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lundi 9 mai 2016

Inégalité devant la mort à Perpignan en 1904

Un enterrement qui prend du temps

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Notre-Dame de la Réal
Un mort pauvre et divorcé éprouve des difficultés à se faire enterrer à Perpignan, ainsi que nous l'indique un article paru dans le journal républicain, anti-clérical et socialiste La Cravache du 24 juillet 1904.
Sa famille essuie d'abord un refus de la part du curé de Notre-Dame de la Réal, ce dernier ne souhaitant pas célébrer de messe pour le défunt, celui-ci ayant été divorcé puis remarié. Cette attitude est encore normale pour l'époque et le journaliste ne manque d'ailleurs pas de préciser que cet incident était prévisible. Cependant, l'incapacité de la famille à régler les frais d'enterrement auprès des Pompes funèbres retarde la cérémonie, et c'est bien l'attitude de ces dernières qui est brocardée dans cet article. La chaleur du mois de juillet aggrave les circonstances et finit par indisposer tout le quartier.

L'égalité devant la mort


Dernièrement, exactement mercredi dernier, mourrait un brave travailleur, nommé Bernadach que telle un coup de massue, une insolation abattait sur la terre qu'il arrosait de sa sueur.
Il fut transporté chez lui et, aussitôt des démarches furent faites, à tort selon nous, auprès de son Eminence, le curé de N.-D. la Réal pour l'inhumation religieuse.
La réponse du corbeau fut typique : « Nous connaissons M. Bernadach ; l'église ne prêtera pas son concours à la cérémonie, parce que le décédé est divorcé et remarié ! »
Disons en passant que ce fut bien fait pour la famille Bernadach ; elle n'avait qu'à ne pas solliciter le concours des flamidiens et cette réponse ne lui aurait pas été faite.
Nous croyons cependant que si Bernadach, au lieu d'être un pauvre hère, eût possédé des millions, le cas ne se serait pas produit, pas plus que n'aurait eu lieu le scandale qui éclata à l'arrivée des Pompes funèbres.
Les employés de cette administration se conduisirent, en la circonstance, comme des goujats.
Ils exigèrent, lorsqu'ils portèrent le cercueil, que le prix en fut réglé immédiatement ; et de crainte que la somme ne leur fut pas remise et pour s'éviter un surcroit de travail, la bière, pendant la transaction, fut laissée au milieu de la rue.
De plus, l'administration des Pompes funèbres, sous le prétexte qu'elle a le droit de réglementer les enterrements d'indigents, ne voulut inhumer le corps de Bernadach que vendredi dernier à 5 heures, soit près de deux jours et demi après le décès.
A l'heure où nous écrivons, nous ne savons si, devant les protestations indignées des voisins qui sont forcés de fuir leurs demeures, le bureau d'hygiène aura exigé de M. Cauvet un prompt enlèvement du corps.
Mais, en tout état de cause, que penser du sans-gêne des Pompes funèbres ?
Même devant la mort, l'égalité n'est qu'un vain mot.


R. S.


N.-B. - Nous apprenons qu'à la suite des démarches faites par les intéressés auprès du bureau d'hygiène et du commissaire de police, les obsèques de Bernadach ont eu lieu jeudi dernier à cinq heures du soir.
Cela ne détruit pourtant pas notre argumentation.


R. S.

Note : le terme de flamidien, utilisé dans cet article pour désigner péjorativement le personnel clérical, fait référence à l'« affaire Flamidien », datant de 1899 et dans laquelle un Frère du même nom et de l’école Notre-Dame de la Treille à Lille fut accusé d'avoir tué un jeune garçon dans un parloir. Relâché faute de preuves, cet épisode fut l'occasion d'une importante campagne de presse anti-cléricale.

Source : La Cravache : Organe républicain, anti-clérical et socialiste de Perpignan du 24 juillet 1904 [domaine public], via Gallica.
Photo : L'église Notre-Dame de la Réal, par Enfo [cc-by-sa], via Wikimedia Commons.


Pour rappel, cet autre article paru dans le même numéro de La Cravache
et qui se moque du maire de Perpignan et de son adjoint, à relire ici.



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lundi 1 septembre 2014

Un anarchiste espagnol arrêté à Llupia en 1904

Les polices française et espagnole collaborent


En 1904, la répression contre les anarchistes en Espagne va bon train, puisqu'alors le simple fait de ne pas faire de mariage religieux ou de ne pas faire baptiser ses enfants peut suffire à vous rendre suspect et à vous faire arrêter. Il n'est pas étonnant, en conséquence, que de nombreux anarchistes  se réfugient de l'autre côté de la frontière, à Perpignan et dans sa région. Mais les forces de police espagnole et française collaborent dans leur traque des anarchistes, ainsi qu'en témoignent les dépêches parues ci-dessous, révélant la présence d'un supposé terroriste à Llupia, près de Thuir.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Des anarchistes à Llupia ?


Arrestation d'un anarchiste

Perpignan, 23 septembre. - Dépêche particulière du Matin. - La police barcelonaise ayant eu vent d'une réunion secrète d'anarchistes, tenue à Perpignan, a envoyé des agents dans notre ville. Sur leurs indications, le commissaire spécial Decamps a fait arrêter à Thuir, par la gendarmerie, le nommé Mestruc, sujet espagnol.
Le gouvernement espagnol a demandé au gouvernement français l'extradition de cet anarchiste, qui aurait, dit-on, participé aux récents attentats à la dynamite commis à Barcelone.

Deux jours plus tard, on en sait un peu plus et notamment que cet anarchiste a été arrêté non pas à Thuir, mais à Llupia.
L'Aurore (Paris), 26 septembre 1904

Arrestation d'un anarchiste espagnol .- Perpignan .- La gendarmerie a mis en arrestation, près de Llupia, canton de Thuir, un anarchiste espagnol considéré comme dangereux. C'est le nommé Mestruc, soupçonné d'être l'auteur de l'attentat à la dynamite du palais de justice de Barcelone.
Mestruc a été interrogé par le commissaire spécial, en présence d'un agent de la police espagnole.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Palais de justice de Barcelone en 1911

Sans doute est-il fait référence à l'attentat à la bombe qui touche le Palais de Justice de Barcelone le 17 septembre 1904. Parmi les nombreux suspects, un jeune vitrier anarchiste nommé Joan Rull Queraltó, qui aurait posé l'engin explosif près d'un urinoir situé à proximité et un franco-belge, Maurice Bernardon, expert en explosifs. Je n'ai pas trouvé de trace d'un Mestruc, peut-être est-ce le nom ou le surnom de l'un des nombreux protagonistes de cette affaire.

Sources :
* Le Matin du 24 septembre 1904 [domaine public], via Gallica (cf. lien)
* L'Aurore (Paris) du 26 septembre 1904 [domaine public], via Gallica (cf. lien) 
Détails attentat :
Antoni Dalmau i Ribalta, « Jesús Navarro Botella (1881-?), maestro racionalista, activista anarquista
y editor » in Hispania, 2015, vol. LXXV, nº. 249


Photo Llupia : Mairie de Llupia, par Fabricio Cardenas (licence CC-BY-SA)
Photo Palais de justice de Barcelone : Anonyme (1911) [domaine public]


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vendredi 7 mars 2014

Un maire de Perpignan en cure et son adjoint à l'asile, 1904

La presse de Perpignan se moque de ses élus

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Rions un peu avec le journal perpignanais La Cravache, Organe républicain, anti-clérical et socialiste. Cet hebdomadaire satirique, paru en 1904, avait pour habitude de se moquer de la vie politique locale, tous bords confondus, mais aussi de la presse (à commencer par L'Indépendant) et de tous les travers des habitants du département pour une raison ou une autre. Ses pages mériteraient d'être retranscrites en intégralité comme témoin de la vie du département à l'époque. Nous y reviendrons.

Le maire de Perpignan mentionné ici est Eugène Sauvy, républicain progressiste, en fonction du 1er mai 1904 au 25 octobre 1907, date à laquelle il démissionne.

La Cravache, n°7, 24 juillet 1904.

Déplacements et Villégiatures

De nos correspondants particuliers :

« De Vichy. — Nous relevons parmi les personnages de marque (?) qui sont arrivés ici, le nom de M. Eugène Sauvy, maire de Perpignan.
« M. Sauvy vient à Vichy, soigner la bile que lui ont fait faire les Perpignanais lors de la Fête nationale. »
Pauvres Perpignanais ! Si les eaux de Vichy ne réussissent pas à calmer les accès de bile de Gégène, je ne vous vois pas blancs ; ni lui non plus d'ailleurs !

«De Limoux. — M. le baron Hippolyte Desprès, adjoint au Maire de Perpignan, a visité hier l'asile d'aliénés de notre ville.
« Il vient retenir deux ou trois cabanons pour y enfermer quelques conseillers municipaux de Perpignan qui présentent des signes manifeste de folie furieuse et d'aliénation mentale.
« Un incident s'est même produit : M. Desprès ayant quitté un instant son cicérone, s'égara dans les couloirs ; un gardien l'ayant interpellé el ayant jugé ses réponses incohérentes, l'enferma avec les autres fous ; il fallut l'intervention du directeur de l'asile pour faire remettre M. Després en liberté.


Source : Gallica
Photo : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA)


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