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samedi 25 février 2017

Un maire anti-clérical à Pollestres en 1882

Nous avions pu lire dans un article précédent un rapport fait par le journal catholique et royaliste L'Espérance du 4 janvier 1882 concernant le maire de Pollestres. Celui-ci était accusé d'avoir édicté en décembre de l'année passée un arrêté municipal interdisant les processions religieuses sur le territoire de sa commune.

Dix jours se sont écoulés et le maire de Pollestres décide de répondre au journal. Le citoyen Janer, c'est son nom, est à la fois un boucher de métier et un athée convaincu. Il profite de l'espace qui lui est alloué pour insulter le journal, les pratiques religieuses traditionnelles et les costumes des curés (qu'il voudrait enfermer dans leurs églises). Bien sûr, le journal ne se prive pas non plus de répondre à ce courrier virulent.
Il n'est pas sûr, de nos jours, que l'on arrive à trouver beaucoup de maires aussi intransigeants face à la religion...

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Un maire qui offre l'hommage
de son athéïsme

La commune de Pollestres possède 579 habitants, et un maire du nom de Janer. Ce maire, qui sait à peine signer, nous écrit, en belle écriture, une lettre qui ferait honneur à l'habileté et au savoir du maître d'école, suivant le cœur de M. Paul Bert. Voici cette lettre :

A Monsieur le Directeur de l'
Espérance,

Monsieur,
Parmi les mesures hygiéniques que je m'impose, et dont je recommande l'observation à mes administrés, figurent en première et en seconde ligne, celles qui consistent à ne pas lire l'
Espérance, et à écarter des habitations les tas de fumier.
C'est pourquoi je n'avais pas encore répondu à la note que cette feuille a bien voulu me consacrer dans son numéro du 4 janvier.
Aujourd'hui un ami de Perpignan me communique cette note et je m'empresse de vous accorder la satisfaction, d'ailleurs légitime, que vous réclamez très poliment.
Mon arrêté interdisant les processions a voulu viser, en outre, la manifestation
religieuse du samedi saint, qui rappelle à quelques imbéciles le prétendu passage de l'ange exterminateur, et qui est tout à fait pratique pour les curés, lesquels échangent, à cette occasion, une pincée de sel de cuisine contre des œufs de Pâques ou de bons saucissons, donnés et reçus à l'insu des maris.
J'ai voulu prévenir encore d'autres excentricités fort divertissantes, mais je n'ai pas le droit de m'emparer des colonnes de votre journal et je n'en dirai rien.
Pour ce qui est des enterrements
religieux, je les interdirais aussi si j'en avais le pouvoir. On serait libre de faire les cérémonies à l'église, mais ni la croix, ni le prêtre vêtu en arlequin n'auraient le droit de parcourir la voie publique... à moins que ce ne fût en carnaval.
Veuillez agréer, monsieur, l'hommage de mon athéisme.

Le maire de Pollestres,
Janer.
Pollestres, le 12 janvier 1882.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Saint-Martin de Pollestres


Le Républicain et L'Eclaireur ont déjà donné hier cette lettre, mais ce dernier n'a pas voulu faire dire à M. Janer qu'un prêtre est vêtu en arlequin lorsqu'il porte ses habits sacerdotaux, ou bien il n'a pas voulu prendre la responsabilité de cet outrage public à la religion.
Le citoyen Janer est boucher de son état. Il a, dit-on, dans son conseil privé un bourrelier, un menuisier et un certain
Ca foll qui serait l'inspirateur et le conseiller ordinaire du citoyen maire. Ces grosses têtes ont délibéré dix jours pour produire cette jolie chose qu'on vient de lire, où l'insolence, la bêtise, l'insulte et l'athéïsme se donnent la main.
Le sieur Janer reconnaît que nous l'avons
questionné très poliment ; mais lui cependant ne se croit pas tenu à tant de politesse, il compare l'Espérance à du fumier, il en interdit la lecture à ses heureux administrés. Il leur enseigne que le prêtre officiant est un arlequin et qu'il voudrait pouvoir l'enfermer dans son église. Quel homme que ce M. Janer ! c'est bien le républicain de l'avenir : il salue avec son athéisme ; alors ce sera du propre, surtout si Cafoll est encore là pour le conseiller, pour lui lire le journal, et lui tenir la main.
Il n'est pas nécessaire de faire à M. Janer boucher, maire de Pollestres, l'honneur de discuter plus longtemps de ses sottises, il nous suffit de prendre l'hommage qu'il nous fait de son athéisme et de le repousser du pied.

S. Nobens

Source : L'Espérance du 15 janvier 1882 [domaine public], via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan.
Photo bandeau journal : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]
Photo église de Pollestres : Sylenius [cc-by-sa], via Wikimedia Commons



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samedi 31 décembre 2016

Colère du curé de Cerbère en 1885

L'église neuve reste quasiment vide


Nous avions pu lire dans un précédent article les protestations d'un père de famille en mai 1885 à propos d'une nouvelle buvette de Cerbère. Celle-ci présentait la particularité de n'employer que des femmes (ainsi que le permettait un récent arrêté municipal), laissant supposer des activités annexes et bien sûr tout à fait immorales, tout en étant située tout contre l'école du village.

Le journal L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls nous informe dans son numéro du 31 mai 1885 de la suite de cette histoire. Cette fois-ci, c'est le curé de la paroisse qui décide de se mêler de l'affaire. Le journal en question, républicain et anti-clérical, profite donc de l'occasion pour se moquer du dit curé.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église de Cerbère


Un homme qui n'est pas content du tout, c'est monsieur le curé de Cerbère, et c'est vrai, il y a de quoi !
Maintenant que le voilà en possession d'une église neuve, la clientèle n'arrive pas. Le bondieusard a beau branler sa cloche personne ne vient. C'est désastreux !
La messe réunit jusqu'à sept personnes ; on a vu trois pelées et un galeux au vêpres ; quant aux offices du soir, il n'y a pas d'exemple qu'ils se soient célébrés devant quelqu'un.
Cette situation lamentable a excité le génie inventif du curé de notre village, et voici ce que ce vigilant pasteur a découvert pour la consolation des âmes dévotes.
« Si les fidèles ne viennent pas à mon église, c'est qu'ils vont ailleurs ! Et où donc ? Evidemment dans ces infâmes buvettes servies par des personnes du sexe damnable. Supprimons les buvettes et la foi refleurira. »
Bâcler une pétition fût l'affaire d'une minute. Recueillir des signatures a été une autre guitare !
Malgré les acrobaties du ratichon, il paraîtrait qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, la fameuse pétition a réuni trois signatures, y compris celle du curé et du sonneur de cloches.
Là, se bornera son succès.
Les buvettes à femmes ont été autorisées par l'administration, à condition par leurs gérants, d'observer les réglements de la police.
Ce n'est pas au curé, mais aux agents de l'administration de tenir la main à l'exécution des mesures d'ordre public.
Que M. le curé le sache !
Au cas où il l'aurait oublié, nous serions là pour le lui rappeler.

Guibollaud.


Le curé mentionné dans l'article est Joseph Santol (1853-1923). Il est le premier desservant attitré de la toute nouvelle église Saint-Sauveur, dont la construction avait commencé un an plus tôt et tout juste ouverte (la bénédiction des cloches n'aura lieu que le 14 juin suivant). On comprend alors aisément son désarroi devant le manque d'enthousiasme de la population pour assister à ses offices. Réclamer la fermeture des buvettes licencieuses devient dès lors une étape logique pour ramener les fidèles dans le droit chemin. Notons que le dit curé Santol sera par la suite en grave conflit avec la mairie pour de toutes autres histoires, puis inculpé beaucoup plus tard d'outrages aux mœurs et de traite d'enfants à la suite de ses activités dans divers orphelinats.

Concernant les buvettes tenues par des femmes à Cerbère, l'affaire n'est pas terminée et nous pourrons en lire la suite dans les prochains numéros !

Source : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 31 mai 1885 [domaine public] (via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan)
Photo de l'église : Bertrand Grondin [cc-by-sa]


Les articles concernant Cerbère sont à relire ici.


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jeudi 11 juin 2015

Quête insistante du curé de Rasiguères en 1887

Vue générale de Rasiguères
Parmi les nombreux journaux républicains et anti-cléricaux de la fin du XIXème ou du début du XXème siècles, le quotidien parisien de La Lanterne ne manque jamais une occasion de se moquer des curés de campagne, ainsi que nous l'avons déjà vu concernant le curé de  Théza en  1900. Cette fois-ci, l'article paru dans l'édition du 18 avril 1887 ridiculise le curé de Rasiguères, petit village du Fenouillèdes peuplé à l'époque d'un peu plus de 300 habitants (le double de la population actuelle). Le journal ne mentionne jamais par quel moyen il a vent de ces histoires de campagne : parfois les faits sont empruntés à la presse locale ou même envoyés directement par un lecteur du journal, trop heureux de faire de son curé un sujet de plaisanterie à travers le pays. Dans un cas comme dans l'autre, nous n'avons bien sûr qu'une version de l'histoire.

Perpignan, 16 avril. - Pour alimenter le denier de Saint-Pierre et aussi « pour faire des curés » (textuel), le desservant de Rasiguères se livrerait, volontiers, à une scène de pugilat.
Voici ce qui s'est passé le dimanche, 10 avril courant, dans l'église de cette dernière commune :
Pendant la messe, à un moment donné, deux ou trois paroissiens se lèvent, prennent des assiettes et vont, le curé en tête, présenter ces plats à chaque assistant. Il paraît que la recette n'était pas abondante, et c'est alors que le curé, n'y tenant plus, apostropha en ces termes chacun des assistants : « Toi, donne-moi un sou !  Toi, donne-moi deux sous pour avoir mangé de la viande pendant le carême », et ainsi de suite. Il est ainsi arrivé en présence du sieur X..., instituteur en retraite, et lui a demandé un sou. « Je n'en ai pas », a répondu X... « Vous n'avez donc pas d'argent ? » a ricané le curé. Pour toute réponse, X... lui a montré une pièce de 5 francs. Interdit, notre mendiant a continué sa ronde. Mais, il a vite été remis. « Allons, jeune homme, un sou, tu fumeras un cigare de moins ! Allons, petits, des sous ! des sous ! des sous ! »
Les assistants, d'abord abasourdis par le toupet de leur cher pasteur, sont revenus à eux, et une rumeur sourde s'élevait, prélude d'une émancipation prochaine, quand soudain notre fougueux curé, déboutonnant sa soutane, s'est écrié :
« Si quelqu'un d'entre vous a une dent de lait contre moi, qu'il vienne me trouver ; ici ou ailleurs, je saurai lui répondre. » Ce coup de théâtre lui a pleinement réussi. Aucun des assistants n'a relevé le défi, et les brebis galeuses sont rentrées au bercail ! N'aurait-il pas eu raison de dire que le curé de Rasiguères est un vrai batailleur ?
Si j'avais un conseil à donner aux habitants de cette localité, surtout à ceux qui se disent républicains, je leur dirais : « Restez chez vous, ainsi que vos femmes et vos enfants, et laissez le curé tranquille dans son église, vous ne courrez pas ainsi le risque d'être provoqués, et vous ferez acte de liberté et d'indépendance. »

Note : L'église de Rasiguères, dédiée à saint Jean-Baptiste, est récente (sans doute à l'emplacement d'une église plus ancienne dont il ne reste rien) et date des XVIII et XIXème siècles.

Suivez les liens pour retrouver les articles précédents de ce blog
concernant les Fenouillèdes ou les curés !

Source : Article paru dans La Lanterne du  18 avril 1887, via Gallica (cf. lien) [domaine public]
Photo : Babsy, via Wikimedia Commons [CC-BY 3.0]

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samedi 4 avril 2015

Le zélé curé de Prugnanes 1901-1907

Les conflits entre maire et curé sont un classique de nos villages d'antan, ainsi que nous avons déjà pu le voir à Pollestres en 1881, à Dorres en 1892 et à Las Illas en 1907.  Le petit village de Prugnanes, dans le Fenouillèdes, ne fait pas exception à la règle. Après avoir atteint un peu plus de 200 habitants au XIXe siècle, le village se dépeuple progressivement et compte 165 habitant en 1901 et 157 en 1906 (102 en 2012). L'église paroissiale, dédiée à Saint-Martin, existe depuis le Moyen Âge mais fut reconstruite au XVIIe siècle.

Mais revenons au curé de Prugnanes, qui se fait déjà remarquer dans la presse nationale en 1901, en tant que sujet de moquerie dans L'Aurore du 8 décembre 1901.

 Il y avait quelque temps que nous n'avions entendu parler de l'église ou de la chapelle qui menace ruine, et pour la réparation de laquelle un desservant désespéré tend une aumônière qui ressemble au tonneau des Danaïdes. La voici. Un de nos lecteurs nous envoie la circulaire par laquelle le curé de Prugnanes sollicite les âmes généreuses en faveur de son église « dont la voûte est tombée depuis longtemps ». Même il complète le tableau par quelques mots bien sentis sur la sacristie, «  inondée à la moindre pluie », sur les ornements qui sont « dans un état pitoyable », et sur les chaises « qui ne tiennent pas debout ».
La commune, dont la population s'élève à 180 habitants, lui a donné une subvention de 1,000 francs, ce qui a dû fortement écorner le budget d'un petit trou pas riche dons nous ne froisserons pas la vanité en disant qu'il ne dispose pas tout à fait des mêmes ressources que Paris ; l'Etat lui a accordé un secours de 300 francs et ses paroissiens lui ont donné plus de 500 francs. Enfin l'Evêque de Perpignan lui a accordé les reliques de la Vraie Croix et de Saint-Martin, et on lui offre une statue de la Vierge.
Mais le curé de Prugnanes est insatiable. Il lui faut des reliquaires pour ses reliques, il lui faut payer le port de sa statue ; « il lui faut des ornements convenables, et il n'a pas même de crucifix dans l'église ».
Aussi est-il prêt à recevoir la moindre obole avec reconnaissance. « Un franc, cinquante centimes ou même un simple timbre (sic) sont à la portée de toutes les âmes zélées pour la gloire de Dieu ». Mais si le cœur vous en dit, vous êtes libres d'envoyer 10 francs, ce qui vous donnera droit à dix messes. Allons ! allons ! âmes pieuses, un peu de courage à la poche !

Une brève parue dans le journal La Croix du 26 avril 1905 nous révèle le nom du curé :

Nos amis défunts
Mme Anne Tourné de Massota, mère de M. le curé de Prugnanes (Pyrénées-Orientales), dont la Semaine religieuse de Perpignan relate avec de grands éloges les touchantes funérailles.

Les années 1905 à 1907 sont particulièrement propices aux conflits, entre la Loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 et la querelle des inventaires qui suit en 1906, le tout étant la cause d'une certaine tension permanente entre religieux et laïcs. Le maire de Prugnanes semble à cette période avoir une dent contre le curé, ainsi que le révèle le journal Le Temps du 22 juin 1906. Ce dernier n'a toutefois pas l'air d'être d'un caractère facile.

Perpignan, 21 juin

Ce matin, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Perpignan le curé de Prugnanes, accusé d'avoir injurié, dans une lettre adressée au procureur de la République, le maire de la commune, qui avait refusé de lui signer une demande d'allocation.
Le curé, qui était poursuivi également pour avoir injurié en chaire le président de la République, à été condamné à quinze jours de prison, avec sursis.
Il a été relaxé.

Malgré ce conflit, le curé recevra rapidement son allocation, ainsi que le prouve le Journal officiel du 24 juillet 1906, citant l'arrêté du 23 juillet 1906 approuvant l'attribution d'allocations durant huit ans à une liste de ministres des cultes dans laquelle il figure, avec cinq autres curés du département :

Monet, desservant à Urbanya (Pyrénées-Orientales)
Puy, desservant à Matemale (Pyrénées-Orientales)
Respaut, desservant à Campome (Pyrénées-Orientales)
Salvadou, desservant à Conat (Pyrénées-Orientales)
Sol, desservant à Trévillach (Pyrénées-Orientales)
Tourné, desservant à Prugnanes (Pyrénées-Orientales)

La tension ne semble cependant pas être retombée l'année suivante, ainsi que nous l'indique encore le journal Le Temps du 23 janvier 1907, puisque l'on finit même par se battre dans l'église Saint-Martin, un jour d'enterrement de surcroît.

A Prugnanes (arrondissement de Perpignan) de graves incidents se sont produits à l'occasion des obsèques d'une dame. Au moment où le cortège allait entrer dans l'église, l'abbé Tourné, curé de Prugnanes, s'avança sur la porte et interdit au cortège l'accès de l'église. Le maire donne aussitôt l'ordre de laisser pénétrer dans l'église et comme l'abbé Tourné protestait, le maire passa outre, assisté du garde-champêtre et ayant à sa suite la majeure partie du cortège pénètre dans l'église. Le curé s'élève alors contre les violences dont, dit-il, il vient d'être l'objet. Des assistants ripostent. Les parents de la défunte se mêlent à la discussion. C'est une mêlée générale ; des coups sont échangés. Finalement, les assistants prennent le parti de chanter eux-mêmes la messe.

C'est la dernière fois que la presse nationale mentionne le curé Tourné, de Prugnanes. Notons que le maire et son conseil municipal démissionnent en bloc quelques mois plus tard, à l'occasion de la crise viticole et comme cela s'est fait également dans de nombreuses autres communes de la région. Voyons par exemple la brève parue dans le journal Le Rappel du 19 juin 1907.

La crise viticole

Perpignan, 17 juin
Le conseil municipal de Prugnanes a adressé sa démission au préfet, en lui donnant l'assurance de ses sentiments républicains.

Retrouvez ici tous les articles de ce blog en rapport avec les Fenouillèdes et toutes les histoires impliquant des curés !

Sources : Gallica (cf. liens)
Carte : Openstreetmap, via Wikicommons (CC-BY-SA)
Note : Prugnanes fait partie des 9 communes des Pyrénées-Orientales sur Wikipédia dont l'article n'a aucune photo et je n'ai trouvé ailleurs sur le Web aucune image libre de réutilisation concernant le village ou son église. Je pense que je vais devoir aller y faire un tour !

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lundi 12 janvier 2015

Le chien du curé d'Angoustrine en 1933

Angoustrine est une commune un peu reculée de Cerdagne, à proximité de l'enclave espagnole de Llivia et de Font-Romeu et peuplée de 375 habitants en 1933. L'Écho d'Alger du 28 avril 1933 nous rapporte une anecdote parue l'année passée et concernant le chien étonnant du curé de cette petite commune.

L'Intermédiaire des chercheurs et curieux (15 avril), sous le titre « Chiens dans les églises » reproduit ce passage de « La Cerdagne française » par Marthe Oulié, déjà publié en avril 1932 dans « La Revue du Touring-Club de France » :
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Saint-Martin d'Envalls
Le vieux curé d'Angoustrine, à quatre-vingt-cinq ans, son bâton à la main et son vieux chien sur les talons qui avait la mine compassée et recueillie d'un sacristain, n'hésitait pas à monter chaque dimanche par un mauvais chemin rocailleux, vers une chapelle distante de plusieurs kilomètres pour y dire la messe. La porte restait entrouverte. Le chien se couchait sur les marches, au soleil, bercé par les sons de l'harmonium. Quand l'harmonium s'arrêtait trop longtemps, le chien poussait du museau la porte, doucement, silencieusement, s'avançait au beau milieu de la nef, sans que personne s'en choquât, pour savoir où en était l'office. Il regardait en connaisseur la place du Livre Saint, la position de l'enfant de cœur, la mine des fidèles, et ressortait tranquillement. Mais dès la seconde cloche, celle de la communion, on l'entendait s'agiter sur le pas de la porte et, à l'Ite missa est, il se précipitait au-devant de son vieux maître.

Note : Angoustrine possède en son sein deux églises dédiées à Saint-André : une église romane et une autre construite au 19ème siècle. Mais l'article mentionne une chapelle éloignée de plusieurs kilomètres. Il s'agit peut-être de l'église de Saint-Martin d'Envalls, autre petite église romane située à plusieurs kilomètres au nord du village, sur le territoire de la commune, et à laquelle on accède par une petite route qui monte et que l'on imagine sans peine à l'état rocailleux à l'époque : Angoustrine est à une altitude de 1337 mètres, tandis que cette petite église se situe à peu près deux cent mètres plus haut.
Note 2 : Angoustrine a fusionné avec sa voisine en 1973 pour devenir Angoustrine-Villeneuve-des-Escaldes.

Pour rappel, cet autre article mentionnant Angoustrine et ceux-ci impliquant des curés!

Source : Gallica (cf. lien), domaine public.
Photo : Jack ma (CC-BY-SA)




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jeudi 9 octobre 2014

Un maire anti-clérical à Pollestres en 1881


Le journal L'Espérance, paraissant 26 rue des Augustins à Perpignan, tous les jours, excepté le dimanche,  et ce depuis 1881, avait pour sous-titre Journal catholique & royaliste des Pyrénées-Orientales, ainsi que pour devise Dieu et Patrie. C'est donc sans surprise que ce journal s'indigne, dans son édition du 4 janvier 1882, de la dernière décision du maire de Pollestres.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Pollestres. - Pour bien finir l'année, le citoyen Ganer, maire de Pollestres, a renouvelé l'arrêté interdisant les processions, et a ajouté ces mots : et toutes autres manifestations religieuses.
Cette dernière phrase est très élastiques [sic]. M. le maire regarde-t-il par exemple comme une manifestation religieuse, un enterrement catholique, et compte-t-il défendre au curé et à la croix d'accompagner au cimetière les corps de ses administrés ?

R.S.V.P.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'actuelle mairie de Pollestres.


Remarque

Le maire cité dans l'article est un certain M. Ganer. Cela semble être une erreur pour deux raisons. Une première source nous donne la liste des maires telle que supposée relevée en mairie et l'on y voit un maire nommé Janer, et non Ganer, élu fort brièvement du 25 janvier au 7 février 1881, soit plus de dix mois avant le dit arrêté de cette fin d'année 1881. Il aurait alors ensuite été remplacé par un M. Duffau, maire jusqu'en 1884. Il semble donc évident que la source en question ait indiqué par erreur  février 1881 comme date du fin de mandat de monsieur Janer, cette affaire ayant lieu entre décembre 1881 et janvier 1882. Cependant, le nom semble bien être Janer au lieu de Ganer, le nom de Janer étant déjà cité en 1841 parmi les noms les plus communs de la localité de Pollestres.

Note du 27 août 2016

J'ai pris le temps depuis la rédaction de cet article en 2014 d'éplucher les archives de l'état civil de Pollestres pour les années concernées. Il en ressort que le sieur Janer semble bien être demeuré en fonction en tant que maire au moins jusqu'au 4 juillet 1884, et non seulement jusqu'en février 1881. En effet, c'est bien ce Janer qui signe, avec Duffau il est vrai, tous les actes d'état civil jusqu'à cette date. Mais c'est lui également qui signe et certifie véritables les récapitulatifs annuels de 1881, 1882 et 1883. Ce dernier point ne laisse aucun doute quant à sa fonction de maire à ce moment-là. La liste officielle supposait un changement de maire le 11 juillet 1884, passant de Duffau (sans précision) à Baptiste Duffau. La date est sans doute juste, mais il s'agit en fait du passage de relais de Janer à Baptiste Duffau. Monsieur Janer serait donc resté maire du 25 juin 1881 jusqu'au 11 juillet 1884, ceci justifiant alors l'énervement à son encontre tel que narré dans l'article ci-dessus.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Signatures de Duffau et Janer le 4 juin 1884


Sources :
* Article de L'Espérance : Fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan  [domaine public]
* Remarques (cf. liens) : MairesGenWeb et Jean Tosti.
* Archives d'état civil de Pollestres 1871-1892, via le site des Archives départementales des Pyrénées-Orientales [domaine public]
Photos archives : Fabricio Cardenas via sources citées [domaine public]. 
Photo mairie : Sylenius [cc-by-sa] via Wikimedia Commons.



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samedi 26 juillet 2014

Un curé SDF à Las Illas en 1907

L'église devient logement


En 1907, nous sommes en pleine période de laïcisation des institutions suite à la loi de séparation des Églises et de l'État, votée en 1905, et les tensions restent vives dans les campagnes entre les maires et les instituteurs d'un côté et les curés de l'autre. Nous en avons un exemple à travers cette petite dépêche publiée dans L'Ouest Eclair du 11 mars 1907 et relatant un fait divers survenu à Las Illas.

Note : En 1907, Las Illas est encore une commune frontalière du Vallespir peuplée de 209 habitants et qui finira par être rattachée, contre son gré, à Maureillas en 1972.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Notre-Dame du Remède

Une église-presbytère

Las Illas, 10 mars.- Le maire l'ayant mis en demeure de quitter le presbytère, le curé a transporté son mobilier à l'église, y a dressé son lit, et a décidé d'y loger et d'y coucher.
Le maire a résolu de porter l'affaire en référé devant le tribunal de Céret.

L'église Notre-Dame du Remède, qui a du servir de logement au curé, est tout de même relativement isolée (quasiment au milieu de rien dans la montagne), à mi chemin entre la Las Illas et La Selve (ancienne commune absorbée par Las Illas en 1823). Sans doute le presbytère était-il situé au village même et d'un confort moins précaire.

Note : Un aimable lecteur m'a signalé dans un commentaire ci-dessous que le presbytère se trouvait à l'époque des faits directement contre l'église ; il a depuis été démoli. Notre curé nomade nomade n'a donc pas eu à déménager bien loin !

Source : Gallica (cf. lien)
Photo : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA)


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jeudi 3 juillet 2014

Folie furieuse à l'église de Maureillas en 1907

C'est un étrange fait divers qui paraît dans le quotidien Gil Blas du 23 avril 1907. Un incident a lieu à Maureillas, commune située à l'est de Céret, impliquant un curé. De manière assez surprenante, cet épisode est remonté jusque dans la presse nationale.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Saint-Etienne de Maureillas

Perpignan, 22 avril .- A Maureillas, arrondissement de Céret, un individu, dans un accès de folie furieuse, a pénétré, armé d'une fourche, dans l'église, au moment où on célébrait la grand'messe.
Une panique s'est produite. Le dément a blessé, à coup de fourche, le curé qui officiait. On n'a pu qu'à grand'peine se rendre maîtres du dément.

Le forcené en voulait-il personnellement au curé ? La profession semble comporter des risques indéniables, en tout cas. Pour rappel : l'accident survenu au curé de Théza en 1900.


Source : Gil Blas du 23 avril 1907 [domaine public] (via Gallica)
Photo : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]



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jeudi 22 mai 2014

Accident malheureux du curé de Théza en 1900

Des dangers de la canne-fusil

C'est un curieux fait divers que l'on peut lire dans La Lanterne du 7 février 1900. On pourrait presque croire à un canular de par le nom de son principal protagoniste, l'abbé Cot, qui rappelle les noms parodiques de l'abbé Quille, de la mère Cédés ou du père Iscope, et de par la nature de l'accident qui est narré.

Théza est en 1900 une petite commune de 427 habitants (elle en compte plus du triple aujourd'hui), située au sud-est de la ville de Perpignan avec laquelle elle est limitrophe par un quadripoint, également partagé par Villeneuve-de-la-Raho et Saleilles (à l'époque Cabestany puisque Saleilles ne reprend son indépendance qu'en 1923). Elle possède une église dédiée à Saint-Pierre et construite au 19ème siècle.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Saint-Pierre à Théza
LE DOIGT DE DIEU

Perpignan, 5 février. — Ça continue ! Le père Eternel devient de plus en plus aveugle, c'est une véritable plaie qui s'abat sur ses ministres et fidèles serviteurs.
L'abbé Cot, curé à Théza, près de Perpignan, âgé de 40 ans, s'est blessé grièvement dans des conditions particulièrement curieuses :
Portant à la main une canne-fusil, il causait avec son maçon, lorsqu'il s'arrêta pour compléter sa démonstration par des figures géométriques qu'il traça sur le sol avec la dite canne-fusil chargée de plomb. Brusquement, la tige servant d'arrêt s'étant dégagée à la suite du frottement, le coup partit et la charge atteignit l'abbé Cot en plein ventre.
Le blessé fut conduit chez lui. Le côlon était perforé. Une péritonite ne tarda pas à se déclarer ; l'état de l'abbé Cot est absolument désespéré.

On retrouve la même information dans l'Ouest-Éclair du 5 février 1900, avec une petite variante de nom, on nous parle de l'abbé Cote, et l'on apprend en plus que le blessé eut le courage d'arriver jusque chez lui en arrêtant avec sa main une abondante hémorragie. Le pronostic est le même.

Je n'ai pas su retrouver pour l'instant ce qu'il advint de ce malheureux curé. Peut-être quelqu'un le sait-il ? Quoi qu'il en soit, on se rend compte en passant en revue la presse du 19ème siècle que les accidents dus à des cannes-fusils sont légion. C'est également avec une arme de cette nature que Louis Alibaud tenta d'assassiner le roi Louis-Philippe en 1836, tout en le manquant alors qu'il était tout près. De nos jours les cannes ont disparu, et les cannes-fusils et les cannes-épées avec...

Modèle de canne-fusil en 1891

Sources : Gallica + info sourcées de Wikipédia (cf. liens)
Photos : Fabricio Cardenas (église) [CC-BY-SA] et Gallica (canne-fusil) [Domaine public].


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lundi 3 mars 2014

Un maire en curé à Dorres, mars 1892

Les costumes osés des élus de Dorres pour le carnaval

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'école et la mairie à Dorres
Dorres est un village de Cerdagne, peuplé de 313 habitants en 1892. Un effectif amplement suffisant pour que s'y rencontrent des tensions manifestes entre le maire et le curé. Le fait divers narré ci-dessous nous laisse penser qu'on ne devait pas s'embêter tous les jours à Dorres à l'époque.

Note : Le journal se trompe lorsqu'il précise Dorres (Aude). Une simple vérification du nom du maire montre qu'il s'agit bien de Dorres dans les Pyrénées-Orientales.

La Croix, 29 mars 1892

Pratiques carnavalesques

Le mardi-gras, à Dorres (Aude), raconte La Croix du Sud, Dominique Cassu, conseiller municipal, et Dominique Clerc, maire, se sont présentés le soir au bal, le premier habillé en prêtre, le second en servante de curé. Ils ont après des gestes et des poses obscènes simulé la cérémonie des cendres. Dominique Cassu se permit, il y a deux ans, d'interrompre à l'église la cérémonie d'un enterrement. Le souvenir de son cousin-germain, tué par la foudre, le ferait peut-être réfléchir s'il ne s'adonnait pas temps [sic] au culte de la dive bouteille. Quant à Dominique Clerc, nous rappellerons que ce sont ses trois oncles prêtres, qui, à force d'économies lui ont laissé ce qu'il possède aujourd'hui.


Source : Gallica
Photo : Par Jack ma (Travail personnel) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) ou CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons


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