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mercredi 7 juin 2017

Mort d'un torero à Céret en 1884

Le quotidien du Roussillon du 1er mars 1884 nous informe brièvement de la mort dramatique d'un torero dans les arènes de Céret.

Mort d'un toréador : Le 24 février, un toréador surnommé le Gavatj a été tué par le taureau dans une course qui avait lieu à Céret. Le Gavatj était un des amateurs qui réussissaient le plus souvent à gagner la prime de 20fr. en enlevant la cocarde du taureau emboulé, dans les arènes de Perpignan. Il est mort deux jours après l'accident qui lui était survenu, et au milieu d'atroces souffrances.

De la même manière, le bi-hebdomadaire Le Canigou dans son numéro double du mercredi 27 février / samedi 1er mars 1884 nous donne sa version des faits avec quelques variantes.

La course de taureaux qui a eu lieu dimanche dernier à Céret a été le théâtre d'un drame horrible. Le toréador Gabatj (mot dont les Espagnols se servent pour désigner ironiquement un Français) a été presque empalé par un coup de corne qui lui est entré dans le corps à 25 centimètres de profondeur.
Ce malheureux toréador est mort mercredi après trois jours de souffrances atroces.


On peut donc déduire d'après cet article que le pauvre toréador a donc été empalé le dimanche 24  et est mort le mercredi le 27 février 1884.

L'hebdomadaire perpignanais Al Galliner du 9 mars 1884 revient sur cette affaire en donnant plus de détails sur la vie de ce torero, dont on ne saura par ailleurs que le surnom de Gavatj ou Gavach, mais jamais le nom véritable.  Bien qu'encore jeune, ce n'était pas un novice, ayant débuté très  tôt, mais l'embonpoint qu'il aurait développé au cours des années semble avoir causé sa perte. L'événement est d'autant plus tragique que ce torero devait se marier le lendemain. Le journaliste en profite aussi pour répondre aux détracteurs des courses de taureaux.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


La mort d'un torero

Le jeune torero qui vient de mourir à la corrida de Céret était né à Fitou, département de l'Aude. Il fut nourri à Arles-sur-Tech, où on lui donna le surnom de gavach, qualificatif par lequel (comme le fait justement remarquer Le Républicain) les catalans du Roussillon et d'Espagne désignent les Languedociens. Fixé dans la capitale du Vallespir, il reçut de son père nourricier les premières leçons de tauromachie ; la témérité du maître devait déteindre sur l'élève.

Nous avons vu le gavach, il y a quelques années, aux courses de St-Laurent-de-Cerdans, il était alors maigre, nerveux, d'une agilité extraordinaire, bondissant autour du taureau sans la moindre capa pour se protéger, enlevant les cocardes. L'audace qu'il déploya ce jour-là, montra aux nombreux aficionados que le jeune torero périrait de son imprudence.

Modeste autant que courageux, il dédaignait les fanfaronnades auxquelles nous ont habitué les toréadors-acrobates nîmois et en particulier le fameux Pouly. Il pratiquait et connaissait l'art de la tauromachie et non les exercices de cirque.

Nous l'avons revu plus tard aux courses de Perpignan, mais l'embonpoint lui avait enlevé la plupart de ses facultés, il avait de la peine à gagner rapidement la barrera, plus encore à la franchir. Grâce à son courage, il enlevait néanmoins les cocardes ; comme banderillero c'était un homme fini, la première des qualités étant de présenter une superficie aussi faible que possible aux cornes du taureau. C'est en posant des banderillas que le malheureux a trouvé la mort.

Son mariage devait être célébré le lendemain; en vain sa fiancée agitée par un sombre pressentiment l'avait-elle suppliée de ne point descendre dans l'arène ; il jura que c'était la dernière fois et voulut en offrant les cocardes à son estimada lui donner en présence de la foule une preuve éclatante d'affection. Encore une fois les pressentiments se réalisèrent, le torero fut tué presque au début de la course.

A cette nouvelle les journaux de Paris et du Nord ont poussé des cris de paon. Qu'on défende les courses de taureaux et toute la rengaine connue. Ah bien oui, si l'on veut prohiber ce genre de spectacle que l'on prenne une mesure semblable pour les courses de chevaux, les régates et l'entrée des dompteurs dans les cages de bêtes fauves.

Parce qu'il est de bon goût, parce que la haute futaie affectionne les courses de chevaux, on ne prête qu'une légère attention aux nombreux jockeys qui chaque année s'estropient, se tuent au saut des obstacles et des rivières. C'est très chic, très v'lan, cela suffit.

Quoi de plus barbare et de plus digne des Romains de la décadence que le spectacle d'un homme qui chaque soir s'expose à être dévoré par une bête féroce ? Il est là sans défense, sans moyen de fuite en présence d'un public sans enthousiasme et glacé d'horreur. - Aux courses de taureaux, l'homme peut fuir et peut-être dégagé par ceux qui composent la cuadrilla, des milliers de personnes assistent aux triomphe du torero, le danger est en quelque sorte atténué par la beauté, la grandeur du spectacle.
On peut reprocher aux courses espagnoles le massacre des chevaux, mais telles qu'elles se pratiquent en Roussillon les courses n'offrent rien qui puissent justifier les réclamations d'une minime partie de la presse. Et d'ailleurs si l'on peut prouver que la mort d'un torero est chose excessivement rare, en est-il ainsi des dompteurs ?

Ces derniers finissent toujours par être dévorés et l'on connait bien des toreros en renom qui jouissent maintenant de la fortune acquise pendant leur jeunesse. La proportion est de cinq à un, nous n'inventons rien.
Si l'on veut donc défendre les courses de taureaux, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures, que l'on fasse table rase du coup.

Un aficionado

Note 1 : Le journaliste d'Al Galliner se plaint dans son article des réactions  de la presse nationale suite à cet accident, bien que j'avoue avoir cherché et n'avoir rien trouvé dans les divers journaux à grand tirage de cette époque (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a rien).

Note 2 : Il s'agit bien ici de courses de taureaux, puisque qu'à Céret la première corrida à l'espagnole avec mise à mort n'aura lieu qu'en 1894, soit dix ans plus tard.

Sources :
* Le Roussillon du 1er mars [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
* Le Canigou du 27 février / 1er mars 1884 [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
* Al Galliner du 9 mars 1884 [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
Photo : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]


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samedi 29 octobre 2016

Ambiance au théâtre de Céret en 1884

Des acteurs au niveau et des spectateurs enthousiastes


Le journal Al Galliner est un ancien hebdomadaire paraissant jadis à Perpignan dans les années 1880. Son objet principal était constitué de chroniques sans aucune pitié des principaux spectacles de la ville, en majorité les pièces de théâtre ou les opéras présentés au théâtre municipal. C'était aussi une tribune féroce (et souvent drôle) envers la politique culturelle de la municipalité et parfois envers les artistes eux-mêmes. Enfin, le journal se plaisait également à rapporter les bruits de couloir, les rumeurs du moment ou toute autre histoire insolite alors objet de discussion dans le milieu perpignanais, souvent en en faisant des récits amusants.

Mais Al Galliner ne se cantonnait pas toujours exclusivement à Perpignan, ainsi que le prouve son numéro du 10 février 1884, dans lequel nous est décrite avec enthousiasme l'ambiance au théâtre de Céret, à tel point que l'on aurait presque l'impression d'y être !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Al Galliner partout


Théâtre de Céret. - Car à Céret il y a un théâtre. Ne vous attendez pas, si vous y allez, à vous trouver dans une salle luxueuse ou seulement confortable, ni loges ni fauteuils mais des chaises et des planches. Une grande cave débarrassée de ses tonneaux, au fond de laquelle on a dressé une scène ; quelques vieux décors, un rideau très défraîchi représentant un paysage, tel est ce théâtre. Ah ! j'oubliais, le directeur craignant un auditoire turbulent a eu soin de faire peindre sur le mur : Il est défendu de crier. Mais un Cérétois né malin a gratté une lettre du dernier mot si bien qu'il est maintenant dangereux de lire à haute voix la dite inscription.

Mais quelle foule, grand Dieu ! Il ne faudrait pas songer à trouver place une demi-heure avant le lever du rideau. Bien plus, les personnes ayant des places réservées ont toutes les peines du monde à traverser la cohue des gens qui se pressent contre les murs.

Dimanche dernier on donnait la première représentation de Lazare le Pâtre. Les rôles ont été fort biens tenus ma foi ! dans ce drame si émouvant et de longue haleine. - Le Pâtre Salviati a très vivement impressionné le public, Come de Médicis a été imposant de sagesse et de dignité dans ses jugements. Très bonne la duchesse de Médicis.

En somme, la troupe a été écrasée sous les applaudissements du public et la collecte faite par Mme Allau a du être, croyons-nous, très fructueuse.

Nous avons remarqué dans la salle l'élite de la société de Céret.

M. Roussel ne peut manquer de faire recette tous les jours de spectacle, mais nous lui recommandons de veiller à ne pas laisser entrer plus de monde que la salle ne peut en contenir, il pourrait lui arriver quelque désagrément.

Un passant.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Illustration de H. Taxardo en 1840 pour l'Acte III scène XI de Lazare le Pâtre

Une salle de spectacle à Céret...


De nos jours et depuis plusieurs décennies déjà, Céret dispose d'une véritable salle de spectacles : la Salle de l'Union (reconstruite récemment). En 1884, il fallait se contenter d'une cave à vin, d'une scène rudimentaire, et de chaises et de bancs. Mais ni la motivation des acteurs ni celle du public ne faisaient défaut, c'est le principal, et la petite ville de Céret (3800 habitants à l'époque) pouvait ainsi elle aussi avoir sa saison théâtrale.

...pour les Cérétois ou les Cérétans ?


On remarque que le journaliste qualifie les habitants de Cérétois, alors qu'aujourd'hui (et depuis longtemps déjà) c'est le terme de Cérétan qui est utilisé. Le Dictionnaire géographique et administratif de la France de Paul Joanne, paru à la fin du XIXème siècle et qui donne les gentilés pour toutes les communes de France, indique que l'on dit Cérétois, tout en précisant que localement on préfère l'usage de Cérétenc et Cérétenque (de la même manière que l'on qualifie encore par exemple les habitants de Banyuls, les Banyulencs), forme elle aussi désormais tombée en désuétude.

Un mot sur le spectacle


La pièce représentée ce jour là est Lazare le Pâtre. Jouée pour la première fois à Paris en 1840, ce n'est donc pas une nouveauté, mais une pièce à succès de Joseph Bouchardy (1810-1870), auteur de nombreuses pièces très populaires (et souvent longues), aux intrigues passablement compliquées et pleines de rebondissements.
Lazare le Pâtre est une pièce en quatre Actes avec Prologue et l'histoire se passe près de Florence, en Italie, vers 1440. L'image ci-dessous montre la liste des personnages telle que publiée en 1840.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les personnages de Lazare le Pâtre


Sources
Al Galliner  du 10 février 1884 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
Paul Joanne (dir.), Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies, Hachette, 1890-1905 [domaine public] via Gallica (article sur Céret)

Photos : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]
Illustration pour l'Acte III scène XI : H. Taxardo [domaine public]

Retrouvez ici tous les articles de ce blog concernant Céret.


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samedi 23 juillet 2016

Danse des mulets à Serralongue en 1881

Contrepas, Marseillaise, saint Éloi et mulets

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Saint Éloi en maréchal-ferrant
Tout le monde connait le bon saint Éloi, évêque du septième siècle, orfèvre et monnayeur, ne serait-ce que par la chanson parodique du Bon Roi Dagobert. Patron de nombreuses confréries, il l'est notamment pour tous les métiers liés à la métallurgie et notamment celui de maréchal-ferrant. C'est donc logiquement que l'on trouve diverses célébrations reliant saint Éloi à l'univers des chevaux. Dans nos contrées, il est d'ailleurs encore d'usage de bénir les mules, jadis très présentes et indispensables dans les montagnes, ainsi que cela se pratique encore par exemple chaque année à Arles-sur-Tech, autour du 25 juin. Cette date correspond à la translation d'une de ses reliques vers la cathédrale Notre-Dame de Paris en 1212, tandis que sa fête officielle a lieu le premier décembre.

Le courrier que nous transmet le journal Le Patriote des Pyrénées-Orientales du 3 juillet 1881 est celui d'un lecteur indigné par ce qu'il a vu à Serralongue, en Haut Vallespir, à l'occasion de la fête de la saint Éloi. On y aurait fait danser le contrepas à des mulets sur un air de Marseillaise ! L'effet obtenu ne pouvait alors être que totalement grotesque (selon ses dires).

On nous écrit de Saint-Laurent-de-Cerdans, le 28 juin 1881 :

Monsieur le Rédacteur du Patriote

Rien de plus curieux et de plus burlesque que la danse des mulets à Serralongue !
Quoi de plus grotesque que de voir ces lourds quadrupèdes danser un contrepas, sur la place publique, au son d'instruments !
Et cela se voit, chaque année, à Serralongue.
Le lendemain de la Saint-Jean, les voituriers de ce village célèbrent la fête de Saint-Eloi, et les mulets prennent part aussi, à leur façon, à cette réjouissance.
Vers les neuf heures du matin, les voituriers, montés sur leurs bêtes, se rendent à la porte de l'église, où le curé bénit les quadrupèdes.
Puis, bêtes et cavaliers vont sur la place publique, au son de la Marseillaise, et c'est alors qu'à lieu cette fameuse danse, qu'on appelle le contrepas des mulets.
Mais quel contrepas, grand Dieu ! Figurez-vous d'énormes quadrupèdes, éreintés de trainer chaque jour la charette, qu'on oblige stupidement à imiter les chevaux de cirque et de manège.
C'est inouï de grotesque !
Cependant, parfois, le comique s'y mêle, surtout lorsque quelque cavalier et sa monture prennent un billet de parterre aux grands éclats de rire de la galerie.
Après la danse, on se rend sur la grand route, où s'exécute un semblant de course, mais les jambes des coureurs refusent de fournir le galop, et tout est fini.
Telle est la danse des mulets à Serralongue.
Recevez, etc.

Un de vos lecteurs.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Sainte-Marie de Serralongue

Note 1 : J'ai épluché la presse des semaines suivantes afin de trouver une réponse à ce courrier, mais personne ne semble contester cette histoire. Voit-on encore des mulets danser sur La Marseillaise à Serralongue de nos jours ?

Note 2 : La Marseillaise n'est définitivement devenue l'hymne national qu'en 1879, soit seulement depuis deux ans lorsque cet épisode est relaté concernant son usage inattendu en Vallespir.

Source : Le Patriote des Pyrénées-Orientales du 3 juillet 1881 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan.
Photos :
Représentation de saint Éloi ferrant un cheval à Plouzévédé (29) par GO69 [cc-by-sa] via WikimediaCommons.
Eglise de Serralongue par Palauenc05 [cc-by-sa] via WikimediaCommons.


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dimanche 20 mars 2016

Fièvre de la cerise à Céret en 1943

La cerise de Céret en temps de guerre

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

On peut lire dans Le Journal (Paris) du 2 juin 1943 un intéressant article de Louis Walter à propos de la célèbre cerise de Céret, première de la saison en France depuis au moins 1922. L'auteur de l'article s'est attaché à décrire tout le circuit de production, depuis la disposition des arbres, favorable aux voyageurs en train arrivant en gare de Céret, en passant par le tri des cerises effectué par les jeunes Cérétanes, qualifiées de « plus jolies femmes du Roussillon », et jusqu'à leur expédition vers Perpignan et toute la France. Mais en 1943 la guerre n'est pas finie et la population, tributaire des cartes d'alimentation, est aussi rationnée... pour les cerises.



Fièvre à Céret

capitale des cerises

...d'où sont expédiées chaque jour
vingt-cinq mille kilos de fruits
à travers toute la France


CERET, 1er juin.- La récolte des cerises touche à sa fin.Déjà, direz-vous ? C'est que « la » cerise de Céret est la première cerise de France, en date et en saveur. Elle mûrit de bonne heure. Alors que les brumes et les froids de l'hiver finissant ou du printemps qui ne se montre pas encore sévissent à Lyon et au-dessus de la Loire, les dépêches des journalistes perpignanais signalent la récolte des premières cerises de Céret.

Tous les ans, lors des processions de la Semaine Sainte, c'est le grand Christ de bois qui reçoit l'hommage de ces primeurs.

Au printemps, toute la région de Céret, qui porte le doux nom de Vallespir, se couvre de blancheurs. Ce sont les cerisiers qui sont en fleurs. Ils apparaissent dès que vous quittez la station thermale du Boulou et que vous dévalez vers la petite sous-préfecture, à travers les vignobles de Saint-Jean-Pla-de-Corts. Tous les contreforts des montagnes de l'Albère sont blancs. Les toits rouges de Céret tranchent seuls sur cette symphonie virginale dans laquelle se confond même la blanche plazza de toros.

Le long de la voie ferrée, les cerisiers font la haie. Lorsqu'un train circulait sur ces rails aujourd'hui inutiles, les voyageurs pouvaient cueillir des cerises sans quitter leur compartiment. Les cerisiers sont partout. Ils détachent leurs tendres silhouettes sur le lit du Tech, sous l'arche émouvante du Pont du Diable et dans les prés d'herbe grasse et mouillée de la route de Maureillas.

Cette année, la récolte a été inférieure d'un tiers à celle de l'an dernier. Mais, en compensation, la qualité a été supérieure. Toutefois, ne vous alarmez pas : malgré cette diminution, il y a déjà presque un mois que Céret expédie chaque jour vingt cinq mille kilos de cerises.

Cela en représente des échelles dressées sous les arbres et des bras levés pour détacher les bouquets de fruits et des corbeilles pleines portées par des processions de jeunes filles, ces Catalanes de Céret, les plus jolies femmes du Roussillon.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le marché aux cerises de Céret à la fin des années 1920


Dans toutes les rues de Céret, on trie, on classe, on choisit. Les cerises sont en tas d'abord. Puis elle prennent place sous les doigts agiles des Cérétanes, dans des caissettes où elles s'alignent comme des confiseries de luxe, des bonbons rouges si luisants qu'on les dirait caramélisés. Ou bien, on emplit des cageots, des cagettes, des billots, formant, devant les magasins, d'impressionnantes fortifications. Et tout cela part, dans le tumulte des gazogènes, les éternuements des moteurs réticents, l'odeur néfaste du charbon et les grands cris des expéditeurs en chemise à manches courtes et en espadrilles, montant en pleine marche sur les camions sous le grand coup d'un soleil déjà estival.

A Perpignan-Ville, les cerises ont fait quelques apparitions sur le marché. Chacun en aurait voulu. Mais à un kilo de cerises par titulaire de carte d'alimentation, il aurait fallu cent tonnes par jour. Comme les répartiteurs doivent alimenter non seulement Perpignan, mais le reste des départements français, la capitale du Roussillon n'a pas été plus favorisée que Narbonne, Toulouse ou Lyon.

A Céret, le producteur a vendu ses cerises jusqu'au 10 mai à 15 francs le kilo. Du 10 au 15 mai, les cours ont été abaissés à 9 fr. 50. Aujourd'hui, on ne cueille plus que la cerise « Napoléon ». Malgré ce nom prometteur, il ne s'agit que du bigarreau blanc, qui se mélange avec les cerises ordinaires. Le tout est taxé à la production à 5 francs le kilo. Les agriculteurs cérétans, en raison de la modicité de leur récolte, estiment que ces prix n'ont pas été assez rémunérateurs. Ils doivent avoir raison. Mais le consommateur qui a payé, au détail, les cerises à 22 francs, 20 francs et 12 fr. 50 (dans les Pyrénées-Orientales), considère que c'est suffisant (pour lui). C'est une question de point de vue.


Louis Walter

Note sur l'auteur : Louis Walter a été un journaliste de L'Indépendant et effectue donc le reportage pour ce journal parisien. Il semble avoir été prisonnier de guerre en Allemagne (mais rapidement libéré) et reçoit le Prix de l'Académie (1000 francs) en 1944 pour son ouvrage Ceux des Stalags. Derrière les barbelés.

Source : Le Journal (Paris) du 2 juin 1943 (via Gallica) [domaine public]
Info Louis Walter : Ego 39-45
Photo : Bandeau issu du journal [domaine public]
Carte postale : Editions Cim (fin années 20) [domaine public]

Retrouvez ici tous les articles en rapport avec la cerise de Céret.



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mardi 24 novembre 2015

Au programme au cinéma de Céret en novembre 1930

Aventures et romance au cinéma de Céret en 1930

On peut lire dans le journal La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 le programme du cinéma à Céret, dans la salle municipale et au cinéma Le Cérétan pour les séances de samedi et dimanche. Peut-être certains cérétans, aujourd'hui très âgés, se souviennent-ils avoir vu ces films ? Voyons ce qu'il en est de ce programme.


Des aventures en Sibérie...


Le premier film annoncé est « Michel Strogoff », interprété par les célèbres artistes Yvan Mosjoukine et Nathalie Kovenko. Michel Strogoff est avant tout un célèbre roman d'aventures de Jules Verne publié en 1876. L'histoire se déroule en Russie  et raconte l'histoire d'un messager du Tsar chargé de porter un message au frère de celui-ci afin de le prévenir d'un complot visant à permettre l'invasion de la Sibérie par des hordes tartares. Son chemin est bien sûr parsemé d'embûches, il se fait notamment brûler les yeux, mais il rencontrera aussi l'amour, avec la belle Nadia.

Parmi les acteurs du film, Nathalie Kovanko (Nadia)

Le film diffusé à Céret en 1930  est un film muet de 1926, réalisé par le cinéaste russe Victor Tourjansky (1891-1976), émigré après 1917 en France, puis plus tard aux États-Unis et enfin en Italie. L'article de presse précise qu'il s'agit de la deuxième partie du film diffusée ce jour-là à Céret, car la totalité de ce long-métrage dure tout de même 2 heures et 48 minutes !

L'acteur principal est Ivan Mosjoukine (1889-1939), émigré russe en France, et une des plus grandes vedettes du cinéma muet de l'époque ayant déjà joué dans plus d'une centaine de films. Son fort accent russe l'empêchera de faire carrière dans le parlant, ce qui lui vaudra alors de mourir seul et dans la misère.

Ivan Mosjoukine (Michel Strogoff)
est dans une mauvaise passe...

La belle Nadia est l'actrice ukrainienne Nathalie (Natalia) Kovenko (1899-1967). Elle est à l'époque la compagne de Victor Tourjansky et participe à la plupart de ses films. Lorsqu'il la délaisse au début des années 30 pour l'actrice française Simone Simon, elle rentre dans son pays et arrête le cinéma.

Ce film  de 1926 n'a pas été tourné en Sibérie, mais à Boulogne-Billancourt pour les scènes d'intérieur, puis en Lettonie dans des paysages similaires aux grandes steppes, avec le concours de plusieurs milliers de figurants de l'armé lettone elle-même pour les scènes de batailles, et enfin en Norvège. Dépaysement garanti pour nos spectateurs du Vallespir !
Etrangement, Victor Tourjansky réalisera en 1961 une autre adaptation de ce roman, Le Triomphe de Michel Strogoff, mais cette fois-ci en version sonore et en italien !

On peut voir ci-dessous un extrait du film.



...et une histoire romantique de vengeance.


Le deuxième film annoncé est « Souvent est pris », délicieuse comédie interprétée par Monte Blue et Dorothy Devore. Il s'agit d'un film muet américain de 1926 connu sous un autre titre, « La double mort du capitaine Frazer », à l'origine « The Man Upstairs ». Le réalisateur en est Roy Del Ruth (1895-1961), encore à ses débuts à l'époque mais qui deviendra le deuxième réalisateur le mieux payé d'Hollywood dans les années 30.

Le film « Souvent est pris » a été perdu depuis, et l'on sait seulement qu'il était constitué de 7 bobines. L'histoire est celle d'un homme, Geoffrey, cherchant à obtenir un rendez-vous d'une femme, Marion, via une petite annonce. Lui ayant fait une blague, celle-ci décide de se venger en se faisant passer pour morte et en l'accusant d'être l'auteur du crime. Après quelques péripéties et l'avoir sorti de prison, elle finit par lui accorder le rendez-vous demandé.

Monte Blue en 1924

Le rôle de Geoffrey est interprété par Monte Blue (1887-1963). Après avoir commencé comme cascadeur, il se fait une réputation comme acteur de film romantiques et est un des rares acteurs à avoir survécu à la révolution du cinéma sonore.

Le rôle de Marion est interprété par Dorothy Devore (1889-1976). Véritable vedette durant les années 20 dans de nombreux films de comédie, elle arrête sa carrière au moment du passage au parlant.

Dorothy Devore en 1925

En France, le cinéma muet vit en 1930 ses dernières heures, puisque le premier long métrage sonore français est tourné cette année-là, mais la plupart des salles de cinéma ne sont pas encore équipées à cet effet, lui assurant ainsi un sursis momentané.

Il y a encore un cinéma à Céret de nos jours qui diffuse un à deux films par semaine.

Le cinéma de Céret  de nos jours

Sources :
La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan, domaine public]
Articles Wikipédia des sujets concernés (cf. liens).
Informations sur The Man Upstairs : Catalogue du American Film Institute.

Illustrations :
Photos du film Michel Strogoff : La Petite Illustration cinématographique du 7 août 1926 [domaine public]
Photo de Monte Blue : Photoplay Publishing Company [domaine public]
Photo de Dorothy Devore : Auteur inconnu, photo promotionnelle de 1925 [domaine public]
Photo du cinéma : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]

Les autres articles sur Céret sont à relire ici.

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mercredi 21 octobre 2015

Ode aux gorges du Mondony en 1912

Les gorges du Mondony au début du 20ème siècle
Après les poèmes de Marc Anfossi dans Amélie Journal en 1912 concernant le Tech puis les environs d'Amélie-les-Bains, voyons à présent son poème paru dans ce même journal le 28 janvier 1912 et à la gloire, cette fois-ci, des gorges du Mondony.

La rivière du Mondony qui descend au sud d'Amélie-les-Bains, depuis le Roc de Frausa jusqu'au sein même du village où il conflue dans le Tech, est depuis toujours un lieu d'excursion pittoresque, notamment par ses gorges remarquables, que notre curiste poète n'a sans doute pas manqué d'aller visiter avant de leur dédier les quelques vers qui suivent.

Les Gorges

Sombres gorges du Mondoni,
Rochers où vient faire son nid
Le gypaète,
Vous cachez des attraits puissants
Et des murmures caressants
Pour le poète !

Cascades aux reflets d'argent,
Fond sinueux toujours changeant,
Blocs titanesques,
J'aime par le matin si pur
Voir se dessiner d'ans l'azur
Vos arabesques.
Le Mondony en crue à Amélie-les-Bains

Sierras au profil tourmenté
Sommets que le soleil d'été
Echauffe et dore,
Il me semble, le jour fini,
Sombres gorges du Mondoni
Vous voir encore.

Gorges dont Gustave Doré
Plus d'une fois s'est inspiré,
Gorges sublimes,
Je bénis Dieu qui m'a laissé
Chanter en un vers cadencé
Vos âpres cimes.

Sombres gorges du Mondoni
Lorsque le cours sera fini
De mes années,
J'évoquerai sur le grand seuil,
Vos sommets éclatants, orgueil
Des Pyrénées !

Marc Anfossi
Amélie-les-Bains, 25 janvier 1912


Source :
Amélie Journal du 28 janvier 1912 (via Bib. numérique de Perpignan, domaine public)

Illustrations :
Carte postale : Editeur anonyme, début 20ème siècle, domaine public.
Photo : Fabricio Cardenas, CC-BY-SA

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jeudi 1 octobre 2015

Deux légendes pour une cascade à Arles-sur-Tech en 1912

Arles-sur-Tech vu depuis les hauteurs de Fontanils
Un certain Robert de la Pineuse nous raconte son excursion à Arles-sur-Tech, dans le Amélie Journal du 28 janvier 1912. Ce texte semble initier une série de promenades effectuées par l'auteur dans le Vallespir et dont les récits sont regroupés dans une chronique qui dura quelques numéros et logiquement intitulée « Une promenade par semaine ». J'ai choisi de retranscrire ce premier récit (texte en italique) dans son intégralité à la fois pour le style, lyrique quoiqu'un peu vieilli, et pour les nombreuses informations qu'il recèle sur la vie de cette époque. Il soulève aussi quelques questions.

La Cascade du « Saut de la Mère Vaillante ». -- Par une matinée du printemps dernier, matinée radieuse qui promettait une splendide journée, j'avais gagné Arles en suivant les bords du canal d'irrigation, bords fleuris envahis par les herbes folles aux pointes desquelles scintillaient des perles irisées.

Robert de la Pineuse est visiblement parti d'Amélie-les-Bains vers Arles. Première question : le nom de la célèbre cascade d'Arles-sur-Tech, bien connue sous le nom de « Salt de (la) Maria Valenta », soit en français le Saut de la Marie Vaillante. Le nom que l'on a ici est celui de Saut de la Mère Vaillante, et pourtant nous allons voir qu'il s'agit vraisemblablement du même endroit.

La Font dels Boixos
J'avais admiré l'exubérance de cette végétation que ne soupçonnent pas les « hinants » [hivernants ?] envolés dès que notre pays commence à se couvrir de verdure.
J'avais traversé le Tech au pont de la Fontaine des Buis, et je m'étais engagé dans le sentier qui, au milieu de grasses prairies plantées de superbes pommiers, longe de très près la rive droite du torrent.
Je passai bientôt à côté d'une ruine faite de cailloux de rivière, noyés dans un indestructible ciment, ruine informe, certes, mais à coup sûr vénérable. Un vallon, un riant vallon, s'ouvrit peu après sur ma gauche : à l'entrée, de beaux arbres, chênes, châtaigniers, dominaient des taillis plus humbles ; une herbe très fine, très parfumée, émaillée de fleurettes et aussi de fraises déjà rouges tapissait le sol granitique dont les moindres pierres étincelaient au soleil. Un clair ruisseau gazouillait qui, avant de se perdre dans le Tech, s'épandait au milieu d'un fouillis de roseaux aux fins panaches, de prêles géants - derniers vestiges des végétations des âges primitifs - d'iris aux larges pétales d'or, de menthes embaumées.

En passant sur la rive droite du Tech au niveau de la Fontaine des Buis, aujourd'hui signalée par un panneau indiquant Font dels Boixos, notre randonneur ne sait peut-être pas qu'il vient de rentrer sur le territoire de l'ancienne commune de Fontanils, réunie à Arles-sur-Tech en 1823, dont elle coupait le territoire en deux parties et alors qu'il y avait à l'époque encore une centaine d'habitants.

L'église Santa Creu de Quercorb
Je suivis le sentier qui, remontant ce vallon, serpentait à travers d'épaisses touffes de cistes arborescents au feuillage résineux, à l'écorce rouge, aux grandes fleurs blanches mouchetées de brun, et je me trouvai bientôt au pied d'une humble chapelle construite à flanc de coteau, au-dessus de la rive droite du ruisseau : la carte d'Etat-Major consultée, me répondit : Santa-Creu. Un vieux pâtre, qui surveillait de loin les ébats capricieux de trois chèvres fort affairées à mettre à mal d'innocents buissons m'apprit que l'office divin se célébrait encore le 3 mai, jour de la Sainte-Croix (Santa Creu), dans ce modeste ermitage ; les autres jours, la porte en est fermée, la cloche en reste muette.
Tel quel, d'ailleurs, l'humble édifice en parfaite harmonie avec le site, ne manque ni de grâce, ni de poésie.

L'excursion se poursuit depuis la fontaine en remontant vers le sud-ouest, où notre randonneur se trouve face à la petite église Santa Creu de Quercorb, dont la construction remonte au Xème siècle et qui, après avoir survécu au séisme de 1428, fut remaniée aux XVIIème et XVIIIème siècles (reconstruction de la porte et ajout du clocheton). Elle est également fermée de nos jours.

La cascade au nom changeant
Cependant mes yeux s'étant portés sur le fond du ravin, j'aperçus une cascade, une belle cascade qui bondissait au milieu des arbres. Le chevrier, interrogé, m'apprit que cette chûte d'eau était connue sous le nom de Sal de la Mare Balente [sic] (Saut de la Mère Vaillante) : et comme j'insistais, soucieux d'une étymologie, le bonhomme me raconta qu'autrefois, il y a très, très longtemps, un drame s'était déroulé là. A cette époque, le pays était infesté d'ours féroces. Un de ces animaux avait ravi le petit enfant d'une femme qui habitait une cabane très haut dans la montagne. Aux cris du pauvret, la mère accourut, et une course folle s'engagea, qui conduisit la brute et ses deux victimes au bord du rocher d'où tombe la cascade. L'ours bondit sans lâcher sa proie ; la mère, acharnée à sa poursuite, sauta à son tour dans le vide : chûte terrible... ô miracle ! avant de s'élancer, la vaillante femme avait eu le temps d'invoquer le ciel. Elle se retrouva saine et sauve dans le bassin profond qui reçoit le torrent : auprès d'elle souriant, son enfant lui tendait les bras, et, quelques pas plus loin, l'ours gisait, la tête fracassée, sur les pierres où il était venu s'abîmer...
Le vieux pâtre, ayant achevé son récit, se mit en devoir de rassembler ses chèvres qui s'égaillaient, puis il conclut :
Nous n'avons plus d'ours, aujourd'hui, mais les mères sont toujours aussi braves, allez !

Cascade la Marie Balente (1921)
Le vieux berger, à travers la légende qu'il raconte, justifie le nom de Salt de la Mare Valenta (Saut de la Mère Vaillante). Il n'y est nul question de Maria, élément du nom de la cascade aujourd'hui. Mais les deux termes, Mare et Maria, sont proches et le glissement à pu se faire facilement de l'un à l'autre avec le temps (d'autant que Maria est aussi... Mare de Deu). La carte postale ci-contre date au moins de 1921, soit à peine neuf ans après ce récit, et donne le nom de Cascade de la Marie Balente. De nos jours, l'imposant Atlas toponymique de Catalogne nord (Terra Nostra, 2015) de Joan Becat confirme le nom de Salt de la Maria Valenta et je n'ai vu nulle part (pour l'instant) le nom de Mare à la place de celui de Maria. Comment expliquer cette absence ? La légende liée à la Maria, que l'on peut voir partout aujourd'hui, fait allusion à une jeune fille ayant préféré se jeter du haut de la cascade pour échapper à des soldats (ou des brigands, c'est selon) cherchant à la violenter. Il serait intéressant d'enquêter sur les anciennetés respectives de ces deux noms et des deux versions de cette histoire afin de déterminer l'antériorité de l'une ou l'autre. Il n'est pas anodin de trouver ici une histoire liée à l'ours à Arles-sur-Tech, où l'on pratique encore aujourd'hui une des fêtes de l'ours, que l'on trouvait jadis dans tout le Vallespir, et qui n'a survécu de nos jours qu'à Arles, Prats-de-Mollo et Saint-Laurent-de-Cerdans.

Je redescendis de Santa Creu, et traversai le ruisseau un peu avant la ferme de Can Panne, qui occupe le vallon auquel elle donne son nom, puis je remontai le long de la rive gauche, sautant de pierre en pierre, car le torrent mutin coulait abondant et ne se gênait nullement pour faire du sentier son lit. Le soleil était devenu ardent, et je me réjouis que mon chemin pénétrât dans l'ombre fraîche d'une épaisse châtaigneraie. Je m'élevai rapidement par une série de lacets ; alors, guidé par le bruit, je cherchais à me rapprocher de la cascade, devenue depuis longtemps invisible : une piste sur la gauche me conduisit d'abord dans un chaos de grosses pierres, puis au pied d'un rocher suintant d'humidité, recouvert d'une couche de gracieuses fleurettes, enfin, au bord d'une ravissante vasque en forme de coupe - la vasque de la Mère Vaillante ! - dans laquelle se précipitait la cascade, plus qu'à moitié cachée sous les arbres touffus. Et c'est peut-être parce qu'il était impossible de la contempler en son entier que cette cascade prit, aux yeux qui en découvraient une petite partie, un charme si étrange, le charme des choses mystérieuses, des choses secrètes qui perdent tant de leur beauté lorsqu'elles sont dévoilées, se révélant dès lors banales, quelconques...
Oh, l'adorable site ! j'y restai longtemps, très longtemps, car il serait difficile d'imaginer un lieu plus favorable à la rêverie. Quelque peintre saura-t-il faire revivre la touchante légende de la mère et de l'enfant sauvés par la grâce divine dans ce cadre exquis d'eau bruissante, de rocs sauvages, de douces verdures ?
Je revins par un sentier qui, longeant la chapelle de Santa Creu, s'élève au-dessus du mamelon qui limite le vallon de Can Panne du côté d'Arles et redescend à la fontaine des Buis en passant au milieu de fermes entourées d'aimables prairies en pente douce.
Une matinée ou une après-midi suffisent amplement pour cette petite excursion. En profitant des moyens de transport qui relient Arles à Amélie, c'est une promenade à la portée des marcheurs les plus médiocres, et je ne saurai trop la recommander, d'autant mieux qu'elle est intéressante en toute saison, le vallon de Can Panne partageant, avec beaucoup d'autres de notre région bénie, l'heureux privilège de conserver en plein hiver une riante et verdoyante parure.
Une autre fois, nous nous hasarderons ensemble, si vous le voulez bien, au delà et plus haut dans ce joli ravin, en une excursion plus longue qui nous permettra d'admirer de splendides horizons ; et peut être chemin faisant, recueillerons-nous encore de ci, de là, quelqu'une de ces légendes poétiques, si abondantes dans notre Vallespir...

Robert de la Pineuse

Au-delà de la cascade se trouve également une grotte, la Cova dels Sants, célèbre pour avoir hébergé les reliques des saints Abdon et Sennen, rapportées à Arles depuis Rome au Xème siècle par l'abbé Arnulfe, et dissimulées dans cet endroit à la Révolution française pour empêcher leur destruction. Objet d'un pèlerinage annuel, le chemin d'accès passe par la cascade et le mas de Can Panna (Can Panne), cité dans le récit ci-dessus, dont les propriétaires actuels sont en conflit depuis quelques années avec la mairie et les pèlerins pour avoir condamné (à tort ou à raison) une partie du chemin ancestral et sans doute également emprunté à l'époque par Robert de la Pineuse. Précisons que les accès à la fontaine et à l'église ne posent aucun problème pour l'instant.

Note : N'étant absolument pas un spécialiste de l'histoire d'Arles-sur-Tech moi-même, toutes les explications concernant les questions soulevées ici sont les bienvenues. Sans doute quelqu'historien d'Arles a t-il des réponses.
N'hésitez pas à laisser un commentaire !

Source : Amélie Journal du 28 janvier 1912, via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan [domaine public].
Sur le conflit actuel lié au chemin, voir les articles de L'Indépendant du 30 juillet 2014 et du 24 juillet 2015 (pèlerinage annulé).

Photos :
Vue d'Arles, Font dels Boixox et église Santa Creu de Quercorb : Fabricio Cardenas, CC-BY-SA
Salt de Maria Valienta : Ancalagon, CC-BY-SA (via Wikimedia Commons)
Carte postale de la cascade : Editions Galangau, domaine public.

Pour rappel, cet autre article concernant Arles-sur-Tech, mais en 1815, à relire ici.

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mercredi 24 juin 2015

Ode aux environs d'Amélie-les-Bains en 1912

Des babas à Montalba !
Nous avons pu lire précédemment dans l'Amélie journal du 11 janvier 1912 à propos du Tech les vers de Marc Anfossi , écrivain parisien alors en cure à Amélie-les-Bains. Dix jours plus tard, celui-ci récidive, dans le numéro du 21 janvier 1912, mais cette fois-ci à propos des environs d'Amélie. En effet, le principal souci des curistes est bien entendu de se trouver des distractions et Montbolo, Palalda ou Montalba-d'Amélie sont à l'époque des sujets d'excursions tout trouvés et accessibles. Il en résulte un poème étonnant, sur un mode enfantin, et qui se prêterait assez bien à la chanson (mais peut-être quelqu'un l'a-t-il déjà mis en musique ?).

Confidences d'un moutard parisien

Moi j'aime beaucoup Amélie...
C'est une Montagne jolie
Maman y refait sa santé
L'hiver, et quelquefois l'été.
On s'y promène, on s'y adonne
Et quand j'ai soif, maman mignonne
Souvent me grise de lolo
     A Montbolo.

Que de charmantes promenades !
Que de roches, que de cascades !
Sauge, lavande, serpolet
Parfument chaque ruisselet.
Papa dit : La belle nature !...
Grand'mère paye des montures
Et nous allons tous a dada
     A Palalda.

Quelquefois, légers, très ingambes
A nos cous nous prenons nos jambes
Et sans nous fatiguer jamais
Nous escaladons les sommets.
A ce jeu l'appétit s'aiguise,
Et pour le calmer à ma guise
Maman me bourre de babas
     A Montalba.


Pour gâterie conforme,
Marc Anfossi
Amélie-les-Bains, janvier 1912

Note : En 1912, Palalda et Montalba-d'Amélie sont encore des communes indépendantes. Palalda fusionne en 1942 avec Amélie et Montalba-d'Amélie est rattachée en 1962.

Source : Amélie journal du 21 janvier 1912 (via Bib. numérique de Perpignan, domaine public)
Photo : Fabricio Cardenas, CC-BY-SA


Cliquer sur les liens pour retrouver les articles de ce blog en rapport avec Amélie-les-Bains-Palalda ou avec Montbolo.


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lundi 1 juin 2015

Culture du cerisier dans les Pyrénées-Orientales en 1938

Un cerisier à Maureillas en 1938
Ce week-end du 30 et 31 mai a eu lieu à Céret la fête de la cerise. Nous avons pu déjà voir dans des précédents articles que, bien que sans doute ancienne, la culture de la cerise y est très longtemps restée totalement anecdotique puisqu'à la fin du XIXème siècle Céret est universellement renommée pour ses noisettes et que l'on ne commence à parler de la cerise de Céret dans la presse nationale qu'à partir de 1926, avant que ne démarre en 1932 la tradition d'envoyer une caisse de cerises au président de la République, opération publicitaire efficace et qui prouve alors la précocité de la cerise de Céret parmi les cerises françaises.

Le succès de la cerise de Céret à partir des années 20 a incité les producteurs fruitiers a planter des arbres en grande quantité, tout en provoquant l'émergence de nouvelles variétés, non plus pour la consommation locale mais plus aptes au transport et pour le commerce national. Je propose donc dans cet article de commencer à faire le point sur cette révolution de la cerise dans les Pyrénées-Orientales vingt ans après, soit en 1938, à travers le constat dressé par les ingénieurs agricoles Peyrière, Basset et Clave dans Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales.

En 1938, la cerise est cultivée dans tout le département sauf dans le canton de Mont-Louis. Quatre communes cependant concentrent la moitié de la production : Céret, Maureillas, Reynès et Llauro. On compte 90 000 cerisiers à travers tout le département produisant en moyenne 24 000 quintaux par an. La région de Céret en particulier est passée de 20 000 à 30 000 cerisiers de 1920 à 1937 et produit alors 15 000 quintaux, soit plus de 60% de la production départementale. Voyons quels sont les cantons concentrant le plus grand nombre de cerisiers en 1938 :

Canton de Céret : 45 000
Canton de Prades : 7 200
Canton de Thuir : 6 400
Canton d'Argelès-sur-Mer : 5 250
Canton d'Arles-sur-Tech : 2 200
Canton de Saint-Paul-de-Fenouillet : 2 000
Canton de Latour-de-France : 2 000

La position dominante du canton de Céret est incontestable, mais on peut voir que d'autres régions telles que les cantons de Prades (avec la commune de Clara) ou de Thuir (avec Llauro) ont également une production honorable. Le podium de tête des communes aux plus grand nombre de cerisiers sont les suivantes, toutes dans le canton de Céret :

Céret : 25 000
Maureillas : 7 000
Reynès : 5 500

Les auteurs précisent qu'à l'époque les cerisiers n'existent sous forme de plantation quasiment que dans la région de Céret. Partout ailleurs dans le département, ils sont soit isolés, soit en petits groupes en bordure des champs, des vignes ou des prairies.
En ce qui concerne les plantations, les jeunes arbres sont tous issus des pépiniéristes locaux et plantés à 7 ou 8 mètres les uns des autres. Sitôt plantés, ils sont rabattus à une hauteur entre 1,30 et 1,50 mètre. Ensuite, quelques-uns les taillent en gobelet durant les premières années, la plupart laissent l'arbre livré à lui-même. Le seul traitement appliqué est une bouillie bordelaise à 2%, pulvérisée en hiver. Le rendement moyen est de 70 kg de cerises par arbre. En 1937, un arboriculteur de la région obtient toutefois un rendement de 150 kg sur une cinquantaine de ses cerisiers.

Note : Un quintal métrique équivaut à 100 kg. La région de Céret produit donc à l'époque 1 500 tonnes de cerises pour 30 000 arbres (dont 1 250 tonnes rien que pour Céret même), ce qui correspond plutôt à un rendement moyen de 50 kg par arbre. On est encore loin des quantités produites dans les années 70, mais c'est en fait le niveau auquel on est revenu de nos jours.

Note 2 : Un film documentaire sur l'histoire de la cerise à Céret vient de sortir ces jours-ci. Il s'agit de Céret, des cerises et des hommes, de Claire et Gérard Ebele. Plus d'infos ici.

Nous verrons dans un article suivant les variétés cultivées à l'époque.

Source et photo :
* Peyrière, Basset et Clave, Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales, 1938 (domaine public ?)




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vendredi 29 mai 2015

Ode au Tech en 1912

Le Tech en crue à Céret (2014)
On peut lire dans le n°1182 d'Amélie Journal du 11 janvier 1912, un poème de Marc Anfossi dédié au Tech, principal cours d'eau du Vallespir.

Le Tech

Tantôt c'est un serpent bleuâtre
Glissant sur les galets polis ;
Tantôt c'est un ruisseau folâtre
Dont on entend le gazouillis,

Par instants, il gronde, il moutonne,
Emportant arbres et maisons,
Pareil à l'ouragan qui tonne
Il dévaste les floraisons.

Puis, reprenant son cours tranquille
De bon Tech, placide cours d'eau,
Il laisse à découvert quelque île
Où revient becqueter l'oiseau.

Le Tech ressemble à l'âme humaine
Qui parfois, distillant la haine,
Engloutit l'Amour et l'Espoir,
Et qui, dans les larmes calmée,
Se trouve conquise et charmée
Par les douces chansons du soir.

Marc Anfossi
Amélie-les-Bains, janvier 1912.

Cet écrivain oublié aujourd'hui, et sans doute de passage en cure à Amélie-les-Bains, a beaucoup publié entre 1890 et 1910. On trouve de lui de nombreux poèmes en tous genres et des romans-feuilletons pour la presse nationale ainsi que pour la jeunesse. On peut voir ci-dessous une affiche publicitaire pour un de ses romans-feuilletons à paraître dans Le Matin en 1900, Les Chevaliers du pneu.

Affiche réalisée par Raymond Tournon


Source : Amélie Journal du 11 janvier 1912 (via Bib. numérique de Perpignan, domaine public)
Photo : Fabricio Cardenas (crue du 1er décembre 2014) (CC-BY-SA)
Illustration : Affiche de Raymond Tournon (1879-1919) (via Gallica, domaine public)



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lundi 8 décembre 2014

Création d'un club démocratique à Céret en 1848

L'année 1848 constitue une période agitée de l'histoire de France puisqu'une révolution met fin à la Monarchie de Juillet (1830-1848) et met en place la Deuxième république dès le mois de février.
Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République en décembre 1848. A Céret, les républicains s'organisent. Le document retranscrit ci-dessous ne précise pas quand en 1848 il a été publié. Toutefois, on se doute que cette année-là, la République est encore fragile et ses partisans cérétans éprouvent donc le besoin de se compter et de s'affirmer. Ils proposent donc la création d'un club républicain.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

République française

Liberté, égalité, fraternité



Habitans de Ceret, nos Concitoyens, nos Frères,

Un Club vient de s'organiser. Son principal but est la propagation des principes démocratiques tels que les entendent et les pratiquent les hommes sages et vertueux.
Liberté pour tous, Égalité entre tous, Fraternité la plus cordiale. - Voilà ce que veulent les fondateurs de ce Club, c'est vous dire qu'ils n'excluent aucun de leurs frères et que tous seront reçus à bras ouverts.

Venez donc à nous, vous tous qui voulez la République dans toute sa pureté, qui voulez l'ordre dans la liberté, le respect des personnes et des propriétés, venez à nous, apportez à l'œuvre commun votre concours, associez-vous à vos concitoyens qui vous appellent de leurs vœux et bientôt cette cité donnera l'exemple d'une seule famille marchant droit et ferme à la conservation des droits de l'homme inscrits en caractères ineffaçables en tête de nos constitutions.

VIVE LA RÉPUBLIQUE !

[Perpignan, de l'imprimerie de Mlle A. Tastu .- 1848]

Notons qu'il y aura au moins deux clubs de la sorte à Céret. Tous deux seront interdits par les autorités à partir de 1851, peu avant le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851 et qui fera de lui un empereur un an plus tard.

Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret.

Sources :
Document : Gallica [domaine public]
Précisions Céret : Pierre Cantaloube, Céret et les ponts du Tech, Saint-Estève (Pyrénées-Orientales), Les Presses Littéraires, coll. « Le Tech et ses franchissements »,‎ 2004, ISBN 2350730093
Photo : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]



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mardi 18 novembre 2014

Des guérisseurs à Vivès en 1882

C'est l'histoire d'un drame d'apparence banale que nous relate le quotidien L'Espérance du 4 janvier 1882. Mais grâce à ce fait divers, c'est également un type d'information rarement écrite qui est parvenu jusqu'à nous. En effet, les familles de guérisseurs sont souvent connues localement mais leur réputation se fait généralement par le bouche à oreille et leur souvenir se perd alors avec l'ensemble du savoir oral au gré des générations. Le journaliste de l'époque a sans doute tenu à leur rendre hommage.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le centre de Vivès
Palalda, 2 janvier.

Dans le courant de la semaine dernière, un homme originaire de Serrallongue, garçon muletier à la métairie Aldaï, territoire de Palalda - suivait sur la grand-route, entre Céret à Amélie-les-Bains, une lourde charrette chargée de farine.
Chemin faisant, tout en causant avec le charretier, il fit un faux pas, tomba sous le véhicule, et une roue lui broya la jambe droite.
On mit le pauvre estropié sur la charrette et on le conduisit à la métairie Aldaï, laquelle appartient à la famille de Lourdoueix.
Lorsqu'il fut reposé, on le porta à Vivès, chez MM. Noé. De père en fils, les Noé reçoivent le don de remettre les fractures.
Il parait cependant que pour ce pauvre malheureux, l'amputation deviendra nécessaire, tellement sont broyés les os de sa jambe.
Les Noé, aussi bien ceux de Vivès que ceux de St-Michel-de-Llotes, rendent d'admirables services dans le département ; non-seulement ils n'acceptent aucune rémunération, mais ils donnent bien souvent des secours aux malheureux qui viennent implorer leur guérison.

On imagine sans mal la souffrance de ce pauvre muletier qu'il a fallu ramener chez lui avant de se décider à le porter de Palalda à Vivès (16 km de nos jours) pour sans doute au final le ramener ailleurs pour une amputation.

La métairie Aldaï est aujourd'hui mentionnée sur la carte IGN  sous le nom de Mas Alday et se trouve en bas de Palalda, près du Tech. Palalda est encore une commune à cette époque, n'étant fusionnée avec Amélie-les-Bains qu'en 1942. Serralongue, village d'origine du muletier, se trouve plus haut en Vallespir.

La famille Noé de Vivès, dans les Aspres, a donné plusieurs maires à la commune, dont le plus connu, Joseph, maire de 1884 à 1902, a également été conseiller général du canton de Céret. Il y a aussi un Dominique Noé vers 1814 et un Jacques Noé de 1919 à 1921.

A Saint-Michel-de-Llotes, en Ribéral, un certain Dominique Noé a aussi été maire de 1830 à 1848 puis de 1852 à 1867.

Ces familles de guérisseurs existent-elles encore de nos jours ? L'annuaire ne montre plus de Noé dans ces deux communes, bien que l'on en trouve encore dans les environs. Cela ne veut pas dire qu"il ne sont plus présent en ces deux endroits ni que leur talent ne ce soit transmis sous un autre nom ou ailleurs. Seuls des habitants de Vivès ou Saint-Michel-de-Llotes pourraient nous en dire plus ?

Sources :
* Article de L'Espérance : Fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan  [domaine public]
* Maires de Vivès : De Vivers à Vivès : du 2ème au 3ème millénaire, mémoires d'un village, Vivès, Mairie de Vivès,‎ 1999
* Maires de  Saint-Michel-de-Llotes : MairesGenWeb
Photo : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]

Pour rappel, dans ce même numéro du quotidien L'Espérance : les agissements anti-cléricaux du maire de Pollestres en 1881.


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