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mercredi 28 février 2018

Le Castillet et les remparts de Perpignan en 1821

Envoyés par l'Etat français pour parcourir les Pyrénées d'ouest en est en 1821, Joseph Antoine Cervini et Antoine Ignace Melling ont partagé leurs impressions dans un ouvrage paru en 1830 (Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises...), dont je poursuis ici la retranscription.

Nous avons pu voir dans les articles précédents les premières étapes de leur voyage dans le département des Pyrénées-Orientales.


Dans le précédent compte-rendu, Cervini concluait par ces mots : Nous hâtames notre marche, de manière que nous nous trouvâmes à la porte Notre-Dame et nous la franchîmes précisément à l'instant où le tambour de la retraite annonçait qu'elle allait se fermer.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La porte Notre-Dame et le Castillet de nos jours.


La dite porte Notre-Dame était justement défendue par le Castillet, dont Cervini va nous faire une belle description, ainsi que de l'aspect général des remparts de la ville. Mais avant cela, il n'oublie pas que son ouvrage s'adresse à des Parisiens plutôt qu'à des provinciaux, et il prend donc la peine de faire un petit rappel historique sur la province du Roussillon, et ce tout en prenant soin de citer ses sources !

Porte Notre-Dame à Perpignan

Ce n'est que dans le XIe siècle que l'histoire fait mention de la ville de Perpignan. Cette ville, capitale du Roussillon (1), fut léguée sous ce nom par Guinard, son dernier comte, à Alphonse II, roi d'Aragon, en 1172, et ce prince qui la fit entourer de remparts y mourut à la fin du XIIe siècle. Dans le partage que Jacques I fit de ses États entre ses enfants en 1262, le Roussillon échut à don Jacques qui prit le titre de Roi de Majorque. Ce prince mit aussi tous ses soins à faire fortifier la ville de Perpignan où il établit sa résidence. Le fortin qui commande la Porte Notre-Dame fut construit alors sur la petite rivière de la Basse pour mettre à couvert la ville du côté de la France, et on l'appela Castillet ou petit château pour le distinguer du Castel ou château, nom affecté à la partie de la citadelle où se trouve le donjon. Le Castillet a beaucoup de rapport par son architecture avec les monuments construits en Espagne du temps de la domination des Maures. Il est bâti en briques, et son architecture mérite d'autant plus de fixer l'attention que c'est la seule de son genre qui existe en France. La planche suivante en donne l'aspect (2).

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La porte Notre-Dame à Perpignan en 1821.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)



La ville de Perpignan avec son enceinte de figure ovale, se trouve sur la rive droite de la Tet et dans l'emplacement d'une ancienne ville municipale qui portait le nom de Fluvius Ebusus. Elle s'étend en partie dans la plaine, en partie elle s'élève sur une colline, et le mouvement du terrain où elle est bâtie en rend l'aspect moins monotone et plus agréable, en empêchant du moins que la majeure partie des maisons ne soient cachées derrière ses murs. Les remparts, bâtis en briques, entourés de bons fossés et d'une très grande élévation, sont flanqués de bastions avec des tenailles, des demi-lunes et des chemins couverts. La ville est baignée par la petite rivière de la Basse dont le cours sépare les anciennes fortifications des nouvelles, construites d'après le système et les tracés de Vauban. Elle a trois entrées principales : la première est la porte Notre-Dame où aboutit la route de Narbonne dont nous avons parlé ; la seconde est-celle de Saint-Martin ou d'Espagne, et la troisième ouvre la voie qui conduit à la mer en passant par le village de Canet dont elle porte le nom. Il en existe cependant encore une autre appelée porte du Sel, mais elle sert uniquement de communication des fortifications de la place à Ville-Neuve.

Notes
(1) Cette contrée tirait ce nom de la ville de Ruscino, capitale des Sardones, peuples qui étaient de la dépendance de la Gaule narbonnaise. Du mot Ruscino on a fait Rossilio ou Roussilio et enfin Roussillon. Au démembrement de l'empire romain, Charlemagne et son fils Louis-le-Débonnaire la divisèrent en comtés de Roussillon et de Conflans.
(2) C'est dans la Géographie du département des Pyrénées-Orientales dont M. F. Jalabert, ancien député est l'auteur, que nous avons puisé une partie des faits historiques et des renseignements statistiques que nos recherches et nos observations n'auraient pu nous fournir. Ces emprunts faits au profit de nos lecteurs sont de notre part un hommage sincère rendu au savoir d'un des hommes les plus recommandables et les plus distingués de ce département.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Castillet en 1905, avant démolition du bastion.


Note 1 : La Géographie du département des Pyrénées-Orientales de F. Jalabert, citée par Cervini, était parue à Perpignan en 1819 chez Tastu. (notice BnF)
Note 2 :  On sait aujourd'hui que Perpignan n'a jamais porté le nom de Fluvius (ou Flavius) Ebusus. Cette idée est venue au 17e siècle d'une inscription ancienne trouvée dans la ville et plutôt en rapport avec Ebusus, ville des Baléares devenue Ibiza.

Source texte et illustration : Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises et les départements adjacents (1830) [domaine public] via Rosalis (Bib. num de Toulouse)
Crédit photo Castillet de nos jours : H2k4 [cc-by-sa] ,via Wikimedia Commons
Crédit carte postale 1905 : ND phot. [domaine public, via Wikimedia Commons


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samedi 6 mai 2017

De Saint-Paul-de-Fenouillet à Perpignan en 1821

Envoyés par l'Etat français pour parcourir les Pyrénées d'ouest en est en 1821, Joseph Antoine Cervini et Antoine Ignace Melling ont partagé leurs impressions dans un ouvrage paru en 1830 (Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises...), dont je poursuis ici la retranscription.

Nous avons pu voir dans les articles précédents les premières étapes de leur voyage dans le département des Pyrénées-Orientales.


Il est temps désormais pour nos deux compères de se diriger vers Perpignan. Partant de Saint-Paul-de-Fenouillet, ils passent notamment par Estagel, où c'est jour de fête, puis par Peyrestortes et Cases-de-Pène ("Cazasses"), qui leur donne l'occasion d'apercevoir l'ermitage Notre-Dame-de-Pène. Les descriptions sont brèves car ils craignent de ne pas arriver à Perpignan avant la fermeture des portes de la ville, en passant par Le Vernet (alors un village à l'extérieur des fortifications).

Carte de 1830 présentant le trajet de Melling et Cervini en 1821

Trois heures suffisent à peine pour arriver de Saint-Paul à Estagel par une assez bonne route qui longe la rivière de Maury dont les eaux vont grossir l'Agly. Des vignes, des oliviers, voilà les seules productions végétales que l'on aperçoit à droite et à gauche du chemin, dominé des deux côtés par des rochers et des montagnes peu élevées. Arrivés à Estagel, petite ville de 1600 habitants, nous fûmes très-étonnés de trouver une affluence considérable et beaucoup de mouvement sur la place de la principale église. Mais notre surprise cessa en apprenant que la multitude qui s'y était assemblée célébrait par la danse catalane la fête patronale de l'endroit. Cette danse, qui ne ressemble en rien à ce que nous avions vu jusques-là, nous parut des plus piquantes, mais pressés par l'heure avancée de la journée, et ayant appris que les portes de la ville de Perpignan se fermaient à huit heures et demie, nous nous remimes en marche avec quelques regret de quitter cette scène animée, pittoresque et où régnait la plus franche et la plus vive gaité.

Jusques-là nous avions été assez satisfaits de la route, mais d'Estagel à Peyrestortes le trajet fut des plus désagréables. Le chemin est peu large, dégradé et fort difficile ; tracé dans le terrain de transport et d'alluvion, au milieu des attérissements résultant des débris de roches entrainés par les eaux, il passe sur un sol graveleux et pierreux ; la chaussée est recouverte de cailloux roulés, déposés par les rivières et les torrents débordés à la suite des orages et des fortes pluies de l'hiver.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Carte postale de l'ermitage Notre-Dame-de-Pène vers 1910


En passant devant Cazasses, que l'on aperçoit au-dessus de la rive gauche de l'Agly, nous vimes sur le haut du roc Redan, que nous avions à notre droite, l'Ermitage de N.-D. des Pennes que l'on venait de restaurer. Le sentier par lequel on parvient à cet ermitage est taillé dans le roc et serpente au pied de plusieurs niches en maçonnerie assez délabrées qui paraissent être des stations d'un Calvaire. Nous étions tellement épuisés par la chaleur que nous n'eûmes pas le courage d'y monter ; d'ailleurs il se faisait tard et il nous restait à peine le temps d'arriver à Perpignan avant la fermeture des portes. Nous poursuivimes donc notre voyage de Peyrestortes au Vernet, où la route départementale que nous avions suivie, débouche sur la grande route de Narbonne à Perpignan. Du joli petit village de Vernet au chef-lieu de département que nous venons de nommer, nous hâtames notre marche, de manière que nous nous trouvâmes à la porte Notre-Dame et nous la franchimes précisément à l'instant où le tambour de la retraite annonçait qu'elle allait se fermer. Nous allâmes loger à l'hôtel du Petit Paris.

Source texte et carte : Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises et les départements adjacents (1830) [domaine public] via Rosalis (Bib. num de Toulouse) 
Crédit carte postale : Brun frères (vers 1910) [domaine public]


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vendredi 17 février 2017

Mort de Monseigneur Gaussail à Perpignan en 1899

Un président et un évêque de vie à trépas

Monseigneur Noël Gaussail, originaire du Tarn-et-Garonne, est nommé évêque de Perpignan en 1886, après avoir été brièvement évêque d'Oran. Sans doute moins populaire que son successeur, Jules Carsalade du Pont, il restera tout de même à cette charge treize années durant. Il aura notamment consacré quelques églises, dont celle de Pézilla-la-Rivière, fait restaurer le maître-autel de la cathédrale de Perpignan et même publié un catéchisme en catalan en 1898.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Mgr Gaussail, alors évêque d'Oran, en 1884


Le journal Le Roussillon du samedi 18 février 1899 nous apprend sa mort subite la nuit de la veille, précisément à minuit passé de vingt minutes. Si l'on peut être surpris de prime abord de ne trouver cette information que sur une colonne en page 3, le fait s'explique en réalité aisément, Monseigneur Gaussail ayant eu la mauvaise idée de mourir le lendemain de la mort du Président de la République d'alors, Félix Faure. Ce dernier, supposément mort d'une « attaque d'apoplexie foudroyante » (selon le communiqué officiel), aurait en fait d'après la rumeur été retrouvé mort tenant la tête de sa maîtresse entre ses jambes. Il n'en fallait pas plus pour déclencher les moqueries des journaux de l'époque et susciter nombre de plaisanteries restées célèbres, relatives à la fois à sa vanité et à ses aventures extra-conjugales (dont le fameux « Il voulait être César, il ne fut que Pompée »). Rien de tout cela malgré tout dans Le Roussillon, journal catholique et royaliste, qui se contente alors de simplement relater les faits.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Félix Faure, mort un jour avant Mgr Gaussail


Voyons donc ce que nous dit le journal du 18 février sur la mort de Monseigneur Gaussail.

Mort de S. G. Mgr Noël Gaussail
évêque de Perpignan

La mort vient de frapper un terrible coup au milieu de nous. Notre bien-aimé Evêque et Père en Dieu, Monseigneur Gaussail nous a été ravi dans la nuit de jeudi à vendredi, quelques instants après minuit.
La nouvelle s'est bien vite répandue, dès les premières heures, dans les rues de notre ville, et y a produit un véritablement sentiment de stupeur. On ignorait que Monseigneur fût souffrant, et rien ne faisait prévoir un dénouement si proche. Il avait assisté mardi dernier à la séance dramatique, donnée à l'Institution Saint-Louis-de-Gonzague ; le jour même de sa mort il devait célébrer la Sainte Messe pour les dames de l'Œuvre des Catéchismes, à qui il avait donné rendez-vous dans sa chapelle.
La mort est venue brusquement, presque à l'improviste.
Depuis Noël, Monseigneur se sentait fatigué : il souffrait de douleurs dans la région du cœur ; le mal lui laissait toute liberté pour vaquer à ses occupations, mais l'empêchait de marcher.
Voilà pourquoi Monseigneur n'avait plus paru à la Cathédrale depuis les fêtes de la Noël. Cet état de santé n'inspirait cependant pas pour le moment de graves inquiétudes. Jeudi soir, Monseigneur s'était couché comme d'habitude.
Vers minuit, il fut réveillé par la douleur, et il comprit que sa dernière heure était venue.
Il appela auprès de lui le personnel de l'Evêché. Monsieur le chanoine Rabaud, secrétaire général, arriva le premier, et entendit la confession du Prélat. M. le Chanoine offrit de lui donner l'Extrême-Onction. « Oui, répondit Monseigneur, qui a sans cesse conservé le calme devant la mort, oui, et hâtez-vous... hâtez-vous, a-t-il ajouté une seconde fois, car je vais mourir. » Après avoir reçu les sacrements, Monseigneur rendit son âme à Dieu. Il était minuit vingt minutes.
MM; les vicaires généraux, et M. le Supérieur du Grand-Séminaire, appelés en toute hâte, arrivèrent après l'issue fatale.

Le corps de Monseigneur repose en ce moment dans sa chambre. Après l'embaumement, il sera exposé dans une chapelle ardente, où les fidèles pourront venir prier pour le repos de son âme.
Les obsèques sont fixées à mardi prochain à 9 heures du matin.

(Semaine Religieuse)


F.I.


Le numéro du lundi 20 février 1899 nous donne quelques détails sur le protocole et l'itinéraire du cortège funèbre, jusqu'à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La cathédrale de Perpignan


(...) Le glas funèbre sera sonné chaque jour dans toutes les églises [du diocèse], après l'Angelus, jusqu'à mercredi inclusivement.

Départ de l'Evêché à 9 heures. La tête du cortège étant arrivée devant le palais épiscopal, continuera sa marche par les rues Mailly, Porte-d'Assaut, place Arago, rue Alsace-Lorraine, place Laborie, rue de la Loge, place de la Loge, rue Saint-Jean, place d'Armes.

La cérémonie sera présidée par Mgr Mathieu, archevêque de Toulouse, assisté de Nos Seigneurs de Cabrières, l'éminent évêque de Montpellier, Rougerie, évêque de Pamiers, Enard, évêque de Cahors, Germain, évêque de Rodez, l'Abbé mitré de la Trappe.


Le numéro du mardi 21 février 1899 donne le compte-rendu détaillé des dites obsèques. On retiendra notamment qu'était présente « une foule énorme », où figuraient notamment toutes les catégories de personnel religieux du département, de très nombreux fidèles, ainsi que l'essentiel des notables et des personnalités politiques locales.

A la suite des premiers cortèges religieux venait « (...) le char funèbre traîné par quatre chevaux noirs carapaçonnés, tenus en main. » L'un des quatre cordons était tenu par le maire de Perpignan lui-même, Louis Caulas.

Le portail extérieur de la cathédrale ainsi que tous les espaces intérieurs étaient drapés de noirs, produisant un effet saisissant sur l'assistance, accentué par la puissance et la gravité des grandes orgues durant la messe.
Monseigneur Gaussail fut inhumé au sein de la cathédrale.

Sources : Le Roussillon des 18, 20 et 21 février 1899 [domaine public], via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan.
Portrait Noël Gaussail : Gravure anonyme (1884) [domaine public]

Portrait officiel Félix Faure : Pierre Petit (1832–1909) [domaine public]
Photo cathédrale : Alkhimov Maxim [cc-by]




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dimanche 5 juin 2016

Audacieuse arnaque à Perpignan en 1882

Un peu d'esprit pour une montre

Certains voleurs, tout en ne manquant pas de culot, ne brillent pas toujours par leur esprit. Mais dans le cas contraire, il devient soudain plus facile de manipuler son prochain et d'imaginer d'audacieuses arnaques, ainsi que nous le rapporte le journal Al Galliner du 19 mars 1882. Le fait en question, certifié authentique (mais peut-être peut-on en douter ?), aurait eu lieu à Perpignan, rue Notre-Dame (une ruelle entre la Rue du Marché aux Bestiaux et l'actuelle Avenue du Maréchal Leclerc, près de la salle de spectacles du Mediator).

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Une ancienne montre à remontoir

Un vol inédit et authentique.

Un pick pocket des plus élégants entre chez un pâtissier de la rue Notre-Dame et lui commande mille petits pâtés, livrables le lendemain.

De là il se rend dans le magasin d'un horloger voisin et demande à voir des montres ; le marchand lui fait voir ce qu'il a de mieux et on tombe enfin d'accord sur un superbe remontoir du prix de 500 francs.
Au moment de payer, notre homme se fouille et constate avec étonnement l'oubli de son portefeuille. Mais se ravisant, il dit à l'horloger :
- Venez avec moi, je vais vous faire payer.
Il prend l'écrin et conduisant l'horloger sur la porte du pâtissier, il dit à ce dernier :

- Sur les mille, vous en remettrez cinq cents à Monsieur.
Le marchand le laisse partir sans défiance et ce n'est que le lendemain qu'il comprit qu'il avait eu affaire à un audacieux mystificateur qui lui envoyait 500 petits pâtés au lieu des 500 francs convenus.

L'article ne précise pas de quel type de petit pâté il s'agit, mais cela importait de toute façon peu au voleur, qui cherchait exclusivement à s'approprier la montre. Le préjudice, de la valeur de 1000 petits pâtés pour le pâtissier et de 500 francs pour l'horloger, est considérable à une époque ou un artisan, maçon ou menuisier par exemple, gagne seulement 3 francs par jour, soit 90 francs par mois.

Source article : Al Galliner du 19 mars 1882 [domaine public], via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Source prix de 1882 : voyeaud.org

Photo : Mathey-Tissot [cc-by-sa]

Les autres articles concernant l'année 1882 sont à relire ici.


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lundi 9 mai 2016

Inégalité devant la mort à Perpignan en 1904

Un enterrement qui prend du temps

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Notre-Dame de la Réal
Un mort pauvre et divorcé éprouve des difficultés à se faire enterrer à Perpignan, ainsi que nous l'indique un article paru dans le journal républicain, anti-clérical et socialiste La Cravache du 24 juillet 1904.
Sa famille essuie d'abord un refus de la part du curé de Notre-Dame de la Réal, ce dernier ne souhaitant pas célébrer de messe pour le défunt, celui-ci ayant été divorcé puis remarié. Cette attitude est encore normale pour l'époque et le journaliste ne manque d'ailleurs pas de préciser que cet incident était prévisible. Cependant, l'incapacité de la famille à régler les frais d'enterrement auprès des Pompes funèbres retarde la cérémonie, et c'est bien l'attitude de ces dernières qui est brocardée dans cet article. La chaleur du mois de juillet aggrave les circonstances et finit par indisposer tout le quartier.

L'égalité devant la mort


Dernièrement, exactement mercredi dernier, mourrait un brave travailleur, nommé Bernadach que telle un coup de massue, une insolation abattait sur la terre qu'il arrosait de sa sueur.
Il fut transporté chez lui et, aussitôt des démarches furent faites, à tort selon nous, auprès de son Eminence, le curé de N.-D. la Réal pour l'inhumation religieuse.
La réponse du corbeau fut typique : « Nous connaissons M. Bernadach ; l'église ne prêtera pas son concours à la cérémonie, parce que le décédé est divorcé et remarié ! »
Disons en passant que ce fut bien fait pour la famille Bernadach ; elle n'avait qu'à ne pas solliciter le concours des flamidiens et cette réponse ne lui aurait pas été faite.
Nous croyons cependant que si Bernadach, au lieu d'être un pauvre hère, eût possédé des millions, le cas ne se serait pas produit, pas plus que n'aurait eu lieu le scandale qui éclata à l'arrivée des Pompes funèbres.
Les employés de cette administration se conduisirent, en la circonstance, comme des goujats.
Ils exigèrent, lorsqu'ils portèrent le cercueil, que le prix en fut réglé immédiatement ; et de crainte que la somme ne leur fut pas remise et pour s'éviter un surcroit de travail, la bière, pendant la transaction, fut laissée au milieu de la rue.
De plus, l'administration des Pompes funèbres, sous le prétexte qu'elle a le droit de réglementer les enterrements d'indigents, ne voulut inhumer le corps de Bernadach que vendredi dernier à 5 heures, soit près de deux jours et demi après le décès.
A l'heure où nous écrivons, nous ne savons si, devant les protestations indignées des voisins qui sont forcés de fuir leurs demeures, le bureau d'hygiène aura exigé de M. Cauvet un prompt enlèvement du corps.
Mais, en tout état de cause, que penser du sans-gêne des Pompes funèbres ?
Même devant la mort, l'égalité n'est qu'un vain mot.


R. S.


N.-B. - Nous apprenons qu'à la suite des démarches faites par les intéressés auprès du bureau d'hygiène et du commissaire de police, les obsèques de Bernadach ont eu lieu jeudi dernier à cinq heures du soir.
Cela ne détruit pourtant pas notre argumentation.


R. S.

Note : le terme de flamidien, utilisé dans cet article pour désigner péjorativement le personnel clérical, fait référence à l'« affaire Flamidien », datant de 1899 et dans laquelle un Frère du même nom et de l’école Notre-Dame de la Treille à Lille fut accusé d'avoir tué un jeune garçon dans un parloir. Relâché faute de preuves, cet épisode fut l'occasion d'une importante campagne de presse anti-cléricale.

Source : La Cravache : Organe républicain, anti-clérical et socialiste de Perpignan du 24 juillet 1904 [domaine public], via Gallica.
Photo : L'église Notre-Dame de la Réal, par Enfo [cc-by-sa], via Wikimedia Commons.


Pour rappel, cet autre article paru dans le même numéro de La Cravache
et qui se moque du maire de Perpignan et de son adjoint, à relire ici.



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dimanche 7 février 2016

Une famille nombreuse récompensée à Perpignan en 1928

Le prix Cognacq-Jay pour une famille de onze enfants

Les lecteurs de « 66 Petites histoires du Pays Catalan » se souviennent peut-être que j'y mentionnais l'existence du Prix Jean S. Barès récompensant un guide de montagne, père de famille nombreuse et élevant au moins sept enfants à plus de 500 mètres d'altitude. Le bénéficiaire en 1928 en était un habitant de Baillestavy, vivant à 600 mètres d'altitude et père de neuf vaillants enfants, tous nés dans ce même village. Le prix d'une valeur de 2400 francs (1400 euros actuels) avait été attribué au mois d'août.

Quelques mois plus tard de cette même année, nous pouvons lire dans Le Cri catalan du 29 décembre une information concernant un autre prix similaire, mais bien plus conséquent, et bénéficiant cette fois-ci à un habitant de Perpignan, père de onze enfants et vivant dans le quartier Saint-Jacques.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Cri catalan du 29 décembre 1928

Les familles nombreuses

Prix Cognacq-Jay

En attendant que le gouvernement, au lieu de voter des milliards pour préparer la prochaine guerre, vienne en aide aux familles nombreuses autrement qu'en leur offrant des médailles qui ne sont même pas en chocolat - ce qui ferait la joie des gosses - louons les initiatives privées et plus particulièrement la fondation Cognacq-Jay, instituée par des philanthropes qui sortaient du peuple, qui apporte tous les ans un peu de bonheur dans les foyers malheureux.

Un de ces prix de 25 000 francs vient d'être attribué cette année à notre ami Montagne, demeurant Cote-du-Four-Saint-Jacques, 5.

Nul plus que nous ne pouvait se réjouir d'une si bonne nouvelle et nul autre que Montagne ne le méritait mieux. Car notre ami bien que jeune encore est déjà harassé par le travail écrasant qu'il a du s'imposer pour élever sa nombreuse famille.
Cette petite somme lui permettra d'acquérir la modeste maison qu'il habite avec ses onze enfants.

Nous en sommes infiniment heureux pour notre ami Montagne et les siens auxquels nous adressons nos bien cordiales félicitations.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Marie-Louise Jaÿ

Le prix Cognacq-Jay, d'une valeur de 25000 francs (en 1928 équivalent à 15000 euros de nos jours) avait éte institué en 1922 par les fondateurs des grands magasins de La Samaritaine, Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ, eux-mêmes sans enfants et, étant tous deux issus de milieux populaires, devenus logiquement philanthropes pour les familles modestes. Il était destiné à des familles d'«  au moins neuf enfants de même lit » et attribué à une famille par département. 1928 est justement l'année de la mort d'Ernest Cognacq, trois ans après son épouse Marie-Louise Jaÿ.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Ernest Cognacq

Source : Journal Le Cri Catalan du 29 décembre 1928, via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan [domaine public]
Illustrations :
* Bandeau du Cri catalan du 29 décembre 1928 [domaine public]
* Photos d'Ernest Cognacq et de Marie-Louis Jaÿ : Auteurs inconnus, fin XIXème siècle [domaine public]

Pour rappel, toutes les histoires concernant Perpignan sont à relire ici.

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mercredi 9 décembre 2015

Circulation périlleuse autour de la gare de Perpignan en 1882

Gare aux bœufs nocturnes !


Avec l'arrivée du chemin de fer à Perpignan à partir de 1858, une gare provisoire est construite dans le quartier du Vernet puis, peu de temps après à son emplacement actuel, près du quartier Saint-Assiscle. Mais l'emplacement choisi à l'époque est alors en dehors des remparts, en pleine campagne. Et même si l'espace vide ainsi créé entre la gare et la ville s'urbanise rapidement, plus d'une dizaine d'années plus tard on y subit encore les nuisances de la campagne. L'article qui suit, tiré du journal L'Espérance du 3 janvier 1882, nous signale un problème de taille : les bœufs présents en nombre sont de véritables dangers de la route, tout comme les charrettes, et ce d'autant plus qu'on ne les voit pas lorsqu'il fait nuit.

La gare de Perpignan au début du 20ème siècle

Avis à l'administration

Le quartier de la gare qui prend chaque jour un développement plus considérable devrait être l'objet d'une active surveillance pour y faire observer un peu mieux les lois de la police du roulage, et de la circulation sur les voies publiques. On prèviendrait [sic] ainsi des accidents et des malheurs qui peuvent être l'objet de leur inexécution.
On observe que les charrettes et voitures circulant à l'entrée de la nuit sur la route de la gare et route de Prades, n'ont jamais leurs lanternes éclairées, ce qui rend un accident toujours possible. Ce quartier n'étant point le centre des lumières, il ne fait clair le soir que lorsque la lune brille ; aussi si on a besoin d'aller à la boîte aux lettres de la gare, souvent on ne voit pas où l'on marche et l'on n'aperçoit le véhicule que l'on entend, que lorsqu'on est menacé d'être écrasé. - Même observation pour les conducteurs de troupeaux de bœufs, conduits en liberté, à l'entrée de la nuit, de la gare, au marché aux bestiaux ; deux, trois hommes sont seuls à conduire un troupeau considérable ; aucun d'eux ne porte de lanterne, rien ne trahit leur présence ; il faut se trouver presque envahi, pour comprendre qu'il faut se garer ; et dans l'obscurité, comment faire !
Voyez-vous une mère avec ses enfants perdue dans un pareil milieu ? Il doit y avoir nécessairement moyen d'essayer une modification dans les habitudes de sans-gêne, prises par les marchands de bestiaux.


Les quais de la gare de Perpignan au début du 20ème siècle


Source : L'Espérance du 3 janvier 1882 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan, domaine public]

Photos :
* Façade de la gare : Carte postale des éditions PBL (Béziers) [domaine public]
* Quai de la gare : Carte postale des éditions Labouche (Toulouse) [domaine public]


Pour rappel, les autres articles concernant Perpignan sont à relire ici.

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dimanche 11 octobre 2015

Vent et ordures à Perpignan en 1909

En ce mois de décembre 1909, le temps est particulièrement venteux, ainsi que nous en informe le journal de Perpignan La Bataille sociale, dans son numéro du 4 décembre 1909. C'est l'occasion pour cet organe de presse de soulever un important problème de voirie.

Bon sang de bon Dieu, fait-il un vent !
Les melons de ces messieurs roulent dans les ruisseaux des rues. Le vieux marcheur est heureux : il voit de temps en temps se retourner un jupon. L'honnête passant ne rit pas, lui. Oh ! ces tombereaux ! Perchés sur roues jusqu'à la hauteur d'un premier, trois fois plus larges que le lit de M. J. Escarguel, ils bouchent successivement toutes les rues de la ville. Vous êtes pressés, vous essayez de filer entre le tombereau et les devantures. Vlan ! vous recevez en pleine figure ou dans le dos le contenu d'une boîte à ordures. Seriez-vous à vingt mètres, les poussières, les papiers, et jusqu'aux trognons de choux de ces boîtes vous atteignent, quand il fait du vent. Serait-il impossible d'établir au coin des rues de grandes caisses municipales où les ménagères déverseraient en commun leurs petites boîtes et que des camions moins gigantesques emporteraient discrètement ? Soumis aux réflexions de MM. les préposés à la voirie.

Charrettes à ordures

On l'a compris : le journal ne réclame ni plus ni moins que l'installation de bennes à ordures fermées (à cause du vent) à usage collectif et vidées par des camions-poubelles. L'usage de la poubelle, initié par le préfet de la Seine du même nom, s'était déjà répandu en France depuis son apparition en 1884, mais il n'y avait de contraintes ni sur la taille ni sur le modèle de poubelle à utiliser. Un seau quelconque pouvait donc faire l'affaire, laissant ainsi toutes les ordures à la merci du vent, souvent conséquent comme on le sait dans la région de Perpignan.

Une version moderne de la charrette à ordures

Notes :

Un tombereau désigne à l'époque tout type de véhicule hippomobile, de genre charrette ouverte par exemple, et servant à transporter des matériaux en vrac. C'est un peu l'ancêtre du camion-benne.

Jules Escarguel (1861-1930) est cité pour la largeur de son lit. Directeur du journal L'Indépendant depuis 1898, on sait justement de lui qu'en 1909 il pesait tout de même 148 kilos tout en présentant une stature de colosse.

Sources :
* La Bataille socialiste du 4 décembre 1909, consulté via les collections numérisées de la Bibliothèque de Perpignan [domaine public].
* Détails concernant Jules Escarguel :
Gérard Bonet, « Escarguel (Jules, Clément) », dans Nouveau Dictionnaire de Biographies Roussillonnaises 1789-2011, vol. 1 Pouvoirs et société, t. 1 (A-L), Perpignan, Publications de l'olivier,‎

* Publicité : Autopromotion paru dans
* Charrette à ordures : Conrad Poirier, Garbage Horse in Montréal (Canada), 1945 [domaine public]
* Version moderne de la charrette à ordures : Jacques Le Letty, Ramassage des déchets par les chevaux à Questembert (Morbihan) en 2013 [CC-BY-SA]

Pour rappel, les autres articles concernant Perpignan sont à relire ici.

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jeudi 24 septembre 2015

Un cosmétique à tout faire à Perpignan en 1840

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Au XIXème siècle, il n'est pas rare de voir des annonces en tout genre concernant divers produits, cosmétiques ou médicaments, inventés par des docteurs ou des pharmaciens et soignant tous types d'affection, voire même souvent plusieurs à la fois. On peut lire dans l'Album roussillonnais du 15 mars 1840 une annonce à propos d'un nouveau produit miracle, créé par le pharmacien Bordo, de Perpignan. L'originalité étant que l'on peut aussi bien le boire que se le frictionner sur la peau. Cet élixir-cosmétique est appelé la Liqueur des Muses.

Liqueur des Muses
Plus de crainte, plus d'orage...
La santé, la beauté sont à bord.


Après un grand nombre de recherches et d'expériences, le sieur Bordo, pharmacien à Perpignan, place Grétry, vient de composer une liqueur qui doit être considérée comme le meilleur des cosmétiques qui aient paru à ce jour. Cette liqueur loin de détruire la sensibilité de la peau, lui donne au contraire une sensation de fraîcheur infiniment agréable et saine. Prise à l'intérieur, elle est tellement dépurative, qu'elle guérit toutes les maladies de la peau, quelques invétérées qu'elles soient.
Employée en lotion ou en frictions, sa première vertu est de préserver de toute affection contagieuse ; et c'est principalement le but que le sieur Bordo s'est proposé d'atteindre.
La liqueur des muses est désormais indispensable à la toilette des Dames jalouses de conserver la fraîcheur de leur teint, et doit devenir aussi le vade-mecum des jeunes-gens.

On voit que le sieur Bordo se garde bien de nous donner le moindre indice sur les principes actifs de son invention. Son usage dépuratif le ferait peut-être qualifier de nos jours de cure détox. Son usage en lotion en fait à la fois un cosmétique et un antiseptique.

La place Grétry existe toujours et se trouve à Perpignan dans le quartier situé au sud de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, à la jonction des rues de la Révolution française, du Four Saint-Jean et de la Main de Fer. On y trouve aujourd'hui notamment la galerie-librairie du FILAF.

Il semble que la pharmacie en question soit à l'époque un nouvel établissement cherchant à assurer sa renommée, puisque l'on peut lire dans le numéro suivant du même journal :

On trouve dans le nouvel établissement de M. Bordo, place Grétry, à Perpignan, toutes les préparations particulières approuvées par la faculté de Paris, et brevetées du gouvernement, telles que la Pâte pectorale de Regnauld aîné, la Pâte de mou de veau, la Créosote, les Capsules gélatineuses au baume de Copahu de Mothes, l'eau de Botot, etc., etc., etc. , avec une sensible diminution dans les prix. On y trouve aussi la Liqueur des Muses si utile et si agréable pour la toilette, la Dragée vermifuge, un assortiment d'Instruments de Chirurgie en gomme élastique ; et enfin des sirops rafraîchissants pour soirées, tels que Sirop de Groseilles, de Framboises, d'Orgeat, de Violettes, de Capillaire, etc., a 35 c. le flacon.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Parmi les produits cités, plusieurs ont des annonces régulières dans ce même journal. Parmi eux, la Créosote est un bain de bouche destiné à soulager les maux de dents et guérir les caries et la Pâte de Regnaud aîné est pour la guérison des rhumes, catarrhes, toux, coqueluche, asthmes, enrouements et des maladies de poitrine.

Enfin, on constate que depuis la première mise en vente de la Liqueur des Muses en mars 1840, ce produit semble avoir trouvé son public car une publicité du mois de décembre de la même année montre que la pharmacie Bordo est carrément renommée du même nom à partir de ce moment-là.
Je ne sais pas réellement ce que cet établissement est devenu par la suite, mais M. Bordo est en tout cas toujours mentionné dans l'Almanach des Pyrénées-Orientales en 1866 en tant que pharmacien de 2e classe. Par contre, aucune pharmacie du même nom ou au même endroit n'apparaît plus dans la liste des pharmaciens de Perpignan dans l'Almanach annuaire de la République des Pyrénées Orientales de 1904.

Sources : Album roussillonnais, numéros du 15 mars et du 1er avril 1840 [domaine public], via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan. 
Almanach des Pyrénées-Orientales de 1866, p. 117 [domaine public]
Almanach annuaire de la République des Pyrénées Orientales de 1904, p. 54 [domaine public]

Illustrations :
A la Liqueur des Muses :  Album roussillonnais du 15 décembre 1840, domaine public.
Pate Regnaud : Album roussillonnais du 1er mai 1840, domaine public.

Pour rappel, quelques articles de ce blog en rapport avec la médecine sont à relire ici.


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jeudi 3 septembre 2015

Un perpignanais devenu Sir en 1897

Le Figaro du 3 mai 1897 nous informe d'une remise de décoration concernant Édouard Barrera (1836-1903), vice-amiral et préfet maritime de Brest. Né à Perpignan, d'un père orfèvre-bijoutier et d'un grand-père imprimeur dans cette même ville, Édouard Barrera choisit de rentrer à l'École navale et effectue alors une longue carrière militaire. Il participe notamment à la Guerre de Crimée, à la seconde Guerre de l'Opium en Chine, à l'expédition du Mexique et à la Guerre franco-prussienne de 1870. Au moment des faits détaillés dans l'article, il est préfet maritime de Brest depuis 1895.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le jeune Édouard Barrera en 1861.

S.M. la Reine d'Angleterre vient de conférer à l'amiral Barrera, préfet maritime de Brest, la seconde classe du « Royal Victorian Order » comme témoignage de sa haute reconnaissance pour les soins qu'il a donnés à l'organisation des cérémonies du Drummond-Castle.
Ce qu'on ignore généralement, c'est que par l'attribution de cette haute distinction, le préfet maritime de Brest devient -- pour les Anglais -- sir Edouard Barrera et sa femme, lady Barrera.
Jusqu'ici, le seul Français qui se trouvait dans ce cas, était M. le comte de Malausséna, ancien maire de Nice.
Par décret royal, les chevaliers de cet ordre prennent le pas sur les autres chevaliers, à l'exception de ceux de la Jarretière, du Chardon et de Saint-Patrice.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'étoile de Commandeur du Royal Victorian Order.
Le Royal Victorian Order est une décoration créée en 1896, donc toute récente à l'époque, et attribuée directement par la Reine Victoria pour services rendus à elle-même ou au royaume britannique. L'ordre comprend cinq classes dont seuls les deux premiers confèrent le titre de Sir : Chevalier Grand-Croix et Chevalier Commandeur. Édouard Barrera est donc nommé Chevalier Commandeur le 26 avril 1897. Il n'est que la dixième personne à recevoir cette décoration depuis la création de l'ordre et, ainsi que l'indique l'article, le deuxième français à en être distingué. Le premier est François Alziary de Malausséna, maire de Nice de 1886 à 1896 et décoré le 8 mai 1896.

L'événement qui a conduit Édouard Barrera a être décoré est la catastrophe du naufrage du Drummond Castle, le 16 juin 1896, qui coûta la vie à 358 personnes et ne laissa que trois survivants.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Drummond Castle
Du fait d'un brouillard important, d'une erreur de pilotage et peut-être même d'un équipage ayant un peu abusé de l'alcool, ce navire britannique, de retour du Cap en Afrique du Sud, échoue près des cotes de l'île d'Ouessant et sombre en à peine quinze minutes, en pleine nuit et avant même que les canots aient pu être mis à la mer. Le dévouement des populations des îles d'Ouessant et de Molène, ainsi que des forces navales françaises, dirigées par Édouard Barrera, est remarquable et des cérémonies commémoratives sont organisées l'année suivante. C'est à cette occasion qu'Édouard Barrera reçoit la décoration du Royal Victorian Order et son titre de Sir.

Sources :
Article du Figaro du 3 mai 1897, via Gallica (cf. lien), domaine public.
Gérard Bonet, « Barrera (Édouard, Pierre Antoine) », dans Nouveau Dictionnaire de Biographies Roussillonnaises 1789-2011, vol. 1 Pouvoirs et société, t. 1 (A-L), Perpignan, Publications de l'olivier,‎





, via Wikimedia Commons (coll. State Library of Queensland, Australie)


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vendredi 20 mars 2015

Eclipse solaire de 1905 à Perpignan

Le 30 août 1905 a lieu une éclipse solaire totale, visible à Perpignan avec une occultation de 94% du soleil par la lune. En comparaison, l'éclipse totale du 20 mars 2015 ne couvre le soleil, depuis Perpignan, qu'à 71%. L'éclipse de 1905 était au maximum de sa visibilité dans le nord-est de l'Espagne et sur une partie du littoral du Maghreb. En Espagne, c'est dans la région de Valence, plus précisément dans la petite ville d'Alcalá de Chivert (Alcalá de Xivert en valencien), que choisirent de se réunir des scientifiques du monde entier.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Photo de l'éclipse du 30 août 1905

La République des Pyrénées-Orientales du 31 août 1905 nous donne le compte-rendu de l'événement tel qu'il a été vu depuis Perpignan


L'Eclipse d'hier

La nature est décidément capricieuse, et ceux de nos concitoyens qui stationnaient hier dans les rues de la ville, - ils étaient nombreux - ont pu aisément s'en convaincre.
Jusqu'à midi, le ciel était d'une pureté absolue. Quelques minutes avant le commencement de l'éclipse, le ciel s'est chargé de nuages épais, et ces nuages ne se sont dissipés qu'à deux heures, c'est à dire au moment des dernières phases du phénomène.
Vers une heure et demie cependant, c'est à dire au moment de l'occultation des 94 centièmes du soleil par la lune, de nombreuses éclaircies ont permis de braquer vers le ciel les lunettes d'approche et les verres fumés. Le soleil caché presque complètement n'envoyait plus que des rayons blafards.
Il est dommage que le temps couvert n'ait pas permis d'observer complètement les diverses phases du phénomène.
Mais on a rien perdu pour attendre. Ce sera pour la prochaine, voilà tout.

L'éclipse a bien sûr été observée depuis l'observatoire météorologique de Perpignan par son directeur M. O. Mengel qui constate notamment une chute de la température au moment de l'événement :
La température, à partir de 12h 15 m. varie d'une façon anormale : sous l'abri, à 3 mètres du sol, de 24°2 elle descend d'une façon continue à 20°5, qu'elle atteint à 13h 40 m., soit une baisse de 3°7. Au sol, de 40° qu'elle était à 12h 15 m., elle tombe à 19°5, également à 13 h 40 m. : d'où un écart de 20°5.

Sources :

Article de la République des Pyrénées-Orientales : Fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
L'éclipse depuis l'Espagne et ailleurs : Le Figaro du 31 août 1905, via Gallica.
Observatoire de Perpignan : Soleil - L'éclipse totale de-du 30 août 1905, Ciel et Terre, Vol. 26, 1905, p. 489

Photo : Auteur inconnu, domaine public.



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vendredi 13 février 2015

Ambroise Paré à Perpignan en 1542

Ambroise Paré en 1578
En 1542, François Ier vient de se lancer dans la neuvième guerre d'Italie, contre Charles Quint et Henri VIII d'Angleterre. Cherchant à multiplier les fronts de bataille, François Ier réussit à s'emparer momentanément du Luxembourg et envoie une autre armée mettre le siège devant Perpignan, alors en territoire espagnol. Cette dernière opération s'avère un échec pour les français, mais permet à un jeune chirurgien, Ambroise Paré, de continuer à se faire la main avant de devenir plus tard l'inventeur de la chirurgie moderne et la célébrité que l'on sait.
Dans l'exemple qui suit, tel que narré dans Les Ambulances et les ambulanciers à travers les siècles (1906), Paré démontre son ingéniosité, cinq siècles avant les méthodes extravagantes que l'on peut voir de nos jours dans Les Experts et ce, avec des moyens plus que rudimentaires, pour répondre à la question :
est la balle ?

Au camp de Perpignan en 1543,  le maréchal de Brissac avait reçu un coup de feu près de l'omoplate droite et les chirurgiens ne pouvaient trouver la balle.
Rénovant alors le précepte hippocratique, Paré eut l'idée de mettre le blessé dans la position où il était lorsqu'il avait reçu le coup de feu.
La balle se révéla alors par une légère saillie sous la peau et fut extraite par le chirurgien du Dauphin, Nicole Lavernault.

Note : Le siège de Perpignan a bien lieu en 1542, et non en 1543, comme indiqué par erreur dans l'ouvrage.

Source :
Wauthoz (Henri A.), Les Ambulances et les ambulanciers à travers les siècles, Paris-Bruxelles, J. Lebègue, 1906 (via Gallica) [domaine public]
Portrait : Anonyme de 1578 (Wellcome collection via WikiCommons) [domaine public]


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vendredi 16 janvier 2015

Noël Brazès passe son bac en 1939

Noël Brazès
Noël Brazès (1920-2010), fils du célèbre coiffeur et écrivain cérétan Edmond Brazès, est notamment resté célèbre pour avoir été le plus jeune joueur à remporter le championnat de France de rugby, en 1938, alors qu'il officie au sein de l'USAP et est âgé seulement de 17 ans et 5 mois. Nous célébrons ce 16 janvier le 5ème anniversaire de sa disparition. Je ne vais pas retracer toute sa biographie de joueur, entraîneur et président de club, mais simplement revenir de manière anecdotique sur sa jeunesse, en forme d'hommage.

Du fait de son jeune âge et de son parcours exceptionnel, Noël Brazès est considéré en 1938 comme une des 5 vedettes du rugby à XV, ainsi que nous l'indique dans son palmarès le quotidien Le Petit Parisien du 31 décembre 1938. Notons que le premier du classement est aussi un catalan : Joseph Desclaux (1912-1988) est originaire de Collioure et est également champion de France en 1938 avec l'USAP.



Le 26 mars 1939, l'équipe France devait jouer contre l'Allemagne mais le match est annulé. Une rencontre est alors organisée au pied levé contre l'équipe de Pyrénées-Bigorre et Noël Brazès y participe. Le Matin du 25 mars 1939 nous rappelle qu'il est le benjamin de l'équipe, international bien que toujours scolaire, et vainqueur du championnat de France des écoles avec le collège de Perpignan. Deux jours plus tard, Le Petit Parisien du 27 mars 1939 nous livre sa déclaration de fin de match, alors qu'il a marqué trois essais :

Enfin, j'ai joué sous la tenue tricolore ! Vous pensez si j'en suis heureux... Mais cela ne me fait pas oublier que j'ai demain une « compo » avant mon bachot de « philo ». Et je cours reprendre le train de Perpignan !

La presse de l'époque ne nous dit pas quel a été son résultat au bac par la suite.

Sources : Gallica (cf. liens)
Photo : auteur inconnu  [domaine public ?] (merci de me contacter si plus d'infos)

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dimanche 7 décembre 2014

Miss Pyrénées-Orientales élue Miss France en 1938

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Annie Garrigues dans Le Figaro
Annie Garrigues, originaire de Perpignan, est élue Miss Pyrénées-Orientales en 1937 (le concours prend le nom de Miss Roussillon par la suite), puis élue Miss France en 1938. Le quotidien Le Petit Parisien ("Le plus lu des journaux du monde entier") du 15 juillet 1938 nous livre ses premières impressions peu après son élection. Annie Garrigues n'a alors que 19 ans et surprend tout le monde par sa réaction.


Miss France 1938 ne veut pas faire du cinéma

Mardi dernier avait lieu l'élection de « miss France 1938 », qui représentera notre pays à la grande compétition internationale pour le titre de  « miss Europe 1938 » à Copenhague.
Devant un jury présidé par M. Maurice de Waleffe, et dans lequel on remarquait le metteur en scène Abel Gance, les peintres J. Gabriel Domergue et Beltran Masses, le maître photographe G.-L. Manuel, quatre-vingts candidates se présentèrent.
Il en était venu de partout : de l'Est et de l'Ouest, de Lille et de Clermont-Ferrand, et des Parisiennes bien entendu, beaucoup de Parisiennes... Ce fut une brune Perpignanaise aux yeux bleus, Mlle Annie Garrigues, qui se vit enfin, après des éliminatoires sévères, décerner le titre envié de « miss France 1938 ».
Annie Garrigues, qui a dix-neuf ans, déclara naturellement qu'elle était bien contente d'avoir été choisie. Elle n'ajouta pas qu'elle essayerait de faire encore mieux la prochaine fois, puisqu'on ne peut déployer plus de grâce et plus de charme qu'elle n'en montra devant les membres du jury, mais, aux nombreux reporters qui l'interrogeaient immédiatement après son élection, elle fit une déclaration assez surprenante :
- Je ne veux pas faire de cinéma ni de théâtre ! dit-elle en rougissant un peu.
Voilà qui est assez imprévu, n'est-ce-pas ! C'est bien la première fois qu'une reine, qu'une madelon ou une muse de quelque chose fait un semblable aveu...
Annie Garrigues était sans doute fort troublée par le grand honneur qui venait de lui échoir. Elle n'a pas réfléchi. Gageons que dans quelques mois, au retour de Copenhague, par exemple, si elle est élue « miss Europe 1938 », elle aura changé d'avis !

René Manévy

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Annie Garrigues dans Le Journal

Candidate malheureuse au titre de Miss Europe 1938, il semble qu'Annie Garrigues n'ait réellement jamais fait de cinéma, puisque son nom est inconnu de toutes les grandes bases de données cinématographiques. Elle est donc rapidement oubliée dès les années qui suivent.

Certains membres du jury peuvent surprendre. D'autres semblent plus à leur place dans cet événement. Abel Gance (1889-1981) est un célèbre réalisateur qui en 1938 avait déjà tourné une quarantaine de films parmi lesquels J'accuse et Napoléon. Jean-Gabriel Domergue (1889-1962) est un artiste peintre se revendiquant comme l'inventeur du stéréotype de la pin-up et ayant peint beaucoup de femmes très dénudées... Federico Beltrán Masses (1885-1949) est un peintre espagnol ayant gagné sa reconnaissance à l'école des Beaux-Arts de Paris. Il semble avoir eu beaucoup d'amis parmi les membres de la jet-set d'Hollywood de l'époque, à qui ses tableaux ont beaucoup plu. Il a également peint de nombreux portraits de femmes séductrices. Il est étrange que le journaliste mentionne "G.-L. Manuel" puisque ce nom renvoie en fait à deux frères photographes, Gaston et Lucien Manuel, fondateurs d'un studio photographique en 1900 à Paris. Peut-être un seul des deux était-il présent dans le jury. Le président du jury Maurice de Waleffe, quant à lui, est le créateur dès 1920 du concours de « la plus belle femme de France », qui allait devenir « miss France » par la suite.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Annie Garrigues dans La Vie parisienne


Source : Le Petit Parisien du 15 juillet 1938 (coll. BnF via Gallica [cf. lien], domaine public)
Photos : 
Le Figaro, 13 juillet 1938 (coll. BnF via Wikimedia Commons, domaine public)
Le Journal, 10 septembre 1938 (coll. BnF, via Gallica, domaine public)
La Vie parisienne, 2 juillet 1938 (coll. BnF, via Gallica, domaine public)



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samedi 6 décembre 2014

Un homme heureux à Bouleternère en 1891

L'Indépendant de Mascara (bihebdomadaire d'Algérie) du 21 mai 1891 nous rapporte le cas d'un héritage inespéré ayant bénéficié à un pauvre agriculteur de Bouleternère, en Ribéral.

Un homme heureux . - Un pauvre cultivateur de Bouleternère (canton de Vinça), nommé Adroher, vient d'hériter un million d'un de ses oncles M. Commes, récemment décédé. De plus, il devient propriétaire de plusieurs maisons que M. Commes possédait à Perpignan. Dans un de ces immeubles sis au quartier Saint-Mathieu, Adroher a, dit-on, trouvé plusieurs liasses de billets de banques, pour une valeur de 62,000 fr., que son oncle, un véritable Harpagon, avait cachées sous des briques.
Lorsque le notaire lui a appris cette bonne nouvelle Adroher a été saisi d'étonnement. Pour un homme heureux, voilà un homme heureux.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le village de Bouleternère.

Pour rappel, concernant d'autres histoires concernant Bouleternère c'est ici en 1815 et là en 1891.

Source : L'Indépendant de Mascara. Radical autonomiste. Paraissant le jeudi et le dimanche  du 21 mai 1891 (via Gallica, cf. lien) [domaine public]
Photo : Meria z Geoian (via Wikimedia Commons, CC-BY-SA)



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