samedi 27 février 2016

Visite au Pont de la Fou sur l'Agly en 1821

Une curiosité pittoresque pour Melling et Cervini

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Antoine Ignace Melling
Envoyés par l'Etat français pour parcourir les Pyrénées d'ouest en est en 1821, Joseph Antoine Cervini et Antoine Ignace Melling ont partagé leurs impressions dans un ouvrage paru en 1830 (Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises...) et dont je poursuis ici la retranscription. Ainsi que nous l'avons déjà vu, ils sont entrés dans le département des Pyrénées-Orientales, en provenance de Quillan, en se dirigeant d'abord vers Caudiès-de-Fenouillèdes. Ils sont ensuite allés visiter l'ermitage de Saint-Antoine-de-Galamus, qui les a fortement impressionné. Ayant traversé Saint-Paul-de-Fenouillet, ils se dirigent à présent vers le sud en direction du Pont de la Fou (écrit ici Pont de la Fous), et en reviennent un peu déçus, ainsi qu'ils s'en expliquent dans le texte retranscrit ci-dessous.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Saint-Paul-de-Fenouillet et le Pont de la Fou
sur la carte Cassini de 1779

Au retour de l'Ermitage de Saint-Antoine de Galamus nous allâmes visiter le Pont de la Fous sur l'Agly, situé à un petit quart d'heure de distance au sud-ouest de Saint-Paul. Ce pont qui n'est remarquable que par sa situation pittoresque, est à quelque pas d'un massif de rochers sous lesquels s'enfonce une caverne dont l'entrée s'ouvre au-dessus d'un goufre profond et inabordable. On conçoit qu'il puisse être considéré comme une curiosité par ceux des habitants du canton qui n'en étant jamais sortis n'ont pu voir des monuments du même genre dans les autres parties de la chaîne ; mais quant aux voyageurs qui ont parcouru les vallées du centre et de l'ouest des Pyrénées, nous ne les engageons pas à se détourner de leur route pour un objet si peu important, à moins qu'obligés de s'arrêter à Saint-Paul et en attendant les apprêts de leur repas, ils ne veuillent en faire un but de promenade.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Pont de la Fou

Manifestement ce petit pont d'origine romaine ne fait pas le poids par rapport  à tous ceux que nos deux voyageurs ont pu voir à travers les Pyrénées. C'est malgré tout un endroit charmant dont on trouvera la description sur le site de la commune de Saint-Paul-de-Fenouillet ici. Il tire son nom du latin fovea, qui désigne à l'origine une excavation, et dont le sens s'est ensuite élargi pour désigner des gorges ou des gouffres. Le nom de gorges de la Fou que l'on retrouve dans plusieurs endroits du département est donc une parfaite tautologie.

Sources :

  • Texte de 1821 : Rosalis (Bib. num. de Toulouse)
  • Etymologie : Lluís Basseda, Toponymie historique de Catalunya Nord, t. 1, Prades, Revista Terra Nostra,‎ 1990
Photos :

  • Portrait d'Antoine Ignace Melling : Pierre Roch Vigneron vers 1830 (domaine public, via Wikimedia Commons)
  • Carte Cassini de 1779 (domaine public, via le site de l'IGN)
  • Pont de la Fou : © site Saint-Paul-de-Fenouillet


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dimanche 7 février 2016

Une famille nombreuse récompensée à Perpignan en 1928

Le prix Cognacq-Jay pour une famille de onze enfants

Les lecteurs de « 66 Petites histoires du Pays Catalan » se souviennent peut-être que j'y mentionnais l'existence du Prix Jean S. Barès récompensant un guide de montagne, père de famille nombreuse et élevant au moins sept enfants à plus de 500 mètres d'altitude. Le bénéficiaire en 1928 en était un habitant de Baillestavy, vivant à 600 mètres d'altitude et père de neuf vaillants enfants, tous nés dans ce même village. Le prix d'une valeur de 2400 francs (1400 euros actuels) avait été attribué au mois d'août.

Quelques mois plus tard de cette même année, nous pouvons lire dans Le Cri catalan du 29 décembre une information concernant un autre prix similaire, mais bien plus conséquent, et bénéficiant cette fois-ci à un habitant de Perpignan, père de onze enfants et vivant dans le quartier Saint-Jacques.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Cri catalan du 29 décembre 1928

Les familles nombreuses

Prix Cognacq-Jay

En attendant que le gouvernement, au lieu de voter des milliards pour préparer la prochaine guerre, vienne en aide aux familles nombreuses autrement qu'en leur offrant des médailles qui ne sont même pas en chocolat - ce qui ferait la joie des gosses - louons les initiatives privées et plus particulièrement la fondation Cognacq-Jay, instituée par des philanthropes qui sortaient du peuple, qui apporte tous les ans un peu de bonheur dans les foyers malheureux.

Un de ces prix de 25 000 francs vient d'être attribué cette année à notre ami Montagne, demeurant Cote-du-Four-Saint-Jacques, 5.

Nul plus que nous ne pouvait se réjouir d'une si bonne nouvelle et nul autre que Montagne ne le méritait mieux. Car notre ami bien que jeune encore est déjà harassé par le travail écrasant qu'il a du s'imposer pour élever sa nombreuse famille.
Cette petite somme lui permettra d'acquérir la modeste maison qu'il habite avec ses onze enfants.

Nous en sommes infiniment heureux pour notre ami Montagne et les siens auxquels nous adressons nos bien cordiales félicitations.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Marie-Louise Jaÿ

Le prix Cognacq-Jay, d'une valeur de 25000 francs (en 1928 équivalent à 15000 euros de nos jours) avait éte institué en 1922 par les fondateurs des grands magasins de La Samaritaine, Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ, eux-mêmes sans enfants et, étant tous deux issus de milieux populaires, devenus logiquement philanthropes pour les familles modestes. Il était destiné à des familles d'«  au moins neuf enfants de même lit » et attribué à une famille par département. 1928 est justement l'année de la mort d'Ernest Cognacq, trois ans après son épouse Marie-Louise Jaÿ.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Ernest Cognacq

Source : Journal Le Cri Catalan du 29 décembre 1928, via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan [domaine public]
Illustrations :
* Bandeau du Cri catalan du 29 décembre 1928 [domaine public]
* Photos d'Ernest Cognacq et de Marie-Louis Jaÿ : Auteurs inconnus, fin XIXème siècle [domaine public]

Pour rappel, toutes les histoires concernant Perpignan sont à relire ici.

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dimanche 31 janvier 2016

Promenades scolaires pour les enfants de Caixas en 1882

Caixas, une commune jugée arriérée mais en progrès

On peut lire dans le Bulletin de l’enseignement primaire du département des Pyrénées-Orientales du mois de mars 1882 un rapport de l'inspecteur primaire auprès de l'inspecteur académique à propos de l'école de Caixas, petite commune des Aspres peuplée à l'époque d'un peu plus de 300 habitants (pour seulement 137 en 2013).



Les mots sont à la fois sévères, puisque notre inspecteur ne se prive pas de traiter la population de Caixas de « plus arriérée de l'arrondissement », mais en même temps plein d'espoirs du fait des progrès que ne manqueront pas de faire les enfants de la commune grâce au zèle sans limite de leur instituteur, que l'on imagine sans peine en digne représentant de ceux que l'on appellera un peu plus tard les « hussards noirs de la République ». Et en prime, celui-ci innove : il est en effet le premier instituteur du département à organiser des promenades scolaires. Il s'agit bien sûr, nous dit-on, d'apprendre à ces rustres enfants de paysans à enfin voir et comprendre le monde qui les entoure, dont ils ignoraient tout jusque là.


Monsieur l'Inspecteur, 

J'ai l'honneur de vous transmettre, et je suis sûr que vous lirez avec intérêt le rapport ci-joint de M. Bataille, instituteur à Caixas.

Il y a trois ans, Caixas passait, non sans raison, pour la commune la plus arriérée de l'arrondissement. Située en montagne, et composée d'habitations éparses, elle semblait, cette pauvre commune, devoir rester longtemps réfractaire au progrès. Grâce au zèle intelligent d'un jeune et modeste instituteur, elle a aujourd'hui une excellente école, une bonne bibliothèque et l'honneur de voir la première, s'organiser les promenades scolaires.

Ce que M. Bataille obtient à Caixas, ses collègues peuvent l'obtenir partout ailleurs, plus facilement que lui, pourvu qu'ils le veuillent. J'espère que l'exemple du jeune instituteur sera bientôt généralement suivi. J'espère que bientôt chaque école aura sa bibliothèque et aussi que bon nombre d'instituteurs auront organisé ces promenades scolaires du jeudi, si chères aux enfants, si fructueuses pour leur cœur et leur intelligence, quand elles sont bien dirigées.

Apprendre aux fils de laboureurs à voir la campagne, à en sentir le charme, à en comprendre la merveilleuse harmonie, c'est leur rendre un inappréciable service, plus grand peut-être que celui de leur apprendre à lire dans les livres des hommes. Et cela s'apprend, sans qu'il y paraisse, dans les promenades scolaires, conduites par un maître intelligent et dévoué. Je le sais par expérience ; je l'ai vu dans un pauvre arrondissement des Alpes. Les instituteurs du superbe Roussillon, sauront, comme M. Bataille, se mettre au niveau et même au-dessus de leurs collègues de l'Est.

Veuillez agréer, M. l'Inspecteur, l'hommage de mon respectueux dévouement.

L'inspecteur primaire,
S. Boiron

Perpignan, le 19 mars 1882.

Note : Il n'y a plus de nos jours d'école à Caixas et en 2015-2016 les douze écoliers originaires de cette commune sont inscrits dans les écoles de Llauro et Tordères. Sans doute font-ils encore des promenades !

Sources :
* Bulletin de l’enseignement primaire du département des Pyrénées-Orientales du mois de mars 1882 [domaine public] (via le fonds numérisé de la Bibliothèque municipale de Perpignan)
* Site internet de la commune de Tordères, section Ecoles.


Un autre article sur Caixas est à relire ici.

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samedi 9 janvier 2016

Né à Port-Vendres, pharaon à Hollywood

Un Ramsès II français dans un péplum biblique

L'acteur français Charles de Rochefort, né à Port-Vendres en 1887 fut une vedette à l'époque du cinéma muet, avant de se tourner vers le théâtre à partir des années 30. Il tient le second rôle dans une des plus grosses productions hollywoodiennes des années 20.

Le film


Le réalisateur Cecil B. DeMille (1881-1955) est encore bien connu aujourd'hui pour avoir réalisé en 1956 le film Les Dix commandements, au casting incroyable, avec Charlton Heston dans le rôle de Moïse et Yul Brynner dans celui de Ramsès II. Ce film est à l'époque le plus cher de tous les temps, ayant notamment nécessité plus de 10000 figurants et des milliers d'accessoires.

L'affiche du film de 1956

Mais on a oublié de nos jours que ce film est en fait un remake par Cecil B. DeMille de son propre film, également intitulé Les Dix commandements et réalisé en 1923, à l'époque du cinéma muet. Ce premier essai était déjà à l'époque une grosse production, ayant coûté très cher et nécessité plus de 2500 figurants et des décors gigantesques.

L'affiche du film de 1923

Les rôles principaux sont alors tenus par l'acteur américain Theodore Roberts (Moïse) et notre natif de Port-Vendres, l'acteur Charles de Rochefort (Ramsès II), crédité sous le nom de Charles de Roche.


Moïse n'est pas content face à Ramsès II

On peut voir dans l'extrait ci-dessous Moïse venant annoncer de nouveaux malheurs à Ramsès II faute de laisser le peuple d'Israël repartir vers sa terre promise. L'histoire en est alors à la dixième des plaies d'Égypte, annonçant la mort des premiers-nés. Le pharaon dédaigne la menace et renvoie Moïse. Fatalement, on le voit ensuite se lamenter de la mort de son fils aîné (présenté juste avant comme un jeune gamin arrogant et cruel pour lequel nous n'aurons aucune compassion).




L'acteur


C'est sans doute en fait un peu par hasard que Charles de Rochefort est né à Port-Vendres, en ce temps un important port commercial et de voyageurs, mais également assez logique. En effet, son père, le marquis Paul Charles Dominique d'Authier de Rochefort, est à l'époque un agent de la Compagnie Générale Transatlantique, dont plusieurs navires naviguent notamment entre l'Algérie et Marseille, et l'extrait de naissance mentionne que le marquis et son épouse sont domiciliés à Port-Vendres à ce moment-là. Cependant, c'est à Oran que grandira le jeune Charles, avant de monter à Paris pour faire ses études et se consacrer au théâtre, puis au cinéma à partir de 1910.


Charles de Rochefort en 1922

Revenu en héros de la Grande Guerre, il poursuit sa carrière dans le cinéma, fait une demi-douzaine de film aux États-Unis dans les années 20, puis entame une carrière de réalisateur à partir des années 30. Enfin, en 1936 il prend la direction d'un théâtre à Paris, où il reste actif jusqu'à la fin des années 40, après avoir été mobilisé et blessé durant la Seconde Guerre mondiale. Il meurt à Paris en 1952. Son épouse, la comédienne Mary Grant, conserve la direction du théâtre jusqu'en 1972.


Source bio : CinéArtistes.com
Affiches : Copyright Paramount Production (1923) et Paramount Pictures (1956)
Photo film : Copyright Paramount Production (1923)
Photo portrait : Agence Rol [domaine public] via Gallica




Quelques autres articles de ce blog sur Port-Vendres à relire ici et .
Et aussi celui-ci concernant le cinéma dans les années 30.

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jeudi 24 décembre 2015

Mauvaise éducation à Cerbère en 1885

De la maison close à l'école de Cerbère, il n'y a qu'un pas


On peut lire dans L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 la plainte d'un père de famille concernant une maison close qui ne dit pas son nom et qui serait située tout près de l'école de Cerbère et ce, à cause d'un arrêté municipal récent un peu trop vague sur les distances à respecter entre ces deux types d'établissements.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La plage et les écoles à Cerbère au début du 20ème siècle

Monsieur le rédacteur de l'Avenir de Port-Vendres.

En mon nom personnel et au nom de plusieurs pères de famille, je viens vous prier de vouloir bien insérer dans votre vaillante feuille la réclamation suivante :
Aux termes d'un arrêté du maire de Banyuls-sur-Mer en date du 24 mai 1884, l'autorité administrative a autorisé en notre bourg, la création de buvettes servies par des femmes, et qui ne sont, au fond, que des maisons publiques, au même titre que les maisons fermées et soumises au rigoureux contrôle de la police.
L'article 2 de cet arrêté porte que tout établissement de ce genre ne devra être situé à proximité de l'église ni des écoles publiques.
Au pasteur à défendre son établissement ! A nous, citoyens, travailleurs et contribuables, à défendre nos droits et la conscience de nos enfants.
Selon les commentateurs les mieux autorisés, la proximité s'étend à une distance de 300 mètres.
Or, il existe, ici, à Cerbère, une maison d'amour qui, non seulement est en-dehors de la rigoureuse limite de proximité avec l'école, mais n'en est séparée que par un simple mur mitoyen !
Du seuil de la porte, des fenêtres, des créatures assaillent les passants de leurs agressions grossières, et cela publiquement, en plein soleil, sans respect pour l'âge de jeunes enfants que nous conduisons à une école différente à tous égards de la buvette en question.
Nous aimons à croire que M. l'adjoint délégué, faisant fonction d'officier de police administrative à Cerbère, voudra bien faire exécuter dans toute sa rigueur l'arrêté précité de M. le maire de Banyuls, et protéger autant la morale publique que le droit des citoyens, qui ne sauraient permettre à aucun exploiteur de chair humaine de venir cyniquement outrager l'innocence et la pureté de pauvres enfants, espoir et avenir de la patrie française.

Un père de famille.


Note : Cerbère ne devient une commune indépendante qu'en 1888. Ce père de famille s'adresse donc dans ce courrier au maire de Banyuls-sur-Mer, à l'époque M. Fortuné Forgas, élu à cette fonction de 1884 à 1886.

Concernant les buvettes tenues par des femmes à Cerbère, suite des péripéties au prochain épisode (le curé s'en mêle) !


Source : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan]
Carte postale: Editions Berdagué-Mary-Bernard (début 20ème siècle, domaine public)


Pour rappel, un autre article sur Cerbère, à relire ici.



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mercredi 9 décembre 2015

Circulation périlleuse autour de la gare de Perpignan en 1882

Gare aux bœufs nocturnes !


Avec l'arrivée du chemin de fer à Perpignan à partir de 1858, une gare provisoire est construite dans le quartier du Vernet puis, peu de temps après à son emplacement actuel, près du quartier Saint-Assiscle. Mais l'emplacement choisi à l'époque est alors en dehors des remparts, en pleine campagne. Et même si l'espace vide ainsi créé entre la gare et la ville s'urbanise rapidement, plus d'une dizaine d'années plus tard on y subit encore les nuisances de la campagne. L'article qui suit, tiré du journal L'Espérance du 3 janvier 1882, nous signale un problème de taille : les bœufs présents en nombre sont de véritables dangers de la route, tout comme les charrettes, et ce d'autant plus qu'on ne les voit pas lorsqu'il fait nuit.

La gare de Perpignan au début du 20ème siècle

Avis à l'administration

Le quartier de la gare qui prend chaque jour un développement plus considérable devrait être l'objet d'une active surveillance pour y faire observer un peu mieux les lois de la police du roulage, et de la circulation sur les voies publiques. On prèviendrait [sic] ainsi des accidents et des malheurs qui peuvent être l'objet de leur inexécution.
On observe que les charrettes et voitures circulant à l'entrée de la nuit sur la route de la gare et route de Prades, n'ont jamais leurs lanternes éclairées, ce qui rend un accident toujours possible. Ce quartier n'étant point le centre des lumières, il ne fait clair le soir que lorsque la lune brille ; aussi si on a besoin d'aller à la boîte aux lettres de la gare, souvent on ne voit pas où l'on marche et l'on n'aperçoit le véhicule que l'on entend, que lorsqu'on est menacé d'être écrasé. - Même observation pour les conducteurs de troupeaux de bœufs, conduits en liberté, à l'entrée de la nuit, de la gare, au marché aux bestiaux ; deux, trois hommes sont seuls à conduire un troupeau considérable ; aucun d'eux ne porte de lanterne, rien ne trahit leur présence ; il faut se trouver presque envahi, pour comprendre qu'il faut se garer ; et dans l'obscurité, comment faire !
Voyez-vous une mère avec ses enfants perdue dans un pareil milieu ? Il doit y avoir nécessairement moyen d'essayer une modification dans les habitudes de sans-gêne, prises par les marchands de bestiaux.


Les quais de la gare de Perpignan au début du 20ème siècle


Source : L'Espérance du 3 janvier 1882 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan, domaine public]

Photos :
* Façade de la gare : Carte postale des éditions PBL (Béziers) [domaine public]
* Quai de la gare : Carte postale des éditions Labouche (Toulouse) [domaine public]


Pour rappel, les autres articles concernant Perpignan sont à relire ici.

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mardi 24 novembre 2015

Au programme au cinéma de Céret en novembre 1930

Aventures et romance au cinéma de Céret en 1930

On peut lire dans le journal La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 le programme du cinéma à Céret, dans la salle municipale et au cinéma Le Cérétan pour les séances de samedi et dimanche. Peut-être certains cérétans, aujourd'hui très âgés, se souviennent-ils avoir vu ces films ? Voyons ce qu'il en est de ce programme.


Des aventures en Sibérie...


Le premier film annoncé est « Michel Strogoff », interprété par les célèbres artistes Yvan Mosjoukine et Nathalie Kovenko. Michel Strogoff est avant tout un célèbre roman d'aventures de Jules Verne publié en 1876. L'histoire se déroule en Russie  et raconte l'histoire d'un messager du Tsar chargé de porter un message au frère de celui-ci afin de le prévenir d'un complot visant à permettre l'invasion de la Sibérie par des hordes tartares. Son chemin est bien sûr parsemé d'embûches, il se fait notamment brûler les yeux, mais il rencontrera aussi l'amour, avec la belle Nadia.

Parmi les acteurs du film, Nathalie Kovanko (Nadia)

Le film diffusé à Céret en 1930  est un film muet de 1926, réalisé par le cinéaste russe Victor Tourjansky (1891-1976), émigré après 1917 en France, puis plus tard aux États-Unis et enfin en Italie. L'article de presse précise qu'il s'agit de la deuxième partie du film diffusée ce jour-là à Céret, car la totalité de ce long-métrage dure tout de même 2 heures et 48 minutes !

L'acteur principal est Ivan Mosjoukine (1889-1939), émigré russe en France, et une des plus grandes vedettes du cinéma muet de l'époque ayant déjà joué dans plus d'une centaine de films. Son fort accent russe l'empêchera de faire carrière dans le parlant, ce qui lui vaudra alors de mourir seul et dans la misère.

Ivan Mosjoukine (Michel Strogoff)
est dans une mauvaise passe...

La belle Nadia est l'actrice ukrainienne Nathalie (Natalia) Kovenko (1899-1967). Elle est à l'époque la compagne de Victor Tourjansky et participe à la plupart de ses films. Lorsqu'il la délaisse au début des années 30 pour l'actrice française Simone Simon, elle rentre dans son pays et arrête le cinéma.

Ce film  de 1926 n'a pas été tourné en Sibérie, mais à Boulogne-Billancourt pour les scènes d'intérieur, puis en Lettonie dans des paysages similaires aux grandes steppes, avec le concours de plusieurs milliers de figurants de l'armé lettone elle-même pour les scènes de batailles, et enfin en Norvège. Dépaysement garanti pour nos spectateurs du Vallespir !
Etrangement, Victor Tourjansky réalisera en 1961 une autre adaptation de ce roman, Le Triomphe de Michel Strogoff, mais cette fois-ci en version sonore et en italien !

On peut voir ci-dessous un extrait du film.



...et une histoire romantique de vengeance.


Le deuxième film annoncé est « Souvent est pris », délicieuse comédie interprétée par Monte Blue et Dorothy Devore. Il s'agit d'un film muet américain de 1926 connu sous un autre titre, « La double mort du capitaine Frazer », à l'origine « The Man Upstairs ». Le réalisateur en est Roy Del Ruth (1895-1961), encore à ses débuts à l'époque mais qui deviendra le deuxième réalisateur le mieux payé d'Hollywood dans les années 30.

Le film « Souvent est pris » a été perdu depuis, et l'on sait seulement qu'il était constitué de 7 bobines. L'histoire est celle d'un homme, Geoffrey, cherchant à obtenir un rendez-vous d'une femme, Marion, via une petite annonce. Lui ayant fait une blague, celle-ci décide de se venger en se faisant passer pour morte et en l'accusant d'être l'auteur du crime. Après quelques péripéties et l'avoir sorti de prison, elle finit par lui accorder le rendez-vous demandé.

Monte Blue en 1924

Le rôle de Geoffrey est interprété par Monte Blue (1887-1963). Après avoir commencé comme cascadeur, il se fait une réputation comme acteur de film romantiques et est un des rares acteurs à avoir survécu à la révolution du cinéma sonore.

Le rôle de Marion est interprété par Dorothy Devore (1889-1976). Véritable vedette durant les années 20 dans de nombreux films de comédie, elle arrête sa carrière au moment du passage au parlant.

Dorothy Devore en 1925

En France, le cinéma muet vit en 1930 ses dernières heures, puisque le premier long métrage sonore français est tourné cette année-là, mais la plupart des salles de cinéma ne sont pas encore équipées à cet effet, lui assurant ainsi un sursis momentané.

Il y a encore un cinéma à Céret de nos jours qui diffuse un à deux films par semaine.

Le cinéma de Céret  de nos jours

Sources :
La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan, domaine public]
Articles Wikipédia des sujets concernés (cf. liens).
Informations sur The Man Upstairs : Catalogue du American Film Institute.

Illustrations :
Photos du film Michel Strogoff : La Petite Illustration cinématographique du 7 août 1926 [domaine public]
Photo de Monte Blue : Photoplay Publishing Company [domaine public]
Photo de Dorothy Devore : Auteur inconnu, photo promotionnelle de 1925 [domaine public]
Photo du cinéma : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]

Les autres articles sur Céret sont à relire ici.

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