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lundi 29 octobre 2018

Un cardinal contrebandier à Cerbère en 1886

Le « Radical des Pyrénées-Orientales » du 13 juin 1886 s'indigne d'un fait divers un peu particulier rapporté par l' « Écho de Cerbère ».

Un cardinal portugais, pris en flagrant délit de contrebande de tabac lors de son passage à Cerbère, se contente de recevoir des excuses suite au zèle excessif du douanier local. A contrario, un banal père de famille, se retrouvant dans la même situation deux jours plus tard, ne bénéficie quant à lui aucunement de la mansuétude de l'administration des Douanes et écope d'une amende sévère. Le principe d'égalité des citoyens face à la loi est ici manifestement sérieusement mis à mal.

Deux poids et deux mesures


On lit dans l'Écho de Cerbère :

» Mieux vaut être don José, troisième du nom, qu'un pauvre hère. Cela se conçoit aisément et vous le saisirez davantage à la lecture des quelques lignes qui vont suivre.


» Le Cardinal-patriarche de Lisbonne, dont nous avons signalé le passage à Cerbère dans notre dernier numéro, aime le bon tabac ; cela se conçoit et s'excuse chez un prélat dont l'origine doit légitimer le goût même immodéré de la plante à Nicot.


» Mais ce que l'Éminence susdite aime moins, c'est l'acquittement des droits lorsqu'elle introduit cette marchandise en France. Aussi le cardinal jugea-t-il inutile, la semaine dernière, de déclarer à l'administration qu'un kilogramme et demi d'un tabac de choix se cachait dans sa malle.


» Toutefois l'arôme qui se dégagea à l'ouverture des colis fut si pénétrant qu'un employé, amateur sans doute, fourra son nez dans le corps du délit et retira de sa cachette le précieux paquet.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le patriarche de Lisbonne don José III.


» S'appeler don José III, occuper à Lisbonne une des premières places et être pincé à la frontière comme un vulgaire contrebandier, cela n'avait aucune raison d'être.


» Et effectivement, pour le bonheur des peuples, il n'en fut pas ainsi. L'Administration respectueuse condamna l'INDÉLICATESSE de l'employé trop vigilant et ce fut au milieu d'un concert d'excuses que le dignitaire portugais replaça sous son linge son odorant tabac qui passa en FRANCHISE.


» Or deux jours après cet incident un malheureux père de famille fut surpris avec une petite provision de cinq cents grammes d'un tabac ORDINAIRE qu'il avait avec lui. Mais il portait le nom le plus vulgaire et sa mise était des plus simples. La Douane ne pouvait pas hésiter.


» Et elle n'hésita pas, l'impartiale Administration, rien que la mort, c'est-à-dire rien que l'amende n'était capable d'expier ce forfait.


» Le pauvre homme offrit sa montre qu'on eut, un moment, l'idée d'accepter pour l'envoyer à don José en dédommagement de ses tribulations. Mais comme l'objet était aussi triste que l'individu, ce projet n'eut pas de suite et l'ADMINISTRATION FRANÇAISE s'en tint à l'application sommaire d'une amende de SOIXANTE FRANCS.


» C'est pourquoi on lit toujours sur nos monuments publics cette fière devise :
» Liberté, ÉGALITÉ, Fraternité. »

José Sebastião d'Almeida Neto (1841-1920) est un prêtre franciscain portugais devenu évêque de l'Angola et du Congo en 1879, puis cardinal-patriarche de Lisbonne en 1883-1884. Il est consacré en sus cardinal-prêtre des Saints-Apôtres le 10 juin 1886, soit à peine trois jours avant la parution de cet article. Le journal précise qu'il a repris l'information de son confrère « L'Écho de Cerbère et de Port-Vendres » (nom complet de ce journal).

Ce périodique avait une parution hebdomadaire, on peut donc supposer que le passage du cardinal à Cerbère a eu lieu au moins sept à dix jours plus tôt. Peut-être se rendait-il justement au Vatican en vue de la cérémonie le concernant. Un incident à son propos juste avant un événement aussi important aurait sans conteste été particulièrement malvenu, ceci expliquant sans doute le geste de faveur de l'administration des Douanes à son égard. Mais rien n'empêche de penser que, consécration ou pas, il aurait de toute façon bénéficié du même passe-droit (c'est en tout cas l'avis du journal).

Source :  Le « Radical des Pyrénées-Orientales » du 13 juin 1886 [domaine public] (via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan)
Crédit photo : Anonyme [domaine public]


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samedi 31 décembre 2016

Colère du curé de Cerbère en 1885

L'église neuve reste quasiment vide


Nous avions pu lire dans un précédent article les protestations d'un père de famille en mai 1885 à propos d'une nouvelle buvette de Cerbère. Celle-ci présentait la particularité de n'employer que des femmes (ainsi que le permettait un récent arrêté municipal), laissant supposer des activités annexes et bien sûr tout à fait immorales, tout en étant située tout contre l'école du village.

Le journal L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls nous informe dans son numéro du 31 mai 1885 de la suite de cette histoire. Cette fois-ci, c'est le curé de la paroisse qui décide de se mêler de l'affaire. Le journal en question, républicain et anti-clérical, profite donc de l'occasion pour se moquer du dit curé.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église de Cerbère


Un homme qui n'est pas content du tout, c'est monsieur le curé de Cerbère, et c'est vrai, il y a de quoi !
Maintenant que le voilà en possession d'une église neuve, la clientèle n'arrive pas. Le bondieusard a beau branler sa cloche personne ne vient. C'est désastreux !
La messe réunit jusqu'à sept personnes ; on a vu trois pelées et un galeux au vêpres ; quant aux offices du soir, il n'y a pas d'exemple qu'ils se soient célébrés devant quelqu'un.
Cette situation lamentable a excité le génie inventif du curé de notre village, et voici ce que ce vigilant pasteur a découvert pour la consolation des âmes dévotes.
« Si les fidèles ne viennent pas à mon église, c'est qu'ils vont ailleurs ! Et où donc ? Evidemment dans ces infâmes buvettes servies par des personnes du sexe damnable. Supprimons les buvettes et la foi refleurira. »
Bâcler une pétition fût l'affaire d'une minute. Recueillir des signatures a été une autre guitare !
Malgré les acrobaties du ratichon, il paraîtrait qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, la fameuse pétition a réuni trois signatures, y compris celle du curé et du sonneur de cloches.
Là, se bornera son succès.
Les buvettes à femmes ont été autorisées par l'administration, à condition par leurs gérants, d'observer les réglements de la police.
Ce n'est pas au curé, mais aux agents de l'administration de tenir la main à l'exécution des mesures d'ordre public.
Que M. le curé le sache !
Au cas où il l'aurait oublié, nous serions là pour le lui rappeler.

Guibollaud.


Le curé mentionné dans l'article est Joseph Santol (1853-1923). Il est le premier desservant attitré de la toute nouvelle église Saint-Sauveur, dont la construction avait commencé un an plus tôt et tout juste ouverte (la bénédiction des cloches n'aura lieu que le 14 juin suivant). On comprend alors aisément son désarroi devant le manque d'enthousiasme de la population pour assister à ses offices. Réclamer la fermeture des buvettes licencieuses devient dès lors une étape logique pour ramener les fidèles dans le droit chemin. Notons que le dit curé Santol sera par la suite en grave conflit avec la mairie pour de toutes autres histoires, puis inculpé beaucoup plus tard d'outrages aux mœurs et de traite d'enfants à la suite de ses activités dans divers orphelinats.

Concernant les buvettes tenues par des femmes à Cerbère, l'affaire n'est pas terminée et nous pourrons en lire la suite dans les prochains numéros !

Source : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 31 mai 1885 [domaine public] (via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan)
Photo de l'église : Bertrand Grondin [cc-by-sa]


Les articles concernant Cerbère sont à relire ici.


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mardi 15 novembre 2016

Vol à l'église de Cosprons en 1881

Le voleur n'était heureusement pas bien malin

Dans la partie méridionale de la commune de Port-Vendres, à l'intérieur des terres, se trouve le hameau de Cosprons, en surplomb de l'anse de Paulilles. On y trouve une petite église romane dédiée à sainte Marie, construite au XIIème ou XIIIème siècle. Le journal La Publicité, dans son édition du 30 juillet 1881, nous informe qu'elle a été victime, à nouveau, d'un cambriolage. On s'active alors pour retrouver le coupable et les objets manquants.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Sainte-Marie de Cosprons


Dimanche matin, 24, les habitants du village de Cosperons constataient, pour la deuxième fois, le vol sacrilège de leur église. Des bandits s'étaient introduits dans la chapelle, en soulevant le verrou intérieur par une ouverture de la porte de fer. On a pillé les troncs où étaient contenues les quêtes de l'enterrement de la veille ; un ornement sacerdotal et le calice ont également été enlevés. Le lendemain lundi, le bruit a couru à Banyuls que l'auteur du brigandage sacrilège avait été découvert et arrêté. Le proverbe catalan dit vrai :

Lo domini fa l'obra,
Ell mateix la dascobra !

Un inconnu se rendait en Espagne par le col de Banyuls en compagnie d'un habitant de Rabos. Arrivés sur le territoire espagnol, nos deux camarades jugèrent à propos de se rafraîchir à une fontaine d'eau glacée. L'inconnu tira, paraît-il, une coupe de calice pour boire et la présenta ensuite à son compagnon qui refusa de s'en servir, mais qui, ayant appris le matin même à Banyuls, le crime de Cosperons, signala l'inconnu aux gendarmes de Rabos. Il est actuellement sous les verrous et l'on attend son extradition, car le coupable est sous le coup d'un délit de droit commun.

Le trajet du cambrioleur


Au sud de Port-Vendres se trouve Banyuls-sur-Mer, commune frontalière que le voleur a donc logiquement traversée pour retourner se mettre à l'abri dans son pays (du moins le croyait-il). Depuis Cosprons [point vert], le chemin est direct vers le col de Banyuls (altitude : 361 m) [point rouge] qu'il faut atteindre pour traverser le massif des Albères et la frontière. Il y a tout de même 14 km à faire à pied, qu'un bon marcheur peut faire sans problème en moins de trois heures.  Arrivé au col, notre voleur pouvait alors se diriger vers les villages d'Espolla ou de Rabós, situés sur le versant sud des Albères.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le chemin depuis Cosprons jusqu'au Col de Banyuls


Cosprons ou Cosperons ?


On note que le journaliste utilise pour désigner le hameau le nom de Cosperons.  Malgré les apparences, ce n'est pas une erreur. En effet, même si la forme que l'on utilise aujourd'hui, Cosprons, existe au moins depuis le XVIème siècle (après avoir évolué depuis Collis Profundis, « Cols profonds », que l'on relève en 1197), elle est en concurrence durant les XVIIème et XVIIIème siècles avec celle de Cosperons, rappel du Cos Peron que l'on trouve parmi d'autres variantes du nom au XIVème siècle pour désigner ce lieu. Cet article montre qu'en 1881, l'usage semble encore hésiter entre les deux formes.

Sources
Article : La Publicité du 30 juillet 1881 [domaine public], via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
Toponymie : Lluís Basseda, Toponymie historique de Catalunya Nord, t.1, Prades, Revista Terra Nostra, 1990

Illustrations
Photo : El Caro [cc-by-sa] via Wikimedia Commons
Carte : Les contributeurs d'OpenStreetMap [cc-by-sa]

Tous les articles à propos de Port-Vendres sur ce blog sont à relire ici.


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samedi 9 janvier 2016

Né à Port-Vendres, pharaon à Hollywood

Un Ramsès II français dans un péplum biblique

L'acteur français Charles de Rochefort, né à Port-Vendres en 1887 fut une vedette à l'époque du cinéma muet, avant de se tourner vers le théâtre à partir des années 30. Il tient le second rôle dans une des plus grosses productions hollywoodiennes des années 20.

Le film


Le réalisateur Cecil B. DeMille (1881-1955) est encore bien connu aujourd'hui pour avoir réalisé en 1956 le film Les Dix commandements, au casting incroyable, avec Charlton Heston dans le rôle de Moïse et Yul Brynner dans celui de Ramsès II. Ce film est à l'époque le plus cher de tous les temps, ayant notamment nécessité plus de 10000 figurants et des milliers d'accessoires.

L'affiche du film de 1956

Mais on a oublié de nos jours que ce film est en fait un remake par Cecil B. DeMille de son propre film, également intitulé Les Dix commandements et réalisé en 1923, à l'époque du cinéma muet. Ce premier essai était déjà à l'époque une grosse production, ayant coûté très cher et nécessité plus de 2500 figurants et des décors gigantesques.

L'affiche du film de 1923

Les rôles principaux sont alors tenus par l'acteur américain Theodore Roberts (Moïse) et notre natif de Port-Vendres, l'acteur Charles de Rochefort (Ramsès II), crédité sous le nom de Charles de Roche.


Moïse n'est pas content face à Ramsès II

On peut voir dans l'extrait ci-dessous Moïse venant annoncer de nouveaux malheurs à Ramsès II faute de laisser le peuple d'Israël repartir vers sa terre promise. L'histoire en est alors à la dixième des plaies d'Égypte, annonçant la mort des premiers-nés. Le pharaon dédaigne la menace et renvoie Moïse. Fatalement, on le voit ensuite se lamenter de la mort de son fils aîné (présenté juste avant comme un jeune gamin arrogant et cruel pour lequel nous n'aurons aucune compassion).




L'acteur


C'est sans doute en fait un peu par hasard que Charles de Rochefort est né à Port-Vendres, en ce temps un important port commercial et de voyageurs, mais également assez logique. En effet, son père, le marquis Paul Charles Dominique d'Authier de Rochefort, est à l'époque un agent de la Compagnie Générale Transatlantique, dont plusieurs navires naviguent notamment entre l'Algérie et Marseille, et l'extrait de naissance mentionne que le marquis et son épouse sont domiciliés à Port-Vendres à ce moment-là. Cependant, c'est à Oran que grandira le jeune Charles, avant de monter à Paris pour faire ses études et se consacrer au théâtre, puis au cinéma à partir de 1910.


Charles de Rochefort en 1922

Revenu en héros de la Grande Guerre, il poursuit sa carrière dans le cinéma, fait une demi-douzaine de film aux États-Unis dans les années 20, puis entame une carrière de réalisateur à partir des années 30. Enfin, en 1936 il prend la direction d'un théâtre à Paris, où il reste actif jusqu'à la fin des années 40, après avoir été mobilisé et blessé durant la Seconde Guerre mondiale. Il meurt à Paris en 1952. Son épouse, la comédienne Mary Grant, conserve la direction du théâtre jusqu'en 1972.


Source bio : CinéArtistes.com
Affiches : Copyright Paramount Production (1923) et Paramount Pictures (1956)
Photo film : Copyright Paramount Production (1923)
Photo portrait : Agence Rol [domaine public] via Gallica




Quelques autres articles de ce blog sur Port-Vendres à relire ici et .
Et aussi celui-ci concernant le cinéma dans les années 30.

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jeudi 24 décembre 2015

Mauvaise éducation à Cerbère en 1885

De la maison close à l'école de Cerbère, il n'y a qu'un pas


On peut lire dans L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 la plainte d'un père de famille concernant une maison close qui ne dit pas son nom et qui serait située tout près de l'école de Cerbère et ce, à cause d'un arrêté municipal récent un peu trop vague sur les distances à respecter entre ces deux types d'établissements.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La plage et les écoles à Cerbère au début du 20ème siècle

Monsieur le rédacteur de l'Avenir de Port-Vendres.

En mon nom personnel et au nom de plusieurs pères de famille, je viens vous prier de vouloir bien insérer dans votre vaillante feuille la réclamation suivante :
Aux termes d'un arrêté du maire de Banyuls-sur-Mer en date du 24 mai 1884, l'autorité administrative a autorisé en notre bourg, la création de buvettes servies par des femmes, et qui ne sont, au fond, que des maisons publiques, au même titre que les maisons fermées et soumises au rigoureux contrôle de la police.
L'article 2 de cet arrêté porte que tout établissement de ce genre ne devra être situé à proximité de l'église ni des écoles publiques.
Au pasteur à défendre son établissement ! A nous, citoyens, travailleurs et contribuables, à défendre nos droits et la conscience de nos enfants.
Selon les commentateurs les mieux autorisés, la proximité s'étend à une distance de 300 mètres.
Or, il existe, ici, à Cerbère, une maison d'amour qui, non seulement est en-dehors de la rigoureuse limite de proximité avec l'école, mais n'en est séparée que par un simple mur mitoyen !
Du seuil de la porte, des fenêtres, des créatures assaillent les passants de leurs agressions grossières, et cela publiquement, en plein soleil, sans respect pour l'âge de jeunes enfants que nous conduisons à une école différente à tous égards de la buvette en question.
Nous aimons à croire que M. l'adjoint délégué, faisant fonction d'officier de police administrative à Cerbère, voudra bien faire exécuter dans toute sa rigueur l'arrêté précité de M. le maire de Banyuls, et protéger autant la morale publique que le droit des citoyens, qui ne sauraient permettre à aucun exploiteur de chair humaine de venir cyniquement outrager l'innocence et la pureté de pauvres enfants, espoir et avenir de la patrie française.

Un père de famille.


Note : Cerbère ne devient une commune indépendante qu'en 1888. Ce père de famille s'adresse donc dans ce courrier au maire de Banyuls-sur-Mer, à l'époque M. Fortuné Forgas, élu à cette fonction de 1884 à 1886.

Concernant les buvettes tenues par des femmes à Cerbère, suite des péripéties au prochain épisode (le curé s'en mêle) !


Source : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan]
Carte postale: Editions Berdagué-Mary-Bernard (début 20ème siècle, domaine public)


Pour rappel, un autre article sur Cerbère, à relire ici.



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samedi 31 octobre 2015

1000 km à pied pour un entretien d'embauche

Jean Nicolas Pierre Hachette
(1769-1834) est un mathématicien natif de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, près de la frontière avec la Belgique. A 22 ans, il décide de faire 1000 km à pied afin d'obtenir le poste qu'il convoite... à Collioure, dans les Pyrénées-Orientales.


Un mathématicien autodidacte

Après ses premières études dans sa ville natale puis au collège de Reims, Jean-Nicolas-Pierre Hachette se découvre un attrait irrésistible pour les mathématiques. C'est quasiment de manière autodidacte qu'il décide de se consacrer à sa passion, tout en étant employé comme dessinateur à l'École royale du génie de Mézières depuis ses 19 ans.

Quatre ans plus tard, Hachette se sent assez sûr de lui pour proposer ses compétences et cherche un poste d'enseignant. On demande justement un professeur d'hydrographie pour Collioure et Port-Vendres. C'est à 1000 km ? Qu'à cela ne tienne, il décide de faire le voyage à pied.


1000 km à pied pour une candidature spontanée

En ce début de l'année 1793, Hachette n'a pas encore 23 ans et n'est sans doute pas très riche (son père est libraire). Le meilleur moyen de s'économiser les frais de transports est donc encore de faire le voyage à pied. Suivant le trajet emprunté, et avec les routes actuelles, entre 1000 et 1200 km séparent Charleville-Mézières, au nord, de Collioure, direction plein sud. Notre marcheur a pu passer par exemple par les villes de Troyes, Dijon, Lyon, Avignon, Montpellier, Béziers, Narbonne et Perpignan avant d'arriver à destination.

Le trajet de 1000 km

Combien de temps a-t-il mis pour un tel trajet ? Il est difficile d'évaluer cette donnée, ne sachant rien de sa vitesse moyenne, de son temps de marche quotidien, de sa condition physique ou même de celle de ses chaussures. Mais Hachette était jeune et motivé, et l'on peut supposer qu'il ait pu marcher au moins huit heures par jour. 4 à 5 km/h est un rythme tranquille, à partir de 7 ou 8 km/h, on passe en marche active. Quoi qu'il en soit, on peut alors estimer qu'il a fallu a notre jeune postulant entre 20 et 30 jours minimum pour effectuer ce voyage.


...et un emploi à la clef

Une fois arrivé à Collioure, Hachette se présente spontanément pour le poste et évince sans difficulté tous ses concurrents. Il y reste deux ans, au cours desquels il aura notamment pour élève le jeune François-Baudile Bergé, natif de Collioure. Fort de sa formation dispensée par Hachette, celui-ci deviendra plus tard le premier polytechnicien de l'histoire et un général d'Empire.

Tout en enseignant entre Collioure et Port-Vendres, Hachette participe activement à la défense de Collioure, prise par les Espagnols en 1793 et libérée par les Français en mai 1794. Il trouve en plus le temps de produire divers articles de mathématiques et de géométrie descriptive. Il en envoie un au grand mathématicien Gaspard Monge et, dès la fin 1794, il est recruté comme professeur de géométrie descriptive pour la toute nouvelle École polytechnique qui ouvre à Paris. Hachette aura donc passé un peu moins de deux ans à Collioure, à la fois loin de tout et au sein des guerres révolutionnaires, mais sa carrière était lancée. Il reste connu aujourd'hui principalement pour ses travaux de géométrie et de mécanique.

Ses titres affichés lors de son éloge funèbre sont les suivants :
Hachette (Jean-Nicolas-Pierre)
Membre de l'Institut, de la Société royale et centrale d'Agriculture,  du Conseil de la Société d'Encouragement, de la Société philomatique, des Académies de Naples, Bruxelles, etc., membre de la Légion d'Honneur, Professeur à la Faculté des Sciences.

Sources :
* Discours  prononcé le 18 janvier 1834 sur la tombe de M. Hachette (Jean-Nicolas-Pierre)
par M. le B.on de Silvestre [Augustin-François de Silvestre], Membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de la Société royale et centrale d'Agriculture, etc.; Paris, imprimerie de Mme Huzard, 1834 [via Google Books, domaine public]
* Collioure, par le Général J. Caloni, in Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales,1938 (vol. 60) [via Gallica, domaine public]

Illustrations :
* Portrait : auteur anonyme, 19ème siècle [domaine public]
* Carte : © les contributeurs d’OpenStreetMap [licence ODbl]

Les autre articles de ce blog concernant Collioure sont à relire ici.

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lundi 6 juillet 2015

Explosion à Paulilles en 1885

Cinq morts et deux blessés graves

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La première pierre de la dynamiterie de Paulilles, sur la commune de Port-Vendres,  est posée le  4 septembre 1870, « le plus loin possible de la frontière allemande », selon le souhait de Gambetta. Depuis cette date, et ce jusqu'à la cessation de fabrication de dynamite en 1984, l'histoire du site sera ponctuée de nombreuses explosions accidentelles et souvent meurtrières pour les employés, de la première en 1877, jusqu'à la dernière, en 1958. On trouve une liste de ces drames dans l'ouvrage collectif Paulilles ou la mémoire ouvrière paru en 2005. Toutefois cette liste omet l'explosion dont il est fait mention dans L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls et de la région du 12 avril 1885 sur la catastrophe survenue à la dynamiterie de Paulilles le mercredi 8 avril 1885.

Catastrophe de Paulilles

Mercredi dernier, vers 10 h du matin,  nous avons ressenti à Port-Vendres une vive commotion.
On s'est tout de suite douté qu'un malheur venait d'arriver à l'usine de dynamite de Paulilles. Toute la population s'est vivement empressée d'accourir sur le lieu du sinistre.
L'émotion était grande ! car chacun redoutait d'avoir à déplorer la mort d'un des siens.
Aussitôt l'on a appris que l'explosion s'était produite dans le baraquement où se trouvait l'appareil à filtrer les acides.
On ignore complètement ce qui a pu déterminer ce malheur, attendu que les témoins qui pourraient fournir des renseignements précis ont été foudroyés.
Les uns, supposent que l'ouvrier chargé de surveiller le degré de pression, aura perdu, un instant, son sang-froid ; d'autres, prétendent que les tuyaux étaient engorgés ; enfin, l'on se perd en conjectures.
On compte cinq morts, dont quatre de Banyuls et un de Cosprons, tous pères de famille.
Parmi les blessés, il y en a deux qui le sont grièvement.
Ils étaient, parait-il, chargés de transporter les matériaux, sur un chariot, et au moment de l'explosion, ils se sont malheureusement trouvés à proximité.
Une pauvre femme, âgée d'une cinquantaine d'années et habitant Port-Vendres, qui ramassait du bois dans ces parages, a été renversée par le choc de l'explosion, et dans sa chute, elles s'est fracturé un bras.
Jeudi, à quatre heures du soir, a eu lieu l'enterrement des quatre victimes de Banyuls.
Beaucoup de gens de Perpignan, d'Elne, d'Argelès, de Collioure, de Port-Vendres, de Cerbère, etc., etc., ont eu à cœur d'assister aux funérailles de ces infortunés travailleurs.
Une foule compacte et recueillie suivait le cortège. C'était un spectacle à vous fendre l'âme ; on voyait de tous côtés des hommes, femmes, enfants, pleurer à chaudes larmes, à la vue de ces quatre cercueils, ne laissant après eux que le deuil et le triste souvenir d'une cruelle catastrophe quia fatalement enlevé l'existence à des êtres si chers à leur famille.
Nous adressons ici à ces veuves et orphelins inconsolables, nos meilleurs sentiments de condoléances.

La liste présente dans l'ouvrage cite notamment une explosion ayant eu lieu le 27 janvier 1882 avec un bilan de 20 morts et une autre en février 1886 ayant fait un mort et un blessé grave. Celle-ci s'intercale donc entre les deux, avec un bilan de cinq morts et deux blessés graves.

Ajout du 10/07/2015 : Le site Les amis de Paulilles cite l'explosion du 8 avril 1885, tout ayant trouvé peu de matière à ce sujet, mais donne par contre la liste des cinq victimes, après recherches aux ADPO.

Sources :  
Article : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls et de la région du 12 avril 1885 (via Bib. numérique de Perpignan, domaine public)
Autres infos : L'AMIC (Association Médiatrice d'Intérêt Collectif), Paulilles, la mémoire ouvrière, Saint-Estève, Les Presses littéraires,‎ 2005
Illustration : Carte postale, éditions MTIL, vers 1920.

Pour rappel, cet article à relire sur Port-Vendres ici.



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jeudi 7 mai 2015

Orties inoffensives à Collioure en 1874

Grande ortie
On peut lire dans La Science illustrée du 16 décembre 1902 une observation botanique effectuée par Charles Naudin à Collioure presque trente ans auparavant concernant l'influence du vent sur les propriétés urticantes des orties.

(...)
Chez les animaux le vent  accroît la respiration, accélère les échanges nutritifs ; chez les végétaux il active la transpiration.
Il peut priver momentanément les fleurs de leur parfum, évaporer le venin des glandes, désarmer la plus redoutable de toutes les herbes : l'ortie.
En février 1874, à Collioure, un vent violent qui dura vingt-quatre heures fit tomber par millier les oranges et, beaucoup, au milieu de vigoureuses orties grièches.
Avec une appréhension bien légitime, les travailleurs, le lendemain, commencèrent à ramasser les fruits d'or dans ces peu agréables plates-bandes. Leur surprise fut grande en constatant qu'ils pouvaient manier impunément ces plantes qui, la veille encore, produisaient d'intolérables piqûres.
Le botaniste Naudin auquel le fait fut signalé remarqua qu'il fallut une semaine aux orties pour reprendre leurs habituelles propriétés.
Sans doute, le venin de l'ortie grièche est un peu volatil. Dans un air calme, il s'évapore lentement à travers l'épiderme des poils et une nouvelle quantité de liquide le remplace à mesure.
Au grand vent, l'exhalation devient si active qu'elle amène, pour quelques jours, l'épuisement de la réserve.
(...)

Charles Naudin vécut dix ans à Collioure et y fit une étude complète du climat local (cf. le chapitre que je lui consacre dans 66 petites histoires du pays catalan), tout en développant son jardin botanique et acclimatant de nombreuses espèces végétales exotiques dans la région.
Je ne sais pas ce qu'il reste aujourd'hui de ce qui semble avoir été une production intensive d'agrumes à Collioure, ville jadis renommée pour son poncire, ni même s'il y a encore des orties car il me semble (c'est un constat personnel) qu'on en voit beaucoup moins depuis quelques années dans la nature. On a en tout cas, avec les périodes de grand vent, une méthode infaillible pour les ramasser sans danger !

Source : Ferdinand Faideau, Le vent et les plantes in La Science illustrée (Paris) n° 784 du 16 décembre 1902 (via Gallica)
Photo : Uwe H. Friese via Wikimedia Commons (CC-BY-SA)

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mercredi 3 décembre 2014

Le mauvais temps dans les Pyrénées-Orientales en novembre 1908

La Lanterne (Paris) du 19 novembre 1908 nous informe des conséquences du mauvais temps dans les Pyrénées-Orientales.

Le mauvais temps

Perpignan, 17 novembre. - La tempête a redoublé de violence dans la nuit. Sur le littoral méditerranéen, la mer est très grosse.
A Canet, des vagues ont envahi les villas.
A Banyuls-sur-Mer, le bateau à vapeur Roland du laboratoire zoologique Arago, amarré dans le bassin spécial, est perdu.
A Argelès-sur-Mer (arrondissement de Céret), la rivière Massane a débordé, inondant la plaine et causant des dégâts sérieux.

Le navire le Roland, utilisé par le laboratoire Arago, avait été financé à partir de 1890 par le prince philanthrope, géographe et naturaliste Roland Bonaparte, petit-fils de Lucien (second frère de Napoléon).
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Roland dans son bassin à Banyuls-sur-Mer en 1895.

Sources :
* Article : Gallica (cf. lien) [domaine public]
* Photo : Société de Géographie (1895) [coll. BnF, domaine public]


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samedi 1 novembre 2014

Promotion de Port-Vendres en 1780

Longtemps resté à l'abandon et sous-utilisé le port de Port-Vendres est remis en l'état après de long travaux d'amélioration par le gouverneur du Roussillon Augustin-Joseph de Mailly. Durant 15 années, de 1770 à 1785, celui-ci remanie la ville et le port,  fait creuser un port profond, construire des quais, des entrepôts, améliorer la visibilité et la sureté pour mettre les bateaux à l'abri.

En 1780, le port est déjà opérationnel mais reste méconnu. Il faut donc en faire la promotion pour attirer les navires et le commerce. On fait alors paraître un bel éloge de cet équipement dans le périodique Affiches, annonces, et avis divers, feuille hebdomadaire du 19 juillet 1780.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Plan du port de Port-Vendres en 1777
Cet hebdomadaire de 4 pages comprend déjà à l'époque des annonces de terrains à vendre, les derniers livres parus, les cours de la Bourse et des différentes devises, des avis divers et enfin les spectacles à ne pas manquer. Cette parution est destinée à un lectorat aisé, parmi lesquels se trouvent sûrement des investisseurs. Les termes sont donc bien choisis et les arguments présentés exposent tous les avantages du port de Port-Vendres qui en font, à n'en pas douter, un port idéal !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Avis sur la position de Port-Vendres.

Ce Port, situé en Roussillon, à 20 lieues de Barcelone & à 4 de Roses, sur la côte de la Méditerranée, s'étant comblé depuis longtems & ayant été abandonné, le Roi en a ordonné le rétablissement, & il est aujourd'hui en état de recevoir, non seulement les Bâtimens Marchands, quelques forts qu'ils puissent être, mais même les Frégates, & dans peu les Vaisseaux du Roi. Sa position formant le centre de la Méditerranée, il reçoit par sa droite tout ce qui sort du Détroit, & par sa gauche ce qui vient du Levant & de la côte d'Italie, au passage du golfe de Lyon : il présente à toutes les Nations commerçantes non seulement un point de réunion très-avantageux pour le commerce réciproque, mais en même tems, un entrepôt de rafraîchissement, & un asyle d'autant plus assuré, qu'il est à l'abri de tous les vents, par les montagnes qui l'environnent, & que les Bâtimens y sont aussi tranquilles que dans un Canal. Comme il n'est encore connu que de ceux qui depuis un an s'y sont réfugiés dans de gros tems, & lui ont dû leur salut, plusieurs ayant péri faute de le connoître, on vient de lui donner deux points de reconnoissance, en faisant mettre en blanc le Fort Saint Elme & la Tour de la Massane, placés sur les plus hautes montagnes des Pyrénées, qui sont vues de 15 à 20 lieues en mer ; & l'on a mis à l'entrée du Port, un Fanal qui porte la lumière à plus de 5 lieues dans la nuit. Le Roussillon, d'ailleurs, peut fournir par lui-même des Vins de la première qualité, des Huiles, du Fer, des Soies, des Laines presqu'aussi belles que celles d'Espagne, & plusieurs autres productions.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Vue du port de Port-Vendres à la fin du 18e siècle


Source : Affiches, annonces, et avis divers, feuille hebdomadaire du 19 juillet 1780 [domaine public] via Gallica (cf. lien)
Images :
* Plan de 1777 : Auteur inconnu, Service hydrographique de la marine consacré à la France [domaine public, coll. BnF, via Gallica]
* Bandeau périodique : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA, via Gallica cf. lien supra)
* Vue du port : dessin de Nicolas-Marie Ozanne (1728-1811), fin XVIIIème siècle [domaine public, coll. BnF, via Gallica]



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vendredi 31 octobre 2014

Démission du maire de Collioure en 1885

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Vue du port de Collioure en juin 1883
Être maire au 19ème siècle ne rapporte rien hormis une surcharge de travail, et c'est donc à juste titre que le journal républicain L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls et de la région se plaint de cet état de fait dans son édition du 5 février 1885, en réclamant un salaire pour le maire afin de permettre à d'autres que des riches de pouvoir assumer cette charge et également d'éviter la situation décrite dans l'article au sujet de Collioure. Le sujet permet également au journal de lancer une diatribe contre les libéraux.

Le nouveau maire de Collioure

Nous avons chanté sur tous les tons que les fonctions de maire seraient moins coûteuses si messieurs les maires étaient salariés. Attendu que ces fonctions étant purement honorifiques, il n'y a qu'une petite catégorie qui puisse consacrer le temps nécessaire pour bien administrer les affaires communales. - Le riche seul peut affronter cette responsabilité, et bien entendu que les riches, en administrant les intérêts des autres, n'oublient pas les leurs.
A ce sujet, nous voyons, à Collioure, M. Coste, donnant sa démission pour gagner 3,000 francs comme docteur de la Compagnie du Midi (réseau compris entre Palau et Cerbère). M. Camille Bernadi a été appelé à prendre sa place.
On nous dit que M. Camille Bernadi est un peintre distingué, un grand amateur de musique, voire même un écrivain, mais il est riche propriétaire ! Et, les loups ne se mangent pas entre eux, quand il n'y a pas nécessité.
On nous dit aussi que M. Camille Bernadi est très libéral, nous en sommes sûrs ! mais ce ne sont pas les libéraux qui ont fait la République, et nous n'avons pas à compter sur eux pour la faire prospérer.
On nous dit encore que M. Bernadi fait beaucoup de bien, qu'il respecte le gouvernement républicain. Mais, un républicain, à sa place, au lieu de rester l'arme au bras respectueusement, travaillerait pour le principe républicain progressif ; et les libéraux comme lui, artistes, écrivains et très riches utiliseraient mieux leur temps à s'occuper de sciences, sans avoir, comme paralysateur intellectuel, les travaux d'un conseil municipal.
Allons ! messieurs les respectueux de la République, donnez vos sièges à des républicains. - Les Rois ne prennent que des royalistes ; les empereurs ne prennent que des impérialistes ; il faut que nous soyons bien imprudents pour ne pas prendre des républicains.

Cet article vaut au journal de recevoir dès les jours suivants une longue réponse du 1er adjoint au maire, Camille Bernadi. Ce dernier s'y défend d'avoir brigué la mairie (il n'est pas encore nommé), ayant presque été élu contre son gré et dans la seule fin d'accomplir son devoir de citoyen, et affirme ne rien posséder, hormis une brillante éducation. Enfin, il se dit républicain en dehors de tout parti et déclare être contre l'idée d'un salaire pour les maires.

Par la suite, le journal n'aborde plus cette affaire car au final Jean Coste, élu depuis 1878, revient sur sa démission et reste maire jusqu'en 1903.

Note sur la photo : Issue d'un négatif sur papier, l'image est bien à l'envers...

Sources : 
L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls et de la région, n° 47 bis du 5 février 1885, n°48 du 15 février 1885 [via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan].
Mandat Jean Coste : MairesGenWeb
Photo : Eugène Trutat (1840-1910) [domaine public] via Rosalis (Bib. num. de Toulouse)



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mardi 14 octobre 2014

Mort tragique à la mairie de Banyuls-sur-Mer en 1892

Le journal Le Grelot du 28 février 1892 nous rapporte un tragique fait divers ayant eu lieu dans la mairie même de Banyuls-sur-Mer.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La mairie de Banyuls-sur-Mer.

Lu dans la Petite République :
« Un vieux mendiant, recueilli à l'asile de nuit de Banyuls-sur-Mer, dans le sous-sol de la mairie, y a été oublié pendant trois jours. On l'a retrouvé mort de froid et de faim. »

Si l'on soigne ainsi les gens qui sont recueillis dans les asiles, jugez du sort réservé à ceux qu'on ne recueille pas !...



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jeudi 21 août 2014

Un gendarme perd un œil à Cerbère en 1905

La famille de l'agresseur est-elle responsable des dommages causés aux victimes ?

Que vaut l'œil d'un gendarme ? Ayant été blessé lors d'une violente interpellation à Cerbère, un gendarme se retourne contre la famille de l'agresseur et obtient satisfaction. Cela semble être une première en France, d'après ce que nous en dit Le Radical (Paris) du  21 mai 1907. Les faits se sont produits en décembre 1905, le verdict concernant la plainte du gendarme tombe presque un an et demi plus tard.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Gendarmes procédant à une arrestation (1er mai 1911)

L'œil d'un gendarme

Le tribunal civil de Perpignan vient de rendre un jugement appelé à avoir un certain retentissement, qui consacre le droit qu'ont les agents de la force publique blessés en service commandé de se porter partie civile contre les auteurs des sévices dont ils ont souffert, ou contre les héritiers de ces auteurs.
Un sieur Rous, de Cerbère, pris d'un accès de folie furieuse, se barricadait le 13 décembre 1905 dans sa maison. Une femme fut tuée par le forcené d'un coup de fusil ; une autre fut blessée. Enfin les gendarmes de la brigade de Thuir mirent le fou hors d'état de nuire, mais la chose ne se fit pas sans danger : un gendarme fut atteint à l'œil par un nouveau coup de feu tiré par Rous. Le gendarme dut être mis à la retraite comme impropre au service actif et le ministère de la guerre liquida à la somme de 850 francs pour perte de l'usage d'un œil en service commandé sa pension de retraite. Mais le gendarme retraité estima que la famille Rous était civilement responsable du préjudice que lui causait et la perte d'un œil et sa mise à la retraite anticipée. Il lui a donc demandé une indemnité. Sa demande soutenue par Me Verges a été favorablement accueillie par le tribunal, qui a condamné la famille Rous à 5,000 francs de dommages-intérêts envers le gendarme.

Source : Le Radical (Paris) du 21 mai 1907 [domaine public], via Gallica (cf. lien)
Photo : Gendarmes procédant à une arrestation aux Tuileries (Paris) lors des manifestations du 1er mai 1911. Auteur : Agence Rol [domaine public], via Gallica.



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