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mercredi 7 juin 2017

Mort d'un torero à Céret en 1884

Le quotidien du Roussillon du 1er mars 1884 nous informe brièvement de la mort dramatique d'un torero dans les arènes de Céret.

Mort d'un toréador : Le 24 février, un toréador surnommé le Gavatj a été tué par le taureau dans une course qui avait lieu à Céret. Le Gavatj était un des amateurs qui réussissaient le plus souvent à gagner la prime de 20fr. en enlevant la cocarde du taureau emboulé, dans les arènes de Perpignan. Il est mort deux jours après l'accident qui lui était survenu, et au milieu d'atroces souffrances.

De la même manière, le bi-hebdomadaire Le Canigou dans son numéro double du mercredi 27 février / samedi 1er mars 1884 nous donne sa version des faits avec quelques variantes.

La course de taureaux qui a eu lieu dimanche dernier à Céret a été le théâtre d'un drame horrible. Le toréador Gabatj (mot dont les Espagnols se servent pour désigner ironiquement un Français) a été presque empalé par un coup de corne qui lui est entré dans le corps à 25 centimètres de profondeur.
Ce malheureux toréador est mort mercredi après trois jours de souffrances atroces.


On peut donc déduire d'après cet article que le pauvre toréador a donc été empalé le dimanche 24  et est mort le mercredi le 27 février 1884.

L'hebdomadaire perpignanais Al Galliner du 9 mars 1884 revient sur cette affaire en donnant plus de détails sur la vie de ce torero, dont on ne saura par ailleurs que le surnom de Gavatj ou Gavach, mais jamais le nom véritable.  Bien qu'encore jeune, ce n'était pas un novice, ayant débuté très  tôt, mais l'embonpoint qu'il aurait développé au cours des années semble avoir causé sa perte. L'événement est d'autant plus tragique que ce torero devait se marier le lendemain. Le journaliste en profite aussi pour répondre aux détracteurs des courses de taureaux.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


La mort d'un torero

Le jeune torero qui vient de mourir à la corrida de Céret était né à Fitou, département de l'Aude. Il fut nourri à Arles-sur-Tech, où on lui donna le surnom de gavach, qualificatif par lequel (comme le fait justement remarquer Le Républicain) les catalans du Roussillon et d'Espagne désignent les Languedociens. Fixé dans la capitale du Vallespir, il reçut de son père nourricier les premières leçons de tauromachie ; la témérité du maître devait déteindre sur l'élève.

Nous avons vu le gavach, il y a quelques années, aux courses de St-Laurent-de-Cerdans, il était alors maigre, nerveux, d'une agilité extraordinaire, bondissant autour du taureau sans la moindre capa pour se protéger, enlevant les cocardes. L'audace qu'il déploya ce jour-là, montra aux nombreux aficionados que le jeune torero périrait de son imprudence.

Modeste autant que courageux, il dédaignait les fanfaronnades auxquelles nous ont habitué les toréadors-acrobates nîmois et en particulier le fameux Pouly. Il pratiquait et connaissait l'art de la tauromachie et non les exercices de cirque.

Nous l'avons revu plus tard aux courses de Perpignan, mais l'embonpoint lui avait enlevé la plupart de ses facultés, il avait de la peine à gagner rapidement la barrera, plus encore à la franchir. Grâce à son courage, il enlevait néanmoins les cocardes ; comme banderillero c'était un homme fini, la première des qualités étant de présenter une superficie aussi faible que possible aux cornes du taureau. C'est en posant des banderillas que le malheureux a trouvé la mort.

Son mariage devait être célébré le lendemain; en vain sa fiancée agitée par un sombre pressentiment l'avait-elle suppliée de ne point descendre dans l'arène ; il jura que c'était la dernière fois et voulut en offrant les cocardes à son estimada lui donner en présence de la foule une preuve éclatante d'affection. Encore une fois les pressentiments se réalisèrent, le torero fut tué presque au début de la course.

A cette nouvelle les journaux de Paris et du Nord ont poussé des cris de paon. Qu'on défende les courses de taureaux et toute la rengaine connue. Ah bien oui, si l'on veut prohiber ce genre de spectacle que l'on prenne une mesure semblable pour les courses de chevaux, les régates et l'entrée des dompteurs dans les cages de bêtes fauves.

Parce qu'il est de bon goût, parce que la haute futaie affectionne les courses de chevaux, on ne prête qu'une légère attention aux nombreux jockeys qui chaque année s'estropient, se tuent au saut des obstacles et des rivières. C'est très chic, très v'lan, cela suffit.

Quoi de plus barbare et de plus digne des Romains de la décadence que le spectacle d'un homme qui chaque soir s'expose à être dévoré par une bête féroce ? Il est là sans défense, sans moyen de fuite en présence d'un public sans enthousiasme et glacé d'horreur. - Aux courses de taureaux, l'homme peut fuir et peut-être dégagé par ceux qui composent la cuadrilla, des milliers de personnes assistent aux triomphe du torero, le danger est en quelque sorte atténué par la beauté, la grandeur du spectacle.
On peut reprocher aux courses espagnoles le massacre des chevaux, mais telles qu'elles se pratiquent en Roussillon les courses n'offrent rien qui puissent justifier les réclamations d'une minime partie de la presse. Et d'ailleurs si l'on peut prouver que la mort d'un torero est chose excessivement rare, en est-il ainsi des dompteurs ?

Ces derniers finissent toujours par être dévorés et l'on connait bien des toreros en renom qui jouissent maintenant de la fortune acquise pendant leur jeunesse. La proportion est de cinq à un, nous n'inventons rien.
Si l'on veut donc défendre les courses de taureaux, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures, que l'on fasse table rase du coup.

Un aficionado

Note 1 : Le journaliste d'Al Galliner se plaint dans son article des réactions  de la presse nationale suite à cet accident, bien que j'avoue avoir cherché et n'avoir rien trouvé dans les divers journaux à grand tirage de cette époque (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a rien).

Note 2 : Il s'agit bien ici de courses de taureaux, puisque qu'à Céret la première corrida à l'espagnole avec mise à mort n'aura lieu qu'en 1894, soit dix ans plus tard.

Sources :
* Le Roussillon du 1er mars [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
* Le Canigou du 27 février / 1er mars 1884 [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
* Al Galliner du 9 mars 1884 [domaine public] (via le fonds numérisé de la médiathèque de Perpignan)
Photo : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]


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samedi 29 octobre 2016

Ambiance au théâtre de Céret en 1884

Des acteurs au niveau et des spectateurs enthousiastes


Le journal Al Galliner est un ancien hebdomadaire paraissant jadis à Perpignan dans les années 1880. Son objet principal était constitué de chroniques sans aucune pitié des principaux spectacles de la ville, en majorité les pièces de théâtre ou les opéras présentés au théâtre municipal. C'était aussi une tribune féroce (et souvent drôle) envers la politique culturelle de la municipalité et parfois envers les artistes eux-mêmes. Enfin, le journal se plaisait également à rapporter les bruits de couloir, les rumeurs du moment ou toute autre histoire insolite alors objet de discussion dans le milieu perpignanais, souvent en en faisant des récits amusants.

Mais Al Galliner ne se cantonnait pas toujours exclusivement à Perpignan, ainsi que le prouve son numéro du 10 février 1884, dans lequel nous est décrite avec enthousiasme l'ambiance au théâtre de Céret, à tel point que l'on aurait presque l'impression d'y être !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Al Galliner partout


Théâtre de Céret. - Car à Céret il y a un théâtre. Ne vous attendez pas, si vous y allez, à vous trouver dans une salle luxueuse ou seulement confortable, ni loges ni fauteuils mais des chaises et des planches. Une grande cave débarrassée de ses tonneaux, au fond de laquelle on a dressé une scène ; quelques vieux décors, un rideau très défraîchi représentant un paysage, tel est ce théâtre. Ah ! j'oubliais, le directeur craignant un auditoire turbulent a eu soin de faire peindre sur le mur : Il est défendu de crier. Mais un Cérétois né malin a gratté une lettre du dernier mot si bien qu'il est maintenant dangereux de lire à haute voix la dite inscription.

Mais quelle foule, grand Dieu ! Il ne faudrait pas songer à trouver place une demi-heure avant le lever du rideau. Bien plus, les personnes ayant des places réservées ont toutes les peines du monde à traverser la cohue des gens qui se pressent contre les murs.

Dimanche dernier on donnait la première représentation de Lazare le Pâtre. Les rôles ont été fort biens tenus ma foi ! dans ce drame si émouvant et de longue haleine. - Le Pâtre Salviati a très vivement impressionné le public, Come de Médicis a été imposant de sagesse et de dignité dans ses jugements. Très bonne la duchesse de Médicis.

En somme, la troupe a été écrasée sous les applaudissements du public et la collecte faite par Mme Allau a du être, croyons-nous, très fructueuse.

Nous avons remarqué dans la salle l'élite de la société de Céret.

M. Roussel ne peut manquer de faire recette tous les jours de spectacle, mais nous lui recommandons de veiller à ne pas laisser entrer plus de monde que la salle ne peut en contenir, il pourrait lui arriver quelque désagrément.

Un passant.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Illustration de H. Taxardo en 1840 pour l'Acte III scène XI de Lazare le Pâtre

Une salle de spectacle à Céret...


De nos jours et depuis plusieurs décennies déjà, Céret dispose d'une véritable salle de spectacles : la Salle de l'Union (reconstruite récemment). En 1884, il fallait se contenter d'une cave à vin, d'une scène rudimentaire, et de chaises et de bancs. Mais ni la motivation des acteurs ni celle du public ne faisaient défaut, c'est le principal, et la petite ville de Céret (3800 habitants à l'époque) pouvait ainsi elle aussi avoir sa saison théâtrale.

...pour les Cérétois ou les Cérétans ?


On remarque que le journaliste qualifie les habitants de Cérétois, alors qu'aujourd'hui (et depuis longtemps déjà) c'est le terme de Cérétan qui est utilisé. Le Dictionnaire géographique et administratif de la France de Paul Joanne, paru à la fin du XIXème siècle et qui donne les gentilés pour toutes les communes de France, indique que l'on dit Cérétois, tout en précisant que localement on préfère l'usage de Cérétenc et Cérétenque (de la même manière que l'on qualifie encore par exemple les habitants de Banyuls, les Banyulencs), forme elle aussi désormais tombée en désuétude.

Un mot sur le spectacle


La pièce représentée ce jour là est Lazare le Pâtre. Jouée pour la première fois à Paris en 1840, ce n'est donc pas une nouveauté, mais une pièce à succès de Joseph Bouchardy (1810-1870), auteur de nombreuses pièces très populaires (et souvent longues), aux intrigues passablement compliquées et pleines de rebondissements.
Lazare le Pâtre est une pièce en quatre Actes avec Prologue et l'histoire se passe près de Florence, en Italie, vers 1440. L'image ci-dessous montre la liste des personnages telle que publiée en 1840.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les personnages de Lazare le Pâtre


Sources
Al Galliner  du 10 février 1884 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
Paul Joanne (dir.), Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies, Hachette, 1890-1905 [domaine public] via Gallica (article sur Céret)

Photos : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]
Illustration pour l'Acte III scène XI : H. Taxardo [domaine public]

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vendredi 23 octobre 2015

L'église Saint-André-de-Sorède vers 1884

L'église Saint-André-de-Sorède de nos jours
Nous avons déjà parlé précédemment de Jean-Auguste Brutails, archiviste des Pyrénées-Orientales de 1884 à 1889, connu aujourd'hui pour ses nombreuses photographies prises à l'époque de monuments du département. J'ai choisi ici de partager ses clichés de l'église Saint-André-de-Sorède, située à Saint-André, près de Sorède dans le sud-est du département.

Cette église de Saint-André-de-Sorède est tout ce qui reste de l'ancienne abbaye bénédictine qui se trouvait en ce lieu. Bâtie en plusieurs fois entre les 10ème et 12ème siècles, l'église est encore de nos jours un bâtiment majestueux, magnifique exemple de l'architecture romane dans notre région.

La première photo de Brutails nous montre la façade ouest et le portail de l'église. On peut voir en hauteur de chaque côté, entre la porte et la fenêtre, deux petits lions dévorant des proies (un serpent pour celui de gauche). Peut-être, symboles de la lutte du bien contre le mal, sont-ils les gardiens du temple ?


On peut voir sur la deuxième photo le tympan et le beau linteau en marbre de l'église. Le tympan est le plein du demi-cercle que l'on peut voir au-dessus de la porte. Le linteau est la poutre qui se trouve dessous et prend appui sur les deux piliers de chaque côté du portail.On distingue au centre de ce linteau une mandorle, soutenue par deux anges et au sein duquel figure un Christ. On peut voir également de chaque côté trois anges sous les petites arcades.

Ce linteau aurait été sculpté vers 1030, peu après celui de Saint-Génis des-Fontaines. Il mesure 2,12 mètres de long et 0,52 mètres de hauteur.


Brutails nous a également laissé une photo d'une ancienne vasque baptismale pré-romane, située dans l'entrée, avec son joli motif d'entrelacs. Celle-ci est posée sur une colonne et son chapiteau, sans-doute des réemplois de l'ancien cloître. Ces deux éléments ont été dissociés depuis.



Sources :
* Notice Mérimée des Monuments Historiques 
* Géraldine Mallet, Églises romanes oubliées du Roussillon, Les Presses du Languedoc, 2003
* Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t.2, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985

Illustrations :
Photo moderne : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]
Photos anciennes : Jean-Auguste Brutails (1859-1926), via le site 1886 (Université de Bordeaux 3) [domaine public]


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dimanche 29 juin 2014

Le portail de l'église Saint-Pierre de Céret vers 1884

La ville de Céret commémorait ce 29 juin 2014, jour de la Saint-Pierre et Saint-Paul, la fin des travaux de restauration de l'église Saint-Pierre, édifice paroissial de la commune. C'est aussi exactement il y a 1200 ans qu'est mentionnée pour la première fois cette église puisque l'on apprend en 814 que celle-ci existe déjà depuis quelques années. Elle a depuis été rebâtie maintes fois puisque le clocher, élément le plus ancien, date des 11e et 12e siècles, le portail du 14e et la nef des 17e et 18e.

Je profite de l'occasion pour partager une photo du portail de l'église Saint-Pierre et prise par Jean-Auguste Brutails, archiviste des Pyrénées-Orientales de 1884 à 1889, période durant laquelle il photographie nombre de monuments à travers le département.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Se distinguant donc par son ancienneté et par sa facture, le portail gothique en marbre blanc de l'église est lui-seul classé au titre des monuments historiques dès 1927, tandis que le reste de l'édifice ne bénéficie de la même protection qu'à partir de 1998.

Une petite plaque sur le pilier droit indique la date de construction du portail en 1398 : «  L'any de nostre Senyor MCCCLXXXXVIII fo feyta aquesta portalera ».

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La plaque indiquant la date de 1398

Le reste de l'église est entièrement rebâti entre le 17e et le 18e siècle. C'est durant cette campagne de travaux que le portail est surmonté d'un décor baroque comprenant une niche à fronton, entourée de pyramidions de chaque côté.

Photo : Jean-Auguste Brutails [domaine public], via le site 1886 (Université de Bordeaux 3)
Photo de la plaque : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]

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