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samedi 5 août 2017

Une couleuvre géante à Sournia en 1907

On peut lire dans La Montagne du 22 juin 1907 et Le Réveil catalan du 23 juin 1907, mot pour mot, un même article relatant la mésaventure d'un berger de Sournia. Celui-ci se trouve confronté à un serpent de taille inhabituelle, au point d'être capable de pouvoir étrangler une de ses chèvres ! Il parvient à le tuer.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Une couleuvre de Montpellier

Sournia

Chèvre étranglée par une couleuvre. - Ces jours derniers, le chevrier du hameau de Combous, commune de Sournia, faisant paître son troupeau sur les contreforts de Cournevieille, s'aperçut, avec stupéfaction, qu'une énorme couleuvre s'était élancée au cou d'une chèvre. Cette dernière fut vite étranglée, sans que le berger osât se porter à son secours. Néanmoins, quelques jours après, le chevrier, armé d'un fusil, réussit à tuer cette couleuvre énorme, qui constituait un véritable danger pour les troupeaux, voire même pour les bergers.
Ce spécimen, de très rare grosseur sur nos régions, mesure trois mètres de long.

Le Canigou du 22 juin 1907 nous apporte une précision : le nom de l'auteur de l'exploit.

Sournia. - Etranglée par une couleuvre. - Le sieur Delès, de la métairie de Courbons, vient de tuer ces jours-ci une couleuvre ne mesurant pas moins de trois mètres de long.
Cette bête dangereuse avait quelques jours auparavant étranglé une chèvre en l'enlaçant autour du cou.
C'est la première fois qu'on voit dans nos parages une couleuvre de pareille grosseur.

Parmi les sept espèces de couleuvres présentes en France et notamment dans le sud de la France, la plus grande est la couleuvre de Montpellier,  dont les mâles peuvent atteindre une taille déjà respectable de 2 mètres, certains spécimens exceptionnels pouvant aller jusqu'à 2,50 mètres. L'individu tué à Sournia est donc extraordinaire par ses dimensions ! Bien que non venimeux et la plupart du temps sans danger pour les humains, ce serpent inhabituel constituait sans doute par sa taille un danger pour ce pauvre berger et son troupeau.

Le lieu mentionné, Combous ou Courbons selon les journaux, est en fait le Mas Courbous (Corbós), habitation isolée à l'ouest du village de Sournia et située à plus de 600 mètres d'altitude. On y trouve accolé au mas une église romane du 12e siècle, dédiée à Saint-Just, ainsi que les ruines d'un château sans doute du 11e siècle. Il y avait jadis en ce lieu une famille de seigneurs de Corbós, dont plusieurs membres furent templiers.

Le lieu de patûrage, Cournevieille, semble correspondre sur la carte au ravin de Coumoubeille, situé juste à l'ouest du mas.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Vue aérienne des environs du Mas Courbous


Sources :
* La Montagne du 22 juin 1907 [domaine public]
* Le Réveil catalan du 23 juin 1907 [domaine public]
* Le Canigou du 22 juin 1907 [domaine public]
* Cartes IGN, via le site Géoportail
* Faits historiques : Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t.2, Pau, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985

Illustrations :
Couleuvre de Montpellier : Alexandre Roux [cc-by-sa]
Vue aérienne : © IGN


A lire aussi sur ce blog : Record de longévité à Sournia en 1897


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samedi 4 avril 2015

Le zélé curé de Prugnanes 1901-1907

Les conflits entre maire et curé sont un classique de nos villages d'antan, ainsi que nous avons déjà pu le voir à Pollestres en 1881, à Dorres en 1892 et à Las Illas en 1907.  Le petit village de Prugnanes, dans le Fenouillèdes, ne fait pas exception à la règle. Après avoir atteint un peu plus de 200 habitants au XIXe siècle, le village se dépeuple progressivement et compte 165 habitant en 1901 et 157 en 1906 (102 en 2012). L'église paroissiale, dédiée à Saint-Martin, existe depuis le Moyen Âge mais fut reconstruite au XVIIe siècle.

Mais revenons au curé de Prugnanes, qui se fait déjà remarquer dans la presse nationale en 1901, en tant que sujet de moquerie dans L'Aurore du 8 décembre 1901.

 Il y avait quelque temps que nous n'avions entendu parler de l'église ou de la chapelle qui menace ruine, et pour la réparation de laquelle un desservant désespéré tend une aumônière qui ressemble au tonneau des Danaïdes. La voici. Un de nos lecteurs nous envoie la circulaire par laquelle le curé de Prugnanes sollicite les âmes généreuses en faveur de son église « dont la voûte est tombée depuis longtemps ». Même il complète le tableau par quelques mots bien sentis sur la sacristie, «  inondée à la moindre pluie », sur les ornements qui sont « dans un état pitoyable », et sur les chaises « qui ne tiennent pas debout ».
La commune, dont la population s'élève à 180 habitants, lui a donné une subvention de 1,000 francs, ce qui a dû fortement écorner le budget d'un petit trou pas riche dons nous ne froisserons pas la vanité en disant qu'il ne dispose pas tout à fait des mêmes ressources que Paris ; l'Etat lui a accordé un secours de 300 francs et ses paroissiens lui ont donné plus de 500 francs. Enfin l'Evêque de Perpignan lui a accordé les reliques de la Vraie Croix et de Saint-Martin, et on lui offre une statue de la Vierge.
Mais le curé de Prugnanes est insatiable. Il lui faut des reliquaires pour ses reliques, il lui faut payer le port de sa statue ; « il lui faut des ornements convenables, et il n'a pas même de crucifix dans l'église ».
Aussi est-il prêt à recevoir la moindre obole avec reconnaissance. « Un franc, cinquante centimes ou même un simple timbre (sic) sont à la portée de toutes les âmes zélées pour la gloire de Dieu ». Mais si le cœur vous en dit, vous êtes libres d'envoyer 10 francs, ce qui vous donnera droit à dix messes. Allons ! allons ! âmes pieuses, un peu de courage à la poche !

Une brève parue dans le journal La Croix du 26 avril 1905 nous révèle le nom du curé :

Nos amis défunts
Mme Anne Tourné de Massota, mère de M. le curé de Prugnanes (Pyrénées-Orientales), dont la Semaine religieuse de Perpignan relate avec de grands éloges les touchantes funérailles.

Les années 1905 à 1907 sont particulièrement propices aux conflits, entre la Loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 et la querelle des inventaires qui suit en 1906, le tout étant la cause d'une certaine tension permanente entre religieux et laïcs. Le maire de Prugnanes semble à cette période avoir une dent contre le curé, ainsi que le révèle le journal Le Temps du 22 juin 1906. Ce dernier n'a toutefois pas l'air d'être d'un caractère facile.

Perpignan, 21 juin

Ce matin, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Perpignan le curé de Prugnanes, accusé d'avoir injurié, dans une lettre adressée au procureur de la République, le maire de la commune, qui avait refusé de lui signer une demande d'allocation.
Le curé, qui était poursuivi également pour avoir injurié en chaire le président de la République, à été condamné à quinze jours de prison, avec sursis.
Il a été relaxé.

Malgré ce conflit, le curé recevra rapidement son allocation, ainsi que le prouve le Journal officiel du 24 juillet 1906, citant l'arrêté du 23 juillet 1906 approuvant l'attribution d'allocations durant huit ans à une liste de ministres des cultes dans laquelle il figure, avec cinq autres curés du département :

Monet, desservant à Urbanya (Pyrénées-Orientales)
Puy, desservant à Matemale (Pyrénées-Orientales)
Respaut, desservant à Campome (Pyrénées-Orientales)
Salvadou, desservant à Conat (Pyrénées-Orientales)
Sol, desservant à Trévillach (Pyrénées-Orientales)
Tourné, desservant à Prugnanes (Pyrénées-Orientales)

La tension ne semble cependant pas être retombée l'année suivante, ainsi que nous l'indique encore le journal Le Temps du 23 janvier 1907, puisque l'on finit même par se battre dans l'église Saint-Martin, un jour d'enterrement de surcroît.

A Prugnanes (arrondissement de Perpignan) de graves incidents se sont produits à l'occasion des obsèques d'une dame. Au moment où le cortège allait entrer dans l'église, l'abbé Tourné, curé de Prugnanes, s'avança sur la porte et interdit au cortège l'accès de l'église. Le maire donne aussitôt l'ordre de laisser pénétrer dans l'église et comme l'abbé Tourné protestait, le maire passa outre, assisté du garde-champêtre et ayant à sa suite la majeure partie du cortège pénètre dans l'église. Le curé s'élève alors contre les violences dont, dit-il, il vient d'être l'objet. Des assistants ripostent. Les parents de la défunte se mêlent à la discussion. C'est une mêlée générale ; des coups sont échangés. Finalement, les assistants prennent le parti de chanter eux-mêmes la messe.

C'est la dernière fois que la presse nationale mentionne le curé Tourné, de Prugnanes. Notons que le maire et son conseil municipal démissionnent en bloc quelques mois plus tard, à l'occasion de la crise viticole et comme cela s'est fait également dans de nombreuses autres communes de la région. Voyons par exemple la brève parue dans le journal Le Rappel du 19 juin 1907.

La crise viticole

Perpignan, 17 juin
Le conseil municipal de Prugnanes a adressé sa démission au préfet, en lui donnant l'assurance de ses sentiments républicains.

Retrouvez ici tous les articles de ce blog en rapport avec les Fenouillèdes et toutes les histoires impliquant des curés !

Sources : Gallica (cf. liens)
Carte : Openstreetmap, via Wikicommons (CC-BY-SA)
Note : Prugnanes fait partie des 9 communes des Pyrénées-Orientales sur Wikipédia dont l'article n'a aucune photo et je n'ai trouvé ailleurs sur le Web aucune image libre de réutilisation concernant le village ou son église. Je pense que je vais devoir aller y faire un tour !

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samedi 9 août 2014

Déluge à Urbanya en 1907

Avec 10 habitants recensés en 2011, Urbanya est aujourd'hui la commune la moins peuplée du département des Pyrénées-Orientales. Mais en 1907, on y trouvait encore 275 habitants, et ceux-ci subirent des intempéries catastrophiques, ainsi que nous l'apprend la presse quotidienne de ce mois de septembre 1907. Le village est situé  à 880 mètres d'altitude dans une vallée reculée du Conflent et il n'existait pas encore à l'époque de vraie route le reliant aux villages voisins de Conat ou Nohèdes.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Urbanya

Le Rappel du 14 septembre 1907

Prades - Un cyclone s'est abattu sur la commune d'Urbanya et ses environs et a causé des pertes considérables.

On en sait un peu plus le lendemain.

La Presse (Paris)  du 15 septembre 1907.

LE MAUVAIS TEMPS

Perpignan, 14 septembre. - Les détails qui parviennent sur la trombe d'eau qui s'est abattue sur le territoire d'Urbanya (arrondissement de Prades), disent que des ponts ont été ensevelis ou emportés, des chemins et des routes rendus impraticables, des maisons ébranlées. En certains endroits, l'amoncellement de la grêle rend difficile la circulation.

Le journal Le Canigou du 21 septembre 1907 nous donne davantage de détails sur l'étendue des dégats.

Urbanya .- Les dégâts du cyclone.

Lundi matin, nous avons eu la visite de MM. Hugonnet, agent-voyer en chef ; Petit, conseiller général ; Baixès, agent-voyer d'arrondissement, et Jalabert, agent-voyer cantonal.
Ces messieurs sont repartis sur Prades, à midi, après s'être entretenus très longuement avec M. le maire d'Urbanya et avoir constaté l'étendue des dégâts occasionnés par les tristes effets du cyclone qui s'est abattu sur notre commune, dans l'après-midi du jeudi 12 courant, aux chemins vicinaux ordinaires de la commune, aux fontaines, lavoirs, ainsi que dans de multiples propriétés complètement dévastées par la rivière sortie de son lit.
Une équipe nombreuse d'ouvriers travaille à rétablir l'ancien lit de la rivière d'Urbanya et à le déblayer des énormes blocs de pierre qui l'obstruent.
Les dommages subis sont très importants.

- Secours ministériel .- M. le Ministre de l'Intérieur vient d'accorder un secours de 250 francs à la commune d'Urbanya, pour procéder aux travaux de déblaiement des fontaines ensablées à la suite de la trombe d'eau du jeudi 12 septembre dernier.


Note de 2016 : Le recensement de 2014 révèle une progression démographique étonnante à Urbanya, qui possède désormais officiellement non plus 10 mais 34 habitants !

Source articles [domaine public] : Gallica (cf. liens)
Source Le Canigou du 21 septembre 1907 [domaine public] : fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan.

Photo : Par Petrus6622 (Travail personnel) [Licence Art Libre, via Wikimedia Commons]


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samedi 26 juillet 2014

Un curé SDF à Las Illas en 1907

L'église devient logement


En 1907, nous sommes en pleine période de laïcisation des institutions suite à la loi de séparation des Églises et de l'État, votée en 1905, et les tensions restent vives dans les campagnes entre les maires et les instituteurs d'un côté et les curés de l'autre. Nous en avons un exemple à travers cette petite dépêche publiée dans L'Ouest Eclair du 11 mars 1907 et relatant un fait divers survenu à Las Illas.

Note : En 1907, Las Illas est encore une commune frontalière du Vallespir peuplée de 209 habitants et qui finira par être rattachée, contre son gré, à Maureillas en 1972.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Notre-Dame du Remède

Une église-presbytère

Las Illas, 10 mars.- Le maire l'ayant mis en demeure de quitter le presbytère, le curé a transporté son mobilier à l'église, y a dressé son lit, et a décidé d'y loger et d'y coucher.
Le maire a résolu de porter l'affaire en référé devant le tribunal de Céret.

L'église Notre-Dame du Remède, qui a du servir de logement au curé, est tout de même relativement isolée (quasiment au milieu de rien dans la montagne), à mi chemin entre la Las Illas et La Selve (ancienne commune absorbée par Las Illas en 1823). Sans doute le presbytère était-il situé au village même et d'un confort moins précaire.

Note : Un aimable lecteur m'a signalé dans un commentaire ci-dessous que le presbytère se trouvait à l'époque des faits directement contre l'église ; il a depuis été démoli. Notre curé nomade nomade n'a donc pas eu à déménager bien loin !

Source : Gallica (cf. lien)
Photo : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA)


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jeudi 3 juillet 2014

Folie furieuse à l'église de Maureillas en 1907

C'est un étrange fait divers qui paraît dans le quotidien Gil Blas du 23 avril 1907. Un incident a lieu à Maureillas, commune située à l'est de Céret, impliquant un curé. De manière assez surprenante, cet épisode est remonté jusque dans la presse nationale.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Saint-Etienne de Maureillas

Perpignan, 22 avril .- A Maureillas, arrondissement de Céret, un individu, dans un accès de folie furieuse, a pénétré, armé d'une fourche, dans l'église, au moment où on célébrait la grand'messe.
Une panique s'est produite. Le dément a blessé, à coup de fourche, le curé qui officiait. On n'a pu qu'à grand'peine se rendre maîtres du dément.

Le forcené en voulait-il personnellement au curé ? La profession semble comporter des risques indéniables, en tout cas. Pour rappel : l'accident survenu au curé de Théza en 1900.


Source : Gil Blas du 23 avril 1907 [domaine public] (via Gallica)
Photo : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]



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