jeudi 24 décembre 2015

Mauvaise éducation à Cerbère en 1885

De la maison close à l'école de Cerbère, il n'y a qu'un pas


On peut lire dans L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 la plainte d'un père de famille concernant une maison close qui ne dit pas son nom et qui serait située tout près de l'école de Cerbère et ce, à cause d'un arrêté municipal récent un peu trop vague sur les distances à respecter entre ces deux types d'établissements.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La plage et les écoles à Cerbère au début du 20ème siècle

Monsieur le rédacteur de l'Avenir de Port-Vendres.

En mon nom personnel et au nom de plusieurs pères de famille, je viens vous prier de vouloir bien insérer dans votre vaillante feuille la réclamation suivante :
Aux termes d'un arrêté du maire de Banyuls-sur-Mer en date du 24 mai 1884, l'autorité administrative a autorisé en notre bourg, la création de buvettes servies par des femmes, et qui ne sont, au fond, que des maisons publiques, au même titre que les maisons fermées et soumises au rigoureux contrôle de la police.
L'article 2 de cet arrêté porte que tout établissement de ce genre ne devra être situé à proximité de l'église ni des écoles publiques.
Au pasteur à défendre son établissement ! A nous, citoyens, travailleurs et contribuables, à défendre nos droits et la conscience de nos enfants.
Selon les commentateurs les mieux autorisés, la proximité s'étend à une distance de 300 mètres.
Or, il existe, ici, à Cerbère, une maison d'amour qui, non seulement est en-dehors de la rigoureuse limite de proximité avec l'école, mais n'en est séparée que par un simple mur mitoyen !
Du seuil de la porte, des fenêtres, des créatures assaillent les passants de leurs agressions grossières, et cela publiquement, en plein soleil, sans respect pour l'âge de jeunes enfants que nous conduisons à une école différente à tous égards de la buvette en question.
Nous aimons à croire que M. l'adjoint délégué, faisant fonction d'officier de police administrative à Cerbère, voudra bien faire exécuter dans toute sa rigueur l'arrêté précité de M. le maire de Banyuls, et protéger autant la morale publique que le droit des citoyens, qui ne sauraient permettre à aucun exploiteur de chair humaine de venir cyniquement outrager l'innocence et la pureté de pauvres enfants, espoir et avenir de la patrie française.

Un père de famille.


Note : Cerbère ne devient une commune indépendante qu'en 1888. Ce père de famille s'adresse donc dans ce courrier au maire de Banyuls-sur-Mer, à l'époque M. Fortuné Forgas, élu à cette fonction de 1884 à 1886.

Concernant les buvettes tenues par des femmes à Cerbère, suite des péripéties au prochain épisode (le curé s'en mêle) !


Source : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan]
Carte postale: Editions Berdagué-Mary-Bernard (début 20ème siècle, domaine public)


Pour rappel, un autre article sur Cerbère, à relire ici.



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mercredi 9 décembre 2015

Circulation périlleuse autour de la gare de Perpignan en 1882

Gare aux bœufs nocturnes !


Avec l'arrivée du chemin de fer à Perpignan à partir de 1858, une gare provisoire est construite dans le quartier du Vernet puis, peu de temps après à son emplacement actuel, près du quartier Saint-Assiscle. Mais l'emplacement choisi à l'époque est alors en dehors des remparts, en pleine campagne. Et même si l'espace vide ainsi créé entre la gare et la ville s'urbanise rapidement, plus d'une dizaine d'années plus tard on y subit encore les nuisances de la campagne. L'article qui suit, tiré du journal L'Espérance du 3 janvier 1882, nous signale un problème de taille : les bœufs présents en nombre sont de véritables dangers de la route, tout comme les charrettes, et ce d'autant plus qu'on ne les voit pas lorsqu'il fait nuit.

La gare de Perpignan au début du 20ème siècle

Avis à l'administration

Le quartier de la gare qui prend chaque jour un développement plus considérable devrait être l'objet d'une active surveillance pour y faire observer un peu mieux les lois de la police du roulage, et de la circulation sur les voies publiques. On prèviendrait [sic] ainsi des accidents et des malheurs qui peuvent être l'objet de leur inexécution.
On observe que les charrettes et voitures circulant à l'entrée de la nuit sur la route de la gare et route de Prades, n'ont jamais leurs lanternes éclairées, ce qui rend un accident toujours possible. Ce quartier n'étant point le centre des lumières, il ne fait clair le soir que lorsque la lune brille ; aussi si on a besoin d'aller à la boîte aux lettres de la gare, souvent on ne voit pas où l'on marche et l'on n'aperçoit le véhicule que l'on entend, que lorsqu'on est menacé d'être écrasé. - Même observation pour les conducteurs de troupeaux de bœufs, conduits en liberté, à l'entrée de la nuit, de la gare, au marché aux bestiaux ; deux, trois hommes sont seuls à conduire un troupeau considérable ; aucun d'eux ne porte de lanterne, rien ne trahit leur présence ; il faut se trouver presque envahi, pour comprendre qu'il faut se garer ; et dans l'obscurité, comment faire !
Voyez-vous une mère avec ses enfants perdue dans un pareil milieu ? Il doit y avoir nécessairement moyen d'essayer une modification dans les habitudes de sans-gêne, prises par les marchands de bestiaux.


Les quais de la gare de Perpignan au début du 20ème siècle


Source : L'Espérance du 3 janvier 1882 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan, domaine public]

Photos :
* Façade de la gare : Carte postale des éditions PBL (Béziers) [domaine public]
* Quai de la gare : Carte postale des éditions Labouche (Toulouse) [domaine public]


Pour rappel, les autres articles concernant Perpignan sont à relire ici.

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mardi 24 novembre 2015

Au programme au cinéma de Céret en novembre 1930

Aventures et romance au cinéma de Céret en 1930

On peut lire dans le journal La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 le programme du cinéma à Céret, dans la salle municipale et au cinéma Le Cérétan pour les séances de samedi et dimanche. Peut-être certains cérétans, aujourd'hui très âgés, se souviennent-ils avoir vu ces films ? Voyons ce qu'il en est de ce programme.


Des aventures en Sibérie...


Le premier film annoncé est « Michel Strogoff », interprété par les célèbres artistes Yvan Mosjoukine et Nathalie Kovenko. Michel Strogoff est avant tout un célèbre roman d'aventures de Jules Verne publié en 1876. L'histoire se déroule en Russie  et raconte l'histoire d'un messager du Tsar chargé de porter un message au frère de celui-ci afin de le prévenir d'un complot visant à permettre l'invasion de la Sibérie par des hordes tartares. Son chemin est bien sûr parsemé d'embûches, il se fait notamment brûler les yeux, mais il rencontrera aussi l'amour, avec la belle Nadia.

Parmi les acteurs du film, Nathalie Kovanko (Nadia)

Le film diffusé à Céret en 1930  est un film muet de 1926, réalisé par le cinéaste russe Victor Tourjansky (1891-1976), émigré après 1917 en France, puis plus tard aux États-Unis et enfin en Italie. L'article de presse précise qu'il s'agit de la deuxième partie du film diffusée ce jour-là à Céret, car la totalité de ce long-métrage dure tout de même 2 heures et 48 minutes !

L'acteur principal est Ivan Mosjoukine (1889-1939), émigré russe en France, et une des plus grandes vedettes du cinéma muet de l'époque ayant déjà joué dans plus d'une centaine de films. Son fort accent russe l'empêchera de faire carrière dans le parlant, ce qui lui vaudra alors de mourir seul et dans la misère.

Ivan Mosjoukine (Michel Strogoff)
est dans une mauvaise passe...

La belle Nadia est l'actrice ukrainienne Nathalie (Natalia) Kovenko (1899-1967). Elle est à l'époque la compagne de Victor Tourjansky et participe à la plupart de ses films. Lorsqu'il la délaisse au début des années 30 pour l'actrice française Simone Simon, elle rentre dans son pays et arrête le cinéma.

Ce film  de 1926 n'a pas été tourné en Sibérie, mais à Boulogne-Billancourt pour les scènes d'intérieur, puis en Lettonie dans des paysages similaires aux grandes steppes, avec le concours de plusieurs milliers de figurants de l'armé lettone elle-même pour les scènes de batailles, et enfin en Norvège. Dépaysement garanti pour nos spectateurs du Vallespir !
Etrangement, Victor Tourjansky réalisera en 1961 une autre adaptation de ce roman, Le Triomphe de Michel Strogoff, mais cette fois-ci en version sonore et en italien !

On peut voir ci-dessous un extrait du film.



...et une histoire romantique de vengeance.


Le deuxième film annoncé est « Souvent est pris », délicieuse comédie interprétée par Monte Blue et Dorothy Devore. Il s'agit d'un film muet américain de 1926 connu sous un autre titre, « La double mort du capitaine Frazer », à l'origine « The Man Upstairs ». Le réalisateur en est Roy Del Ruth (1895-1961), encore à ses débuts à l'époque mais qui deviendra le deuxième réalisateur le mieux payé d'Hollywood dans les années 30.

Le film « Souvent est pris » a été perdu depuis, et l'on sait seulement qu'il était constitué de 7 bobines. L'histoire est celle d'un homme, Geoffrey, cherchant à obtenir un rendez-vous d'une femme, Marion, via une petite annonce. Lui ayant fait une blague, celle-ci décide de se venger en se faisant passer pour morte et en l'accusant d'être l'auteur du crime. Après quelques péripéties et l'avoir sorti de prison, elle finit par lui accorder le rendez-vous demandé.

Monte Blue en 1924

Le rôle de Geoffrey est interprété par Monte Blue (1887-1963). Après avoir commencé comme cascadeur, il se fait une réputation comme acteur de film romantiques et est un des rares acteurs à avoir survécu à la révolution du cinéma sonore.

Le rôle de Marion est interprété par Dorothy Devore (1889-1976). Véritable vedette durant les années 20 dans de nombreux films de comédie, elle arrête sa carrière au moment du passage au parlant.

Dorothy Devore en 1925

En France, le cinéma muet vit en 1930 ses dernières heures, puisque le premier long métrage sonore français est tourné cette année-là, mais la plupart des salles de cinéma ne sont pas encore équipées à cet effet, lui assurant ainsi un sursis momentané.

Il y a encore un cinéma à Céret de nos jours qui diffuse un à deux films par semaine.

Le cinéma de Céret  de nos jours

Sources :
La Vérité républicaine du 14 novembre 1930 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan, domaine public]
Articles Wikipédia des sujets concernés (cf. liens).
Informations sur The Man Upstairs : Catalogue du American Film Institute.

Illustrations :
Photos du film Michel Strogoff : La Petite Illustration cinématographique du 7 août 1926 [domaine public]
Photo de Monte Blue : Photoplay Publishing Company [domaine public]
Photo de Dorothy Devore : Auteur inconnu, photo promotionnelle de 1925 [domaine public]
Photo du cinéma : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]

Les autres articles sur Céret sont à relire ici.

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dimanche 8 novembre 2015

Vision du Canigou en 1842

« L'imposante magnificence du Canigou »

Le massif du Canigou semble avoir pour propriété naturelle de provoquer une impression indélébile sur tous ceux qui le découvrent pour la première fois, ainsi que nous avons pu déjà le voir avec Adolphe Thiers en 1822. Vingt ans plus tard, la vicomtesse de Satgé, aristocrate anglaise, est elle aussi subjuguée et nous livre sa vision du Canigou.

Une aristocrate anglaise au Canigou


Mme la vicomtesse Satgé de Saint-Jean, née Caroline Sparkess, est une aristocrate anglaise. Elle ne s'est pas trouvée face au Canigou par hasard. Cosme de Satgé, seigneur de Thoren (ancienne commune du Conflent réunie à Sahorre), et ses fils font des affaires en Angleterre. L'un des fils, Valentin, épouse en 1832 la dite Caroline puis obtient le titre de vicomte. Caroline Sparkess devient ainsi vicomtesse et découvre les Pyrénées-Orientales dont elle décide de faire la promotion. C'est dans un petite brochure illustrée de ses propres dessins et parue en 1842, intitulée Esquisses sur les Pyrénées, où elle y présente les deux extrémités de cette chaîne de montagne, qu'elle nous y parle notamment du Roussillon, de la région de Prades, de Ria-Sirach, de Thoren... et du Canigou. Voyons ce qu'elle nous en dit.

Le château de Thoren et le Canigou au 19ème siècle

Le Canigou,

Près des environs de Prades.


Dans toutes mes courses, je n'ai, je pense, rien vu qui égale, mais bien certainement rien qui surpasse l'imposante magnificence du Canigou.
Il est debout, seul, au milieu des riches plaines du Roussillon, le monarque absolu de quelques-unes des plus belles scènes de la nature. Le profond azur d'un ciel espagnol, imprimant sur ses gigantesques masses toutes les chaudes et vigoureuses teintes du Midi, le revêt d'une prismatique et indicible beauté ; et les villages qui nichent à ses pieds dans le sein des bois, et la merveilleuse verdure de ses vallées, baignées par un grand nombre de ruisseaux et de rivières, donnent à sa position un charme incomparable.
Le Canigou s'élève de 8,652 pieds au-dessus du niveau de la Méditerranée, et il fut longtemps considéré comme un des plus hauts points de toute la chaîne des Pyrénées ; mais le Maledetta, qui a 10,772 pieds au-dessus de l'Océan, est maintenant reconnu pour le pic le plus élevé de ces gigantesques fortifications, qui, commençant avec le Canigou, s'étendent comme des remparts entre les deux nations, et forment une chaîne depuis la Méditerranée jusqu'à l'Atlantique.

The Canigou (dessin de la vicomtesse de Satgé)


Un sommet culminant qui n'en est pas un


Dans son récit, la vicomtesse de Satgé mentionne le Maledetta comme plus haut sommet des Pyrénées. Chacun sait de nos jours que le réel point culminant des Pyrénées est le pic d'Aneto, avec une altitude de 3404 mètres. Hors, celui-ci est justement situé dans le massif de Maladeta, côté espagnol en Aragon. Le pic de Maladeta, avec ses 3312 m, passait jadis pour être le plus haut tandis que l'Aneto, étant moins visible, paraissait plus petit. Le Canigou, quant à lui, est loin derrière avec ses 2784 mètres, mais reste sans conteste le plus majestueux d'entre tous les sommets pyrénéens de par sa situation, ce qui convient bien au titre de « monarque absolu » que lui confère la vicomtesse de Satgé.


Sources :
Esquisses sur les Pyrénées (Sketches among Pyrénées) par Mme la vicomtesse Satgé de Saint-Jean, Paris : Arthus-Bertrand ; Londres : Bossange, Barthès et Lowell, 1842, 14 p. via Rosalis (bib. numérique de Toulouse) [domaine public]
Note sur l'éditeur français de cette brochure : c'est un aïeul du célèbre photographe Yann Arthus-Bertrand.
Infos biographiques : Les Pyrénées-Orientales en 1842 vues par une aristocrate anglaise, par Madeleine Souche, sur le site Maison de l'histoire Languedoc Roussillon Catalogne
Sommets pyrénéens : Articles de Wikipédia correspondants (cf. liens)

Illustrations :
Photo du château de Thoren : photo prise avant 1886 sans doute par Élisée Reclus (1830-1905), via Gallica [domaine public] 
The Canigou : Esquisses sur les Pyrénées (cf. supra) [domaine public]

Sur le Canigou vous pouvez aussi relire...
sur ce blog :
* Adolphe Thiers en admiration devant le Canigou en 1822 ;
* L'inauguration du refuge des Cortalets en 1899.
parmi mes anciennes chroniques :
* quatre articles impliquant une araignée, un pyrénéiste anglais, un mirage et l'auteur du Livre de la Jungle.

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samedi 31 octobre 2015

1000 km à pied pour un entretien d'embauche

Jean Nicolas Pierre Hachette
(1769-1834) est un mathématicien natif de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, près de la frontière avec la Belgique. A 22 ans, il décide de faire 1000 km à pied afin d'obtenir le poste qu'il convoite... à Collioure, dans les Pyrénées-Orientales.


Un mathématicien autodidacte

Après ses premières études dans sa ville natale puis au collège de Reims, Jean-Nicolas-Pierre Hachette se découvre un attrait irrésistible pour les mathématiques. C'est quasiment de manière autodidacte qu'il décide de se consacrer à sa passion, tout en étant employé comme dessinateur à l'École royale du génie de Mézières depuis ses 19 ans.

Quatre ans plus tard, Hachette se sent assez sûr de lui pour proposer ses compétences et cherche un poste d'enseignant. On demande justement un professeur d'hydrographie pour Collioure et Port-Vendres. C'est à 1000 km ? Qu'à cela ne tienne, il décide de faire le voyage à pied.


1000 km à pied pour une candidature spontanée

En ce début de l'année 1793, Hachette n'a pas encore 23 ans et n'est sans doute pas très riche (son père est libraire). Le meilleur moyen de s'économiser les frais de transports est donc encore de faire le voyage à pied. Suivant le trajet emprunté, et avec les routes actuelles, entre 1000 et 1200 km séparent Charleville-Mézières, au nord, de Collioure, direction plein sud. Notre marcheur a pu passer par exemple par les villes de Troyes, Dijon, Lyon, Avignon, Montpellier, Béziers, Narbonne et Perpignan avant d'arriver à destination.

Le trajet de 1000 km

Combien de temps a-t-il mis pour un tel trajet ? Il est difficile d'évaluer cette donnée, ne sachant rien de sa vitesse moyenne, de son temps de marche quotidien, de sa condition physique ou même de celle de ses chaussures. Mais Hachette était jeune et motivé, et l'on peut supposer qu'il ait pu marcher au moins huit heures par jour. 4 à 5 km/h est un rythme tranquille, à partir de 7 ou 8 km/h, on passe en marche active. Quoi qu'il en soit, on peut alors estimer qu'il a fallu a notre jeune postulant entre 20 et 30 jours minimum pour effectuer ce voyage.


...et un emploi à la clef

Une fois arrivé à Collioure, Hachette se présente spontanément pour le poste et évince sans difficulté tous ses concurrents. Il y reste deux ans, au cours desquels il aura notamment pour élève le jeune François-Baudile Bergé, natif de Collioure. Fort de sa formation dispensée par Hachette, celui-ci deviendra plus tard le premier polytechnicien de l'histoire et un général d'Empire.

Tout en enseignant entre Collioure et Port-Vendres, Hachette participe activement à la défense de Collioure, prise par les Espagnols en 1793 et libérée par les Français en mai 1794. Il trouve en plus le temps de produire divers articles de mathématiques et de géométrie descriptive. Il en envoie un au grand mathématicien Gaspard Monge et, dès la fin 1794, il est recruté comme professeur de géométrie descriptive pour la toute nouvelle École polytechnique qui ouvre à Paris. Hachette aura donc passé un peu moins de deux ans à Collioure, à la fois loin de tout et au sein des guerres révolutionnaires, mais sa carrière était lancée. Il reste connu aujourd'hui principalement pour ses travaux de géométrie et de mécanique.

Ses titres affichés lors de son éloge funèbre sont les suivants :
Hachette (Jean-Nicolas-Pierre)
Membre de l'Institut, de la Société royale et centrale d'Agriculture,  du Conseil de la Société d'Encouragement, de la Société philomatique, des Académies de Naples, Bruxelles, etc., membre de la Légion d'Honneur, Professeur à la Faculté des Sciences.

Sources :
* Discours  prononcé le 18 janvier 1834 sur la tombe de M. Hachette (Jean-Nicolas-Pierre)
par M. le B.on de Silvestre [Augustin-François de Silvestre], Membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de la Société royale et centrale d'Agriculture, etc.; Paris, imprimerie de Mme Huzard, 1834 [via Google Books, domaine public]
* Collioure, par le Général J. Caloni, in Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales,1938 (vol. 60) [via Gallica, domaine public]

Illustrations :
* Portrait : auteur anonyme, 19ème siècle [domaine public]
* Carte : © les contributeurs d’OpenStreetMap [licence ODbl]

Les autre articles de ce blog concernant Collioure sont à relire ici.

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dimanche 25 octobre 2015

Un ministre à Ille-sur-Têt en 1893

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Charles Dupuy
En 1893, nous sommes sous la Troisième République. Le président de la République est Sadi Carnot et le président du Conseil (l'équivalent du Premier ministre de nos jours) Charles Dupuy (1851-1923). Hors, on peut justement lire dans le journal La Lanterne du 7 octobre 1893 que le dit Charles Dupuy est en déplacement à Ille-sur-Têt, à l'époque une petite ville des Pyrénées-Orientales d'une population de 3300 habitants. Que vient-il donc y faire ?

Voyage de M. Dupuy

L'arrivée du Ministre à Ille-sur-Têt
Ille-sur-Têt, 5 octobre .- M. Charles Dupuy, président du Conseil, est arrivé à Ille-sur-Têt cette après-midi à trois heures.
Il a été reçu sur le quai de la gare par M. Baux, maire, M. Sauvy, conseiller général, les conseillers d'arrondissement, le Conseil municipal et les membres de sa famille.
A la mairie, le maire a lu une délibération conférant à M. Dupuy le titre de citoyen d'Ille-sur-Têt.
Le président du Conseil a remercié et a signé sur le registre des délibérations.
M. Sauvy, conseiller général, a engagé M. Dupuy a soutenir les intérêts de la viticulture en ce moment dans le marasme.
M. Dupuy a promis son concours et s'est rendu au domicile de son beau-père, où il restera quelque temps.

Charles Dupuy, surnommé « le pachyderme » à cause de sa corpulence, est un auvergnat, originaire du Puy-en-Velay, en Haute-Loire. Républicain modéré, au moment des faits en 1893, il a déjà été député de son département d'origine et ministre de l'Instruction publique et des Cultes. Il est président du Conseil depuis le mois d'avril 1893. A priori rien à voir avec les Pyrénées-Orientales.

Mais durant son début de carrière, Charles Dupuy, agrégé de philosophie, a été enseignant puis inspecteur d'académie. C'est alors qu'il est en poste à Ajaccio (Corse), depuis 1883, qu'il rencontre sa future épouse. Antoinette Laborde est une jeune veuve, déjà mère d'une jeune fille, et issue d'une famille de notables d'Ille-sur-Têt. Le couple se marie en 1888 et c'est ainsi que Charles Dupuy est amené à découvrir les Pyrénées-Orientales, et plus particulièrement Ille-sur-Têt, où se trouve sa belle-famille, ainsi que le signale l'article de La Lanterne.

Devenu un des premiers personnages de l'Etat, il est donc logique de lui prévoir un comité d'accueil à la gare d'Ille et d'en profiter pour le déclarer citoyen de la commune ! Tout cela n'a sûrement pas coûté grand chose et a permis au final de faire parler d'Ille-sur-Têt jusque dans les journaux parisiens. Quoi qu'il en soit, Charles Dupuy est en tout cas sensible aux marques d'attention qu'il reçoit ce jour-là, déclarant alors qu'il se considère comme le « cinquième député du Roussillon » !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La gare d'Ille au début du 20ème siècle
Par la suite, Charles Dupuy va être président du Conseil sous quatre présidents de la République, dont deux meurent en fonction (Sadi Carnot, assassiné, et Félix Faure, dans les bras de sa maitresse). Il subit un attentat anarchiste au parlement (et sa fameuse phrase « La séance continue ! »), vit les remous de l'affaire Dreyfus, condamné en 1894, et est élu sénateur de la Haute-Loire de 1900 jusqu'à la fin de sa vie. Durant ses dernières années, il s'installe définitivement dans les Pyrénées-Orientales, et c'est donc à Ille-sur-Têt qu'il meurt le 23 juillet 1923.

Note : Le maire cité dans l'article est François Baux, maire d'Ille de 1881 à 1894. Le conseiller général du canton de Vinça est le républicain Alfred Sauvy, élu de 1886 à 1894.

Note 2 : Le nom officiel de la commune à l'époque est simplement Ille. Il faut attendre 1953 pour que celui-ci devienne Ille-sur-Têt. Pourtant, l'article montre bien que cette dénomination est déjà utilisée à l'époque, y compris par la mairie.

Sources
Article : La Lanterne du 7 octobre 1893 [domaine public] via Gallica (cf. lien)
Compléments biographiques : Nouveau dictionnaire de biographies roussillonnaises
Toponymie : Jean-Pierre Pélissier, Paroisses et communes de France : Pyrénées-Orientales, CNRS, 1986
Illustrations
Portrait : auteur inconnu, fin 19ème ou début 20ème siècle [domaine public]
Gare d'Ille-sur-Têt : Carte postale début 20ème siècle [domaine public]

A voir aussi : Biographie sur le site de L'association fraternelle des anciens et anciennes élèves du lycée Charles et Adrien Dupuy.


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vendredi 23 octobre 2015

L'église Saint-André-de-Sorède vers 1884

L'église Saint-André-de-Sorède de nos jours
Nous avons déjà parlé précédemment de Jean-Auguste Brutails, archiviste des Pyrénées-Orientales de 1884 à 1889, connu aujourd'hui pour ses nombreuses photographies prises à l'époque de monuments du département. J'ai choisi ici de partager ses clichés de l'église Saint-André-de-Sorède, située à Saint-André, près de Sorède dans le sud-est du département.

Cette église de Saint-André-de-Sorède est tout ce qui reste de l'ancienne abbaye bénédictine qui se trouvait en ce lieu. Bâtie en plusieurs fois entre les 10ème et 12ème siècles, l'église est encore de nos jours un bâtiment majestueux, magnifique exemple de l'architecture romane dans notre région.

La première photo de Brutails nous montre la façade ouest et le portail de l'église. On peut voir en hauteur de chaque côté, entre la porte et la fenêtre, deux petits lions dévorant des proies (un serpent pour celui de gauche). Peut-être, symboles de la lutte du bien contre le mal, sont-ils les gardiens du temple ?


On peut voir sur la deuxième photo le tympan et le beau linteau en marbre de l'église. Le tympan est le plein du demi-cercle que l'on peut voir au-dessus de la porte. Le linteau est la poutre qui se trouve dessous et prend appui sur les deux piliers de chaque côté du portail.On distingue au centre de ce linteau une mandorle, soutenue par deux anges et au sein duquel figure un Christ. On peut voir également de chaque côté trois anges sous les petites arcades.

Ce linteau aurait été sculpté vers 1030, peu après celui de Saint-Génis des-Fontaines. Il mesure 2,12 mètres de long et 0,52 mètres de hauteur.


Brutails nous a également laissé une photo d'une ancienne vasque baptismale pré-romane, située dans l'entrée, avec son joli motif d'entrelacs. Celle-ci est posée sur une colonne et son chapiteau, sans-doute des réemplois de l'ancien cloître. Ces deux éléments ont été dissociés depuis.



Sources :
* Notice Mérimée des Monuments Historiques 
* Géraldine Mallet, Églises romanes oubliées du Roussillon, Les Presses du Languedoc, 2003
* Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t.2, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985

Illustrations :
Photo moderne : Fabricio Cardenas [CC-BY-SA]
Photos anciennes : Jean-Auguste Brutails (1859-1926), via le site 1886 (Université de Bordeaux 3) [domaine public]


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