vendredi 25 septembre 2015

Accident de voiture à Maury en 1903

Maury et ses environs
On peut lire dans le journal La Lanterne du 19 octobre 1903 le fait divers suivant :

Pyrénées-Orientales

Perpignan, 17 octobre. -- A Maury, commune du canton de Saint-Pol-de-Fenouillet [sic], une voiture automobile, que conduisait son propriétaire, M. Louis Abram, ingénieur électricien, a, par suite d'une erreur de direction, été projetée dans un ravin.
M. Abram, qui a fait une chute de dix mètres, a été relevé blessé grièvement à la tête et aux jambes.

L'accidenté mentionné dans l'article n'est pas n'importe qui. Il s'agit de l'ingénieur Louis Abram, né le 25 septembre 1860 à Saint-Paul-de-Fenouillet. Bien que son nom soit  passablement oublié de nos jours, il a changé le quotidien de nombreux habitants des Pyrénées-Orientales, à qui il a amené l'éclairage et l'électricité. Ayant monté sa petite entreprise, il parvient à obtenir des contrats en négociant directement avec les communes et entame de nombreux chantiers à travers le département. Il amène l'éclairage public électrique à Saint-Paul-de-Fenouillet en 1892, puis l'électricité à Paziols (Aude) et Tautavel en 1900 et crée plusieurs usines hydro-électriques, dont Padern (Aude) et Ansignan entre 1903 et 1905. Cela lui permet par la suite d'alimenter d'autres communes en électricité, parmi lesquelles, dans les Pyrénées-Orientales, Cases-de-Pène, Lesquerde, Maury, Saint-Arnac ou Vingrau, ainsi que dans l'Aude Cucugnan et Tuchan. 

On voit que son rayon d'action est circonscrit autour du Fenouillèdes et des Corbières. Ceci explique le lieu de l'accident, d'autant que Maury fait partie des communes qui bénéficieront des services de Louis Abram. Il semble en tout cas s'être remis de cet épisode, puisqu'il poursuivra son activité de nombreuses années encore.

Son fils Henry Abram (1895-1977) reprend l'entreprise de production et distribution d'électricité en 1936, tandis que Louis Abram meurt à Perpignan, à la fin de la guerre, le 13 août 1945. L'entreprise est nationalisée en 1949 dans le cadre de la réforme nationale du secteur de l'énergie.

Sources : 
Article : La Lanterne du 19 octobre 1903 (via Gallica, cf. lien)
Infos biographiques : Article de Nicolas Marty dans le Nouveau Dictionnaire de Biographies Roussillonnaises 1789-2011, vol. 1 Pouvoirs et société, t. 1 (A-L), Perpignan, Publications de l'olivier,‎



jeudi 24 septembre 2015

Un cosmétique à tout faire à Perpignan en 1840

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Au XIXème siècle, il n'est pas rare de voir des annonces en tout genre concernant divers produits, cosmétiques ou médicaments, inventés par des docteurs ou des pharmaciens et soignant tous types d'affection, voire même souvent plusieurs à la fois. On peut lire dans l'Album roussillonnais du 15 mars 1840 une annonce à propos d'un nouveau produit miracle, créé par le pharmacien Bordo, de Perpignan. L'originalité étant que l'on peut aussi bien le boire que se le frictionner sur la peau. Cet élixir-cosmétique est appelé la Liqueur des Muses.

Liqueur des Muses
Plus de crainte, plus d'orage...
La santé, la beauté sont à bord.


Après un grand nombre de recherches et d'expériences, le sieur Bordo, pharmacien à Perpignan, place Grétry, vient de composer une liqueur qui doit être considérée comme le meilleur des cosmétiques qui aient paru à ce jour. Cette liqueur loin de détruire la sensibilité de la peau, lui donne au contraire une sensation de fraîcheur infiniment agréable et saine. Prise à l'intérieur, elle est tellement dépurative, qu'elle guérit toutes les maladies de la peau, quelques invétérées qu'elles soient.
Employée en lotion ou en frictions, sa première vertu est de préserver de toute affection contagieuse ; et c'est principalement le but que le sieur Bordo s'est proposé d'atteindre.
La liqueur des muses est désormais indispensable à la toilette des Dames jalouses de conserver la fraîcheur de leur teint, et doit devenir aussi le vade-mecum des jeunes-gens.

On voit que le sieur Bordo se garde bien de nous donner le moindre indice sur les principes actifs de son invention. Son usage dépuratif le ferait peut-être qualifier de nos jours de cure détox. Son usage en lotion en fait à la fois un cosmétique et un antiseptique.

La place Grétry existe toujours et se trouve à Perpignan dans le quartier situé au sud de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, à la jonction des rues de la Révolution française, du Four Saint-Jean et de la Main de Fer. On y trouve aujourd'hui notamment la galerie-librairie du FILAF.

Il semble que la pharmacie en question soit à l'époque un nouvel établissement cherchant à assurer sa renommée, puisque l'on peut lire dans le numéro suivant du même journal :

On trouve dans le nouvel établissement de M. Bordo, place Grétry, à Perpignan, toutes les préparations particulières approuvées par la faculté de Paris, et brevetées du gouvernement, telles que la Pâte pectorale de Regnauld aîné, la Pâte de mou de veau, la Créosote, les Capsules gélatineuses au baume de Copahu de Mothes, l'eau de Botot, etc., etc., etc. , avec une sensible diminution dans les prix. On y trouve aussi la Liqueur des Muses si utile et si agréable pour la toilette, la Dragée vermifuge, un assortiment d'Instruments de Chirurgie en gomme élastique ; et enfin des sirops rafraîchissants pour soirées, tels que Sirop de Groseilles, de Framboises, d'Orgeat, de Violettes, de Capillaire, etc., a 35 c. le flacon.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Parmi les produits cités, plusieurs ont des annonces régulières dans ce même journal. Parmi eux, la Créosote est un bain de bouche destiné à soulager les maux de dents et guérir les caries et la Pâte de Regnaud aîné est pour la guérison des rhumes, catarrhes, toux, coqueluche, asthmes, enrouements et des maladies de poitrine.

Enfin, on constate que depuis la première mise en vente de la Liqueur des Muses en mars 1840, ce produit semble avoir trouvé son public car une publicité du mois de décembre de la même année montre que la pharmacie Bordo est carrément renommée du même nom à partir de ce moment-là.
Je ne sais pas réellement ce que cet établissement est devenu par la suite, mais M. Bordo est en tout cas toujours mentionné dans l'Almanach des Pyrénées-Orientales en 1866 en tant que pharmacien de 2e classe. Par contre, aucune pharmacie du même nom ou au même endroit n'apparaît plus dans la liste des pharmaciens de Perpignan dans l'Almanach annuaire de la République des Pyrénées Orientales de 1904.

Sources : Album roussillonnais, numéros du 15 mars et du 1er avril 1840 [domaine public], via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan. 
Almanach des Pyrénées-Orientales de 1866, p. 117 [domaine public]
Almanach annuaire de la République des Pyrénées Orientales de 1904, p. 54 [domaine public]

Illustrations :
A la Liqueur des Muses :  Album roussillonnais du 15 décembre 1840, domaine public.
Pate Regnaud : Album roussillonnais du 1er mai 1840, domaine public.

Pour rappel, quelques articles de ce blog en rapport avec la médecine sont à relire ici.


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vendredi 4 septembre 2015

Inauguration du refuge des Cortalets en 1899

Le journal bien nommé Le Canigou (édité à Prades) publie dans son numéro du 9 septembre 1899 le compte-rendu du congrès du Club Alpin Français ayant eu lieu dans les Pyrénées-Orientales. A cette occasion, ses membres sont bien sûr montés au Canigou, mais cette fois dans le but d'y participer à un grand banquet organisé pour l'inauguration du nouveau Chalet des Cortalets, le 4 septembre 1899. C'est aussi l'occasion de rappeler, si besoin était, qu'en définitive il n'y a rien de plus beau que le Canigou.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
« Chalet-hôtel des Cortalets (façade) »

L'ascension du Canigou et l'inauguration du Chalet des Cortalets ont été, ce que je me permettrai d'appeler : le clou du Congrès. Favorisée par un temps splendide, cette fête au pied du pic, en face du glacier, avec ses tentes blanches disséminées au milieu des sombres sapins, sa table de cent couverts dressée sur la pelouse verte, sa foule d'environ 200 visiteurs animant de couleurs claires et de silhouettes originales ces belles et sévères solitudes, présentait un spectacle inoubliable. Le pic a été escaladé par la brèche Durier, par les intrépides, et par la crête habituelle, par les groupes moins hardis ; mais les uns et les autres ont été unanimes à manifester leur enchantement.
C'est que notre Canigou a pour lui deux privilèges auxquels certainement ne peut prétendre aucune autre montagne : isolement de la chaîne principale et facilité d'accès. Incontestablement le panorama qui se découvre aux yeux de l'ascensionniste du sommet du Casamanya et du Carlit est plus beau et plus émouvant que celui qui s'offre à votre vue, au sommet du Canigou, mais ni le pic d'Andorre, ni celui de Cerdagne n'offrent une masse aussi imposante ni une ascension aussi facile que celles de notre pic roussillonnais aux lignes si pures, aux arêtes tellement hardies, que, pendant longues années, il fut considéré par les géographes comme le pic le plus élevé de la chaîne Pyrénéenne.- Son succès a été complet ; il devait être le roi de la fête, il l'a été : c'était justice.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
« Brèche Durier au Pic du Canigou »

Rappelons tout de même que le refuge des Cortalets est situé à 2150 mètres d'altitude et que plusieurs heures de marche sont nécessaires pour y accéder. Aujourd'hui, la route permet de se garer à proximité, mais je ne sais pas dans quelle mesure cela était possible à l'époque : en 1908, un visiteur déclare par exemple avoir mis 6 heures pour couvrir en voiture le trajet de Vernet jusqu'au refuge.  200 convives pour un banquet d'inauguration dans un endroit aussi isolé peut alors être vu comme un chiffre impressionnant.
Enfin, précisons qu'à partir des Cortalets, la montée au Canigou (2784 mètres) comporte un dénivelé de 634 mètres, et que le refuge, administrativement sur le territoire de la commune de Taurinya, appartient de nos jours toujours au Club Alpin Français.

Note : on peut lire en complément sur cortalets.com une histoire complète du refuge.

Sources :
Le Canigou du 9 septembre 1899, via les collections numérisées de la Bibliothèque de Perpignan.
Informations pratiques fournies par le site officiel du refuge des Cortalets.
Trajet en voiture :   Bulletin de la Société de géographie de Toulouse, 1908, n°3.

Illustrations :
Refuge des Cortalerts : carte postale des éditions Labouche (Toulouse), début XXème siècle, domaine public.
Brèche Durier : carte postale des éditions A. Moli, début XXème siècle, domaine public.


Pour rappel, une autre vision du Canigou est à relire ici.




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jeudi 3 septembre 2015

Un perpignanais devenu Sir en 1897

Le Figaro du 3 mai 1897 nous informe d'une remise de décoration concernant Édouard Barrera (1836-1903), vice-amiral et préfet maritime de Brest. Né à Perpignan, d'un père orfèvre-bijoutier et d'un grand-père imprimeur dans cette même ville, Édouard Barrera choisit de rentrer à l'École navale et effectue alors une longue carrière militaire. Il participe notamment à la Guerre de Crimée, à la seconde Guerre de l'Opium en Chine, à l'expédition du Mexique et à la Guerre franco-prussienne de 1870. Au moment des faits détaillés dans l'article, il est préfet maritime de Brest depuis 1895.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le jeune Édouard Barrera en 1861.

S.M. la Reine d'Angleterre vient de conférer à l'amiral Barrera, préfet maritime de Brest, la seconde classe du « Royal Victorian Order » comme témoignage de sa haute reconnaissance pour les soins qu'il a donnés à l'organisation des cérémonies du Drummond-Castle.
Ce qu'on ignore généralement, c'est que par l'attribution de cette haute distinction, le préfet maritime de Brest devient -- pour les Anglais -- sir Edouard Barrera et sa femme, lady Barrera.
Jusqu'ici, le seul Français qui se trouvait dans ce cas, était M. le comte de Malausséna, ancien maire de Nice.
Par décret royal, les chevaliers de cet ordre prennent le pas sur les autres chevaliers, à l'exception de ceux de la Jarretière, du Chardon et de Saint-Patrice.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'étoile de Commandeur du Royal Victorian Order.
Le Royal Victorian Order est une décoration créée en 1896, donc toute récente à l'époque, et attribuée directement par la Reine Victoria pour services rendus à elle-même ou au royaume britannique. L'ordre comprend cinq classes dont seuls les deux premiers confèrent le titre de Sir : Chevalier Grand-Croix et Chevalier Commandeur. Édouard Barrera est donc nommé Chevalier Commandeur le 26 avril 1897. Il n'est que la dixième personne à recevoir cette décoration depuis la création de l'ordre et, ainsi que l'indique l'article, le deuxième français à en être distingué. Le premier est François Alziary de Malausséna, maire de Nice de 1886 à 1896 et décoré le 8 mai 1896.

L'événement qui a conduit Édouard Barrera a être décoré est la catastrophe du naufrage du Drummond Castle, le 16 juin 1896, qui coûta la vie à 358 personnes et ne laissa que trois survivants.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Drummond Castle
Du fait d'un brouillard important, d'une erreur de pilotage et peut-être même d'un équipage ayant un peu abusé de l'alcool, ce navire britannique, de retour du Cap en Afrique du Sud, échoue près des cotes de l'île d'Ouessant et sombre en à peine quinze minutes, en pleine nuit et avant même que les canots aient pu être mis à la mer. Le dévouement des populations des îles d'Ouessant et de Molène, ainsi que des forces navales françaises, dirigées par Édouard Barrera, est remarquable et des cérémonies commémoratives sont organisées l'année suivante. C'est à cette occasion qu'Édouard Barrera reçoit la décoration du Royal Victorian Order et son titre de Sir.

Sources :
Article du Figaro du 3 mai 1897, via Gallica (cf. lien), domaine public.
Gérard Bonet, « Barrera (Édouard, Pierre Antoine) », dans Nouveau Dictionnaire de Biographies Roussillonnaises 1789-2011, vol. 1 Pouvoirs et société, t. 1 (A-L), Perpignan, Publications de l'olivier,‎





, via Wikimedia Commons (coll. State Library of Queensland, Australie)


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mercredi 19 août 2015

Naissance du premier journal des Pyrénées-Orientales en 1815

Vieux papiers des Pyrénées-OrientalesIl y a exactement 200 ans, le 19 août 1815, paraissait le premier numéro du Mémorial administratif
des Pyrénées-Orientales. Jusqu'à cette date, le département n'avait alors aucun journal, tout comme une dizaine d'autres départements en France. Ce vide est comblé par la préfecture des Pyrénées-Orientales elle-même qui en assure alors la publication et la vente par abonnement. Le titre est modifié plusieurs fois et devient en 1831 le Journal des Pyrénées-Orientales. Le contenu présente bien évidemment le point de vue du pouvoir en place, ce qui motivera la création de L'Indépendant des Pyrénées-Orientales en 1846 afin de contrer la propagande officielle et de permettre l'élection d'Arago comme député. Le Journal des Pyrénées-Orientales cesse de paraître en 1876, après plus de soixante ans d'existence.

Voyons à présent le contenu des huit pages de ce premier numéro.

En pages un et deux, on trouve le détail de l'arrêté préfectoral concernant la parution du journal  tous les samedis. L'article 2 de l'arrêté en définit l'objectif :
Ce Mémorial administratif sera destiné à comprendre les ordonnances du Roi, les actes du Gouvernement, les ordres ministériels, les arrêtés, circulaires et instructions de la préfecture, les avis essentiels et les nouvelles officielles qu'il convient de porter avec promptitude à la connaissance des administrés du département.
L'article 5 précise que l'abonnement, de un franc par mois, est obligatoire pour tous les maires des communes du département.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

L'arrêté est signé par Paul Étienne de Villiers du Terrage (1774-1858), premier préfet des Pyrénées-Orientales depuis la Seconde Restauration et en poste depuis le 8 juillet. Il conserve cette fonction jusqu'en juillet 1818.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le duc d'Angoulême
En pages deux et trois, on peut lire un hommage au duc d'Angoulême, Louis-Antoine d'Artois, neveu de Louis XVIII et fils du futur Charles X. Le texte rappelle l'épisode des Cent-Jours durant lequel le duc d'Angoulême leva une petite armée dans le Midi de la France afin de résister à Napoléon. On trouve donc logiquement en pages quatre et cinq la proclamation officielle du duc d'Angoulême concernant la cessation de ses fonctions militaires, l'ordre étant revenu. Il y remercie la plupart des anciennes provinces du sud de la France, parmi lesquelles le Roussillon, pour leur fidélité et leur dévouement envers le Roi durant cette période.

Enfin, les pages cinq à huit nous donnent le détail concernant le Concours pour l'admission des élèves à l'École Royale Polytechnique en 1815, dont les examens régionaux se déroulent alors à Montpellier et Toulouse à la mi-septembre. Le programme des connaissances exigées comprend de l'arithmétique, de l'algèbre, de la géométrie, de la statistique, du français et du latin ainsi qu'une épreuve de dessin : 
[Les candidats] seront enfin tenus de copier une tête d'après l'un des dessins qui leur seront présentés par l'Examinateur.
Il faut être âgé de seize à vingt ans, mais une dérogation est possible jusqu'à vingt-six ans (et même trente ans pour les sous-officiers) pour tout français qui aura fait deux campagnes de guerre ou un service militaire pendant trois ans. Il faut également un certificat de bonne conduite, délivré par la mairie de son domicile.

Source :
Numéro 1 du Mémorial administratif des Pyrénées-Orientales : fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan (domaine public). Illustrations :
Bandeau journal et article 7 de la page 2 : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]
Portrait du duc d'Angoulême : Artiste inconnu (XIXème siècle) [domaine public]

Pour rappel, les articles de ce blog en rapport avec l'année 1815 sont à relire ici.



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dimanche 9 août 2015

Un maire oublié à Catllar en 1815

Changement de maire à Catllar en 1815

En-tête du document
C'est avec la commune de Catllar [prononcer : "Cailla"] en Conflent que je poursuis mes retranscriptions concernant la période des Cent Jours dans le département des Pyrénées-Orientales. On a pu voir avec la vingtaine de communes déjà traitées que pour un tiers d'entre elles le maire reste en place suite au retour de Napoléon Ier, tandis que dans les deux-tiers restants, soit la majorité, le maire laisse son siège à un nouveau venu plus en grâce au yeux du nouveau pouvoir en place. Nous allons voir ce qu'il en est pour Catllar.

Pour commencer, quel est le maire en place ? Le site MairesGenWeb nous donne un relevé complet de la liste des maires supposée affichée en mairie. On y trouve un certain Jean Pallarès, qui aurait siégé de 1805 à 1816, soit durant presque tout le Premier Empire, la Première Restauration, les Cent-Jours (mars-juillet 1815) et le début de la Seconde Restauration. Résister à tous les changements de régime de cette époque peut-être vu comme un exploit, mais cela n'est pas banal dans les petites communes où les gens capables d'assurer la fonction de maire n'étaient pas forcément très nombreux, quoi qu'à l'époque Catllar compte tout de même plus de 500 habitants (un peu plus de 700 de nos jours), ce qui n'est pas si petit. Mais Jean Pallarès est-il vraiment resté en place durant les Cent-Jours ? La délibération du 4 juin 1815 nous révèle une autre situation à Catllar.

Note : la retranscription suit l'orthographe et les lignes du document.

Commune de Catllar
Canton de Prades
Departement des Pyrenées Orientales

Extrait du registre des délibérations de la commune de Catllar


L'an mil huit cent quinze le quatrième du mois de juin
dans la commune de Catllar, nous Jean Pallarés maire
de ladite commune aurions appelés les sieurs Joseph
Pallarés, et Joseph Delseny Massia, pour installer les susdits
a la place de maire et adjoint ainsi qu'il ma été
ordonné par monsieur le prefet d'aprés le procés verbal
des operations de l'assemblée primaire de ladite commune
en datte du vingt un mai dernier duquel il resulte
que le sieur Joseph Pallarés a été elu maire, et le sieur
Joseph Delseny Massia adjoint, de ladite commune de Catllar.
Monsieur le prefet considerant que les elections ont été
faites dans les formes vouluës par le decret impérial
du trente avril dernier, et qu'il ne sait élevé contre elles
aucune reclamations, arrête que les dits individus aprés
avoir prété le serment prescrit par l'article cinquante
six du senatus consulte du vingt huit floréal an douze
sont installés en leur ditte qualité, dont le teneur du
serment suit, je jure obeissance aux constitutions de l'Empire
et fidélité a l'Empereur. De quoi nous avons dressé le présent
procés verbal les jours, mois et an susdits, J. Pallarés maire
Pallarés Joseph, Delsenny Massia, ainsi signés.



Certifié veritable par nous
[signature]
Pallarés maire

On comprend d'après ce document que le 4 juin 1815, le maire en place Jean Pallarés laisse sa place à un certain Joseph Pallarés (peut-être un parent ?) et à son adjoint Joseph Delseny Massia. Il semble que le document soit signé par l'ancien maire, Jean, et non Joseph Pallarés. Combien de temps Joseph Pallarés est-il resté en place ? On ne le sait pas pour l'instant mais Jean Pallarés a probablement récupéré son siège après l'épisode des Cent-Jours, soit à peine un mois ou deux plus tard, ce qui pourrait expliquer qu'il soit noté comme maire jusqu'en 1816.

En tout cas, Joseph Pallarés est un nouveau exemple de maire oublié, après ceux déjà vu de Bouleternère ou de Laroque-des-Albères dans le même contexte.

Sources : 
Texte : ADPO, 2M37
Liste des maires de Catllar : MairesGenWeb (cf. lien)
Photos : Fabricio Cardenas, CC-BY-SA

Pour rappel, les autres articles de ce blog en rapport avec le Conflent sont ici.


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dimanche 26 juillet 2015

Joseph Arago prisonnier au Mexique en 1858

Injustement accusé de trahison et condamné à la hâte

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Benito Juárez
Joseph Arago, né à Estagel le 2 juin 1796, est le neuvième des onze enfants de Marie et François Arago et l'avant-dernier des six frères, tous devenus célèbres pour des raisons diverses et dont le plus connu est bien sûr François. Son frère aîné Jean (1788-1836), militaire de carrière, se fait un nom au Mexique, où il deviendra général, dans le camp des révolutionnaires. Joseph l'y rejoint en 1827 et intègre l'armée mexicaine au grade de lieutenant, allant jusqu'au grade de colonel. Le Journal des débats politiques et littéraires du 25 août 1858 nous informe que Joseph Arago, renommé localement José, traverse une très mauvaise passe.

Ces jours-ci, le bruit a couru à Mexico que M. Joseph Arago, prisonnier au fort de Saint-Jean-d'Ulloa, à Vera-Cruz, allait être fusillé par ordre du gouvernement puro. Vous savez sans doute que M. Joseph Arago, depuis longtemps au service du Mexique, commandait le fort du Coffre du Perote en qualité de colonel, forteresse qu'il avait conservée au parti révolutionnaire. Mais par une belle nuit, il se vit tout à coup arrêté sous l'accusation ou plutôt sous le soupçon d'avoir voulu rendre le fort au gouvernement suprême, puis emmené prisonnier à Vera-Cruz. Au bruit de sa mort prochaine, des amis se sont empressés de faire des démarches pour éviter cette terrible extrémité. Mais réussiront-ils, ou plutôt arriveront-ils à temps ?

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le fort de Perote


On l'aura compris, la situation au Mexique est à ce moment-là assez compliquée. Il y a alors deux présidents du Mexique : Benito Juárez (libéral, partisan des réformes, à Veracruz) et Félix María Zuloaga (conservateur, à Mexico). La guerre civile entre ces deux camps a lieu de 1857 à 1861 et est connue sous le nom de la Guerre de Réforme. Soutenu par les Etats-Unis d'Amérique, le camp libéral sortira vainqueur de cet épisode. Le colonel José Arago, bien connu et respecté du camp de Juárez est à l'époque un homme malade, souffrant comme plusieurs autres de ses frères et  sœurs de diabète et d'un début de cécité. Il ne combat donc plus sur le terrain et le poste de commandement du fort de Perote (près de Veracruz) qu'il a reçu en 1852 lui permet de ne pas rester dans le dénuement. José Arago est dans l'épisode cité accusé d'avoir voulu rendre ce fort au gouvernement de Zuloaga. Peut-être quelqu'un lui en voulait-il, toujours est-il qu'il échappe au peloton d'exécution et reprend son poste. Il meurt peu après, du fait de sa santé fragile, le 19 septembre 1860 à Tacubaya, près de Mexico. Son fils aîné José Tiburcio Arago obtient une pension du gouvernement en remerciement des services de son père et a eu une nombreuse descendance qui fait que le nom d'Arago existe encore aujourd'hui au Mexique.

Note : Je n'ai pas trouvé de portrait de Joseph Arago.

Sources :
Article :  Journal des débats politiques et littéraires du 25 août 1858, via Gallica (cf. lien), domaine public.
Infos Mexique : Wikipédia.
Infos supplémentaires sur les Arago : 
Nouveau Dictionnaire de Biographies Roussillonnaises 1789-2011, vol. 1 Pouvoirs et société, t. 1 (A-L), Perpignan, Publications de l'olivier,‎
Photos:
* Benito Juárez : auteur inconnu, via WikiCommons, domaine public.
* Fort de Perote : José Francisco Valle del Mojica, via WikiCommons, CC-BY 2.0

Pour rappel, un article sur un autre frère Arago, Jacques, à relire ici.




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