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lundi 29 octobre 2018

Un cardinal contrebandier à Cerbère en 1886

Le « Radical des Pyrénées-Orientales » du 13 juin 1886 s'indigne d'un fait divers un peu particulier rapporté par l' « Écho de Cerbère ».

Un cardinal portugais, pris en flagrant délit de contrebande de tabac lors de son passage à Cerbère, se contente de recevoir des excuses suite au zèle excessif du douanier local. A contrario, un banal père de famille, se retrouvant dans la même situation deux jours plus tard, ne bénéficie quant à lui aucunement de la mansuétude de l'administration des Douanes et écope d'une amende sévère. Le principe d'égalité des citoyens face à la loi est ici manifestement sérieusement mis à mal.

Deux poids et deux mesures


On lit dans l'Écho de Cerbère :

» Mieux vaut être don José, troisième du nom, qu'un pauvre hère. Cela se conçoit aisément et vous le saisirez davantage à la lecture des quelques lignes qui vont suivre.


» Le Cardinal-patriarche de Lisbonne, dont nous avons signalé le passage à Cerbère dans notre dernier numéro, aime le bon tabac ; cela se conçoit et s'excuse chez un prélat dont l'origine doit légitimer le goût même immodéré de la plante à Nicot.


» Mais ce que l'Éminence susdite aime moins, c'est l'acquittement des droits lorsqu'elle introduit cette marchandise en France. Aussi le cardinal jugea-t-il inutile, la semaine dernière, de déclarer à l'administration qu'un kilogramme et demi d'un tabac de choix se cachait dans sa malle.


» Toutefois l'arôme qui se dégagea à l'ouverture des colis fut si pénétrant qu'un employé, amateur sans doute, fourra son nez dans le corps du délit et retira de sa cachette le précieux paquet.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le patriarche de Lisbonne don José III.


» S'appeler don José III, occuper à Lisbonne une des premières places et être pincé à la frontière comme un vulgaire contrebandier, cela n'avait aucune raison d'être.


» Et effectivement, pour le bonheur des peuples, il n'en fut pas ainsi. L'Administration respectueuse condamna l'INDÉLICATESSE de l'employé trop vigilant et ce fut au milieu d'un concert d'excuses que le dignitaire portugais replaça sous son linge son odorant tabac qui passa en FRANCHISE.


» Or deux jours après cet incident un malheureux père de famille fut surpris avec une petite provision de cinq cents grammes d'un tabac ORDINAIRE qu'il avait avec lui. Mais il portait le nom le plus vulgaire et sa mise était des plus simples. La Douane ne pouvait pas hésiter.


» Et elle n'hésita pas, l'impartiale Administration, rien que la mort, c'est-à-dire rien que l'amende n'était capable d'expier ce forfait.


» Le pauvre homme offrit sa montre qu'on eut, un moment, l'idée d'accepter pour l'envoyer à don José en dédommagement de ses tribulations. Mais comme l'objet était aussi triste que l'individu, ce projet n'eut pas de suite et l'ADMINISTRATION FRANÇAISE s'en tint à l'application sommaire d'une amende de SOIXANTE FRANCS.


» C'est pourquoi on lit toujours sur nos monuments publics cette fière devise :
» Liberté, ÉGALITÉ, Fraternité. »

José Sebastião d'Almeida Neto (1841-1920) est un prêtre franciscain portugais devenu évêque de l'Angola et du Congo en 1879, puis cardinal-patriarche de Lisbonne en 1883-1884. Il est consacré en sus cardinal-prêtre des Saints-Apôtres le 10 juin 1886, soit à peine trois jours avant la parution de cet article. Le journal précise qu'il a repris l'information de son confrère « L'Écho de Cerbère et de Port-Vendres » (nom complet de ce journal).

Ce périodique avait une parution hebdomadaire, on peut donc supposer que le passage du cardinal à Cerbère a eu lieu au moins sept à dix jours plus tôt. Peut-être se rendait-il justement au Vatican en vue de la cérémonie le concernant. Un incident à son propos juste avant un événement aussi important aurait sans conteste été particulièrement malvenu, ceci expliquant sans doute le geste de faveur de l'administration des Douanes à son égard. Mais rien n'empêche de penser que, consécration ou pas, il aurait de toute façon bénéficié du même passe-droit (c'est en tout cas l'avis du journal).

Source :  Le « Radical des Pyrénées-Orientales » du 13 juin 1886 [domaine public] (via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan)
Crédit photo : Anonyme [domaine public]


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samedi 31 décembre 2016

Colère du curé de Cerbère en 1885

L'église neuve reste quasiment vide


Nous avions pu lire dans un précédent article les protestations d'un père de famille en mai 1885 à propos d'une nouvelle buvette de Cerbère. Celle-ci présentait la particularité de n'employer que des femmes (ainsi que le permettait un récent arrêté municipal), laissant supposer des activités annexes et bien sûr tout à fait immorales, tout en étant située tout contre l'école du village.

Le journal L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls nous informe dans son numéro du 31 mai 1885 de la suite de cette histoire. Cette fois-ci, c'est le curé de la paroisse qui décide de se mêler de l'affaire. Le journal en question, républicain et anti-clérical, profite donc de l'occasion pour se moquer du dit curé.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église de Cerbère


Un homme qui n'est pas content du tout, c'est monsieur le curé de Cerbère, et c'est vrai, il y a de quoi !
Maintenant que le voilà en possession d'une église neuve, la clientèle n'arrive pas. Le bondieusard a beau branler sa cloche personne ne vient. C'est désastreux !
La messe réunit jusqu'à sept personnes ; on a vu trois pelées et un galeux au vêpres ; quant aux offices du soir, il n'y a pas d'exemple qu'ils se soient célébrés devant quelqu'un.
Cette situation lamentable a excité le génie inventif du curé de notre village, et voici ce que ce vigilant pasteur a découvert pour la consolation des âmes dévotes.
« Si les fidèles ne viennent pas à mon église, c'est qu'ils vont ailleurs ! Et où donc ? Evidemment dans ces infâmes buvettes servies par des personnes du sexe damnable. Supprimons les buvettes et la foi refleurira. »
Bâcler une pétition fût l'affaire d'une minute. Recueillir des signatures a été une autre guitare !
Malgré les acrobaties du ratichon, il paraîtrait qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, la fameuse pétition a réuni trois signatures, y compris celle du curé et du sonneur de cloches.
Là, se bornera son succès.
Les buvettes à femmes ont été autorisées par l'administration, à condition par leurs gérants, d'observer les réglements de la police.
Ce n'est pas au curé, mais aux agents de l'administration de tenir la main à l'exécution des mesures d'ordre public.
Que M. le curé le sache !
Au cas où il l'aurait oublié, nous serions là pour le lui rappeler.

Guibollaud.


Le curé mentionné dans l'article est Joseph Santol (1853-1923). Il est le premier desservant attitré de la toute nouvelle église Saint-Sauveur, dont la construction avait commencé un an plus tôt et tout juste ouverte (la bénédiction des cloches n'aura lieu que le 14 juin suivant). On comprend alors aisément son désarroi devant le manque d'enthousiasme de la population pour assister à ses offices. Réclamer la fermeture des buvettes licencieuses devient dès lors une étape logique pour ramener les fidèles dans le droit chemin. Notons que le dit curé Santol sera par la suite en grave conflit avec la mairie pour de toutes autres histoires, puis inculpé beaucoup plus tard d'outrages aux mœurs et de traite d'enfants à la suite de ses activités dans divers orphelinats.

Concernant les buvettes tenues par des femmes à Cerbère, l'affaire n'est pas terminée et nous pourrons en lire la suite dans les prochains numéros !

Source : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 31 mai 1885 [domaine public] (via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan)
Photo de l'église : Bertrand Grondin [cc-by-sa]


Les articles concernant Cerbère sont à relire ici.


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jeudi 24 décembre 2015

Mauvaise éducation à Cerbère en 1885

De la maison close à l'école de Cerbère, il n'y a qu'un pas


On peut lire dans L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 la plainte d'un père de famille concernant une maison close qui ne dit pas son nom et qui serait située tout près de l'école de Cerbère et ce, à cause d'un arrêté municipal récent un peu trop vague sur les distances à respecter entre ces deux types d'établissements.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La plage et les écoles à Cerbère au début du 20ème siècle

Monsieur le rédacteur de l'Avenir de Port-Vendres.

En mon nom personnel et au nom de plusieurs pères de famille, je viens vous prier de vouloir bien insérer dans votre vaillante feuille la réclamation suivante :
Aux termes d'un arrêté du maire de Banyuls-sur-Mer en date du 24 mai 1884, l'autorité administrative a autorisé en notre bourg, la création de buvettes servies par des femmes, et qui ne sont, au fond, que des maisons publiques, au même titre que les maisons fermées et soumises au rigoureux contrôle de la police.
L'article 2 de cet arrêté porte que tout établissement de ce genre ne devra être situé à proximité de l'église ni des écoles publiques.
Au pasteur à défendre son établissement ! A nous, citoyens, travailleurs et contribuables, à défendre nos droits et la conscience de nos enfants.
Selon les commentateurs les mieux autorisés, la proximité s'étend à une distance de 300 mètres.
Or, il existe, ici, à Cerbère, une maison d'amour qui, non seulement est en-dehors de la rigoureuse limite de proximité avec l'école, mais n'en est séparée que par un simple mur mitoyen !
Du seuil de la porte, des fenêtres, des créatures assaillent les passants de leurs agressions grossières, et cela publiquement, en plein soleil, sans respect pour l'âge de jeunes enfants que nous conduisons à une école différente à tous égards de la buvette en question.
Nous aimons à croire que M. l'adjoint délégué, faisant fonction d'officier de police administrative à Cerbère, voudra bien faire exécuter dans toute sa rigueur l'arrêté précité de M. le maire de Banyuls, et protéger autant la morale publique que le droit des citoyens, qui ne sauraient permettre à aucun exploiteur de chair humaine de venir cyniquement outrager l'innocence et la pureté de pauvres enfants, espoir et avenir de la patrie française.

Un père de famille.


Note : Cerbère ne devient une commune indépendante qu'en 1888. Ce père de famille s'adresse donc dans ce courrier au maire de Banyuls-sur-Mer, à l'époque M. Fortuné Forgas, élu à cette fonction de 1884 à 1886.

Concernant les buvettes tenues par des femmes à Cerbère, suite des péripéties au prochain épisode (le curé s'en mêle) !


Source : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan]
Carte postale: Editions Berdagué-Mary-Bernard (début 20ème siècle, domaine public)


Pour rappel, un autre article sur Cerbère, à relire ici.



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jeudi 21 août 2014

Un gendarme perd un œil à Cerbère en 1905

La famille de l'agresseur est-elle responsable des dommages causés aux victimes ?

Que vaut l'œil d'un gendarme ? Ayant été blessé lors d'une violente interpellation à Cerbère, un gendarme se retourne contre la famille de l'agresseur et obtient satisfaction. Cela semble être une première en France, d'après ce que nous en dit Le Radical (Paris) du  21 mai 1907. Les faits se sont produits en décembre 1905, le verdict concernant la plainte du gendarme tombe presque un an et demi plus tard.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Gendarmes procédant à une arrestation (1er mai 1911)

L'œil d'un gendarme

Le tribunal civil de Perpignan vient de rendre un jugement appelé à avoir un certain retentissement, qui consacre le droit qu'ont les agents de la force publique blessés en service commandé de se porter partie civile contre les auteurs des sévices dont ils ont souffert, ou contre les héritiers de ces auteurs.
Un sieur Rous, de Cerbère, pris d'un accès de folie furieuse, se barricadait le 13 décembre 1905 dans sa maison. Une femme fut tuée par le forcené d'un coup de fusil ; une autre fut blessée. Enfin les gendarmes de la brigade de Thuir mirent le fou hors d'état de nuire, mais la chose ne se fit pas sans danger : un gendarme fut atteint à l'œil par un nouveau coup de feu tiré par Rous. Le gendarme dut être mis à la retraite comme impropre au service actif et le ministère de la guerre liquida à la somme de 850 francs pour perte de l'usage d'un œil en service commandé sa pension de retraite. Mais le gendarme retraité estima que la famille Rous était civilement responsable du préjudice que lui causait et la perte d'un œil et sa mise à la retraite anticipée. Il lui a donc demandé une indemnité. Sa demande soutenue par Me Verges a été favorablement accueillie par le tribunal, qui a condamné la famille Rous à 5,000 francs de dommages-intérêts envers le gendarme.

Source : Le Radical (Paris) du 21 mai 1907 [domaine public], via Gallica (cf. lien)
Photo : Gendarmes procédant à une arrestation aux Tuileries (Paris) lors des manifestations du 1er mai 1911. Auteur : Agence Rol [domaine public], via Gallica.



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