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lundi 5 octobre 2015

La dure vie des femmes catalanes en 1890

De belles danseuses que l'on charge comme des mules

Nous retrouvons pour cet article l'auteur Victor Dujardin, responsable de l'épais volume paru en 1890 et intitulé Voyage aux Pyrénées : Souvenirs du Midi par un homme du Nord ; Le Roussillon. Bien qu'« homme du nord » à l'origine, il en vint à bien connaitre les Pyrénées-Orientales et fit part dans ce livre de ses impressions concernant tous les aspects de la vie dans cette région à la fin du XIXème siècle.

Après nous avoir exposé son ressenti face à la langue catalane, à laquelle il ne comprenait rien et ainsi que nous l'avons vu précédemment, l'extrait que j'ai choisi aujourd'hui nous parle des femmes catalanes. Il est indéniable qu'il les trouve magnifiques, mais nous allons voir qu'il y a malheureusement un revers à la médaille...

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Paysanne du Roussillon vers 1830

La belle Catalane...


Dans son livre, Victor Dujardin explique qu'il assiste à de nombreuses fêtes de village et que les habitants du département ne faillissent pas à leur réputation  de danseurs invétérés. Pour rappel, certains auteurs du XIXème siècle, frappés de voir les Roussillonnais saisir la moindre occasion pour danser sans fin, se demandaient même si ceux-ci, enfants, n'apprenaient pas à danser avant même de savoir marcher.

Qu'elles sont gracieuses, les sveltes Catalanes, quand elles se lancent dans le tourbillon de la farandole ! - La tournure élégante, la souplesse des mouvements de ces jolies filles, aux yeux ardents, au geste vif, aux traits accentués et aux formes opulentes, accusent la race maure ou espagnole. - Le balancement rythmique des hanches de la Catalane fait penser à ce vers de Baudelaire :
Même quand elle marche, on dirait qu'elle danse,
Ou à celui-ci :
Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes.
(...)
Brune à l'œil noir, à la taille élancée, à la chevelure abondante, gentiment coiffée du bonnet roussillonnais qui va si bien à sa figure mutine, la Catalane, fraîche comme la fleur des champs, raffole toujours de la danse et s'abandonne avec volupté dans les bras de son robuste cavalier. C'est surtout pendant l'entraînement rapide de la farandole que son visage s'épanouit et éclate dans toute sa beauté.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Femmes au marché de Perpignan en 1899


...est plus mal traitée qu'une mule.

Dans le Midi, dans ce pays du soleil et de la douce flânerie, où les longues siestes sont particulièrement délicieuses, la femme n'est pas l'égale de l'homme et travaille  plus que lui : Ainsi, dans les Pyrénées-Orientales, les femmes transportent le bois, les pierres, sont employées dans les carrières, gâchent le mortier, servent les maçons et exécutent les travaux les plus pénibles. - A Collioure, à Banyuls... elles remplacent, à l'époque des vendanges, les mulets dont on ne se sert plus depuis la diminution des récoltes. Un jour, pendant une promenade à Amélie-les-Bains, avec un Parisien, celui-ci fut impressionné par un spectacle fort commun : un cheval gravissait un sentier et un homme se prélassait dessus en fumant sa cigarette, tandis que sa femme suivait péniblement à pied, portant, en outre, un lourd panier pour soulager l'animal. 
(...)

(...) j'ai remarqué que les femmes portent, dans la montagne, de lourds fardeaux sur la tête ou sur les épaules. Dans ce dernier cas, la charge est supportée par un bât placé sur la nuque, ou par une sangle passée sur le front, comme les bœufs au labourage.

Les explications de Victor Dujardin reviennent à affirmer que les conditions de vie des femmes à l'époque dans les Pyrénées-Orientales sont plus dures que dans le nord de la France, d'où il est originaire. Cela peut sans doute s'expliquer par le fait que la région est alors encore en ce temps, dans une grande part de son territoire en tout cas, une société rurale traditionnelle, peu industrialisée ni mécanisée, où les travaux manuels occupent une place importante. Sans compter que le relief accidenté n'arrange rien.
Je ne m'aventurerais pas dans cet article sur les terrains d'un supposé machisme plus important des sociétés latines ou méridionales, ni de l'influence de la religion dans ces comportements, mais sans doute ces facteurs existent-ils.
Plus généralement,  un rapport de l'ONU de 1995 dénonçait la « double journée » et même la « triple journée » qu'effectuent toujours la plupart des femmes dans le monde, celles-ci travaillant en moyenne 13% de temps en plus que les hommes. L'évolution des pays industrialisés (et des mentalités) a sûrement diminué la pénibilité de ce travail, mais n'a pas fait disparaître les inégalités pour autant...

Sources :
Victor Dujardin, Voyage aux Pyrénées : Souvenirs du Midi par un homme du Nord ; Le Roussillon, Céret, éd. Lamiot, 1890 (via Gallica).
Autres infos : Article de Wikipédia sur la Condition féminine

Illustrations :
Dessin : « A Paysanne of Roussillon » (1832) par James Duffield Harding (1798-1863) [domaine public, coll. Bibliothèque de Toulouse]
Photo : « Au marché de Perpignan, 26 août 1899 » par Eugène Trutat (1840-1910) [domaine public, coll. Bibliothèque de Toulouse]


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mardi 21 octobre 2014

Une langue incompréhensible en 1890

Victor Dujardin en 1883
Victor Dujardin est un historien né dans l'Aisne en 1830, il se dit « homme du Nord », et est mort à Céret en 1897. Il a bien connu les Pyrénées-Orientales et publie en 1890 à Céret une monumentale histoire du Roussillon :
Voyage aux Pyrénées : Souvenirs du Midi par un homme du Nord ; Le Roussillon
Ses souvenirs sont souvent riches et truculents et mériteraient d'être reproduits in extenso (mais il y a tout de même 571 pages). J'y reviendrai plus tard mais j'ai voulu commencer par un petit extrait significatif de son incompréhension face à la langue catalane à laquelle il a dû être confronté lors de ses nombreuses excursions à travers le département. Il poursuit ensuite avec un curieux avis sur les Roussillonnais.

A l'exception des classes riches ou aisées, les Roussillonnais ne parlent presque pas le français. Leur langage, aux sons gutturaux,  est tout pétrrri de rrrr et de ssss. C'est l'abondance des consonnes et la suppression d'un grand nombre de voyelles, qui rendent ce dialecte dur et peu harmonieux. Il est issu du latin et du mélange des idiomes de tous les peuples qui ont successivement occupé ce pays.
J'ajouterai, en terminant, que les Catalans, remuants et bruyants, amis du soleil et de la liberté, sont assez serviables, un peu curieux et très doux, sous une apparence rude et hardie. - Enfin, cette population extrêmement patriote est aujourd'hui entièrement française de coeur, d'âme et de sentiments.

Il faut se garder de juger trop sévèrement cet auteur dont la réaction est semblable à celle de tous les autres visiteurs de la région à la même époque. A contrario, il se révèle un fin connaisseur du Roussillon et ses souvenirs sont pour le reste très précieux, notamment en ce qui concerne les aspects de la vie populaire en ce temps-là, et nous y reviendrons.

Source : Victor Dujardin, Voyage aux Pyrénées : Souvenirs du Midi par un homme du Nord ; Le Roussillon [domaine public] via Gallica
Photo : Prudent René-Patrice Dagron (1819-1900) [domaine public], via Gallica


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