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lundi 12 janvier 2015

Le chien du curé d'Angoustrine en 1933

Angoustrine est une commune un peu reculée de Cerdagne, à proximité de l'enclave espagnole de Llivia et de Font-Romeu et peuplée de 375 habitants en 1933. L'Écho d'Alger du 28 avril 1933 nous rapporte une anecdote parue l'année passée et concernant le chien étonnant du curé de cette petite commune.

L'Intermédiaire des chercheurs et curieux (15 avril), sous le titre « Chiens dans les églises » reproduit ce passage de « La Cerdagne française » par Marthe Oulié, déjà publié en avril 1932 dans « La Revue du Touring-Club de France » :
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Saint-Martin d'Envalls
Le vieux curé d'Angoustrine, à quatre-vingt-cinq ans, son bâton à la main et son vieux chien sur les talons qui avait la mine compassée et recueillie d'un sacristain, n'hésitait pas à monter chaque dimanche par un mauvais chemin rocailleux, vers une chapelle distante de plusieurs kilomètres pour y dire la messe. La porte restait entrouverte. Le chien se couchait sur les marches, au soleil, bercé par les sons de l'harmonium. Quand l'harmonium s'arrêtait trop longtemps, le chien poussait du museau la porte, doucement, silencieusement, s'avançait au beau milieu de la nef, sans que personne s'en choquât, pour savoir où en était l'office. Il regardait en connaisseur la place du Livre Saint, la position de l'enfant de cœur, la mine des fidèles, et ressortait tranquillement. Mais dès la seconde cloche, celle de la communion, on l'entendait s'agiter sur le pas de la porte et, à l'Ite missa est, il se précipitait au-devant de son vieux maître.

Note : Angoustrine possède en son sein deux églises dédiées à Saint-André : une église romane et une autre construite au 19ème siècle. Mais l'article mentionne une chapelle éloignée de plusieurs kilomètres. Il s'agit peut-être de l'église de Saint-Martin d'Envalls, autre petite église romane située à plusieurs kilomètres au nord du village, sur le territoire de la commune, et à laquelle on accède par une petite route qui monte et que l'on imagine sans peine à l'état rocailleux à l'époque : Angoustrine est à une altitude de 1337 mètres, tandis que cette petite église se situe à peu près deux cent mètres plus haut.
Note 2 : Angoustrine a fusionné avec sa voisine en 1973 pour devenir Angoustrine-Villeneuve-des-Escaldes.

Pour rappel, cet autre article mentionnant Angoustrine et ceux-ci impliquant des curés!

Source : Gallica (cf. lien), domaine public.
Photo : Jack ma (CC-BY-SA)




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mardi 23 décembre 2014

Bombardement collatéral en Cerdagne, janvier 1938

En janvier 1938, l'Espagne est en pleine guerre civile. Le camp nationaliste, sous l'autorité de Franco, n'a pas encore pris la Catalogne (Barcelone ne tombera qu'un an plus tard) et les républicains viennent de reprendre Teruel en Aragon quinze jours plus tôt. Dans l'épisode narré ci-dessous, l'aviation nationaliste vient bombarder pour la première fois, en ce 23 janvier 1938, les positions républicaines situées à Puigcerdà en Cerdagne, près de la frontière française. Seul un pont enjambant le Rahur, un petit affluent du Sègre, sépare Puigcerdà de Bourg-Madame et l'Espagne de la France, il y a alors forcément des dégâts collatéraux sur le sol français, notamment à Bourg-Madame, Osséja et Angoustrine.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'ancien poste de douane entre Puigcerdà et Bourg-Madame

L'Ouest-Éclair (Éd. de Caen), 24 janvier 1938


Au cours du bombardement de Puigcerda
des projectiles tombent en territoire français

Perpignan, 23 janvier. - Cet après-midi, deux groupes d'avions nationalistes comprenant quatorze appareils, dont dix de chasse, ont survolé Puigcerda qu'ils ont bombardé pendant vingt minutes.
Les avions ont lâché une trentaine de bombes. L'une d'elles a atteint un hôtel où un certain nombre de personnes ont été tuées.
Divers bâtiments de la gare ont été détruits, ainsi qu'une ferme située à proximité. Les avions ont survolé le territoire français à deux reprises. Des bombes sont tombées à Osseja où deux gardes mobiles français en surveillance à la frontière se sont jetés sur le sol pour ne pas être atteints.
La population de Puigcerda, qui était bombardée pour la première fois, a été prise de panique et s'est enfuie vers la localité française de Bourg-Madame, située à quelques centaines de mètres, où les blessés ont reçu les premiers soins. On ne signale aucun blessé dans les villages français.

Des dégâts sur le sol français

Perpignan, 23 janvier. - Au cours du bombardement de Puigcerda, on confirme qu'un des projectiles a atteint l'hôtel Terminus, tuant plusieurs personnes. On ignore le nombre exact des morts.
Une dizaine de bombes sont tombées sur le sol français, dans des champs, sans faire de victime. Un projectile a démoli la guérite de deux gardes-mobiles français entre Bourg-Madame et Osseja. Plusieurs magasins de Bourg-Madame ont eu leur vitrines défoncées par la proximité des déflagrations.
Plusieurs blessés espagnols ont été soignés par M. Cazals, pharmacien, maire de Bourg-Madame.
Les gouvernementaux ont riposté avec leurs canons antiaériens, sans résultat, mais un de leurs obus est tombé près du village français d'Angoustrine, sans éclater.

Quelques remarques sur ces événements :
Puigcerdà semble avoir été bombardée du fait de la présence de troupes républicaines dans les environs. Toutefois, le maire de Puigcerdà, initialement à gauche, semble ensuite avoir pris parti pour les nationalistes suite au massacre du 9 septembre 1936 de 22 habitants de la commune par les anarchistes de la FAI. De nombreux Puigcerdans avaient alors trouvé refuge chez leurs parents installés du côté français à Bourg-Madame, dont le maire Thomas Casals (et non Cazals), élu en 1930, était lui-même un cousin du maire de Puigerdà, Jacques Cadefau, élu en 1931. On comprend alors mieux le détail de l'article signalant les soins prodigués par le maire de Bourg-Madame auprès des habitants de Puigcerdà. Thomas Casals finira lui aussi par se radicaliser à droite, allant jusqu'à saluer la victoire de Franco et rejoindre la Milice pétainiste, tandis que deux de ses fils participeront même à l'opération punitive du village de Valmanya, à la suite de laquelle plusieurs habitants et le résistant Julien Panchot trouvèrent la mort.

Sources :
Article de L'Ouest-Éclair : Gallica (cf. lien)
Remarques : André Balent, La mémoire des Première et Deuxième guerres mondiale à Bourg-Madame (Pyrénées-Orientales). Réflexions autour d’un monument aux morts in Le Midi Rouge, n°12, décembre 2008, p19-25
Photo : Occitandu34 (CC-BY-SA via Wikimedia Commons)


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