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samedi 21 octobre 2017

Sobre mariage à Joncet en 1880

Situé en Conflent, le hameau de Joncet fait depuis longtemps partie du territoire de Serdinya, à l'ouest duquel il se trouve. On le traverse généralement sans vraiment y prêter attention lorsque l'on suit la route N116 pour monter en Cerdagne, l'essentiel des maisons étant en contrebas, de même que le chemin qui mène à la gare du train jaune.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le hameau de Joncet

On peut lire dans  le journal de Prades « Le Canigou » daté du 10 juillet 1880 le récit d'un mariage ayant eu lieu dans ce hameau, depuis les préparatifs jusqu'au jour de la noce. Nul véritable drame ici qui justifierait son inclusion dans la rubrique des faits divers, mais toutefois un singulier contretemps que le journaliste de l'époque, avec le talent de raconteur qu'avaient les membres de cette profession en ce temps, arrive à transformer en une bonne histoire.

Nous ne savons s'il nous faut qualifier de vol ou de mauvaise farce la singulière histoire qui s'est passée ces jours-ci à Joncet, commune de Serdinya.

M. Michel Acézat, bon propriétaire de l'endroit, mariait sa fille ; on était arrivé à la veille de la cérémonie, et parents et amis s'occupaient avec activité des préparatifs du festin.

Pendant que les uns plumaient des volailles, que les autres donnaient le coup de grâce à d'innocents agnelets ou à d'inoffensifs lapins, que les ménagères modèles fourbissaient la vaisselle, les jeunes gens organisaient une petite sauterie d'essai : c'est que depuis la dernière fête locale, on n'avait pas dansé à Joncet, et il était bon de s'assurer que l'on était en état de faire bonne figure au bal de noce, le lendemain.

L'essai réussissait au-delà des espérances et l'entrain était à son comble, lorsqu'une grande clameur retentit dans le camp des sacrificateurs - lisez cuisiniers. - L'un deux avait eu l'idée toute naturelle de mettre en bouteilles, le vin renfermé dans une outre et qui attendait dans la fraîcheur du cellier, le moment de son entrée en scène. Hélas ! hélas ! Comment peindre une pareille stupéfaction ? L'outre aux flancs rebondis, que plus d'un convive avait complaisamment caressée du regard, gisait à terre flasque et dégonflée, complètement débarrassée du nectar vermeil qu'elle avait contenu.
Toutes les recherches furent inutiles pour découvrir le ou les audacieux voleurs, de même qu'il fut impossible de se procurer d'autre vin.

Pourtant, il fallait se marier, des parents étaient accourus de plusieurs kilomètres ; le maire, le curé, le festin, tout était prêt. On se maria donc, et on assure même que l'on rit tout de même, en buvant de l'eau, car le miracle des noces de Cana ne fut pas renouvelé, notre siècle impie n'étant pas digne d'une telle faveur.

C'est égal ! Boire de l'eau à une noce, dans notre vieux Roussillon, voilà un fait qui mérite de trouver sa place dans les Éphémérides roussillonnaises.

Souhaitons aux jeunes époux de Joncet et à leurs invités d'être bientôt comme les montagnards de la Dame blanche « réunis » pour une fête où cette fois le vin ne manquera pas.

Note 1 : Il n'y a pas de véritable église à Joncet, mais une chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste. Le mariage y a-t-il été célébré ? Ou était-ce plutôt dans l'église paroissiale Saint-Côme-et-Saint-Damien de Serdinya ? L'article ne le précise pas, quoique la deuxième option semble la plus probable, la chapelle n'ayant sans doute pas la capacité d'accueillir l'affluence importante qui est généralement celle des mariages.

Note 2 : Les Éphémérides roussillonnaises sont à l'époque une rubrique régulière du journal Le Canigou indiquant les événements remarquables s'étant produit en Roussillon chaque jour de l'année.

Note 3 : Pour ceux à qui l'éducation religieuse ferait défaut, l'épisode des noces de Cana est celui où Jésus change l'eau en vin, miracle malheureusement non reproduit à Joncet.

Note 4 : La Dame blanche ne fait pas référence à un légendaire fantôme, mais plutôt à l'opéra-comique du même nom composé par Boieldieu en 1825. On y trouve une histoire de montagnards écossais, parmi lesquels l'un deux cherche son amour perdu... la fameuse dame blanche.

Source :  « Le Canigou » daté du 10 juillet 1880 [domaine public] via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Photo : Jack Ma [cc-by-sa] via Wikimedia Commons


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mardi 31 mai 2016

Impressions d'une anglaise à Prades en 1880

Un petit air de paradis...

Depuis plusieurs siècles déjà, les touristes britanniques fréquentent les Pyrénées, que ce soit par curiosité, par désir d'aventure ou pour les bienfaits de ses diverses stations thermales. Les différentes vallées des Pyrénées-Orientales n'ont pas échappé à cet intérêt d'outre-Manche et c'est donc sans surprise que l'on peut lire dans Le Canigou du 5 juin 1880 la retranscription d'un article rédigé par une anglaise, livrant ses impressions pyrénéennes à ses compatriotes. Ayant séjourné à Amélie-les-Bains puis à Prades, on pourrait penser à première vue qu'elle a nettement préféré la sous-préfecture du Conflent et, surtout, son hôtel de résidence. Mais ce n'est en fait pas si simple...

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les allées Arago à Prades

Miss Bewly, une anglaise, vient de publier dans une revue de Londres, Goost-Words, un article sur nos Pyrénées, plein d'humour, de franchise et de joyeuseté. Cet article, vu sa longueur et le manque d'espace, nous oblige à ne prendre que la partie où l'auteur nous parle de Prades :

« Vers le milieu d'avril, les vents d'ouest sont insupportables à Amélie. Ils nous apportent une fournaise. Mon docteur me conseilla le séjour de Prades. Un chemin de traverse peut vous conduire d'Amélie à Prades ; je conseille cependant aux touristes qui ne sont pas très forts la voie de Perpignan.
« Prades est une charmante petite ville située dans une délicieuse vallée du côté nord du Canigou et non loin des contreforts qui forment sa base. De Prades l'on peut faire de très jolies excursions... Et puis, quelle chose imposante que de voir le Canigou recevant sur sa couronne de neige les derniers rayons d'un soleil couchant !
« L'une des plus grandes attractions de Prades, c'est l'hôtel January. Mlle J... est la perfection des hôtesses, et je crois qu'elle trouve le bonheur de sa vie dans le bien-être de ses convives. Elle cherche pour eux toutes les délicatesses, et sa sollicitude est toujours éveillée ; le gourmet le plus difficile est obligé d'avouer que tout est parfait.
« La bonne qualité du boeuf à Prades est incontestable ; il se fond dans la bouche comme un bonbon, - tandis qu'à Amélie il est presque toujours coriace.
« Les mots ne sauraient décrire Mlle J... et sa table d'hôte, ses déjeuners et ses diners. La chère demoiselle sert quelquefois ses convives elle-même. Elle tourne autour de la table en tourmentant ses lèvres, vous presse de manger du ton le plus insinuant, et vous dit d'un air irrésistible.
« - N'est-ce pas que c'est délicieux ?
« Et vous vous empressez de répondre :
« - Oui.
« Puis à un autre :
« - Tenez... ceci est très bon... je vous conseille d'en manger.
« Et avant que vous ayez eu le temps de répondre, le morceau tombe dans votre assiette. Quelquefois l'on vous sert des foies de poulets cuits avec des herbes odorantes, de superbes mayonnaises, ou bien quelque chose d'inconnu mais délicat avec un goût d'Ambroise.
« Les prix pour ces sortes de fêtes et les confortables chambres à coucher sont comme ceux d'Amélie très raisonnables. Si Mlle J... pouvait transporter son hôtel par dessus le Canigou et le placer à Palalda, ce lieu serait un petit paradis. » O.T.

Pourquoi Palalda ?


La dernière page du journal contient une publicité  pour des consultations à l'hôtel January les vendredis d'un dentiste américain au nom prédisposé : le docteur John Moeller ! Sans doute valait-il mieux le consulter, lui, plutôt que son concurrent présent à la foire de Prades à cette même époque et qui revendiquait le titre de champion des arracheurs de dent !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Note : Le temps m'a manqué pour faire plus de recherches à propos de ce délicieux hôtel January. Il est en tout cas déjà recommandé par le « Guide to the south of France and to the north of Italy » en 1873. N'hésitez pas à partager des informations en commentaire, si vous en avez !

Source article et publicité :
Le Canigou du 5 juin 1880 [domaine public] via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Carte postale : Librairie Venant-Bergès (début 20ème siècle) [domaine public]


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mercredi 17 juin 2015

Royalistes de Pia en prison en 1880

Henri d'Artois
On trouve dans Le Petit Parisien du 20 juin 1880 une brève montrant comment, sous la Troisième République, on peut se trouver mis en prison (par un juge un tantinet zélé sans doute) pour avoir exprimé un peu trop bruyamment ses opinions politiques en public, quelques jeunes royalistes de Pia, en Salanque, en ayant fait les frais.

Les cris séditieux

En attendant que la magistrature soit épurée, ce qui n'aura pas lieu de sitôt au train dont vont les choses, la cour d'appel de Montpellier, peuplée de réactionnaires, vient de donner la mesure de ce qu'elle sait faire.
Quelques jeunes gens de Pia (Pyrénées-Orientales) avaient été récemment condamnés par le tribunal correctionnel de Perpignan à la prison et à l'amende pour avoir crié publiquement : Vive le Roi ! Ils ont fait appel devant cette excellente cour de Montpellier, qui s'est empressée d'enlever la prison et de réduire l'amende à une somme insignifiante.
Décidément, il n'est que temps de réorganiser la magistrature !  J. B.

En 1880 en France, le parti des royalistes est en perte de vitesse mais encore réuni autour de la personne d'Henri d'Artois, comte de Chambord et prétendant au trône. C'est donc sans doute à lui que font référence les jeunes gens de Pia dont il est question ici. Le comte de Chambord meurt peu après, en 1883, et ses partisans se divisent alors entre les différents prétendants possibles.

Source : Le Petit Parisien du 20 juin 1880 (cf. lien via Gallica) [domaine public]
Portrait : peinture d'Adeodato Malatesta (1806-1891), via Wikimedia Commons [domaine public]

Quelques autres histoires à propos de prison de ce blog à relire ici.

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samedi 23 mai 2015

Un terrifiant champion à la foire de Prades en 1880

Un arracheur de dents
On trouve dans Le Canigou : journal de Prades et des Pyrénées-Orientales du 21 février 1880 une description à première vue tout à fait banale de la foire de Prades ayant eu lieu en cette saison. Une brève anecdote vient cependant nous rappeler,  si besoin était, que malgré toute la nostalgie que l'on peut avoir pour la période dite de la Belle époque aucun de nos contemporains ne retournerait vivre en ce temps sans le confort médical auquel nous sommes tous habitués de nos jours.

La foire de mardi dernier a été favorisée par un beau temps : la matinée, particulièrement, a été irréprochable ; aussi vendeurs, acheteurs et promeneurs ont-ils été très nombreux, et les transactions aussi brillantes que productives. Quelques distractions égayaient la foule ; entr'autres un arracheur de dents provoquait de nombreux éclats de rire, non par la façon dont il opérait, mais par le boniment qu'il débitait avec un entrain et une prétention dignes de Mangin, de charlatanesque mémoire.
- Le Roussillon, répétait-il imperturbablement, est célèbre par la naissance de deux grands hommes : Parazols et Arago.
Inutile d'ajouter que c'était lui qu'il désignait ainsi en premier. Ce singulier et audacieux rapprochement, joint au nombre invraisemblable de dents qu'il disait avoir arrachées à Perpignan (475 dans une heure), retenait quelques instants les passants, sans leur donner toutefois l'envie d'augmenter le nombre des victimes et même des cures de l'intarissable Parazols.

Le score de 475 dents arrachées en une heure est sans doute exagéré, mais on peut faire confiance à ces apprentis-dentistes de l'époque pour avoir su être rapide et efficace, quoique certainement pas sans douleur auprès de leurs patients. Pour couvrir les cris, certains se faisaient même accompagner de quelques musiciens dont la mission était de jouer le plus fort possible pendant l'opération (tout en attirant les badauds par la même occasion). Personne ne regrette cette époque !

Source :
Le Canigou du 21 février 1880 (via le fonds numrisé de la BM de Perpignan) [domaine public]
Illustration : Tableau de 1651 par le peintre néerlandais Jan Steen (XVIIe s.) [domaine public]

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