dimanche 1 février 2015

Devenir maire à la place du maire à Caramany en 1815

Poursuivant mes retranscriptions concernant la période des Cent Jours dans le département des Pyrénées-Orientales, la situation que je découvre aujourd'hui en 1815 à Caramany, montre une certaine tension à la mairie. Contrairement aux cas vus précédemment pour les autres communes, dans lesquels le maire était soit maintenu en place par le préfet soit remplacé par une autre personne (souvent brièvement), nous sommes ici en présence d'un Carmagnol souhaitant être maire à la place du maire et qui tente une démarche en ce sens auprès du préfet des Pyrénées-Orientales. Le dénommé Jullien Pugeol prétend en effet avoir été élu à l'unanimité par une assemblée populaire souhaitant se débarrasser du maire en place.

Monseigneur le Préfet

Permettez que je mette sous les yeux de votre grandeur
la position de la commune de Caramaing canton de Latour
departement des Pirennees Orientales : j'ai été nommé maire
à l'unanimité des voix et consentement général de ladite commune. L'ancien
maire qu'on ne veut en aucune manière, continue de faire les fonc-
tions. Les habitants sont fachés que je ne réponde pas à leur entière
confiance. Que votre grandeur ordonne immédiatement après ma lettre
reçue, que je sois mis en activité des fonctions comme elle a deja fait
à Bellesta, Planezes et autres communes, j'attens cette grâce de votre
bonté et justice.

J'ai l'honneur d'être avec Respect
de votre grandeur
Monseigneur

Votre très humble et obeissant
serviteur
Jullien Pugeol maire nommé
par l'unanimité des voix de la commune
de Caramaing canton de Latour

au dit Caramaing, le 26 juin 1815

Le maire dont Jullien Pugeol voudrait prendre la place est Louis Chauvet, élu depuis 1800 déjà et qui pouvait donc se vanter d'être resté en place durant tout le Premier Empire. Autant dire que notre prétendant n'avait aucune chance face à ce fidèle sujet de l'Empereur. Louis Chauvet restera donc en place jusqu'en 1816, date à  laquelle il est remplacé par Dominique Fourcade. Pugeol, quant à lui, ne deviendra jamais maire de Caramany. Quelques mois plus tard, Louis Chauvet manque de se faire assassiner par un mécontent. L'ambiance était tout sauf tranquille depuis plusieurs années à Caramany, les maires étant notoirement en conflit avec le curé. Pugeol était-il un partisan du curé ? Sans doute un spécialiste de l'histoire locale saura-t-il me répondre.

Jullien Pugeol invoque comme exemple les cas de Bélesta et Planèzes, communes proches géographiquement de Caramany. Le maire de Bélesta Baptiste Pugnaud est effectivement destitué en 1815 et remplacé par un certain Jacques Biles, mais il retrouve sa place dès le 21 juin de la même année ainsi que nous l'avons déjà vu, soit cinq jours avant ce courrier de Pugeol. Quant à Planèzes, il me semble au contraire que le maire Jean Baillette est resté en place durant les Cent-Jours, ainsi que nous le verrons plus tard.
Notons que Pugeol utilise dans ce courrier le nom de Caramaing, forme francisée de Caramany et nom officiel de la commune tel que déclaré dans le Bulletin des lois en 1801, où apparaît également la forme  Caramany, démontrant une certaine confusion à l'époque entre, sans doute, usage local et usage administratif.

Retrouvez ici tous les articles en rapport avec le Fenouillèdes.
A lire : l'excellent site de l'association Le Pari du lac sur l'histoire de Caramany
avec ses anecdotes et autres histoires
 
Sources :
Texte : ADPO, 2M37
Bulletin des lois : Notice Cassini de Caramany.
Dates et noms maires : MairesGenWebpour Caramany, transcriptions personnelles des documents d'époque pour Bélesta et Planèzes.

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