mardi 24 novembre 2015

Au programme au cinéma de Céret en novembre 1930

Aventures et romance au cinéma de Céret en 1930

On peut lire dans le journal La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 le programme du cinéma à Céret, dans la salle municipale et au cinéma Le Cérétan pour les séances de samedi et dimanche. Peut-être certains cérétans, aujourd'hui très âgés, se souviennent-ils avoir vu ces films ? Voyons ce qu'il en est de ce programme.


Des aventures en Sibérie...


Le premier film annoncé est « Michel Strogoff », interprété par les célèbres artistes Yvan Mosjoukine et Nathalie Kovenko. Michel Strogoff est avant tout un célèbre roman d'aventures de Jules Verne publié en 1876. L'histoire se déroule en Russie  et raconte l'histoire d'un messager du Tsar chargé de porter un message au frère de celui-ci afin de le prévenir d'un complot visant à permettre l'invasion de la Sibérie par des hordes tartares. Son chemin est bien sûr parsemé d'embûches, il se fait notamment brûler les yeux, mais il rencontrera aussi l'amour, avec la belle Nadia.

Parmi les acteurs du film, Nathalie Kovanko (Nadia)

Le film diffusé à Céret en 1930  est un film muet de 1926, réalisé par le cinéaste russe Victor Tourjansky (1891-1976), émigré après 1917 en France, puis plus tard aux États-Unis et enfin en Italie. L'article de presse précise qu'il s'agit de la deuxième partie du film diffusée ce jour-là à Céret, car la totalité de ce long-métrage dure tout de même 2 heures et 48 minutes !

L'acteur principal est Ivan Mosjoukine (1889-1939), émigré russe en France, et une des plus grandes vedettes du cinéma muet de l'époque ayant déjà joué dans plus d'une centaine de films. Son fort accent russe l'empêchera de faire carrière dans le parlant, ce qui lui vaudra alors de mourir seul et dans la misère.

Ivan Mosjoukine (Michel Strogoff)
est dans une mauvaise passe...

La belle Nadia est l'actrice ukrainienne Nathalie (Natalia) Kovenko (1899-1967). Elle est à l'époque la compagne de Victor Tourjansky et participe à la plupart de ses films. Lorsqu'il la délaisse au début des années 30 pour l'actrice française Simone Simon, elle rentre dans son pays et arrête le cinéma.

Ce film  de 1926 n'a pas été tourné en Sibérie, mais à Boulogne-Billancourt pour les scènes d'intérieur, puis en Lettonie dans des paysages similaires aux grandes steppes, avec le concours de plusieurs milliers de figurants de l'armé lettone elle-même pour les scènes de batailles, et enfin en Norvège. Dépaysement garanti pour nos spectateurs du Vallespir !
Etrangement, Victor Tourjansky réalisera en 1961 une autre adaptation de ce roman, Le Triomphe de Michel Strogoff, mais cette fois-ci en version sonore et en italien !

On peut voir ci-dessous un extrait du film.



...et une histoire romantique de vengeance.


Le deuxième film annoncé est « Souvent est pris », délicieuse comédie interprétée par Monte Blue et Dorothy Devore. Il s'agit d'un film muet américain de 1926 connu sous un autre titre, « La double mort du capitaine Frazer », à l'origine « The Man Upstairs ». Le réalisateur en est Roy Del Ruth (1895-1961), encore à ses débuts à l'époque mais qui deviendra le deuxième réalisateur le mieux payé d'Hollywood dans les années 30.

Le film « Souvent est pris » a été perdu depuis, et l'on sait seulement qu'il était constitué de 7 bobines. L'histoire est celle d'un homme, Geoffrey, cherchant à obtenir un rendez-vous d'une femme, Marion, via une petite annonce. Lui ayant fait une blague, celle-ci décide de se venger en se faisant passer pour morte et en l'accusant d'être l'auteur du crime. Après quelques péripéties et l'avoir sorti de prison, elle finit par lui accorder le rendez-vous demandé.

Monte Blue en 1924

Le rôle de Geoffrey est interprété par Monte Blue (1887-1963). Après avoir commencé comme cascadeur, il se fait une réputation comme acteur de film romantiques et est un des rares acteurs à avoir survécu à la révolution du cinéma sonore.

Le rôle de Marion est interprété par Dorothy Devore (1889-1976). Véritable vedette durant les années 20 dans de nombreux films de comédie, elle arrête sa carrière au moment du passage au parlant.

Dorothy Devore en 1925

En France, le cinéma muet vit en 1930 ses dernières heures, puisque le premier long métrage sonore français est tourné cette année-là, mais la plupart des salles de cinéma ne sont pas encore équipées à cet effet, lui assurant ainsi un sursis momentané.

Il y a encore un cinéma à Céret de nos jours qui diffuse un à deux films par semaine.

Le cinéma de Céret  de nos jours

Sources :
La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan, domaine public]
Articles Wikipédia des sujets concernés (cf. liens).
Informations sur The Man Upstairs : Catalogue du American Film Institute.

Illustrations :
Photos du film Michel Strogoff : La Petite Illustration cinématographique du 7 août 1926 [domaine public]
Photo de Monte Blue : Photoplay Publishing Company [domaine public]
Photo de Dorothy Devore : Auteur inconnu, photo promotionnelle de 1925 [domaine public]
Photo du cinéma : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]

Les autres articles sur Céret sont à relire ici.

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dimanche 8 novembre 2015

Vision du Canigou en 1842

« L'imposante magnificence du Canigou »

Le massif du Canigou semble avoir pour propriété naturelle de provoquer une impression indélébile sur tous ceux qui le découvrent pour la première fois, ainsi que nous avons pu déjà le voir avec Adolphe Thiers en 1822. Vingt ans plus tard, la vicomtesse de Satgé, aristocrate anglaise, est elle aussi subjuguée et nous livre sa vision du Canigou.

Une aristocrate anglaise au Canigou


Mme la vicomtesse Satgé de Saint-Jean, née Caroline Sparkess, est une aristocrate anglaise. Elle ne s'est pas trouvée face au Canigou par hasard. Cosme de Satgé, seigneur de Thoren (ancienne commune du Conflent réunie à Sahorre), et ses fils font des affaires en Angleterre. L'un des fils, Valentin, épouse en 1832 la dite Caroline puis obtient le titre de vicomte. Caroline Sparkess devient ainsi vicomtesse et découvre les Pyrénées-Orientales dont elle décide de faire la promotion. C'est dans un petite brochure illustrée de ses propres dessins et parue en 1842, intitulée Esquisses sur les Pyrénées, où elle y présente les deux extrémités de cette chaîne de montagne, qu'elle nous y parle notamment du Roussillon, de la région de Prades, de Ria-Sirach, de Thoren... et du Canigou. Voyons ce qu'elle nous en dit.

Le château de Thoren et le Canigou au 19ème siècle

Le Canigou,

Près des environs de Prades.


Dans toutes mes courses, je n'ai, je pense, rien vu qui égale, mais bien certainement rien qui surpasse l'imposante magnificence du Canigou.
Il est debout, seul, au milieu des riches plaines du Roussillon, le monarque absolu de quelques-unes des plus belles scènes de la nature. Le profond azur d'un ciel espagnol, imprimant sur ses gigantesques masses toutes les chaudes et vigoureuses teintes du Midi, le revêt d'une prismatique et indicible beauté ; et les villages qui nichent à ses pieds dans le sein des bois, et la merveilleuse verdure de ses vallées, baignées par un grand nombre de ruisseaux et de rivières, donnent à sa position un charme incomparable.
Le Canigou s'élève de 8,652 pieds au-dessus du niveau de la Méditerranée, et il fut longtemps considéré comme un des plus hauts points de toute la chaîne des Pyrénées ; mais le Maledetta, qui a 10,772 pieds au-dessus de l'Océan, est maintenant reconnu pour le pic le plus élevé de ces gigantesques fortifications, qui, commençant avec le Canigou, s'étendent comme des remparts entre les deux nations, et forment une chaîne depuis la Méditerranée jusqu'à l'Atlantique.

The Canigou (dessin de la vicomtesse de Satgé)


Un sommet culminant qui n'en est pas un


Dans son récit, la vicomtesse de Satgé mentionne le Maledetta comme plus haut sommet des Pyrénées. Chacun sait de nos jours que le réel point culminant des Pyrénées est le pic d'Aneto, avec une altitude de 3404 mètres. Hors, celui-ci est justement situé dans le massif de Maladeta, côté espagnol en Aragon. Le pic de Maladeta, avec ses 3312 m, passait jadis pour être le plus haut tandis que l'Aneto, étant moins visible, paraissait plus petit. Le Canigou, quant à lui, est loin derrière avec ses 2784 mètres, mais reste sans conteste le plus majestueux d'entre tous les sommets pyrénéens de par sa situation, ce qui convient bien au titre de « monarque absolu » que lui confère la vicomtesse de Satgé.


Sources :
Esquisses sur les Pyrénées (Sketches among Pyrénées) par Mme la vicomtesse Satgé de Saint-Jean, Paris : Arthus-Bertrand ; Londres : Bossange, Barthès et Lowell, 1842, 14 p. via Rosalis (bib. numérique de Toulouse) [domaine public]
Note sur l'éditeur français de cette brochure : c'est un aïeul du célèbre photographe Yann Arthus-Bertrand.
Infos biographiques : Les Pyrénées-Orientales en 1842 vues par une aristocrate anglaise, par Madeleine Souche, sur le site Maison de l'histoire Languedoc Roussillon Catalogne
Sommets pyrénéens : Articles de Wikipédia correspondants (cf. liens)

Illustrations :
Photo du château de Thoren : photo prise avant 1886 sans doute par Élisée Reclus (1830-1905), via Gallica [domaine public] 
The Canigou : Esquisses sur les Pyrénées (cf. supra) [domaine public]

Sur le Canigou vous pouvez aussi relire...
sur ce blog :
* Adolphe Thiers en admiration devant le Canigou en 1822 ;
* L'inauguration du refuge des Cortalets en 1899.
parmi mes anciennes chroniques :
* quatre articles impliquant une araignée, un pyrénéiste anglais, un mirage et l'auteur du Livre de la Jungle.

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samedi 31 octobre 2015

1000 km à pied pour un entretien d'embauche

Jean Nicolas Pierre Hachette
(1769-1834) est un mathématicien natif de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, près de la frontière avec la Belgique. A 22 ans, il décide de faire 1000 km à pied afin d'obtenir le poste qu'il convoite... à Collioure, dans les Pyrénées-Orientales.


Un mathématicien autodidacte

Après ses premières études dans sa ville natale puis au collège de Reims, Jean-Nicolas-Pierre Hachette se découvre un attrait irrésistible pour les mathématiques. C'est quasiment de manière autodidacte qu'il décide de se consacrer à sa passion, tout en étant employé comme dessinateur à l'École royale du génie de Mézières depuis ses 19 ans.

Quatre ans plus tard, Hachette se sent assez sûr de lui pour proposer ses compétences et cherche un poste d'enseignant. On demande justement un professeur d'hydrographie pour Collioure et Port-Vendres. C'est à 1000 km ? Qu'à cela ne tienne, il décide de faire le voyage à pied.


1000 km à pied pour une candidature spontanée

En ce début de l'année 1793, Hachette n'a pas encore 23 ans et n'est sans doute pas très riche (son père est libraire). Le meilleur moyen de s'économiser les frais de transports est donc encore de faire le voyage à pied. Suivant le trajet emprunté, et avec les routes actuelles, entre 1000 et 1200 km séparent Charleville-Mézières, au nord, de Collioure, direction plein sud. Notre marcheur a pu passer par exemple par les villes de Troyes, Dijon, Lyon, Avignon, Montpellier, Béziers, Narbonne et Perpignan avant d'arriver à destination.

Le trajet de 1000 km

Combien de temps a-t-il mis pour un tel trajet ? Il est difficile d'évaluer cette donnée, ne sachant rien de sa vitesse moyenne, de son temps de marche quotidien, de sa condition physique ou même de celle de ses chaussures. Mais Hachette était jeune et motivé, et l'on peut supposer qu'il ait pu marcher au moins huit heures par jour. 4 à 5 km/h est un rythme tranquille, à partir de 7 ou 8 km/h, on passe en marche active. Quoi qu'il en soit, on peut alors estimer qu'il a fallu a notre jeune postulant entre 20 et 30 jours minimum pour effectuer ce voyage.


...et un emploi à la clef

Une fois arrivé à Collioure, Hachette se présente spontanément pour le poste et évince sans difficulté tous ses concurrents. Il y reste deux ans, au cours desquels il aura notamment pour élève le jeune François-Baudile Bergé, natif de Collioure. Fort de sa formation dispensée par Hachette, celui-ci deviendra plus tard le premier polytechnicien de l'histoire et un général d'Empire.

Tout en enseignant entre Collioure et Port-Vendres, Hachette participe activement à la défense de Collioure, prise par les Espagnols en 1793 et libérée par les Français en mai 1794. Il trouve en plus le temps de produire divers articles de mathématiques et de géométrie descriptive. Il en envoie un au grand mathématicien Gaspard Monge et, dès la fin 1794, il est recruté comme professeur de géométrie descriptive pour la toute nouvelle École polytechnique qui ouvre à Paris. Hachette aura donc passé un peu moins de deux ans à Collioure, à la fois loin de tout et au sein des guerres révolutionnaires, mais sa carrière était lancée. Il reste connu aujourd'hui principalement pour ses travaux de géométrie et de mécanique.

Ses titres affichés lors de son éloge funèbre sont les suivants :
Hachette (Jean-Nicolas-Pierre)
Membre de l'Institut, de la Société royale et centrale d'Agriculture,  du Conseil de la Société d'Encouragement, de la Société philomatique, des Académies de Naples, Bruxelles, etc., membre de la Légion d'Honneur, Professeur à la Faculté des Sciences.

Sources :
* Discours  prononcé le 18 janvier 1834 sur la tombe de M. Hachette (Jean-Nicolas-Pierre)
par M. le B.on de Silvestre [Augustin-François de Silvestre], Membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de la Société royale et centrale d'Agriculture, etc.; Paris, imprimerie de Mme Huzard, 1834 [via Google Books, domaine public]
* Collioure, par le Général J. Caloni, in Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales,1938 (vol. 60) [via Gallica, domaine public]

Illustrations :
* Portrait : auteur anonyme, 19ème siècle [domaine public]
* Carte : © les contributeurs d’OpenStreetMap [licence ODbl]

Les autre articles de ce blog concernant Collioure sont à relire ici.

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dimanche 25 octobre 2015

Un ministre à Ille-sur-Têt en 1893

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Charles Dupuy
En 1893, nous sommes sous la Troisième République. Le président de la République est Sadi Carnot et le président du Conseil (l'équivalent du Premier ministre de nos jours) Charles Dupuy (1851-1923). Hors, on peut justement lire dans le journal La Lanterne du 7 octobre 1893 que le dit Charles Dupuy est en déplacement à Ille-sur-Têt, à l'époque une petite ville des Pyrénées-Orientales d'une population de 3300 habitants. Que vient-il donc y faire ?

Voyage de M. Dupuy

L'arrivée du Ministre à Ille-sur-Têt
Ille-sur-Têt, 5 octobre .- M. Charles Dupuy, président du Conseil, est arrivé à Ille-sur-Têt cette après-midi à trois heures.
Il a été reçu sur le quai de la gare par M. Baux, maire, M. Sauvy, conseiller général, les conseillers d'arrondissement, le Conseil municipal et les membres de sa famille.
A la mairie, le maire a lu une délibération conférant à M. Dupuy le titre de citoyen d'Ille-sur-Têt.
Le président du Conseil a remercié et a signé sur le registre des délibérations.
M. Sauvy, conseiller général, a engagé M. Dupuy a soutenir les intérêts de la viticulture en ce moment dans le marasme.
M. Dupuy a promis son concours et s'est rendu au domicile de son beau-père, où il restera quelque temps.

Charles Dupuy, surnommé « le pachyderme » à cause de sa corpulence, est un auvergnat, originaire du Puy-en-Velay, en Haute-Loire. Républicain modéré, au moment des faits en 1893, il a déjà été député de son département d'origine et ministre de l'Instruction publique et des Cultes. Il est président du Conseil depuis le mois d'avril 1893. A priori rien à voir avec les Pyrénées-Orientales.

Mais durant son début de carrière, Charles Dupuy, agrégé de philosophie, a été enseignant puis inspecteur d'académie. C'est alors qu'il est en poste à Ajaccio (Corse), depuis 1883, qu'il rencontre sa future épouse. Antoinette Laborde est une jeune veuve, déjà mère d'une jeune fille, et issue d'une famille de notables d'Ille-sur-Têt. Le couple se marie en 1888 et c'est ainsi que Charles Dupuy est amené à découvrir les Pyrénées-Orientales, et plus particulièrement Ille-sur-Têt, où se trouve sa belle-famille, ainsi que le signale l'article de La Lanterne.

Devenu un des premiers personnages de l'Etat, il est donc logique de lui prévoir un comité d'accueil à la gare d'Ille et d'en profiter pour le déclarer citoyen de la commune ! Tout cela n'a sûrement pas coûté grand chose et a permis au final de faire parler d'Ille-sur-Têt jusque dans les journaux parisiens. Quoi qu'il en soit, Charles Dupuy est en tout cas sensible aux marques d'attention qu'il reçoit ce jour-là, déclarant alors qu'il se considère comme le « cinquième député du Roussillon » !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La gare d'Ille au début du 20ème siècle
Par la suite, Charles Dupuy va être président du Conseil sous quatre présidents de la République, dont deux meurent en fonction (Sadi Carnot, assassiné, et Félix Faure, dans les bras de sa maitresse). Il subit un attentat anarchiste au parlement (et sa fameuse phrase « La séance continue ! »), vit les remous de l'affaire Dreyfus, condamné en 1894, et est élu sénateur de la Haute-Loire de 1900 jusqu'à la fin de sa vie. Durant ses dernières années, il s'installe définitivement dans les Pyrénées-Orientales, et c'est donc à Ille-sur-Têt qu'il meurt le 23 juillet 1923.

Note : Le maire cité dans l'article est François Baux, maire d'Ille de 1881 à 1894. Le conseiller général du canton de Vinça est le républicain Alfred Sauvy, élu de 1886 à 1894.

Note 2 : Le nom officiel de la commune à l'époque est simplement Ille. Il faut attendre 1953 pour que celui-ci devienne Ille-sur-Têt. Pourtant, l'article montre bien que cette dénomination est déjà utilisée à l'époque, y compris par la mairie.

Sources
Article : La Lanterne du 7 octobre 1893 [domaine public] via Gallica (cf. lien)
Compléments biographiques : Nouveau dictionnaire de biographies roussillonnaises
Toponymie : Jean-Pierre Pélissier, Paroisses et communes de France : Pyrénées-Orientales, CNRS, 1986
Illustrations
Portrait : auteur inconnu, fin 19ème ou début 20ème siècle [domaine public]
Gare d'Ille-sur-Têt : Carte postale début 20ème siècle [domaine public]

A voir aussi : Biographie sur le site de L'association fraternelle des anciens et anciennes élèves du lycée Charles et Adrien Dupuy.


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vendredi 23 octobre 2015

L'église Saint-André-de-Sorède vers 1884

L'église Saint-André-de-Sorède de nos jours
Nous avons déjà parlé précédemment de Jean-Auguste Brutails, archiviste des Pyrénées-Orientales de 1884 à 1889, connu aujourd'hui pour ses nombreuses photographies prises à l'époque de monuments du département. J'ai choisi ici de partager ses clichés de l'église Saint-André-de-Sorède, située à Saint-André, près de Sorède dans le sud-est du département.

Cette église de Saint-André-de-Sorède est tout ce qui reste de l'ancienne abbaye bénédictine qui se trouvait en ce lieu. Bâtie en plusieurs fois entre les 10ème et 12ème siècles, l'église est encore de nos jours un bâtiment majestueux, magnifique exemple de l'architecture romane dans notre région.

La première photo de Brutails nous montre la façade ouest et le portail de l'église. On peut voir en hauteur de chaque côté, entre la porte et la fenêtre, deux petits lions dévorant des proies (un serpent pour celui de gauche). Peut-être, symboles de la lutte du bien contre le mal, sont-ils les gardiens du temple ?


On peut voir sur la deuxième photo le tympan et le beau linteau en marbre de l'église. Le tympan est le plein du demi-cercle que l'on peut voir au-dessus de la porte. Le linteau est la poutre qui se trouve dessous et prend appui sur les deux piliers de chaque côté du portail.On distingue au centre de ce linteau une mandorle, soutenue par deux anges et au sein duquel figure un Christ. On peut voir également de chaque côté trois anges sous les petites arcades.

Ce linteau aurait été sculpté vers 1030, peu après celui de Saint-Génis des-Fontaines. Il mesure 2,12 mètres de long et 0,52 mètres de hauteur.


Brutails nous a également laissé une photo d'une ancienne vasque baptismale pré-romane, située dans l'entrée, avec son joli motif d'entrelacs. Celle-ci est posée sur une colonne et son chapiteau, sans-doute des réemplois de l'ancien cloître. Ces deux éléments ont été dissociés depuis.



Sources :
* Notice Mérimée des Monuments Historiques 
* Géraldine Mallet, Églises romanes oubliées du Roussillon, Les Presses du Languedoc, 2003
* Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t.2, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985

Illustrations :
Photo moderne : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]
Photos anciennes : Jean-Auguste Brutails (1859-1926), via le site 1886 (Université de Bordeaux 3) [domaine public]


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mercredi 21 octobre 2015

Ode aux gorges du Mondony en 1912

Les gorges du Mondony au début du 20ème siècle
Après les poèmes de Marc Anfossi dans Amélie Journal en 1912 concernant le Tech puis les environs d'Amélie-les-Bains, voyons à présent son poème paru dans ce même journal le 28 janvier 1912 et à la gloire, cette fois-ci, des gorges du Mondony.

La rivière du Mondony qui descend au sud d'Amélie-les-Bains, depuis le Roc de Frausa jusqu'au sein même du village où il conflue dans le Tech, est depuis toujours un lieu d'excursion pittoresque, notamment par ses gorges remarquables, que notre curiste poète n'a sans doute pas manqué d'aller visiter avant de leur dédier les quelques vers qui suivent.

Les Gorges

Sombres gorges du Mondoni,
Rochers où vient faire son nid
Le gypaète,
Vous cachez des attraits puissants
Et des murmures caressants
Pour le poète !

Cascades aux reflets d'argent,
Fond sinueux toujours changeant,
Blocs titanesques,
J'aime par le matin si pur
Voir se dessiner d'ans l'azur
Vos arabesques.
Le Mondony en crue à Amélie-les-Bains

Sierras au profil tourmenté
Sommets que le soleil d'été
Echauffe et dore,
Il me semble, le jour fini,
Sombres gorges du Mondoni
Vous voir encore.

Gorges dont Gustave Doré
Plus d'une fois s'est inspiré,
Gorges sublimes,
Je bénis Dieu qui m'a laissé
Chanter en un vers cadencé
Vos âpres cimes.

Sombres gorges du Mondoni
Lorsque le cours sera fini
De mes années,
J'évoquerai sur le grand seuil,
Vos sommets éclatants, orgueil
Des Pyrénées !

Marc Anfossi
Amélie-les-Bains, 25 janvier 1912


Source :
Amélie Journal du 28 janvier 1912 (via Bib. numérique de Perpignan, domaine public)

Illustrations :
Carte postale : Editeur anonyme, début 20ème siècle, domaine public.
Photo : Fabricio Cardenas, CC-BY-SA

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dimanche 11 octobre 2015

Vent et ordures à Perpignan en 1909

En ce mois de décembre 1909, le temps est particulièrement venteux, ainsi que nous en informe le journal de Perpignan La Bataille sociale, dans son numéro du 4 décembre 1909. C'est l'occasion pour cet organe de presse de soulever un important problème de voirie.

Bon sang de bon Dieu, fait-il un vent !
Les melons de ces messieurs roulent dans les ruisseaux des rues. Le vieux marcheur est heureux : il voit de temps en temps se retourner un jupon. L'honnête passant ne rit pas, lui. Oh ! ces tombereaux ! Perchés sur roues jusqu'à la hauteur d'un premier, trois fois plus larges que le lit de M. J. Escarguel, ils bouchent successivement toutes les rues de la ville. Vous êtes pressés, vous essayez de filer entre le tombereau et les devantures. Vlan ! vous recevez en pleine figure ou dans le dos le contenu d'une boîte à ordures. Seriez-vous à vingt mètres, les poussières, les papiers, et jusqu'aux trognons de choux de ces boîtes vous atteignent, quand il fait du vent. Serait-il impossible d'établir au coin des rues de grandes caisses municipales où les ménagères déverseraient en commun leurs petites boîtes et que des camions moins gigantesques emporteraient discrètement ? Soumis aux réflexions de MM. les préposés à la voirie.

Charrettes à ordures

On l'a compris : le journal ne réclame ni plus ni moins que l'installation de bennes à ordures fermées (à cause du vent) à usage collectif et vidées par des camions-poubelles. L'usage de la poubelle, initié par le préfet de la Seine du même nom, s'était déjà répandu en France depuis son apparition en 1884, mais il n'y avait de contraintes ni sur la taille ni sur le modèle de poubelle à utiliser. Un seau quelconque pouvait donc faire l'affaire, laissant ainsi toutes les ordures à la merci du vent, souvent conséquent comme on le sait dans la région de Perpignan.

Une version moderne de la charrette à ordures

Notes :

Un tombereau désigne à l'époque tout type de véhicule hippomobile, de genre charrette ouverte par exemple, et servant à transporter des matériaux en vrac. C'est un peu l'ancêtre du camion-benne.

Jules Escarguel (1861-1930) est cité pour la largeur de son lit. Directeur du journal L'Indépendant depuis 1898, on sait justement de lui qu'en 1909 il pesait tout de même 148 kilos tout en présentant une stature de colosse.

Sources :
* La Bataille socialiste du 4 décembre 1909, consulté via les collections numérisées de la Bibliothèque de Perpignan [domaine public].
* Détails concernant Jules Escarguel :
Gérard Bonet, « Escarguel (Jules, Clément) », dans Nouveau Dictionnaire de Biographies Roussillonnaises 1789-2011, vol. 1 Pouvoirs et société, t. 1 (A-L), Perpignan, Publications de l'olivier,‎

* Publicité : Autopromotion paru dans
* Charrette à ordures : Conrad Poirier, Garbage Horse in Montréal (Canada), 1945 [domaine public]
* Version moderne de la charrette à ordures : Jacques Le Letty, Ramassage des déchets par les chevaux à Questembert (Morbihan) en 2013 [CC-BY-SA]

Pour rappel, les autres articles concernant Perpignan sont à relire ici.

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