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dimanche 14 janvier 2018

Duel au Perthus en 1886

Après avoir été rédacteur en chef du journal de Perpignan L'Eclaireur de 1884 à 1886, Auguste Manoury (1855-1907) fonde son propre journal, Le Radical des Pyrénées-Orientales, le 1er mai 1886. Fervent radical-socialiste, défenseur des ouvriers et des coopératives et journaliste se voulant incorruptible, il donne l'explication de son départ précipité dans le premier numéro du Radical.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
« Le Radical des Pyrénées-Orientales » du 1er mai 1886 (n°1).


C'est pour répondre au vœu de la grande majorité des actionnaires du journal « L'Eclaireur », frauduleusement dépossédés de la direction de leur organe, que nous avons fondé « Le Radical des Pyrénées-Orientales ».

Les relations sont donc logiquement tendues entre les deux journaux.

Le 4 mai, Le Radical publie le communiqué suivant :
A « L'Eclaireur ».- Sous le titre « Réponse au Radical », l'Eclaireur publie des documents sans valeur dont nous démontrerons, jeudi, l'inanité.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
« L'Eclaireur » en 1884.

A peine trois jours plus tard, un article de L'Eclaireur provoque de nouveau un incident, à un tel point qu'Auguste Manoury semble personnellement offensé.

Le Radical des Pyrénées-Orientales du 8 mai 1886

Procès-verbal

L'an mil huit cent quatre-vingt-six et le vendredi sept mai.
Messieurs Ulysse Crouzet et Aimé Bordo se sont présentés pour M. Manoury, rédacteur en chef du Radical, au bureau de la rédaction de l'Eclaireur à l'effet de demander à M. Louis Vincent rédacteur en chef de ce journal, une réparation par les armes au sujet de l'article paru dans le journal l'Eclaireur pourtant la date du 7 mai 1886 ayant pour titre : « Au rédacteur du Radical », reconnu offensant pour M. Manoury.
M. Vincent a constitué comme témoins MM. Jacques Pons et François Tiné, de Rivesaltes, qui se sont abouchés avec les témoins de M. Manoury et ont décidé que ce dernier tout en étant l'offensé en accordait les prérogatives à M. Vincent.
En conséquence, une rencontre aura lieu à l'épée de combat ; le combat cessera dès que l'un des adversaires sera reconnu incapable de continuer.
Fait en double à Perpignan le 7 mai 1886.

Pour M. Manoury,
U. Crouzet
A. Bordo

Pour M. Vincent,
J. Pons
F. Tiné

---


A la suite du procès-verbal du 7 mai, une rencontre a eu lieu à la frontière aujourd'hui samedi huit mai à six heures du matin.
A la première reprise Monsieur Manoury a été atteint à l'épaule droite et au moment où il baissait son épée, il a été atteint au flanc droit.
Le médecin ayant constaté que Monsieur Manoury n'était plus capable de continuer, les témoins ont déclaré l'honneur satisfait.
Fait en double au Perthus le 8 mai 1886.

Pour M. Manoury :
U. Crouzet
A. Bordo

Pour M. Vincent :
J. Pons
F. Tiné


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Un duel à l'épée en France en 1888.


Le Radical du 13 mai 1886 rapporte la lettre d'excuses de Louis Vincent, rédacteur en chef de L'Eclaireur, après leur duel au Perthus.

On lit dans L'Eclaireur d'hier :
Par la voie de son journal, M. Manoury m'adresse un reproche mérité. Comme jamais, même aux dépens de mon amour-propre, je n'ai hésité à reconnaître loyalement mes torts, je n'hésite pas à déclarer que la lettre qui m'a été communiquée par MM. Pons et Tiné lui était bien réellement destinée.
J'ai eu tort de ne pas faire cette déclaration dans le journal L'Eclaireur.
Je n'ai eu sous les yeux la correspondance et la carte remises par MM. Crouzet et Bardo qu'un seul instant, samedi à midi, et j'ai dû garder la chambre les deux jours qui ont suivi notre rencontre. C'est là une légère attnuation de ma faute.
J'ai commis une erreur que je regrette et je prie mon ancien adversaire d'excuser le retard que j'ai mis à le reconnaître.

Louis Vincent.

Je n'ai malheureusement pas pu retrouver le numéro de L'Eclaireur du 7 mai 1886 contenant l'article mettant en cause Auguste Manoury au point de devoir défendre son honneur dans un duel dont il ressort d'ailleurs blessé (quoique le mot d'excuse de M. Vincent montre qu'il en est lui aussi ressorti éprouvé).

Il va de soi en tout cas que le duel s'est fait à la frontière afin d'éviter d'éventuelles poursuites judiciaires. En effet, même si les duels restaient encore relativement courants en cette fin de 19e siècle, le fait de provoquer un décès pouvait faire risquer la peine de mort au survivant.

Sources :
* Le Radical des Pyrénées-Orientales des 1er, 4, 8 et 13 mai 1886 [domaine public] (via le fonds numérisé des Bibliothèques de Perpignan)
* Une biographie d'Auguste Manoury sur le site charlesfourier.fr
Crédits images :
* Bandeaux journaux : Fabricio Cardenas [cc-by-sa] via le fonds numérisé des Bibliothèques de Perpignan.
* Duel : Le duel Floquet-Boulanger, illustration anonyme parue dans le Diario Illustrado (Portugal) du 2 août 1888 [domaine public]


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mercredi 19 août 2015

Naissance du premier journal des Pyrénées-Orientales en 1815

Vieux papiers des Pyrénées-OrientalesIl y a exactement 200 ans, le 19 août 1815, paraissait le premier numéro du Mémorial administratif
des Pyrénées-Orientales. Jusqu'à cette date, le département n'avait alors aucun journal, tout comme une dizaine d'autres départements en France. Ce vide est comblé par la préfecture des Pyrénées-Orientales elle-même qui en assure alors la publication et la vente par abonnement. Le titre est modifié plusieurs fois et devient en 1831 le Journal des Pyrénées-Orientales. Le contenu présente bien évidemment le point de vue du pouvoir en place, ce qui motivera la création de L'Indépendant des Pyrénées-Orientales en 1846 afin de contrer la propagande officielle et de permettre l'élection d'Arago comme député. Le Journal des Pyrénées-Orientales cesse de paraître en 1876, après plus de soixante ans d'existence.

Voyons à présent le contenu des huit pages de ce premier numéro.

En pages un et deux, on trouve le détail de l'arrêté préfectoral concernant la parution du journal  tous les samedis. L'article 2 de l'arrêté en définit l'objectif :
Ce Mémorial administratif sera destiné à comprendre les ordonnances du Roi, les actes du Gouvernement, les ordres ministériels, les arrêtés, circulaires et instructions de la préfecture, les avis essentiels et les nouvelles officielles qu'il convient de porter avec promptitude à la connaissance des administrés du département.
L'article 5 précise que l'abonnement, de un franc par mois, est obligatoire pour tous les maires des communes du département.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

L'arrêté est signé par Paul Étienne de Villiers du Terrage (1774-1858), premier préfet des Pyrénées-Orientales depuis la Seconde Restauration et en poste depuis le 8 juillet. Il conserve cette fonction jusqu'en juillet 1818.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le duc d'Angoulême
En pages deux et trois, on peut lire un hommage au duc d'Angoulême, Louis-Antoine d'Artois, neveu de Louis XVIII et fils du futur Charles X. Le texte rappelle l'épisode des Cent-Jours durant lequel le duc d'Angoulême leva une petite armée dans le Midi de la France afin de résister à Napoléon. On trouve donc logiquement en pages quatre et cinq la proclamation officielle du duc d'Angoulême concernant la cessation de ses fonctions militaires, l'ordre étant revenu. Il y remercie la plupart des anciennes provinces du sud de la France, parmi lesquelles le Roussillon, pour leur fidélité et leur dévouement envers le Roi durant cette période.

Enfin, les pages cinq à huit nous donnent le détail concernant le Concours pour l'admission des élèves à l'École Royale Polytechnique en 1815, dont les examens régionaux se déroulent alors à Montpellier et Toulouse à la mi-septembre. Le programme des connaissances exigées comprend de l'arithmétique, de l'algèbre, de la géométrie, de la statistique, du français et du latin ainsi qu'une épreuve de dessin : 
[Les candidats] seront enfin tenus de copier une tête d'après l'un des dessins qui leur seront présentés par l'Examinateur.
Il faut être âgé de seize à vingt ans, mais une dérogation est possible jusqu'à vingt-six ans (et même trente ans pour les sous-officiers) pour tout français qui aura fait deux campagnes de guerre ou un service militaire pendant trois ans. Il faut également un certificat de bonne conduite, délivré par la mairie de son domicile.

Source :
Numéro 1 du Mémorial administratif des Pyrénées-Orientales : fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan (domaine public). Illustrations :
Bandeau journal et article 7 de la page 2 : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]
Portrait du duc d'Angoulême : Artiste inconnu (XIXème siècle) [domaine public]

Pour rappel, les articles de ce blog en rapport avec l'année 1815 sont à relire ici.



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