dimanche 7 décembre 2014

Miss Pyrénées-Orientales élue Miss France en 1938

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Annie Garrigues dans Le Figaro
Annie Garrigues, originaire de Perpignan, est élue Miss Pyrénées-Orientales en 1937 (le concours prend le nom de Miss Roussillon par la suite), puis élue Miss France en 1938. Le quotidien Le Petit Parisien ("Le plus lu des journaux du monde entier") du 15 juillet 1938 nous livre ses premières impressions peu après son élection. Annie Garrigues n'a alors que 19 ans et surprend tout le monde par sa réaction.


Miss France 1938 ne veut pas faire du cinéma

Mardi dernier avait lieu l'élection de « miss France 1938 », qui représentera notre pays à la grande compétition internationale pour le titre de  « miss Europe 1938 » à Copenhague.
Devant un jury présidé par M. Maurice de Waleffe, et dans lequel on remarquait le metteur en scène Abel Gance, les peintres J. Gabriel Domergue et Beltran Masses, le maître photographe G.-L. Manuel, quatre-vingts candidates se présentèrent.
Il en était venu de partout : de l'Est et de l'Ouest, de Lille et de Clermont-Ferrand, et des Parisiennes bien entendu, beaucoup de Parisiennes... Ce fut une brune Perpignanaise aux yeux bleus, Mlle Annie Garrigues, qui se vit enfin, après des éliminatoires sévères, décerner le titre envié de « miss France 1938 ».
Annie Garrigues, qui a dix-neuf ans, déclara naturellement qu'elle était bien contente d'avoir été choisie. Elle n'ajouta pas qu'elle essayerait de faire encore mieux la prochaine fois, puisqu'on ne peut déployer plus de grâce et plus de charme qu'elle n'en montra devant les membres du jury, mais, aux nombreux reporters qui l'interrogeaient immédiatement après son élection, elle fit une déclaration assez surprenante :
- Je ne veux pas faire de cinéma ni de théâtre ! dit-elle en rougissant un peu.
Voilà qui est assez imprévu, n'est-ce-pas ! C'est bien la première fois qu'une reine, qu'une madelon ou une muse de quelque chose fait un semblable aveu...
Annie Garrigues était sans doute fort troublée par le grand honneur qui venait de lui échoir. Elle n'a pas réfléchi. Gageons que dans quelques mois, au retour de Copenhague, par exemple, si elle est élue « miss Europe 1938 », elle aura changé d'avis !

René Manévy

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Annie Garrigues dans Le Journal

Candidate malheureuse au titre de Miss Europe 1938, il semble qu'Annie Garrigues n'ait réellement jamais fait de cinéma, puisque son nom est inconnu de toutes les grandes bases de données cinématographiques. Elle est donc rapidement oubliée dès les années qui suivent.

Certains membres du jury peuvent surprendre. D'autres semblent plus à leur place dans cet événement. Abel Gance (1889-1981) est un célèbre réalisateur qui en 1938 avait déjà tourné une quarantaine de films parmi lesquels J'accuse et Napoléon. Jean-Gabriel Domergue (1889-1962) est un artiste peintre se revendiquant comme l'inventeur du stéréotype de la pin-up et ayant peint beaucoup de femmes très dénudées... Federico Beltrán Masses (1885-1949) est un peintre espagnol ayant gagné sa reconnaissance à l'école des Beaux-Arts de Paris. Il semble avoir eu beaucoup d'amis parmi les membres de la jet-set d'Hollywood de l'époque, à qui ses tableaux ont beaucoup plu. Il a également peint de nombreux portraits de femmes séductrices. Il est étrange que le journaliste mentionne "G.-L. Manuel" puisque ce nom renvoie en fait à deux frères photographes, Gaston et Lucien Manuel, fondateurs d'un studio photographique en 1900 à Paris. Peut-être un seul des deux était-il présent dans le jury. Le président du jury Maurice de Waleffe, quant à lui, est le créateur dès 1920 du concours de « la plus belle femme de France », qui allait devenir « miss France » par la suite.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Annie Garrigues dans La Vie parisienne


Source : Le Petit Parisien du 15 juillet 1938 (coll. BnF via Gallica [cf. lien], domaine public)
Photos : 
Le Figaro, 13 juillet 1938 (coll. BnF via Wikimedia Commons, domaine public)
Le Journal, 10 septembre 1938 (coll. BnF, via Gallica, domaine public)
La Vie parisienne, 2 juillet 1938 (coll. BnF, via Gallica, domaine public)



Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire