lundi 28 juillet 2014

Séances d'hypnose à Céret en 1892

Un garçon coiffeur de Céret très étonnant


Le philosophe et médium Émile Boirac (1851-1917) publie dans L'avenir des sciences psychiques (éditions Alcan) en 1917 le témoignage de Jean B., instituteur à Perpignan et qui se rappelle l'époque où il était en poste à Céret. Il semble que l'un des garçons coiffeurs de l'époque ait eu des dons extraordinaires de vue extra-lucide. Peut-être certains de mes lecteurs arriveront-ils à identifier précisément les lieux et les personnes cités ? Les prénoms et les initiales véritables ont été conservés, d'après l'auteur, et le salon de coiffure était situé rue Saint-Ferréol.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Émile Boirac
Le texte est un peu long mais mérite d'être lu en entier car les expériences sont étonnantes et semblent démontrer les talents  de voyance de ce jeune cérétan.

Note : J'ai remonté les notes de bas-de-page pour une meilleure compréhension du texte.

» Au mois d'août 1892, j'étais alors instituteur à Céret, un hypnotiseur de passage donna une séance d'hypnotisme dans un café de cette ville. Un jeune homme de 18 ans, Raymond S. employé chez M. Antoine R. coiffeur, de qui j'étais le client, fut pris comme sujet par l'expérimentateur.
» Quelques jours après, étant allé me faire raser, la conversation roula sur les expériences auxquelles S. s'était prêté. Il me proposa de l'endormir. Nous étions seuls, son patron accomplissait en ce moment une période militaire de treize jours à Perpignan. Je me prêtai donc à son désir et j'eus la satisfaction de réussir, satisfaction d'autant plus vive que c'était la première fois que je me livrais à cet essai. Le jeune S. était d'ailleurs un sujet merveilleux, d'une sensibilité et d'une suggestibilité extrêmes. Je n'eus pas de peine à répéter avec lui toutes les expériences que j'avais vu faire à l'hypnotiseur de profession.

» Je vins alors, très souvent, au salon de coiffure de M. R. car je me passionnai pour ces expériences. L'idée d'essayer la seconde vue, dont j'avais lu des relations qui m'avaient laissé fort sceptique, me vint un jour. C'était un jeudi, vers 5 heures du soir. M R. n'avait pas encore terminé sa période de treize jours il en était à sa première semaine et se trouvait donc encore à Perpignan. Je dis à S. ce que j'attendais de lui, il s'y prêta aussitôt, curieux comme moi de connaître le résultat de ces expériences. Je l'endormis et lui ordonnai de chercher son patron. Il devait être alors 5 h. 1/4,. Après quelques instants de silence, le sujet me dit « Je le vois. » - Où ? lui demandai-je. « II est au café. » - Lequel ? « Au café de la Mairie.» - Que fait-il? « Il prend l'absinthe. » - Est-il tout seul ? « Non, il est avec deux autres camarades. » - Les connaissez-vous ceux-là ? « Non, je ne les connais pas. » Puis, se ravisant : « Ah il y en a un que j'ai vu ici pour la Saint-Ferréol » (on désigne ainsi la fête patronale de Céret). Ne trouvant rien plus à demander concernant M R. je l'envoyai chez lui - il était du Soler et il me dit voir sa mère vaquant aux soins du ménage, son frère assis dans la cuisine, etc., bref, des banalités ; aussi n'insistai-je pas, car je ne voyais pas le moyen d'en contrôler l'exactitude. Je le réveillai là-dessus et lui racontai tout ce qu'il m'avait dit. Il en était tout étonné, car il ne se souvenait de rien.

» Quelques instants après je l'endormis de nouveau et l'envoyai encore à la recherche de son patron. A ma question : « Voyez-vous encore votre patron? » II me répondit « II n'est plus au café. » - Où est-il donc ? « Il marche. » - Est-il encore avec ses camarades ? « Il y en a un qui est parti. » - Lequel ? « Celui qui était ici pour la Saint-Ferréol. » - Puisqu'ils marchent, suivez-les, où vont-ils? « Je ne sais pas. » - Eh bien, vous me le direz quand vous le saurez. Ici un silence d'une minute environ, puis, tout à coup « Ils vont souper » - Comment le savez-vous? « Ils entrent à la Boule d'Or. »
» Je n'insistai pas davantage et je réveillai mon sujet qui d'ailleurs paraissait fatigué.
» Restait maintenant à contrôler l'exactitude des faits qu'il m'avait dévoilés.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Publicité de 1912 pour La Boule d'Or


» Je savais que M. R. devait venir le samedi suivant en permission de vingt-quatre heures. Je me proposai d'aller l'attendre à la gare et de l'interroger aussi habilement que je le pourrais sur l'emploi de son temps, le jeudi soir entre 5 heures et 6 heures. C'est ce que je fis. En chemin, je lui dis : « Jeudi dernier, vers 5 h. 1/4, je vous ai vu à Perpignan. Vous étiez au café de la Mairie (note : Actuellement hôtel-restaurant Gadel, à côté du café de la Loge.), vous preniez l'absinthe avec deux de vos camarades. » M. R...., me regardant, me dit simplement « Pourquoi n'êtes-vous pas venu me dire bonjour? Vous auriez fait comme nous. » – Je n'ai pas osé, craignant d'être indiscret lui répondis-je ; d'ailleurs j'étais pressé, je n'en avais pas le temps. « Tant pis, vous m'auriez fait tout de même plaisir de me dire un mot. » - A propos, lui demandai-je, quels étaient vos deux camarades ? L'un d'eux n'a-t-il pas été ici à Céret? « Mes camarades s'appellent l'un F. qui est d'ailleurs d'ici, mais qui n'y habite plus, et l'autre, Charles M. pâtissier à Perpignan. » - Lequel des deux était ici, pour la Sain-Férréol ? « Eh bien, c'est mon ami Charles que j'avais invité pour la fête. » - Alors c'est lui qui vous a quitté quand vous êtes allé souper avec F. à la Boule d'0r ?
» A cette interrogation, M. R. me regarde stupéfait et s'écrie: « Comment le savez-vous ? Vous m'avez donc suivi ? Que me racontiez-vous donc tout à l'heure que vous étiez si pressé ! » Je ne pus m'empêcher de rire et fus obligé de lui dire comment j'avais obtenu ces renseignements.
» M. R. n'avait sans doute aucune idée des phénomènes hypnotiques, car il n'ajouta aucune créance à mon dire et il s'écria : « Vous êtes un farceur ! Vous vous gaussez de moi ! » Et j'eus beau essayer de le convaincre que je n'avais pas employé d'autres moyens pour connaitre l'emploi de son temps, je ne pus y réussir.
» Enfin, lui dis-je, l'essentiel pour moi c'est que vous reconnaissiez que tout ce que je vous ai dit est exact. Pour le reste, puisque vous êtes si incrédule, je vous le ferai voir un de ces jours. J'espère, alors que vous serez convaincu. « Oh ! Si je le vois, je le croirai. » Nous nous quittâmes sur ces mots.


» Le samedi suivant, M. R. était rentré définitivement à Céret, sa période de treize jours terminée. Etant allé me faire servir ce jour-là, il me rappela lui-même ma promesse et nous nous donnâmes rendez-vous pour le lundi soir après 8 heures afin d'être tout à fait libres. Le lundi est, en effet, jour de repos pour les coiffeurs. Je n'eus garde de manquer au rendez-vous. A 8 heures, je me rendis au salon de coiffure où se trouvaient déjà, outre M. R et son employé, la soeur de celui-ci, demoiselle d'une quarantaine d'années, un M. S..., ancien boucher et une autre personne que je ne connaissais pas. J'endormis S... et lui fis exécuter diverses suggestions, à l'étonnement dès assistants qui n'en avaient jamais été témoins ; puis je le réveillai. Sur ces entrefaites, Mme R. paraît sur le seuil de la porte du salon de coiffure. (Ce salon qui est situé dans la rue Saint-Ferréol, laquelle est perpendiculaire au boulevard Saint-Roch et à trente pas de ce boulevard, n'a qu'une entrée donnant sur la rue ; Mme R. a son habitation dans l'intérieur de la ville.) Mme R. se montre donc sur le seuil, parait un moment interdite et, s'adressant à son mari, sans finir d'entrer, lui dit: « Antoine, je vais où tu sais. » Et, sans d'autres mots, elle s'en va.

» Alors, une inspiration me vint. Je demandai à M. R. : « Est-ce que votre employé sait où va votre femme et ce qu'elle va faire ? » (note : Je posai cette question au préalable, car je savais que l'employé était nourri et logé chez son patron. ) - « Cela non, il l'ignore totalement, car c'est une affaire entre ma femme et moi. » - Eh bien, lui dis-je alors, si votre employé nous dit où va votre femme et ce qu'elle va faire, croirez-vous qu'il ait pu me dire ce que vous faisiez, vous, à Perpignan ? « Oh alors, je ne douterai plus. » - Bien, nous allons voir.
» J'endormis aussitôt le sujet et le fis asseoir dans un fauteuil : Suivez Mme R. lui ordonnai-je ; la voyez-vous ? « Je la vois, elle descend la rue Saint-Ferréol. » (note : La rue Saint-Ferréol est très longue et descend en pente, orientée de l'est à l'ouest.). - Bon, suivez-là, vous me direz ce qu'elle fait. Au bout d'un instant de silence, il dit  : « Elle est arrêtée. » - Où cela ? « Au fond de la rue. » - Que fait-elle? « Elle parle. » - Avec qui ? « Avec une femme. » - La connaissez-vous cette femme ? « Non,je ne la connais pas. » - Vous ne savez donc pas quelles sont ses occupations? « Si, elle vend du vin. » - Et où demeure-t-elle ? « A main gauche en descendant. » Alors l'idée me vint, puisqu'il voyait les deux femmes causer, de lui faire entendre ce qu'elles disaient. Eh bien, puisqu'elles causent, écoutez ce qu'elles disent et répétez-le moi. « Je n'entends pas », me répondit-il. - Ecoutez, insistai-je, vous entendrez. Il me répéta, cette fois en élevant la voix et avec une certaine irritation « Je n'entends pas. » - Je veux que vous entendiez ordonnai- je.
» Aussitôt, le visage du sujet changea d'expression ; on voyait qu'un violent effort crispait sa volonté, les veines de son front se gonflèrent, puis, tout à coup, tout son être tendu, d'une voix saccadée, étrange, il proféra ces deux mots : « Argent... Espagne ! » et il se laissa aller dans le fauteuil comme épuisé. Je le réveillai aussitôt, un peu effrayé, et comme il demeurait comme prostré, je dus lui mouiller les tempes avec une serviette, ce à quoi je n'avais jamais eus recours encore.
» Sur ces entrefaites, Mme R. rentre dans le salon de coiffure. Je m'avance aussitôt vers elle, et, avant que personne lui adresse la parole, je lui dis : « Madame, est-ce vrai que vous venez du fond de la rue Saint-Férréol de trouver une marchande de vin avec laquelle vous avez causé, je ne sais à propos de quoi, d'argent..., d'Espagne...» Mme R. me regarde en riant et m'explique aussitôt (note: En catalan dans le texte mais nous donnons ici la traduction en français faite par M. Jean B. lui-même.) : « Oui, je viens de chez la femme T. ; comme je sais que son mari doit aller en Espagne cette semaine, je viens de lui demander s'il pourra me prendre les sous espagnols (la monnaie de billon espagnole) que j'ai à la maison. » A ce moment-là, en effet, il y avait quelque temps que la circulation de la monnaie de billon espagnole avait été prohibée dans le département des Pyrénées-Orientales qui en était littéralement inondé.

Source : Gallica (cf. lien)
Photo portrait : Auteur anonyme, portrait d'Émile Boirac vers 1917 (via Wikimedia Commons, domaine public).
Photo publicité : Le Rappel Catalan, 1912 (domaine public)


Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret. 


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

vendredi 11 juillet 2014

Première corrida avec mise à mort à Céret en 1894

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le monument aux toréadors du monde à Céret
La Féria de Céret a lieu cette année du 11 au 14 juillet et attire comme à son habitude de nombreux aficionados venus du monde entier pour assister aux célèbres corridas ayant lieu dans les arènes de la ville. Parallèlement, on peut voir depuis plusieurs semaines dans les rues de Céret et sur le marché les groupes d'opposants à la corrida venant faire valoir leurs arguments sur la cruauté envers les animaux. Entre art, tradition et vues divergentes sur le bien-être des animaux, la polémique sur la corrida ne date pas d'hier, ainsi que le montre l'article retranscrit ci-dessous et paru en 1894. Il y a 120 ans exactement avait lieu la première corrida de Céret avec mise à mort.

Le Gaulois, 8 octobre 1894

LES COURSES DE TAUREAUX

Le juge de paix de Céret vient de condamner à un franc d'amende M. Agremont André, directeur des arènes de Céret, qui, lors des courses de taureaux données à l'occasion de la fête locale de cette ville, fit mettre à mort des taureaux par des toréadors espagnols.

Les Nîmois ont donc grand tort de protester si bruyamment contre l'arrêté préfectoral
qui a interdit la mise à mort du taureau. Ils n'ont qu'à le considérer comme non avenu, puisque ça ne coûtera à la direction des arènes qu'un franc par corrida !

***

Encore faudra-t-il que le juge de paix de Nimes se montre aussi sévère que celui de Céret.
A Bayonne, les juges sont encore plus indulgents. C'est ainsi que le tribunal civil a acquitté, hier, sur les conclusions du ministère public, l'administrateur des arènes bayonnaises, poursuivi comme civilement responsable d'une infraction à la loi Grammont, à la suite de la mise à mort de cinq taureaux et de dix chevaux.
Le jugement est longuement motivé ; les considérants portent que les arènes ne peuvent pas être considérées comme lieu public ; que la loi Grammont n'est pas applicable aux courses espagnoles, postérieures à la promulgation de la loi ; les chevaux sont considérés comme propriété privée.
C'est le quatrième acquittement prononcé par les juges de ce même tribunal. Le prononcé du jugement a été applaudi.

Maitre Z.

Quelques commentaires, tout d'abord sur la Loi Grammont et ensuite sur la corrida à Céret en 1894.

La Loi Grammont du 2 juillet 1850
« Seront punis d'une amende de cinq à quinze francs, et pourront l'être d'un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques. »

Le député Jacques Delmas de Grammont  (1796-1862), auteur de la loi, ne semble pas lui-même se soucier des courses de taureaux avec cette loi puisqu'il préside les arènes de Bayonne lors des premières corridas de 1853, tenues en présence de l'impératrice Eugénie, d'origine espagnole. Toutefois, en 1884, le ministre de l'intérieur Pierre Waldeck-Rousseau étend l'application de la loi aux corridas sans que cela soit clairement dit dans les textes. Il faut attendre un arrêt de la cour de cassation du 16 février 1895, soit à peine quelques mois après les événements narrés ci-dessus, pour que le taureau soit considéré comme un animal domestique et entre donc officiellement sous la protection de la loi Grammont. Par la suite, la corrida est souvent tolérée et la nouvelle loi de 1951 qui sanctionne la cruauté envers les animaux domestiques précise qu'elle n'est pas applicable aux courses de taureaux lorsqu'une tradition ininterrompue peut être évoquée. Plusieurs communes du département des Pyrénées-Orientales ont une tradition de corrida reconnue mais seules deux la pratiquent encore, Céret et Millas.

La corrida à Céret en 1894
La tradition des courses de taureaux est connue à Céret depuis le Moyen Âge. Des arènes ont existé au XIXème siècle en différents endroits de la ville : place du château, place du Barri, près de la Fontaine d'Amour, et en 1894 au croisement de l'avenue Clémenceau et de la rue Jean Amade. A cette date, l'adjudication des courses de taureaux, souvent organisées pour la Saint-Ferréol (mi-septembre), est attribuée à deux associés, André Agremon [sans t], marchand de bois à Céret, et Jean Bousquet. Ils sont les premiers à introduire à Céret les courses de taureaux à l'espagnole, avec mise à mort pour deux taureaux cette année-là, et des toréadors espagnols sont invités pour l'occasion. Malgré l'interdiction des mises à mort par arrêté du préfet le 28 septembre, il semble que le spectacle ait eut lieu puisque l'article du Gaulois confirme la condamnation d'Agremon à une amende d'un franc, ce qui est loin d'être dissuasif. Il n'y aura toutefois pas de mises à mort l'année suivante, mais celles-ci reprendront dès 1896.

Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret.

Sources :
* Gallica
* Pierre Cantaloube, Céret et les ponts du Tech, Saint-Estève (Pyrénées-Orientales), Les Presses Littéraires, coll. « Le Tech et ses franchissements »,‎ 2004, 2e éd., ISBN 2-35073-009-3
* Wikipédia (infos diverses)


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

dimanche 29 juin 2014

Le portail de l'église Saint-Pierre de Céret vers 1884

La ville de Céret commémorait ce 29 juin 2014, jour de la Saint-Pierre et Saint-Paul, la fin des travaux de restauration de l'église Saint-Pierre, édifice paroissial de la commune. C'est aussi exactement il y a 1200 ans qu'est mentionnée pour la première fois cette église puisque l'on apprend en 814 que celle-ci existe déjà depuis quelques années. Elle a depuis été rebâtie maintes fois puisque le clocher, élément le plus ancien, date des 11e et 12e siècles, le portail du 14e et la nef des 17e et 18e.

Je profite de l'occasion pour partager une photo du portail de l'église Saint-Pierre et prise par Jean-Auguste Brutails, archiviste des Pyrénées-Orientales de 1884 à 1889, période durant laquelle il photographie nombre de monuments à travers le département.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Se distinguant donc par son ancienneté et par sa facture, le portail gothique en marbre blanc de l'église est lui-seul classé au titre des monuments historiques dès 1927, tandis que le reste de l'édifice ne bénéficie de la même protection qu'à partir de 1998.

Une petite plaque sur le pilier droit indique la date de construction du portail en 1398 : «  L'any de nostre Senyor MCCCLXXXXVIII fo feyta aquesta portalera ».

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La plaque indiquant la date de 1398

Le reste de l'église est entièrement rebâti entre le 17e et le 18e siècle. C'est durant cette campagne de travaux que le portail est surmonté d'un décor baroque comprenant une niche à fronton, entourée de pyramidions de chaque côté.

Photo : Jean-Auguste Brutails [domaine public], via le site 1886 (Université de Bordeaux 3)
Photo de la plaque : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]

Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret.



Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

dimanche 1 juin 2014

Des cerises de Céret pour le président de la République en 1932

Premier envoi par avion pour la célèbre spécialité cérétane

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Albert Lebrun reçoit des cerises de Céret en 1932.
Il semble que 1932 soit l'année d'une grande première, relayée par toute la presse : l'envoi par avion des premières cerises de Céret pour le président de la République Albert Lebrun en 1932. Je ne saurai dire si le président recevait déjà les années précédentes des cerises par le train, je n'en ai trouvé en tout cas aucune trace. La production de cerises dans la région de Céret est à ce moment-là en pleine expansion, on cherche à en assurer la promotion, certain transporteur veut faire de même. L'idée était toute trouvée telle que nous l'apprend le journal hebdomadaire Le Courrier d'Éthiopie (publié à Addis-Abeba depuis 1916) dans son édition du 10 juin 1932 avec près d'un mois de retard. Mais c'est bien la preuve que l'opération publicitaire a été un succès puisque la nouvelle parvient jusqu'en Afrique.

Le Comte de Sibour se fait propagandiste des transports de primeurs par avion

Un essai de transports de primeurs par avion a été fait de Perpignan à Paris. Le comte de Sibour a emporté sur son appareil les premières cerises récoltées à Céret, destinées aux halles de Paris. Un cageot a été remis au président de la République par le président de la Chambre de commerce de Perpignan.

Le comte de Sibour est un aviateur, aventurier et habitué des coups d'éclat puisqu'il venait notamment l'année passée de faire Paris-Pékin en dix jours en passant par la Sibérie.

Voyons à présent le compte-rendu paru dans Eglise de Rouen et du Havre, publication périodique publiée par l'Archevêché de Rouen, le 4 juin 1932. A l'instar de tous les autres comptes-rendus parus simultanément ailleurs dans la presse, le journaliste semble confondre Cerdagne et Vallespir, mais c'est bien de Céret qu'il s'agit ici. On retrouve également dans ces différents articles la description du rite religieux lié à la fête de Pâques et aux premières cerises.

Les Cerises de Céret

Le 18 mai, un avion a porté au Président de la République les premières cerises de Cerdagne. A cette occasion, on rappelle une fête religieuse qui se déroule, à Céret, de la façon suivante:
Le jour de Pâques, prêtres et fidèles sortent de l'église, portant et entourant le Christ ressuscité. La procession gagne la campagne. On s'arrête sous quelque beau cerisier ; on y cueille les premières cerises mûres, puis l'on revient en ville et l'on rentre dans l'église, où des mains pieuses nouent à la ceinture de la Vierge, sur son autel, les fruits nouveaux.
Les fraîches escarboucles du bouquet vivant remplacent le bouquet mort des précédentes Pâques, pour devenir doucement, à leur tour, une touffe de noyaux secs et de feuilles convulsées.

On trouve une précision dans le Figaro du 18 mai 1932 sur le calendrier des cerises françaises (avec la même confusion entre Cerdagne et Vallespir).

 Aujourd'hui, si les vents l'ont voulu, un avion est parti de Cerdagne pour Paris. Sa charge est entièrement et uniquement faite de cerises. Les premières cerises de l'année lesquelles, entre Perpignan et Céret, sont mûres avant toutes les autres cerises françaises.

Notons qu'en 2014, les premières cerises ont été envoyées au président de la République le 2 mai, soit une quinzaine de jours avant celles de 1932. Toutefois, en réalité, dans les années 30, ces cerises expédiées ne sont pas tout à fait les premières, puisqu'on trouve encore à Céret à cette époque plusieurs variétés anciennes arrivant à maturité dès la mi-avril mais supportant très mal l'expédition. Le lot présidentiel de 1932 est sans doute constitué de cerises soit de la variété Hâtif de Bâle, arrivant en ce temps-là à maturité vers le 1er mai, soit de la variété Bigarreau Jaboulay arrivant à maturité vers le 8 mai, et toutes deux plus aptes au transport.

Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret.
Sources :
* Gallica pour les articles de 1932 (cf. liens)
* L'Indépendant, Céret : Les premières cerises au déjeuner du président Hollande, 2 mai 2014
* Peyrière, Basset et Clave, Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales, 1938
Photo : Agence de presse Meurisse, 1932 (Domaine public) [BnF via Wikimedia Commons]

Si vous disposez d'informations ou de précisions concernant le sujet de cet article, n'hésitez pas à me laisser un commentaire !



Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

dimanche 23 mars 2014

Annulation des élections de 1858 du canton de Céret

Des élections contestées en raison d'événements agités dans le canton de Céret

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Les élections cantonales semblent avoir été agitées dans le canton de Céret en 1858. Le maire de Céret est destitué, des bulletins sont brûlés pour vote avant l'heure à Las Illas, on condamne des gens un peu partout, et la sous-préfecture soutient son candidat officiel. L'élection est contestée et finalement annulée l'année suivante ainsi que l'explique l'arrêt du Conseil d'État daté du 24 mai 1859. Toutes les circonstances y sont expliquées, faisant ainsi que ce texte à première vue un peu aride mérite d'être lu jusqu'au bout.

Note : Jean Fortagut devient président du Conseil municipal (pas de maire à ce moment là précis) en 1850 puis maire en 1851. Révoqué en 1856, il semble avoir retrouvé sa place puisque c'est lui qui préside les élections à Céret en 1858. Il est remplacé en 1860 par Henri Latouche.

Recueil des arrêts du Conseil d'État, 24 mai 1859

ÉLECTIONS DÉPARTEMENTALES. — CONSEIL GÉNÉRAL. — MAIRE PRÉSIDENT DE
COLLÈGE ÉLECTORAL.— ARRÊTÉ DE SUSPENSION. — LIBERTÉ DES VOTES.
La liberté des votes n'ayant pas été suffisamment garantie, les opérations
électorales sont annulées (1).
(29,755. - 24 mai. El. de Céret. - MM. David, rap.;.Leviez, c. du g.; de Saint-Malo, av.)

Vu LA REQUÊTE présentée par le sieur Fortagut, ancien maire de Céret,... tendant à ce qu'il nous plaise annuler—un arrêté du 28 juin 1858, par lequel le cons. de préf. des Pyrénées-Orientales a rejeté la protestation qu'il avait faite contre les opérations électorales qui ont eu lieu les 12 et 13 juin précédents, dans le canton de Céret, pour la nomination d'un membre du conseil général; — Ce faisant, annuler lesdites opérations, attendu que le sieur Fortagut, qui se présentait comme candidat pour le conseil général et qui avait présidé le 12 juin, en sa qualité de maire de Céret, l'assemblée électorale de cette ville, aurait été suspendu dans la soirée de ses fonctions de maire par un arrêté du préfet fondé uniquement sur la conduite tenue par le sieur Fortagut comme président de l'assemblée électorale, et que cet arrêté porté, dans la matinée du lendemain, à la connaissance des différentes communes du canton, par l'administration qui était jusque-là restée neutre entre les deux candidats, aurait eu pour effet de reporter sur le sieur Vilar, concurrent du sieur Fortagut, un grand nombre de voix précédemment acquises à ce dernier, et de changer ainsi le résultat de l'élection ;
Vu la protestation présentée, le 18 juin 1858, par le sieur Fortagut et par 5 autres électeurs du canton de Céret contre l'élection du sieur Vilar (Courret-Jacques) comme membre du conseil général;
Vu... (défense du candidat élu) ;
Vu les observ. de notre Min. de l'int.;...
Vu l'arrêté du 12 juin 1858, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a suspendu le sieur Fortagut de ses fonctions de maire de Céret à raison de la conduite qu'il avait tenue comme président de l'assemblée électorale de cette ville ;...
Vu le certificat du 20 juin 1858, par lequel le maire de la com. de Boulou fait connaître que, le 15 juin 1858, avant l'ouverture des opérations électorales, il a fait afficher en quatre exemplaires et à des lieux apparents la dépêche qu'il avait reçue de la sous-préfecture et qui leur annonçait la suspension du sieur Fortagut de ses fonctions de maire de Céret ;
Vu le certificat du 22 juin 1858, par lequel les membres du bureau de l'assemblée électorale de Las-Illes font connaître que, le 15 juin 1858, peu de temps après l'ouverture du scrutin, les sieurs Joseph Comes et Jean Justafré, de Céret, sont venus remettre au maire une lettre du sous-préfet qui lui annonçait que le sieur Vilar était le candidat de l'administration, et lui ont fait remarquer qu'il avait fait commencer les opérations électorales avant l'heure fixée pour l'ouverture du scrutin ; que, sur cette observation, le maire de Las-Illes a retiré de l'urne les 15 bulletins qui y avaient été déposés, les a brûlés sans les ouvrir et a fait recommencer les opérations électorales ;
Vu le jugement du 10 juillet 1854, par lequel le tribunal de police correctionnelle de l'arrond. de Céret a condamné à huit jours d'emprisonnement et à 100 fr. d'amende le sieur Antoine Fite, membre du bureau de l'assemblée électorale de la com. de Saint-Jean-Pla-de-Cors, pour avoir, le 15 juin 1854, par voies de fait et violences, influencé les votes ; — Vu l'arrêt du 25 août 1858,
par lequel la Cour impériale de Montpellier a annulé le jugement susvisé du tribunal de Céret et a relaxé Antoine Fite de la plainte portée contre lui ;
Vu le jugement du 13 nov. 1858, par lequel le tribunal de police correctionnelle de l'arrond. de Perpignan a relaxé les sieurs Fortagut, Potau, Delmas et de Sirieix des poursuites dirigées contre eux comme ayant, le 12 juin 1858, dansla ville de Céret, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur de la salle, où il était procédé à l'élection d'un membre du conseil général, par des clameurs ou des démonstrations menaçantes, troublé les opérations électorales et porté atteinte à l'exercice du droit électoral et à la liberté du vote; — Vu l'arrêt du 14 déc. 1858, par lequel la Cour impériale de Montpellier a confirmé le jugement susvisé du tribunal de Perpignan ;
Vu la loi du 22 juin 1833, art. 36 et 37 ; le décret du 2 fév. 1852, art. 11 et 13; la loi du 7 juillet 1852, art. 5, et la loi du 5 mai 1855, art. 2 et 50 ;
CONSIDÉRANT qu'il résulte de l'instruction que, dans les circonstances où il a été procédé à l'élection d'un membre du conseil général pour le canton de Céret, la liberté des votes n'a pas été suffisamment garantie ; que, dès lors, il y a lieu de déclarer nulles les opérations des 12 et 15 juin 1858 ;

Art. 1er. L'arrêté du cons. de préf. des Pyrénées-Orientales, du 28 juin 1858, est annulé.— Art. 2. Les opérations électorales qui ont eu lieu les 12 et 13 juin 1858, dans le canton de Céret, pour la nomination d'un membre du conseil général, sont annulées.


(1) M. le commissaire du gouvernement a déclaré que les griefs articulés lui paraissaient graves. Le préfet avait le droit de suspendre le maire et même de publier l'arrêté de suspension. Mais ce qui est regrettable, c'est l'intervention du préfet ou du sous-préfet dans le collège électoral pour y donner des ordres. La liberté du président doit toujours être respectée. Or, il n'est pas douteux que ce principe a été méconnu ici par les représentants de l'autorité supérieure. —
M. le commissaire du gouvernement conclut à l'annulation.


Source : Gallica
Photo : Fabricio Cardenas [CC-CY-SA]

Suivez les liens pour retrouver toutes les histoires en rapport avec Céret et le Vallespir.
Tous les articles de ce blog sur le thème des élections sont à relire ici.



Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !