Affichage des articles dont le libellé est 1926. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1926. Afficher tous les articles

dimanche 24 août 2014

Premières cerises de Céret et d'ailleurs

Depuis quand les cerises de Céret
sont-elles les premières de France ?

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Marchande de bouquets de cerises à Paris en 1815
Céret est de nos jours réputée pour ses premières cerises, envoyées au Président de la République depuis au moins 1932, ainsi que nous avons pu le voir précédemment. Mais il n'en a pas toujours été de la sorte et j'ai voulu essayer de savoir un peu plus précisément quand a commencé la renommée de la cerise cérétane.

Bien que le merisier ou cerisier sauvage ait toujours été présent en Europe, il faut attendre les Romains pour que ceux-ci ramènent la cerise que nous connaissons d'Asie mineure et qu'elle se développe en Europe à partir du haut Moyen Âge. Difficile donc de dire de quand date l'apparition de la cerise à Céret. Peut-être la cerise y est-elle cultivée depuis très longtemps, toutefois la production semble être restée limitée à la consommation locale jusqu'au début du vingtième siècle. En 1898, le Bulletin trimestriel du Syndicat d'initiative du Roussillon nous rappelle que la production de Céret est réputée, mais pas pour ses cerises :

Les flancs des montagnes qui avoisinent Céret sont couverts de noisetiers qui produisent des fruits universellement renommés.

Sortons donc un moment du cadre strictement départemental et essayons de savoir d'où venaient les cerises que l'on consommaient jadis à la capitale et comment elles étaient transportées. Voyons les compte-rendus de la presse à travers le temps.

Le Magasin pittoresque, 1854

A mesure que se complète le réseau de chemins de fer aboutissant à la capitale, les départements du centre et du midi se mettent en mesure de profiter des avantages résultant de ces voies de communication. De vastes vergers récemment plantés livreront dans un avenir prochain des quantités importantes de toutes sortes de fruits à la consommation parisienne. Parmi ces fruits, les cerises, guignes, bigarreaux, ne pourront arriver en bon état à leur destination que dans des paniers soigneusement bagués.
Les cerises des départements du Midi se vendent à Paris à des prix fabuleux, à l'époque où le rayon de Paris n'en a pas encore à envoyer au marché ; on en jugera par le calcul suivant. Un kilogramme de cerises est vendu, rendu à Paris, 2 francs, dans la seconde quinzaine de mai. Des revendeurs achètent ces premières cerises pour en garnir des bâtons ornés de feuilles de muguet pliées ; chaque bâton porte six cerises, du poids moyen de 3 grammes et un tiers. On peut donc faire, avec un kilogramme de cerises, cinquante bâtons vendus 10 centimes la pièce. Ainsi, d'un kilogramme de cerises, la revendeuse retire, par la vente des bâtons de cerises, 5 francs dont il faut déduire le prix très-minime des bâtons et des feuilles de muguet.

La Semaine des familles (Paris), 6 juillet 1861

Grâce aux chemins de fer, le rayon d'approvisionnement de Paris s'est singulièrement augmenté, et cependant, par un phénomène que je n'ai vu expliqué nulle part, il n'y a pas une réduction sensible dans les objets de consommation. Les premières cerises nous sont arrivées des départements du Midi, ; les vergers de Paris ont commencé depuis la mi-juin à envoyer leur contingent à la halle. Le Midi, surtout les départements de l'Allier et du Puy-de-Dôme, dont les cerises sont finies, commence en ce moment l'envoi de ses abricots qu'il cueille un peu avant maturité. On les emballe avec soin dans des boîtes plates où ils achèvent de murir avant d'être livrés à la consommation.

La Semaine des familles (Paris), 1er juin 1878

(...) les premières cerises ont fait leur apparition sur les marchés (....)
(...) aller explorer les riantes régions où le joli fruit [la cerise] mûrit sur les côteaux de Montmorency.

L'Agriculture nouvelle, mars 1897

Les toutes premières cerises s'expédient par [24] ou 30 environ dans les caissettes déjà employées pour les premières fraises ; elles sont appuyées chacune sur une feuille de hêtre, en  dessus d'un lit de mousse humide.

Le Populaire (Paris), 19 mars 1922

Le temps des cerises

Une branche de douze cerises, provenant des forceries des environs de Paris, a été vendue à la criée du pavillon des fruits aux Halles, 130 francs, soit à raison de 12fr.50 la cerise.
L'an dernier, les premières cerises de même provenance avaient été payées 17fr50 la pièce.

On sait qu'il y a en 1920 dans la région de Céret déjà 20 000 cerisiers, ce qui n'est pas rien. Il est donc nécessaire que la filière s'organise et le premier marché de gros de Céret pour les fruits (cerises, abricots, etc.) a lieu en 1922. Mais toujours aucune mention dans la presse nationale. Il faut attendre 1926 pour que l'on parle de la précocité de la cerise de Céret.

L'Ouest-Éclair (Éd. de Caen), 13 avril 1926

Voici les cerises

Paris, 11 avril .- Déjà les premières cerises ont fait leur apparition aux Halles centrales ; la saison est précoce : l'an dernier le premier arrivage avait eu lieu le 9 mai. Hier on a vendu au cours de 8 à 15 francs la caissette de cerises de Céret de 600 à 900 grammes, soit 16 francs 70 environ le kilo. Pour des primeurs, le prix n'est pas exagéré. Oui, mais le pain augmente toujours.

En 1932, coup d'éclat de l'envoi par avion des premières cerises de Céret au Président de la République.
Par la suite, la production de la cerise se développe, atteignant déjà 1500 tonnes en 1937 rien que pour la région de Céret (on ira jusqu'à 5000 tonnes dans les années 70) et, douze ans plus tard, la réputation de la cerise de Céret semble bien établie.

La Voix du combattant du 7 mai 1938

Les premières cerises ont fait ces jours derniers leur apparition dans la région privilégiée de Céret, où elles murissent traditionnellement avec les fêtes de Pâques, de même que les fraises ornent maintenant de leur rouge vermeil les devantures des fruitiers.

Sources :
* Articles : Gallica (cf. liens)
* Chiffres :  Peyrière, Basset et Clave, Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales, 1938
* Chiffre 1970 : Office de tourime de Céret

Illustration :
Les cris de Paris, par Carle Vernet, 1815 (domaine public, via Gallica) 


Retrouvez ici toutes les histoires en rapport avec Céret.


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

dimanche 20 avril 2014

Un complot des séparatistes catalans déjoué en Vallespir, novembre 1926

Explosifs à Millas et arrestations à travers les Pyrénées-Orientales

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

En 1926, Francesc Macia et ses partisans, réfugiés en Vallespir, tentent d'organiser un complot contre la dictature en Espagne de Primo de Rivera. Déjoué par la gendarmerie française, il en tire néanmoins un certain prestige qui lui permet plus tard de proclamer la République de Catalogne et de devenir président de la Generalitat de Catalunya en 1931 après la mort de Primo de Rivera. Voyons le récit des événements tels que relatés dans un quotidien de l'époque.

L'Homme libre, 8 novembre 1926
Les arrestations
des séparatistes catalans

Perpignan, 7 novembre

De regrettables incidents se sont produits ce matin à la caserne de l'Académie où sont retenus prisonniers les insurgés séparatistes. Certains éléments anarchistes, ou, en tout cas, exaltés, ont grossièrement insulté les agents chargés de leur surveillance. L'autorité administrative a dû intervenir et prendre des mesures coercitives pour réprimer ce mouvement d'insubordaination.

Une nouvelle arrestation
La police mobile a procédé hier, dans la soirée, au cours de recherches domiciliaires, à l'arrestation à Perpignan d'un Catalan séparatiste.
Le service de la Sûreté continue l'interrogatoire de tous les insurgés. Toutefois l'audition de Macia, a été ajournée jusqu'après l'arrivée à Paris de certains documents.

La recherche des armes et des munitions
M. Kling, directeur du laboratoire municipal de Paris, est attendu aujourd'hui. Il doit présider à l'enlèvement des explosifs trouvés à Millas et abandonnés par les séparatistes.
Malgré le refus opposé par le colonel Macia de donner la moindre indication sur l'emplacement des dépôts d'armes et de munitions, les recherches continuent. Elles sont, à cause de ce mutisme, très laborieuses.
Le bruit avait couru que des coups de fusil avaient été échangés près d'Agullano entre des gardes civils et des séparatistes. Cette nouvelle est controuvée.

M. Lerroux, ex-leader républicain espagnol est arrêté
Des informations venues d'Espagne annoncent l'arrestation de l'ancien député aux Cortès Alexandre Lerroux, compromis, dit-on, dans le complot séparatiste catalan. S'il est possible que M. Lerroux ait conspiré contre le régime actuel, qui ne répond évidemment pas à son idéalisme républicain, rien ne permet de croire qu'il soit brusquement. passé de la parole aux actes. Il serait encore plus extraordinaire de supposer que le colonel Mascia eût accepté sa collaboration. Du reste, M. Lerroux a perdu depuis de longues années la direction du parti républicain, dont il fut le chef à l'époque déjà lointaine où les masses ouvrières de Catalogne l'avaient surnommé « le roi du Parallèle ». (Le Parallèle est un quartiter populaire de Barcelone).
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

L'Homme libre, 9 novembre 1926

Dernière heure
Les insurgés catalans s'étaient procuré des uniformes français

On a annoncé que dans un des dépôts d'armes découverts près de la frontière espagnole on a trouvé une trentaine d'uniformes de soldats français, capotes de fantassins et manteaux d'artilleurs. Un de ces derniers porte l'écusson de la garnison.
Le colonel Macia sera interrogé sur ce fait auquel les enquêteurs attachent une certaine importance.
« Le Casal Catalan », groupement catalaniste de Perpignan, a, par l'intermédiaire de son président, M. Figorola, adressé au ministre de l'intérieur et au préfet des Pyrénées-Orientales, une requête demandant un élargissement rapide des insurgés catalanistes, dont la plupart sont pères de famille et ne demandent qu'à reprendre leur travail. Le même groupement a ouvert une souscription en faveur des conjurés catalans.

La recherche des explosifs
M. Kling, directeur du laboratoire municipal de Paris, et M. Florentin, sous-directeur, arrivés à Perpignan, sont allés retirer deux bombes à la gendarmerie de Millas.
Ils se sont ensuite rendus à Saint-Laurent-de-Cerdans et Prats-de Mollo, pour prendre possession de deux sacs à main contenant une certaine quantité de cheddite et de dynamite.
Les deux fonctionnaires iront demain à Agde, Cette et à La Nouvelle pour retirer les explosifs jetés par les séparatistes catalans sur la voie ferrée.

Les confrontations se poursuivent
Une nouvelle arrestation

Hier après-midi, les confrontations ont continué entre les détenus et M. Francisco Mascia. L'entrevue avec Risoli fut affectueuse. L'Italien embrassa le leader catalan. Croyence Mascia [sic] se défend toujours d'une collusion avec Ricciotti Garibaldi.
Un Espagnol, surveillé depuis quelque temps, à Saint-Laurent-de-Cerdans, a été arrêté et transféré à Perpignan. Plusieurs camions automobiles ont rapporté, cet après-midi, du matériel de campement et vestimentaire, ainsi que des armes et munitions trouvés en Vallespir, qui ont été placés dans la citadelle.
La procédure est poussée rapidement, pour que les dossiers puissent être envoyés à bref délai à Paris, pour décision.
Les catalanistes sympathisants de Perpignan ont été avisés que, les prisonniers étant traités avec les plus grands égards, toute manifestation en leur faveur serait interdite.

Source :
L'Homme libre du 8 novembre 1926, via Gallica (cf. lien) [domaine public]
Photos : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]


Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !