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lundi 5 octobre 2015

La dure vie des femmes catalanes en 1890

De belles danseuses que l'on charge comme des mules

Nous retrouvons pour cet article l'auteur Victor Dujardin, responsable de l'épais volume paru en 1890 et intitulé Voyage aux Pyrénées : Souvenirs du Midi par un homme du Nord ; Le Roussillon. Bien qu'« homme du nord » à l'origine, il en vint à bien connaitre les Pyrénées-Orientales et fit part dans ce livre de ses impressions concernant tous les aspects de la vie dans cette région à la fin du XIXème siècle.

Après nous avoir exposé son ressenti face à la langue catalane, à laquelle il ne comprenait rien et ainsi que nous l'avons vu précédemment, l'extrait que j'ai choisi aujourd'hui nous parle des femmes catalanes. Il est indéniable qu'il les trouve magnifiques, mais nous allons voir qu'il y a malheureusement un revers à la médaille...

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Paysanne du Roussillon vers 1830

La belle Catalane...


Dans son livre, Victor Dujardin explique qu'il assiste à de nombreuses fêtes de village et que les habitants du département ne faillissent pas à leur réputation  de danseurs invétérés. Pour rappel, certains auteurs du XIXème siècle, frappés de voir les Roussillonnais saisir la moindre occasion pour danser sans fin, se demandaient même si ceux-ci, enfants, n'apprenaient pas à danser avant même de savoir marcher.

Qu'elles sont gracieuses, les sveltes Catalanes, quand elles se lancent dans le tourbillon de la farandole ! - La tournure élégante, la souplesse des mouvements de ces jolies filles, aux yeux ardents, au geste vif, aux traits accentués et aux formes opulentes, accusent la race maure ou espagnole. - Le balancement rythmique des hanches de la Catalane fait penser à ce vers de Baudelaire :
Même quand elle marche, on dirait qu'elle danse,
Ou à celui-ci :
Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes.
(...)
Brune à l'œil noir, à la taille élancée, à la chevelure abondante, gentiment coiffée du bonnet roussillonnais qui va si bien à sa figure mutine, la Catalane, fraîche comme la fleur des champs, raffole toujours de la danse et s'abandonne avec volupté dans les bras de son robuste cavalier. C'est surtout pendant l'entraînement rapide de la farandole que son visage s'épanouit et éclate dans toute sa beauté.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Femmes au marché de Perpignan en 1899


...est plus mal traitée qu'une mule.

Dans le Midi, dans ce pays du soleil et de la douce flânerie, où les longues siestes sont particulièrement délicieuses, la femme n'est pas l'égale de l'homme et travaille  plus que lui : Ainsi, dans les Pyrénées-Orientales, les femmes transportent le bois, les pierres, sont employées dans les carrières, gâchent le mortier, servent les maçons et exécutent les travaux les plus pénibles. - A Collioure, à Banyuls... elles remplacent, à l'époque des vendanges, les mulets dont on ne se sert plus depuis la diminution des récoltes. Un jour, pendant une promenade à Amélie-les-Bains, avec un Parisien, celui-ci fut impressionné par un spectacle fort commun : un cheval gravissait un sentier et un homme se prélassait dessus en fumant sa cigarette, tandis que sa femme suivait péniblement à pied, portant, en outre, un lourd panier pour soulager l'animal. 
(...)

(...) j'ai remarqué que les femmes portent, dans la montagne, de lourds fardeaux sur la tête ou sur les épaules. Dans ce dernier cas, la charge est supportée par un bât placé sur la nuque, ou par une sangle passée sur le front, comme les bœufs au labourage.

Les explications de Victor Dujardin reviennent à affirmer que les conditions de vie des femmes à l'époque dans les Pyrénées-Orientales sont plus dures que dans le nord de la France, d'où il est originaire. Cela peut sans doute s'expliquer par le fait que la région est alors encore en ce temps, dans une grande part de son territoire en tout cas, une société rurale traditionnelle, peu industrialisée ni mécanisée, où les travaux manuels occupent une place importante. Sans compter que le relief accidenté n'arrange rien.
Je ne m'aventurerais pas dans cet article sur les terrains d'un supposé machisme plus important des sociétés latines ou méridionales, ni de l'influence de la religion dans ces comportements, mais sans doute ces facteurs existent-ils.
Plus généralement,  un rapport de l'ONU de 1995 dénonçait la « double journée » et même la « triple journée » qu'effectuent toujours la plupart des femmes dans le monde, celles-ci travaillant en moyenne 13% de temps en plus que les hommes. L'évolution des pays industrialisés (et des mentalités) a sûrement diminué la pénibilité de ce travail, mais n'a pas fait disparaître les inégalités pour autant...

Sources :
Victor Dujardin, Voyage aux Pyrénées : Souvenirs du Midi par un homme du Nord ; Le Roussillon, Céret, éd. Lamiot, 1890 (via Gallica).
Autres infos : Article de Wikipédia sur la Condition féminine

Illustrations :
Dessin : « A Paysanne of Roussillon » (1832) par James Duffield Harding (1798-1863) [domaine public, coll. Bibliothèque de Toulouse]
Photo : « Au marché de Perpignan, 26 août 1899 » par Eugène Trutat (1840-1910) [domaine public, coll. Bibliothèque de Toulouse]


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mercredi 19 août 2015

Naissance du premier journal des Pyrénées-Orientales en 1815

Vieux papiers des Pyrénées-OrientalesIl y a exactement 200 ans, le 19 août 1815, paraissait le premier numéro du Mémorial administratif
des Pyrénées-Orientales. Jusqu'à cette date, le département n'avait alors aucun journal, tout comme une dizaine d'autres départements en France. Ce vide est comblé par la préfecture des Pyrénées-Orientales elle-même qui en assure alors la publication et la vente par abonnement. Le titre est modifié plusieurs fois et devient en 1831 le Journal des Pyrénées-Orientales. Le contenu présente bien évidemment le point de vue du pouvoir en place, ce qui motivera la création de L'Indépendant des Pyrénées-Orientales en 1846 afin de contrer la propagande officielle et de permettre l'élection d'Arago comme député. Le Journal des Pyrénées-Orientales cesse de paraître en 1876, après plus de soixante ans d'existence.

Voyons à présent le contenu des huit pages de ce premier numéro.

En pages un et deux, on trouve le détail de l'arrêté préfectoral concernant la parution du journal  tous les samedis. L'article 2 de l'arrêté en définit l'objectif :
Ce Mémorial administratif sera destiné à comprendre les ordonnances du Roi, les actes du Gouvernement, les ordres ministériels, les arrêtés, circulaires et instructions de la préfecture, les avis essentiels et les nouvelles officielles qu'il convient de porter avec promptitude à la connaissance des administrés du département.
L'article 5 précise que l'abonnement, de un franc par mois, est obligatoire pour tous les maires des communes du département.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

L'arrêté est signé par Paul Étienne de Villiers du Terrage (1774-1858), premier préfet des Pyrénées-Orientales depuis la Seconde Restauration et en poste depuis le 8 juillet. Il conserve cette fonction jusqu'en juillet 1818.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le duc d'Angoulême
En pages deux et trois, on peut lire un hommage au duc d'Angoulême, Louis-Antoine d'Artois, neveu de Louis XVIII et fils du futur Charles X. Le texte rappelle l'épisode des Cent-Jours durant lequel le duc d'Angoulême leva une petite armée dans le Midi de la France afin de résister à Napoléon. On trouve donc logiquement en pages quatre et cinq la proclamation officielle du duc d'Angoulême concernant la cessation de ses fonctions militaires, l'ordre étant revenu. Il y remercie la plupart des anciennes provinces du sud de la France, parmi lesquelles le Roussillon, pour leur fidélité et leur dévouement envers le Roi durant cette période.

Enfin, les pages cinq à huit nous donnent le détail concernant le Concours pour l'admission des élèves à l'École Royale Polytechnique en 1815, dont les examens régionaux se déroulent alors à Montpellier et Toulouse à la mi-septembre. Le programme des connaissances exigées comprend de l'arithmétique, de l'algèbre, de la géométrie, de la statistique, du français et du latin ainsi qu'une épreuve de dessin : 
[Les candidats] seront enfin tenus de copier une tête d'après l'un des dessins qui leur seront présentés par l'Examinateur.
Il faut être âgé de seize à vingt ans, mais une dérogation est possible jusqu'à vingt-six ans (et même trente ans pour les sous-officiers) pour tout français qui aura fait deux campagnes de guerre ou un service militaire pendant trois ans. Il faut également un certificat de bonne conduite, délivré par la mairie de son domicile.

Source :
Numéro 1 du Mémorial administratif des Pyrénées-Orientales : fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan (domaine public). Illustrations :
Bandeau journal et article 7 de la page 2 : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]
Portrait du duc d'Angoulême : Artiste inconnu (XIXème siècle) [domaine public]

Pour rappel, les articles de ce blog en rapport avec l'année 1815 sont à relire ici.



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lundi 1 juin 2015

Culture du cerisier dans les Pyrénées-Orientales en 1938

Un cerisier à Maureillas en 1938
Ce week-end du 30 et 31 mai a eu lieu à Céret la fête de la cerise. Nous avons pu déjà voir dans des précédents articles que, bien que sans doute ancienne, la culture de la cerise y est très longtemps restée totalement anecdotique puisqu'à la fin du XIXème siècle Céret est universellement renommée pour ses noisettes et que l'on ne commence à parler de la cerise de Céret dans la presse nationale qu'à partir de 1926, avant que ne démarre en 1932 la tradition d'envoyer une caisse de cerises au président de la République, opération publicitaire efficace et qui prouve alors la précocité de la cerise de Céret parmi les cerises françaises.

Le succès de la cerise de Céret à partir des années 20 a incité les producteurs fruitiers a planter des arbres en grande quantité, tout en provoquant l'émergence de nouvelles variétés, non plus pour la consommation locale mais plus aptes au transport et pour le commerce national. Je propose donc dans cet article de commencer à faire le point sur cette révolution de la cerise dans les Pyrénées-Orientales vingt ans après, soit en 1938, à travers le constat dressé par les ingénieurs agricoles Peyrière, Basset et Clave dans Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales.

En 1938, la cerise est cultivée dans tout le département sauf dans le canton de Mont-Louis. Quatre communes cependant concentrent la moitié de la production : Céret, Maureillas, Reynès et Llauro. On compte 90 000 cerisiers à travers tout le département produisant en moyenne 24 000 quintaux par an. La région de Céret en particulier est passée de 20 000 à 30 000 cerisiers de 1920 à 1937 et produit alors 15 000 quintaux, soit plus de 60% de la production départementale. Voyons quels sont les cantons concentrant le plus grand nombre de cerisiers en 1938 :

Canton de Céret : 45 000
Canton de Prades : 7 200
Canton de Thuir : 6 400
Canton d'Argelès-sur-Mer : 5 250
Canton d'Arles-sur-Tech : 2 200
Canton de Saint-Paul-de-Fenouillet : 2 000
Canton de Latour-de-France : 2 000

La position dominante du canton de Céret est incontestable, mais on peut voir que d'autres régions telles que les cantons de Prades (avec la commune de Clara) ou de Thuir (avec Llauro) ont également une production honorable. Le podium de tête des communes aux plus grand nombre de cerisiers sont les suivantes, toutes dans le canton de Céret :

Céret : 25 000
Maureillas : 7 000
Reynès : 5 500

Les auteurs précisent qu'à l'époque les cerisiers n'existent sous forme de plantation quasiment que dans la région de Céret. Partout ailleurs dans le département, ils sont soit isolés, soit en petits groupes en bordure des champs, des vignes ou des prairies.
En ce qui concerne les plantations, les jeunes arbres sont tous issus des pépiniéristes locaux et plantés à 7 ou 8 mètres les uns des autres. Sitôt plantés, ils sont rabattus à une hauteur entre 1,30 et 1,50 mètre. Ensuite, quelques-uns les taillent en gobelet durant les premières années, la plupart laissent l'arbre livré à lui-même. Le seul traitement appliqué est une bouillie bordelaise à 2%, pulvérisée en hiver. Le rendement moyen est de 70 kg de cerises par arbre. En 1937, un arboriculteur de la région obtient toutefois un rendement de 150 kg sur une cinquantaine de ses cerisiers.

Note : Un quintal métrique équivaut à 100 kg. La région de Céret produit donc à l'époque 1 500 tonnes de cerises pour 30 000 arbres (dont 1 250 tonnes rien que pour Céret même), ce qui correspond plutôt à un rendement moyen de 50 kg par arbre. On est encore loin des quantités produites dans les années 70, mais c'est en fait le niveau auquel on est revenu de nos jours.

Note 2 : Un film documentaire sur l'histoire de la cerise à Céret vient de sortir ces jours-ci. Il s'agit de Céret, des cerises et des hommes, de Claire et Gérard Ebele. Plus d'infos ici.

Nous verrons dans un article suivant les variétés cultivées à l'époque.

Source et photo :
* Peyrière, Basset et Clave, Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales, 1938 (domaine public ?)




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mardi 21 octobre 2014

Une langue incompréhensible en 1890

Victor Dujardin en 1883
Victor Dujardin est un historien né dans l'Aisne en 1830, il se dit « homme du Nord », et est mort à Céret en 1897. Il a bien connu les Pyrénées-Orientales et publie en 1890 à Céret une monumentale histoire du Roussillon :
Voyage aux Pyrénées : Souvenirs du Midi par un homme du Nord ; Le Roussillon
Ses souvenirs sont souvent riches et truculents et mériteraient d'être reproduits in extenso (mais il y a tout de même 571 pages). J'y reviendrai plus tard mais j'ai voulu commencer par un petit extrait significatif de son incompréhension face à la langue catalane à laquelle il a dû être confronté lors de ses nombreuses excursions à travers le département. Il poursuit ensuite avec un curieux avis sur les Roussillonnais.

A l'exception des classes riches ou aisées, les Roussillonnais ne parlent presque pas le français. Leur langage, aux sons gutturaux,  est tout pétrrri de rrrr et de ssss. C'est l'abondance des consonnes et la suppression d'un grand nombre de voyelles, qui rendent ce dialecte dur et peu harmonieux. Il est issu du latin et du mélange des idiomes de tous les peuples qui ont successivement occupé ce pays.
J'ajouterai, en terminant, que les Catalans, remuants et bruyants, amis du soleil et de la liberté, sont assez serviables, un peu curieux et très doux, sous une apparence rude et hardie. - Enfin, cette population extrêmement patriote est aujourd'hui entièrement française de coeur, d'âme et de sentiments.

Il faut se garder de juger trop sévèrement cet auteur dont la réaction est semblable à celle de tous les autres visiteurs de la région à la même époque. A contrario, il se révèle un fin connaisseur du Roussillon et ses souvenirs sont pour le reste très précieux, notamment en ce qui concerne les aspects de la vie populaire en ce temps-là, et nous y reviendrons.

Source : Victor Dujardin, Voyage aux Pyrénées : Souvenirs du Midi par un homme du Nord ; Le Roussillon [domaine public] via Gallica
Photo : Prudent René-Patrice Dagron (1819-1900) [domaine public], via Gallica


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mercredi 8 octobre 2014

Costumes du Roussillon en 1876

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Augustin Challamel (1818-1894) est un historien et conservateur de bibliothèque qui publia nombre d'ouvrages de vulgarisation à propos de l'histoire de France et, notamment, une Histoire de la mode en France (1873). Trois ans plus tard, on peut lire dans la revue La Mosaïque : revue pittoresque illustrée de tous les temps et de tous les pays un petit article de cet auteur concernant les costumes du Roussillon. Challamel semble bel et bien avoir arpenté les Pyrénées-Orientales dont il vante à la fois le charme rustique et les traditions préservées, tout en se lamentant sur l'uniformisation des mœurs (déjà !). L'illustration figurant ci-dessous est extraite de l'article.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales



Costumes du Roussillon


Un des rares coins de France où l'on trouve encore la simplicité poétique des temps passés, c'est le Roussillon. Mais l'esprit prosaïque de notre époque se répand déjà dans les plaines ; il monte de mamelons en mamelons, et arrivera bientôt au sommet des montagnes.
Les coutumes des Roussillonnais eux-mêmes ne tarderont pas à disparaître comme tant d'autres.

Les habitants des campagnes qui environnent Perpignan, Céret, Prades, Collioures [sic] et Port-Vendres ont une physionomie particulière qui se rattache au type espagnol. Leur langage est rapide, sonore et accentué comme celui de nos voisins d'outre-Pyrénées. Leur costume a gardé son originalité primitive, surtout parmi les gens de la montagne, moins visités que ceux des villes. Bonnet de laine, longue veste et pardessus, caleçon court, jambes nues, espadrilles, tel est le costume des gens de toutes les classes, à quelques exceptions près. Pour les femmes, la mode des robes à longues jupes, de couleurs éclatantes, avec des manches courtes laissant voir la moitié du bras, est complétée par un tablier. Sur la tête, une capeline rouge retombant par derrière, jusqu'au reins. Pour bijou presque unique, après l'alliance obligée ou la bague de pèlerinage, les Roussillonnaises ont la croix d'or.

Ne cherchez pas à établir de comparaison entre les Roussillonnais et les habitants des autres provinces de la France. Leurs usages, même les plus anciens, ont résisté au choc des invasions et des révolutions. On est étonné, quand on les visite, du parfum antique existant dans leurs jeux, leurs chants et leurs danses. Leur corpulence robuste, leur taille bien prise, leur agilité sans pareille et leur résolution énergique éclatent, commandent la sympathie. Malgré l'abondance du vin, en Roussillon, les hommes possèdent une sobriété à toute épreuve, et il est bien rare qu'on rencontre parmi eux des hommes ivres. Ils ne boivent guère leur délicieux vin de Rivesaltes, ce muscat si capiteux ! Ils préfèrent s'enrichir en le vendant sur tous les points du globe, avec des laines, du blé, des huiles d'olive en grande quantité.

L"industrie est à peu près nulle dans le Roussillon. La ville de Perpignan, seule, renferme quelques tanneries, quelques fabriques de bouchons, de draps et de couvertures. Autrefois, ce pays était essentiellement militaire, Vauban en construisit les fortifications.

Aug. Challamel


Source : Gallica (cf. lien), texte du domaine public.
Illustration de l'article : sans doute extraite telle quelle de Voyage  de Laborde (1792), domaine public.


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dimanche 2 mars 2014

Inondations en novembre 1892

De nombreux dégâts suite aux inondations de la Têt et de l'Agly

Le département des Pyrénées-Orientales, de par sa configuration, est propice aux crues catastrophiques ; on a parfois tendance à l'oublier. L'événement de l'Aiguat de 1940 est resté dans toutes les mémoires et les crues récentes de 1992 et 1999 sont venues nous rappeler que l'on est jamais à l'abri de ce genre de risque.
Avec au moins trois bassins versants, l'Agly, la Têt et le Tech, de la montagne vers la mer sur le seul territoire du département, les crues et inondations diverses continueront toujours à rythmer la vie de notre région.

J'ai choisi de publier aujourd'hui pour mémoire un bref compte-rendu d'un épisode moins connu, mais néanmoins dévastateur, celui des inondations de 1892. La Têt et l'Agly sont concernés, avec un niveau de 4 mètres 20 à Millas pour la Têt.



Vieux papiers des Pyréénes-Orientales
Crue de la Têt en novembre 2011 (Perpignan)


Le Figaro, 10 novembre 1892

Les inondations

Perpignan. - La Tet, l'Agly et tous les cours d'eau qui descendent des montagnes ont débordé à la suite des pluies torrentielles tombées cette nuit. Ce matin, toute la plaine de la Salanque était inondée, le train de Perpignan à Prades restait en panne et les riverains affolés abandonnaient leurs maisons, emportant leurs meubles et fuyant l'eau qui montait avec une effrayante rapidité. Bientôt, tout le faubourg de Notre-Dame est submergé; la garnison s'emploie avec un dévouement admirable au sauvetage des habitants de la banlieue qui se servent des fourgons d'artillerie pour déménager. Les communications télégraphiques sont interrompues avec douze bureaux du département. Le préfet, M. Bonhoure, accompagné de M. Varenne, chef de division à la préfecture, parcourt les points menacés et s'enquiert des secours à accorder aux inondés.
Un jeune homme, Jean Cadéne, habitant Castel-Roussillon, près de Perpignan, ayant voulu retourner à son domicile cerné par les eaux, afin de prendre de l'argent qu'il y avait oublié, a été emporté par le courant. Son cadavre a été retrouvé, à six heures, sur la plage du Canet. Détail horrible : la famille Cadène assistait impuissante à la noyade du jeune Cadéne.
Au collège de Perpignan, la toiture de l'infirmerie, minée par les pluies, s'est affaissée subitement. Trois élèves malades ont eu à peine le temps, dès qu'ils ont entendu de sinistres craquements, de sauter du lit et de se sauver en chemise au premier étage. La ligne de Perpignan à Prades est coupée. Ce soir, un pont prés de Boulternère a été emporté. Le soir, la Tet décroît considérablement à Perpignan, mais une dépêche de Millas, 4 h. du soir, porte que l'eau atteint au pont de Millas 4 mètres 20. La culée Nord est menacée. On mande de Prades que les eaux viennent d'emporter le canal faisant fonctionner l'usine d'éclairage électrique d'Estagel à 4 h. 50 du soir. De mémoire d'homme, on n'a jamais vu pareille inondation de l'Agly. Les dégâts sont immenses.


Le Figaro, 11 novembre 1892

Les inondations

Perpignan. Les eaux de la Têt et de l'Agly commencent à baisser, mais l'inondation a été terrible. Hier soir, à Saint-Laurent-la-Salanque, deux jeunes gens de dix-neuf ans prenaient du bois au pont de Saint-Laurent lorsqu'ils sont tombés dans l'Agly. Ils se sont accrochés à un arbre et ont été entraînés jusqu'à la mer où ils ont disparu. Les ponts de Claira, canton de Rivesaltes et de Caramany, canton de Latour-de-France, viennent de s'écrouler.

A Perpignan, au quartier de la route de Bompas, il y a 39 maisons écroulées. Plus de soixante familles sont sans abri. La municipalité fait distribuer des secours.

Sources :
Articles du Figaro [domaine public] via Gallica (cf. liens)
bassintet.fr
Photo : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA)

samedi 15 février 2014

Blessés de la campagne d'Italie, 1859-1860

La vie des Roussillonnais après la guerre en 1860

La campagne d'Italie qui a lieu d'avril à juillet 1859 voit s'affronter les armées franco-piémontaises contre celles de l'Empire d'Autriche. Cet épisode guerrier participe à la constitution de l'unité italienne et permet à Napoléon III d'annexer Nice et la Savoie au passage.

Les noms de batailles sont restés célèbres : Magenta, Solférino, Melegnano. Mais le rapport dont je retranscris ici quelques extraits montre le côté cru de la guerre : hormis les morts, il y a aussi de nombreux blessés, dont le destin est tout aussi tragique et la vie bouleversée à jamais.

Les personnes citées dans cet inventaire ont toutes subies d'importants traumatismes sur le champ de bataille. J'ai sélectionné un petit échantillon des soldats originaires des Pyrénées-Orientales. Ils sont âgés de 22 à 30 ans au moment de la campagne d'Italie. Les lieux d'origine qui sont indiqués sont souvent de simples villages, parfois des bourgs moyens, tous situés en zone rurale. Quelles ont été les vies de ces hommes une fois rentrés chez eux ? La lecture des descriptions ci-dessous permet de l'imaginer et se passe de commentaire.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Charge des hussards à la bataille de Solférino

Statistique médico-chirurgicale de la campagne d'Italie en 1859 et 1860 : Service des ambulances et des hôpitaux militaires et civils. Tome 2 / par le Dr J.-C. Chenu, médecin principal d'armée .- Paris : J. Dumaine, 1869


LAFONTAINE, François-Charles, né le 21 novembre 1829, à Saint-Laurent-de-Cerdans (Pyrénées-Orientales), lieutenant, 100e de ligne. — Coup de feu à la tête, Solférino. — Paralysie de la langue et aphonie. — 5 janvier 1864

BOURNET, Baptiste, né le 31 avril 1832, à Railleu (Pyrénées-Orientales), caporal, 72e de ligne. — Coup de feu au flanc droit, Solférino. Plaie pénétrante de l'abdomen. La plaie a donné issue dans le principe à des matières fécales et à de l'urine. Le projectile perdu dans le ventre, non extrait. Constipation opiniâtre. - 30 mai 1860.

LAFEUILLE, Baptiste-Simon, né le 10 mars 1832, à Forunguères [Formiguères] (Pyrénées-Orientales), 2e zouaves. —Fracture comminutive de la partie supérieure de l'humérus, coup de feu, Magenta.—Entré à l'hôpital de la Casa-Correzione, à Milan. Désarticulation scapulo-humérale le 16 juin. Evacué guéri en France. - Entré le 29 septembre à l'hopital Saint-Mandrier, Toulon ; sorti le 30 septembre 1859. - 4 juin 1860.

PAGES, Jacques, né le 9 décembre 1835, à Ayguatébia (Pyrénées-Orientales), 65e de ligne. — Coup de feu à l'avant-bras droit et à la cuisse gauche, Magenta. — Hôpital Fate bene Fratelli. — Amputation du bras au tiers supérieur le 21 juin. —14 mars 1860

BEYNAGUET, Clément-François-Achille, né le 7 novembre 1837, à la Tour-de-Carol (Pyrénées-Orientales), 1er zouaves. — Fracture du radius droit, coup de feu, Melegnano. — Gène dans les mouvements du membre. — Gratification renouvelable

CATALA, Jean-Barthélemy-Martin, né le 15 février 1834, à Mazane [?] (Pyrénées-Orientales), 15e de ligne.— Fracture comminutive du poignet gauche, coup de feu, Solférino. — Amputation de l'avant-bras. — 18 janvier 1860

SALES, Philippe-Jean-Jacques, né le 13 octobre 1835, à Laroque (Pyrénées-Orientales), zouaves, garde. —Fracture du poignet droit, coup de feu, Magenta. —Amputation de l'avant-bras au tiers supérieur. — 18 janvier 1860

ROIG, Pierre-Jean-Paul, né le 16 mai 1834, à Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales) 74e de ligne. — Coup de feu à la main gauche, Solférino. — Perte des doigts indicateur et médius et des deux dernières phalanges de l'annulaire ; atrophie et impossibilité des mouvements du reste de la main. - 4 août 1860

MOLES, Louis-Jean-Jacques, né le 30 avril 1837, à Neffiac [Néfiach] (Pyrénées-Orientales), 72° de ligne.— Plaie déchirée au tiers moyen de la face antérieure de la cuisse gauche, coup de feu, Solférino. — Cicatrice adhérente ; engorgement du membre. - Gratification renouvelable.

Source : Gallica [domaine public]
Photo : Auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons


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vendredi 7 février 2014

Eloge du Roussillon, 25 mars 1933

Le paradis sur Terre se trouve en Roussillon

Retranscription de l'article paru dans le quotidien L'Écho d'Alger, 25 mars 1933.

Après avoir lu cet article, vous pourrez constater que le doute n'est plus permis : les Pyrénées-Orientales sont le paradis sur Terre.
L'article, quoiqu'un peu long, mérite d'être lu jusqu'au bout pour les envolées lyriques du journaliste, qui n'a malheureusement pas signé.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Le Roussillon

Une terre que la nature semble avoir voulu combler de ses dons pour en faire un musée permanent du tourisme, c'est le Roussillon.
Deux voies ferrées internationales l'encadrent en ses faces est et ouest. Des paquebots rapides le mettent à 19 heures d'Alger et à 21 heures d'Oran.
Le Roussillon, terre de vacances ; le Roussillon, terre de santé.

Aimez-vous la mer ? La côte méditerranéenne vous offre tantôt d'immenses plages de sable fin, tantôt d'impressionnantes falaises qui découpent d'intimes petites criques  : Banyuls, Collioure, Argelès, Canet plage, le Barcarès sont des lieux de prédilection des baigneurs.

Préférez-vous la montagne ? Le Canigou, le Carlitte, le Costabonne, le Roc de France, les monts Albères et les Corbières mettent à votre disposition toute une gamme d'excursions depuis la plus simple et facile jusqu'à la rude escalade de sommets situés à près de trois mille mètres d'altitude. Le gibier y abonde : lapins, lièvres, perdreaux, sangliers, isards tentent le fusil du chasseur ; les truites foisonnent dans tous les torrents et dans les lacs des Bouillouses, du Lanoux, de Puyvalador. Le campeur n'a que l'embarras du choix pour établir sa tente en des sites pittoresques où il trouvera ombrage, fraîcheur, eau limpide en abondance. Des stations élégantes sans snobisme : Amélie-les-Bains, Font-Romeu, Prades, Vernet-les-Bains, d'autres plus modestes mais non moins accueillantes, Formiguères, Latour de Carol, Mont-Louis, Prats-de-Mollo, Saint-Laurent-de-Cerdans, Bourg-Madame s'échelonnent à toutes les altitudes.

Perpignan, capitale du Roussillon, est la charnière d'un éventail de routes touristiques que ne manquera pas de parcourir l'automobiliste. Il visitera les Monts Corbières et le Fenouillède où les célèbres gorges de Saint-Antoine de Galamus retiendront particulièrement son attention. La fertile vallée de la Têt le conduira dans le Conflent dominé par le belvédère du Canigou dont il pourra gravir les pentes jusqu'à 2.220 mètres par une route vertigineuse que le guide Michelin proclame la plus pittoresque de toutes les Pyrénées. Il poursuivra dans tous les cas son itinéraire vers le Capcir et les gorges de l'Aude. Puis, vers la Cerdagne qui, royaume du ski pendant l'hiver, devient en été le royaume des fleurs ; puis encore vers la mystérieuse Andorre qu'une excellente route permet désormais de traverser de part en part. Revenant ensuite sur ses pas, l'automobiliste gagnera le riant Vallespir, dont le trèfle touristique formé par un réseau de routes en corniche procurera à son regard d'immenses vue panoramiques sur la mer, les monts et les plaines.

Enfin l'automobiliste serait impardonnable s'il n'accordait une visite spéciale à la côte Vermeille, joie des peintres et des artistes, patrie des vins, le Banyuls qui constituent avec ceux de Rivesaltes et de l'Agly la trilogie la plus savoureuse des crus du Roussillon.

L'archéologue trouvera dans les Pyrénées-Orientales une collection de monuments historiques, d'églises romanes, de vieux cloîtres, d'antiques abbayes, ; citons en passant le Castillet, la Loge, le Palais des Rois de Majorque, la Cathédrale Saint-Jean à Perpignan, le château-fort de Salces, les églises de Prats-de-Mollo, de Collioure, de Coustouges, les cloîtres d'Elne et d'Arles-sur-Tech, l'abbaye de Saint-Martin du Canigou, le monastère de Serrabone, l'ermitage de Font-Romeu, les villes fortifiées de Villefranche-du-Conflent et de Mont-Louis, le vieux pont de Céret et les tours sarrasines. Les légendes abondent, les villages ont conservé leurs danses traditionnelles qu'accompagnent les cobla catalanes. La flore méditerranéenne s'épanouit dans toute sa richesse et sa variété : mimosa, orangers, lauriers-roses, palmiers, eucalyptus, oliviers, chênes-liège. Au printemps, la plaine se couvre comme par enchantement d'une abondante floraison rose et blanche de pêchers, d'abricotiers, de cerisiers et de pommiers.  En automne, les vignes pourpres, les hêtres et les châtaigniers dorés étendent leur manteau aux couleurs catalanes dans les vallons et sur les coteaux.

Si donc, en débutant, nous avons appelé le Roussillon, terre de vacances, nous devons dire aussi terre de beauté et cette beauté d'ailleurs n'est-elle pas une des conditions premières pour des vacances heureuses ?

Nous ajouterons maintenant : terre de santé. Quoi de plus vivifiant en effet, qu'un séjour au grand air, sous un ciel toujours pur où resplendit un soleil radieux dont les ardeurs sont tempérées par la brise de la mer ou de la montagne, des bois et des forêts, des platanes séculaires répandant en maints endroits leur ombre bienfaisante.

"Deus nobis haec otia fecit". 
"Dieu créa pour nous ces repos" a dit le poète latin. Le Roussillon, c'est le calme de l'esprit dans la tranquillité de l'âme, l'oubli des soucis, la détente de tout l'être après l'agitation du labeur annuel. Les anémiés, les fatigués, les surmenés puiseront à Font-Romeu, à Superbolquères, aux Escaldes, de nouvelles forces morales et physiques. Les montagnes catalanes renferment dans leur sein de miraculeuses sources thermales aux propriétés les plus variées.

L'Espagne est là toute proche, Cerbère, Le Perthus, Bourg-Madame, l'Andorre vous en ouvrent les portes ; munissez-vous d'un passeport pour vous et d'un triptyque pour votre voiture ; vos randonnées à travers la Catalogne espagnole, une visite aux îles Baléares ajoureront un charme de plus à vos vacances en Roussillon.

Source : Gallica
Photo : Fabricio Cardenas



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dimanche 12 janvier 2014

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Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

En parallèle de mes autres blogs passés ou en cours, celui-ci traitera de tous les vieux papiers concernant l'histoire des Pyrénées-Orientales en général qui me tomberont sous la main. Pour démarrer ce travail, j'ai entamé la retranscription d'un dossier des Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (ADPO) concernant l'installation des nouveaux maires lors de la période des Cent-Jours, du 1er mars au 7 juillet 1815. Un long travail en perspective, bien que le dossier soit incomplet et que de nombreuses communes soient manquantes. Toutefois, j'y ai repéré avec bonheur quelques communes disparues, pour lesquelles les documents sont rares et souvent très fragmentaires.

Note : Je n'ai pas la prétention de faire un travail d'historien. Je me contente de porter ces textes à la connaissance du public, chacun est libre d'en faire ce qu'il souhaite.


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