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samedi 21 octobre 2017

Sobre mariage à Joncet en 1880

Situé en Conflent, le hameau de Joncet fait depuis longtemps partie du territoire de Serdinya, à l'ouest duquel il se trouve. On le traverse généralement sans vraiment y prêter attention lorsque l'on suit la route N116 pour monter en Cerdagne, l'essentiel des maisons étant en contrebas, de même que le chemin qui mène à la gare du train jaune.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le hameau de Joncet

On peut lire dans  le journal de Prades « Le Canigou » daté du 10 juillet 1880 le récit d'un mariage ayant eu lieu dans ce hameau, depuis les préparatifs jusqu'au jour de la noce. Nul véritable drame ici qui justifierait son inclusion dans la rubrique des faits divers, mais toutefois un singulier contretemps que le journaliste de l'époque, avec le talent de raconteur qu'avaient les membres de cette profession en ce temps, arrive à transformer en une bonne histoire.

Nous ne savons s'il nous faut qualifier de vol ou de mauvaise farce la singulière histoire qui s'est passée ces jours-ci à Joncet, commune de Serdinya.

M. Michel Acézat, bon propriétaire de l'endroit, mariait sa fille ; on était arrivé à la veille de la cérémonie, et parents et amis s'occupaient avec activité des préparatifs du festin.

Pendant que les uns plumaient des volailles, que les autres donnaient le coup de grâce à d'innocents agnelets ou à d'inoffensifs lapins, que les ménagères modèles fourbissaient la vaisselle, les jeunes gens organisaient une petite sauterie d'essai : c'est que depuis la dernière fête locale, on n'avait pas dansé à Joncet, et il était bon de s'assurer que l'on était en état de faire bonne figure au bal de noce, le lendemain.

L'essai réussissait au-delà des espérances et l'entrain était à son comble, lorsqu'une grande clameur retentit dans le camp des sacrificateurs - lisez cuisiniers. - L'un deux avait eu l'idée toute naturelle de mettre en bouteilles, le vin renfermé dans une outre et qui attendait dans la fraîcheur du cellier, le moment de son entrée en scène. Hélas ! hélas ! Comment peindre une pareille stupéfaction ? L'outre aux flancs rebondis, que plus d'un convive avait complaisamment caressée du regard, gisait à terre flasque et dégonflée, complètement débarrassée du nectar vermeil qu'elle avait contenu.
Toutes les recherches furent inutiles pour découvrir le ou les audacieux voleurs, de même qu'il fut impossible de se procurer d'autre vin.

Pourtant, il fallait se marier, des parents étaient accourus de plusieurs kilomètres ; le maire, le curé, le festin, tout était prêt. On se maria donc, et on assure même que l'on rit tout de même, en buvant de l'eau, car le miracle des noces de Cana ne fut pas renouvelé, notre siècle impie n'étant pas digne d'une telle faveur.

C'est égal ! Boire de l'eau à une noce, dans notre vieux Roussillon, voilà un fait qui mérite de trouver sa place dans les Éphémérides roussillonnaises.

Souhaitons aux jeunes époux de Joncet et à leurs invités d'être bientôt comme les montagnards de la Dame blanche « réunis » pour une fête où cette fois le vin ne manquera pas.

Note 1 : Il n'y a pas de véritable église à Joncet, mais une chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste. Le mariage y a-t-il été célébré ? Ou était-ce plutôt dans l'église paroissiale Saint-Côme-et-Saint-Damien de Serdinya ? L'article ne le précise pas, quoique la deuxième option semble la plus probable, la chapelle n'ayant sans doute pas la capacité d'accueillir l'affluence importante qui est généralement celle des mariages.

Note 2 : Les Éphémérides roussillonnaises sont à l'époque une rubrique régulière du journal Le Canigou indiquant les événements remarquables s'étant produit en Roussillon chaque jour de l'année.

Note 3 : Pour ceux à qui l'éducation religieuse ferait défaut, l'épisode des noces de Cana est celui où Jésus change l'eau en vin, miracle malheureusement non reproduit à Joncet.

Note 4 : La Dame blanche ne fait pas référence à un légendaire fantôme, mais plutôt à l'opéra-comique du même nom composé par Boieldieu en 1825. On y trouve une histoire de montagnards écossais, parmi lesquels l'un deux cherche son amour perdu... la fameuse dame blanche.

Source :  « Le Canigou » daté du 10 juillet 1880 [domaine public] via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Photo : Jack Ma [cc-by-sa] via Wikimedia Commons


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samedi 30 juillet 2016

Un maire de Prades contre l'onanisme

Les bons conseils du sieur Pradel

Dans le numéro du 20 juillet 1879 du journal républicain et anticlérical La Farandole, son rédacteur en chef Justin Alavaill se fend d'une charge contre la municipalité de Prades et en particulier contre son nouveau maire, Xavier Pradel. Il le qualifie de « clérical endiablé » et l'accuse d'être un faux républicain faisant « le jeu des réactionnaires » ayant de surcroît essayé de se « faire proclamer maire inamovible », avant d'être rappelé à l'ordre par le sous-préfet de Prades. Il note également qu'avant d'être maire, Xavier Pradel cherchait constamment à faire parler de lui en écrivant sur tout dans les journaux.

Malgré ce portrait peu glorieux, on peut dire cependant que Xavier Pradel sera le premier maire stable de Prades depuis des années puisqu'il demeure en fonction jusqu'en 1885, alors que durant la période 1870-1879 la ville avait auparavant connu neuf maires successifs.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Prades au début du 20ème siècle

Mais Justin Alavaill fait également un autre commentaire sur Xavier Pradel, officier de santé (qualifié localement de médecin mais sans le titre de docteur) avant d'être maire, et qui n'a pas manqué d'attirer mon attention :
« Il a déjà publié, tout seul, un ouvrage que je confesse n'avoir pas lu : Amour et Onanisme. Ce titre croustillant m'a suffit pour avoir du publiciste l'idée exacte de ses hauts mérites. »

En effet, Xavier Pradel publie en 1876 chez un éditeur parisien un petit ouvrage de 43 pages intitulé Quelques considérations sur l'hygiène de la jeunesse : amour et onanisme. Il y aborde les méfaits de l'amour en général puis poursuit avec ceux de l'onanisme en particulier. Il conclue en proposant quelques solutions pour empêcher tout comportement pervers chez les jeunes hommes et jeunes femmes qui se seraient égarés.

J'en ai sélectionné quelques passages. On y retrouve le discours et les pratiques habituels de l'époque, si choquant de notre point vue actuel, et dont on oublie parfois que le changement des mentalités sur un sujet aussi tabou que la masturbation n'est en fait que relativement récent.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Lorsque vous voyez un individu atteint d'une extrême maigreur, qu'il est pâle, engourdi, stupide, se plaignant d'une grande faiblesse dans les cuisses et les lombes, paresseux dans ses actions, cacochyme, ayant les yeux enfoncés, attribuez sans crainte la cause de ce dépérissement à l'onanisme. (p. 15)

La lecture des romans devient une autre circonstance, non moins funeste, qui hâte la corruption des moeurs chez les jeunes filles et qui aujourd'hui est une des causes les plus actives de leur dépravation. (p. 19)

On trouve chez le masturbateur moins un être vivant qu'un cadavre gisant sur la paille, maigre, pâle, sale, répandant une odeur infecte. Il perd souvent par le nez un sang décoloré, aqueux, une bave sort continuellement de sa bouche. (...) Il est au-dessous de la brute, et l'on a peine à concevoir que ce malheureux appartienne à l'espèce humaine. (p. 22)

Si vous avez une domestique ou une nourrice, surveillez-là, vous éloignerez ainsi la première cause, car souvent, pour éviter des tracas, elles n'hésitent pas à frotter ou à chatouiller les parties sexuelles des enfants, afin de les faire dormir. (p. 31)

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Appareils contre l'onanisme du 19ème siècle

Ce que je dis de l'habitude de rester trop longtemps assis m'amène à un autre ordre d'idées, mais dans un autre âge. Je veux parler des demoiselles qui s'appliquent à coudre avec la machine à pédale.
Ce travail amène, par de longues séances, non seulement la stase sanguine dans les parties inférieures, mais encore ce mouvement de la pédale produit un frottement dont les parties sexuelles peuvent se ressentir. (p. 32)

Enfin, lorsque tout a échoué, quand le raisonnement, les conseils, les menaces, les appareils sont insuffisants, il ne reste qu'à pratiquer une opération : c'est l'infibulation chez les garçons, opération par laquelle on perfore le prépuce de deux trous en regard dans lesquels on fait passer un anneau ou un fil d'or ou d'argent ; chez la femme on a recours à l'extirpation du clitoris. (p. 37)

(L'intégralité du texte est disponible pour les curieux en suivant le lien en bas de la page.)

Notons que quelques années plus tard, alors qu'il est maire de Prades, Xavier Pradel sera l'un des témoins à charge de l'affaire du curé de Nohèdes qui éclate en 1881. Ce dernier, accusé d'avoir empoisonné deux soeurs très pieuses dont il héritait tous les biens tout en entretenant une histoire d'amour passionnelle avec l'institutrice du village, sera condamné aux travaux forcés. Le témoignage de Pradel contribuera à insister sur le caractère supposément perverti du jeune curé.

Sources
* La Farandole (Perpignan) du 20 juillet 1879 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
* Xavier Pradel (1876), Quelques considérations sur l'hygiène de la jeunesse : amour et onanisme, Paris, imprimerie de J. Dejey. [domaine public] [lire en ligne sur Gallica]
* Liste des maires depuis 1790, sur le site de la mairie de Prades

Illustrations 
* Carte postale : Place de la République et place Saint-Pierre à Prades, éditions Venant-Bergès (Prades) [domaine public] 
* Couverture du livre Amour et onanisme par Xavier Pradel, imprimerie de J. Dejey (1876) [domaine public]
* Appareils anti-onanisme : illustration anonyme du 19ème siècle [domaine public]

Les autres articles de ce blog concernant la médecine sont ici 
et ceux à propos de Prades .


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mardi 31 mai 2016

Impressions d'une anglaise à Prades en 1880

Un petit air de paradis...

Depuis plusieurs siècles déjà, les touristes britanniques fréquentent les Pyrénées, que ce soit par curiosité, par désir d'aventure ou pour les bienfaits de ses diverses stations thermales. Les différentes vallées des Pyrénées-Orientales n'ont pas échappé à cet intérêt d'outre-Manche et c'est donc sans surprise que l'on peut lire dans Le Canigou du 5 juin 1880 la retranscription d'un article rédigé par une anglaise, livrant ses impressions pyrénéennes à ses compatriotes. Ayant séjourné à Amélie-les-Bains puis à Prades, on pourrait penser à première vue qu'elle a nettement préféré la sous-préfecture du Conflent et, surtout, son hôtel de résidence. Mais ce n'est en fait pas si simple...

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les allées Arago à Prades

Miss Bewly, une anglaise, vient de publier dans une revue de Londres, Goost-Words, un article sur nos Pyrénées, plein d'humour, de franchise et de joyeuseté. Cet article, vu sa longueur et le manque d'espace, nous oblige à ne prendre que la partie où l'auteur nous parle de Prades :

« Vers le milieu d'avril, les vents d'ouest sont insupportables à Amélie. Ils nous apportent une fournaise. Mon docteur me conseilla le séjour de Prades. Un chemin de traverse peut vous conduire d'Amélie à Prades ; je conseille cependant aux touristes qui ne sont pas très forts la voie de Perpignan.
« Prades est une charmante petite ville située dans une délicieuse vallée du côté nord du Canigou et non loin des contreforts qui forment sa base. De Prades l'on peut faire de très jolies excursions... Et puis, quelle chose imposante que de voir le Canigou recevant sur sa couronne de neige les derniers rayons d'un soleil couchant !
« L'une des plus grandes attractions de Prades, c'est l'hôtel January. Mlle J... est la perfection des hôtesses, et je crois qu'elle trouve le bonheur de sa vie dans le bien-être de ses convives. Elle cherche pour eux toutes les délicatesses, et sa sollicitude est toujours éveillée ; le gourmet le plus difficile est obligé d'avouer que tout est parfait.
« La bonne qualité du boeuf à Prades est incontestable ; il se fond dans la bouche comme un bonbon, - tandis qu'à Amélie il est presque toujours coriace.
« Les mots ne sauraient décrire Mlle J... et sa table d'hôte, ses déjeuners et ses diners. La chère demoiselle sert quelquefois ses convives elle-même. Elle tourne autour de la table en tourmentant ses lèvres, vous presse de manger du ton le plus insinuant, et vous dit d'un air irrésistible.
« - N'est-ce pas que c'est délicieux ?
« Et vous vous empressez de répondre :
« - Oui.
« Puis à un autre :
« - Tenez... ceci est très bon... je vous conseille d'en manger.
« Et avant que vous ayez eu le temps de répondre, le morceau tombe dans votre assiette. Quelquefois l'on vous sert des foies de poulets cuits avec des herbes odorantes, de superbes mayonnaises, ou bien quelque chose d'inconnu mais délicat avec un goût d'Ambroise.
« Les prix pour ces sortes de fêtes et les confortables chambres à coucher sont comme ceux d'Amélie très raisonnables. Si Mlle J... pouvait transporter son hôtel par dessus le Canigou et le placer à Palalda, ce lieu serait un petit paradis. » O.T.

Pourquoi Palalda ?


La dernière page du journal contient une publicité  pour des consultations à l'hôtel January les vendredis d'un dentiste américain au nom prédisposé : le docteur John Moeller ! Sans doute valait-il mieux le consulter, lui, plutôt que son concurrent présent à la foire de Prades à cette même époque et qui revendiquait le titre de champion des arracheurs de dent !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Note : Le temps m'a manqué pour faire plus de recherches à propos de ce délicieux hôtel January. Il est en tout cas déjà recommandé par le « Guide to the south of France and to the north of Italy » en 1873. N'hésitez pas à partager des informations en commentaire, si vous en avez !

Source article et publicité :
Le Canigou du 5 juin 1880 [domaine public] via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Carte postale : Librairie Venant-Bergès (début 20ème siècle) [domaine public]


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dimanche 8 novembre 2015

Vision du Canigou en 1842

« L'imposante magnificence du Canigou »

Le massif du Canigou semble avoir pour propriété naturelle de provoquer une impression indélébile sur tous ceux qui le découvrent pour la première fois, ainsi que nous avons pu déjà le voir avec Adolphe Thiers en 1822. Vingt ans plus tard, la vicomtesse de Satgé, aristocrate anglaise, est elle aussi subjuguée et nous livre sa vision du Canigou.

Une aristocrate anglaise au Canigou


Mme la vicomtesse Satgé de Saint-Jean, née Caroline Sparkess, est une aristocrate anglaise. Elle ne s'est pas trouvée face au Canigou par hasard. Cosme de Satgé, seigneur de Thoren (ancienne commune du Conflent réunie à Sahorre), et ses fils font des affaires en Angleterre. L'un des fils, Valentin, épouse en 1832 la dite Caroline puis obtient le titre de vicomte. Caroline Sparkess devient ainsi vicomtesse et découvre les Pyrénées-Orientales dont elle décide de faire la promotion. C'est dans un petite brochure illustrée de ses propres dessins et parue en 1842, intitulée Esquisses sur les Pyrénées, où elle y présente les deux extrémités de cette chaîne de montagne, qu'elle nous y parle notamment du Roussillon, de la région de Prades, de Ria-Sirach, de Thoren... et du Canigou. Voyons ce qu'elle nous en dit.

Le château de Thoren et le Canigou au 19ème siècle

Le Canigou,

Près des environs de Prades.


Dans toutes mes courses, je n'ai, je pense, rien vu qui égale, mais bien certainement rien qui surpasse l'imposante magnificence du Canigou.
Il est debout, seul, au milieu des riches plaines du Roussillon, le monarque absolu de quelques-unes des plus belles scènes de la nature. Le profond azur d'un ciel espagnol, imprimant sur ses gigantesques masses toutes les chaudes et vigoureuses teintes du Midi, le revêt d'une prismatique et indicible beauté ; et les villages qui nichent à ses pieds dans le sein des bois, et la merveilleuse verdure de ses vallées, baignées par un grand nombre de ruisseaux et de rivières, donnent à sa position un charme incomparable.
Le Canigou s'élève de 8,652 pieds au-dessus du niveau de la Méditerranée, et il fut longtemps considéré comme un des plus hauts points de toute la chaîne des Pyrénées ; mais le Maledetta, qui a 10,772 pieds au-dessus de l'Océan, est maintenant reconnu pour le pic le plus élevé de ces gigantesques fortifications, qui, commençant avec le Canigou, s'étendent comme des remparts entre les deux nations, et forment une chaîne depuis la Méditerranée jusqu'à l'Atlantique.

The Canigou (dessin de la vicomtesse de Satgé)


Un sommet culminant qui n'en est pas un


Dans son récit, la vicomtesse de Satgé mentionne le Maledetta comme plus haut sommet des Pyrénées. Chacun sait de nos jours que le réel point culminant des Pyrénées est le pic d'Aneto, avec une altitude de 3404 mètres. Hors, celui-ci est justement situé dans le massif de Maladeta, côté espagnol en Aragon. Le pic de Maladeta, avec ses 3312 m, passait jadis pour être le plus haut tandis que l'Aneto, étant moins visible, paraissait plus petit. Le Canigou, quant à lui, est loin derrière avec ses 2784 mètres, mais reste sans conteste le plus majestueux d'entre tous les sommets pyrénéens de par sa situation, ce qui convient bien au titre de « monarque absolu » que lui confère la vicomtesse de Satgé.


Sources :
Esquisses sur les Pyrénées (Sketches among Pyrénées) par Mme la vicomtesse Satgé de Saint-Jean, Paris : Arthus-Bertrand ; Londres : Bossange, Barthès et Lowell, 1842, 14 p. via Rosalis (bib. numérique de Toulouse) [domaine public]
Note sur l'éditeur français de cette brochure : c'est un aïeul du célèbre photographe Yann Arthus-Bertrand.
Infos biographiques : Les Pyrénées-Orientales en 1842 vues par une aristocrate anglaise, par Madeleine Souche, sur le site Maison de l'histoire Languedoc Roussillon Catalogne
Sommets pyrénéens : Articles de Wikipédia correspondants (cf. liens)

Illustrations :
Photo du château de Thoren : photo prise avant 1886 sans doute par Élisée Reclus (1830-1905), via Gallica [domaine public] 
The Canigou : Esquisses sur les Pyrénées (cf. supra) [domaine public]

Sur le Canigou vous pouvez aussi relire...
sur ce blog :
* Adolphe Thiers en admiration devant le Canigou en 1822 ;
* L'inauguration du refuge des Cortalets en 1899.
parmi mes anciennes chroniques :
* quatre articles impliquant une araignée, un pyrénéiste anglais, un mirage et l'auteur du Livre de la Jungle.

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vendredi 4 septembre 2015

Inauguration du refuge des Cortalets en 1899

Le journal bien nommé Le Canigou (édité à Prades) publie dans son numéro du 9 septembre 1899 le compte-rendu du congrès du Club Alpin Français ayant eu lieu dans les Pyrénées-Orientales. A cette occasion, ses membres sont bien sûr montés au Canigou, mais cette fois dans le but d'y participer à un grand banquet organisé pour l'inauguration du nouveau Chalet des Cortalets, le 4 septembre 1899. C'est aussi l'occasion de rappeler, si besoin était, qu'en définitive il n'y a rien de plus beau que le Canigou.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
« Chalet-hôtel des Cortalets (façade) »

L'ascension du Canigou et l'inauguration du Chalet des Cortalets ont été, ce que je me permettrai d'appeler : le clou du Congrès. Favorisée par un temps splendide, cette fête au pied du pic, en face du glacier, avec ses tentes blanches disséminées au milieu des sombres sapins, sa table de cent couverts dressée sur la pelouse verte, sa foule d'environ 200 visiteurs animant de couleurs claires et de silhouettes originales ces belles et sévères solitudes, présentait un spectacle inoubliable. Le pic a été escaladé par la brèche Durier, par les intrépides, et par la crête habituelle, par les groupes moins hardis ; mais les uns et les autres ont été unanimes à manifester leur enchantement.
C'est que notre Canigou a pour lui deux privilèges auxquels certainement ne peut prétendre aucune autre montagne : isolement de la chaîne principale et facilité d'accès. Incontestablement le panorama qui se découvre aux yeux de l'ascensionniste du sommet du Casamanya et du Carlit est plus beau et plus émouvant que celui qui s'offre à votre vue, au sommet du Canigou, mais ni le pic d'Andorre, ni celui de Cerdagne n'offrent une masse aussi imposante ni une ascension aussi facile que celles de notre pic roussillonnais aux lignes si pures, aux arêtes tellement hardies, que, pendant longues années, il fut considéré par les géographes comme le pic le plus élevé de la chaîne Pyrénéenne.- Son succès a été complet ; il devait être le roi de la fête, il l'a été : c'était justice.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
« Brèche Durier au Pic du Canigou »

Rappelons tout de même que le refuge des Cortalets est situé à 2150 mètres d'altitude et que plusieurs heures de marche sont nécessaires pour y accéder. Aujourd'hui, la route permet de se garer à proximité, mais je ne sais pas dans quelle mesure cela était possible à l'époque : en 1908, un visiteur déclare par exemple avoir mis 6 heures pour couvrir en voiture le trajet de Vernet jusqu'au refuge.  200 convives pour un banquet d'inauguration dans un endroit aussi isolé peut alors être vu comme un chiffre impressionnant.
Enfin, précisons qu'à partir des Cortalets, la montée au Canigou (2784 mètres) comporte un dénivelé de 634 mètres, et que le refuge, administrativement sur le territoire de la commune de Taurinya, appartient de nos jours toujours au Club Alpin Français.

Note : on peut lire en complément sur cortalets.com une histoire complète du refuge.

Sources :
Le Canigou du 9 septembre 1899, via les collections numérisées de la Bibliothèque de Perpignan.
Informations pratiques fournies par le site officiel du refuge des Cortalets.
Trajet en voiture :   Bulletin de la Société de géographie de Toulouse, 1908, n°3.

Illustrations :
Refuge des Cortalerts : carte postale des éditions Labouche (Toulouse), début XXème siècle, domaine public.
Brèche Durier : carte postale des éditions A. Moli, début XXème siècle, domaine public.


Pour rappel, une autre vision du Canigou est à relire ici.




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dimanche 9 août 2015

Un maire oublié à Catllar en 1815

Changement de maire à Catllar en 1815

En-tête du document
C'est avec la commune de Catllar [prononcer : "Cailla"] en Conflent que je poursuis mes retranscriptions concernant la période des Cent Jours dans le département des Pyrénées-Orientales. On a pu voir avec la vingtaine de communes déjà traitées que pour un tiers d'entre elles le maire reste en place suite au retour de Napoléon Ier, tandis que dans les deux-tiers restants, soit la majorité, le maire laisse son siège à un nouveau venu plus en grâce au yeux du nouveau pouvoir en place. Nous allons voir ce qu'il en est pour Catllar.

Pour commencer, quel est le maire en place ? Le site MairesGenWeb nous donne un relevé complet de la liste des maires supposée affichée en mairie. On y trouve un certain Jean Pallarès, qui aurait siégé de 1805 à 1816, soit durant presque tout le Premier Empire, la Première Restauration, les Cent-Jours (mars-juillet 1815) et le début de la Seconde Restauration. Résister à tous les changements de régime de cette époque peut-être vu comme un exploit, mais cela n'est pas banal dans les petites communes où les gens capables d'assurer la fonction de maire n'étaient pas forcément très nombreux, quoi qu'à l'époque Catllar compte tout de même plus de 500 habitants (un peu plus de 700 de nos jours), ce qui n'est pas si petit. Mais Jean Pallarès est-il vraiment resté en place durant les Cent-Jours ? La délibération du 4 juin 1815 nous révèle une autre situation à Catllar.

Note : la retranscription suit l'orthographe et les lignes du document.

Commune de Catllar
Canton de Prades
Departement des Pyrenées Orientales

Extrait du registre des délibérations de la commune de Catllar


L'an mil huit cent quinze le quatrième du mois de juin
dans la commune de Catllar, nous Jean Pallarés maire
de ladite commune aurions appelés les sieurs Joseph
Pallarés, et Joseph Delseny Massia, pour installer les susdits
a la place de maire et adjoint ainsi qu'il ma été
ordonné par monsieur le prefet d'aprés le procés verbal
des operations de l'assemblée primaire de ladite commune
en datte du vingt un mai dernier duquel il resulte
que le sieur Joseph Pallarés a été elu maire, et le sieur
Joseph Delseny Massia adjoint, de ladite commune de Catllar.
Monsieur le prefet considerant que les elections ont été
faites dans les formes vouluës par le decret impérial
du trente avril dernier, et qu'il ne sait élevé contre elles
aucune reclamations, arrête que les dits individus aprés
avoir prété le serment prescrit par l'article cinquante
six du senatus consulte du vingt huit floréal an douze
sont installés en leur ditte qualité, dont le teneur du
serment suit, je jure obeissance aux constitutions de l'Empire
et fidélité a l'Empereur. De quoi nous avons dressé le présent
procés verbal les jours, mois et an susdits, J. Pallarés maire
Pallarés Joseph, Delsenny Massia, ainsi signés.



Certifié veritable par nous
[signature]
Pallarés maire

On comprend d'après ce document que le 4 juin 1815, le maire en place Jean Pallarés laisse sa place à un certain Joseph Pallarés (peut-être un parent ?) et à son adjoint Joseph Delseny Massia. Il semble que le document soit signé par l'ancien maire, Jean, et non Joseph Pallarés. Combien de temps Joseph Pallarés est-il resté en place ? On ne le sait pas pour l'instant mais Jean Pallarés a probablement récupéré son siège après l'épisode des Cent-Jours, soit à peine un mois ou deux plus tard, ce qui pourrait expliquer qu'il soit noté comme maire jusqu'en 1816.

En tout cas, Joseph Pallarés est un nouveau exemple de maire oublié, après ceux déjà vu de Bouleternère ou de Laroque-des-Albères dans le même contexte.

Sources : 
Texte : ADPO, 2M37
Liste des maires de Catllar : MairesGenWeb (cf. lien)
Photos : Fabricio Cardenas, CC-BY-SA

Pour rappel, les autres articles de ce blog en rapport avec le Conflent sont ici.


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samedi 23 mai 2015

Un terrifiant champion à la foire de Prades en 1880

Un arracheur de dents
On trouve dans Le Canigou : journal de Prades et des Pyrénées-Orientales du 21 février 1880 une description à première vue tout à fait banale de la foire de Prades ayant eu lieu en cette saison. Une brève anecdote vient cependant nous rappeler,  si besoin était, que malgré toute la nostalgie que l'on peut avoir pour la période dite de la Belle époque aucun de nos contemporains ne retournerait vivre en ce temps sans le confort médical auquel nous sommes tous habitués de nos jours.

La foire de mardi dernier a été favorisée par un beau temps : la matinée, particulièrement, a été irréprochable ; aussi vendeurs, acheteurs et promeneurs ont-ils été très nombreux, et les transactions aussi brillantes que productives. Quelques distractions égayaient la foule ; entr'autres un arracheur de dents provoquait de nombreux éclats de rire, non par la façon dont il opérait, mais par le boniment qu'il débitait avec un entrain et une prétention dignes de Mangin, de charlatanesque mémoire.
- Le Roussillon, répétait-il imperturbablement, est célèbre par la naissance de deux grands hommes : Parazols et Arago.
Inutile d'ajouter que c'était lui qu'il désignait ainsi en premier. Ce singulier et audacieux rapprochement, joint au nombre invraisemblable de dents qu'il disait avoir arrachées à Perpignan (475 dans une heure), retenait quelques instants les passants, sans leur donner toutefois l'envie d'augmenter le nombre des victimes et même des cures de l'intarissable Parazols.

Le score de 475 dents arrachées en une heure est sans doute exagéré, mais on peut faire confiance à ces apprentis-dentistes de l'époque pour avoir su être rapide et efficace, quoique certainement pas sans douleur auprès de leurs patients. Pour couvrir les cris, certains se faisaient même accompagner de quelques musiciens dont la mission était de jouer le plus fort possible pendant l'opération (tout en attirant les badauds par la même occasion). Personne ne regrette cette époque !

Source :
Le Canigou du 21 février 1880 (via le fonds numrisé de la BM de Perpignan) [domaine public]
Illustration : Tableau de 1651 par le peintre néerlandais Jan Steen (XVIIe s.) [domaine public]

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samedi 18 avril 2015

Un loup abattu à Vinça en 1933

Vue générale de Vinça de nos jours
Nous avons pu voir précédemment les dégâts (réels ou supposés) causés par les loups en Cerdagne en 1864. Ces animaux disparaissent ensuite du département et ne sont aperçus qu'épisodiquement. On peut lire à ce propos dans le journal L'Humanité du 3 janvier 1933, en plein hiver, le récit d'un loup tué à Sahorle, hameau de Vinça, en Conflent. Il y a à l'époque un peu plus de 1500 habitants à Vinça.



Un loup est abattu dans les Pyrénées-Orientales

Perpignan, 2 janvier.
On a tué, au hameau de Sahorle, près de Vinça, un gros loup qui ravageait les troupeaux depuis quelques temps. Il y avait plus de vingt-cinq ans qu'on n'avait pas vu de loup dans le département.

Si l'on en croit l'auteur de cette dépêche, les loups ont disparu des Pyrénées-Orientales avant 1908, au moins. Cette information est probable car il ne reste sans doute qu'à peu près 500 loups sur tout le territoire français en 1900. Les derniers loups français sont tués à la fin des années 30.

Source : Gallica (cf. lien)
Photo : Meria z Geoian (via Wikimedia Commons, CC-BY-SA)


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lundi 16 février 2015

Un gendarme distingué à Sahorre en 1883

Le Moniteur de la gendarmerie du 5 août 1883 nous donne comme chaque semaine en son temps la liste des gendarmes médaillés ou cités pour des raisons diverses. Parmi ceux-ci on trouve à cette date un gendarme de Sahorre, en Conflent, distingué pour sa rigueur morale. Sahorre est à l'époque au maximum de sa population avec 826 habitants recensés en 1881 (pour 364 en 2012). Il n'y a plus de brigade de gendarmerie de nos jours à Sahorre, la plus proche étant à Vernet-les-Bains.

Citations
16e Légion bis

Cortie, gendarme à Sahorre (Pyrénées-Orientales). Le 13 octobre, mis à l'ordre de la Légion pour avoir, le 4 octobre 1881, à Sahorre, fait acte de probité en remettant à son chef de brigade un porte-monnaie contenant la somme du [sic] 70 fr. 40 cent. qu'il venait de trouver, sans témoins, et avoir refusé la récompense que lui offrait le propriétaire de l'argent.

Note : Pour avoir une idée de la somme importante contenue dans ce porte-monnaie et à titre de comparaison, un facteur à pied gagne en 1890 un salaire annuel de 600 francs. On peut donc supposer que cette somme équivalait grosso modo à plus d'un mois de salaire pour ce valeureux militaire.

Source : Gallica (cf. lien)
Photo : Fabricio Cardenas (CC-BY-SA)


Pour rappel, une autre histoire de gendarme à relire ici sur ce blog.

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dimanche 14 décembre 2014

Adolphe Thiers en admiration devant le Canigou en 1822

Adolphe Thiers (1797-1877) est surtout resté dans les mémoires comme le chef du Gouvernement qui négocie avec Bismarck puis fait écraser la Commune de Paris en 1871, avant de devenir le premier président de la Troisième République. On en oublie alors l'ensemble de sa carrière de journaliste et d'historien qui le mène tout de même à être élu à l'Académie Française alors qu'il a à peine 36 ans.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le jeune Adolphe Thiers

En 1822, Thiers n'a que 25 ans et veut voir du pays. Malgré des tracasseries administratives sans fin pour obtenir un visa, il se met en route jusqu'à Genève, visite la Savoie, la Provence puis se dirige vers les Pyrénées. Il publie ses impressions de voyage en 1823 sous le titre de Les Pyrénées et le Midi de la France pendant les mois de novembre et décembre 1822. Il y décrit son arrivée à Perpignan, qualifiée de pittoresque, et ses observations sur les autochtones. Quittant Perpignan tôt le matin, il se dirige ensuite vers Prades, et est alors impressionné par sa vision du massif du Canigou.

L'un des plus beaux spectacles que j'ai rencontré dans les Pyrénées, est celui dont je fus frappé en sortant de Perpignan, pour m'enfoncer dans les montagnes. C'était le matin, vers les six heures à-peu-près. Le froid était rigoureux, un vent impétueux et glacé soufflait des montagnes du Capsir, couvertes de neige ; et un jeune Roussillonnais, à la veste courte, au bonnet flottant, au visage court et vif, conduisait au galop quatre chevaux de Cerdagne, qui nous emportaient tout autour du Canigou. Entraînés par ce mouvement rapide, nous voyions se succéder tour-à-tour les têtes de ce mont superbe qui, placé à l'entrée des Pyrénées, les annonce d'une manière si imposante. La plaine n'avait encore reçu aucun rayon de soleil, lorsque tout-à-coup le Canigou reçut sur son front une teinte rose qui, se mariant à la blancheur des neiges, produisit une nuance d'une inexprimable douceur. Cette bande lumineuse s'agrandissant par l'élévation progressive du soleil, le pic supérieur semblait croître à mesure qu'il s'éclairait. Bientôt le mont tout entier fut inondé de lumière et de pourpre ; alors toutes ses formes, cachées dans l'obscurité se dessinèrent, à-la-fois, toutes ses saillies ressortirent, toutes ses profondeurs semblèrent s'enfoncer encore, et il parut acquérir une réalité qu'il n'avait pas. Le froid, le vent, la rapidité de la course ajoutaient à l'effet de ce grand spectacle ; le mouvement surtout le rendait enivrant. Mais cependant le plaisir n'était que pour les yeux ; le froid extrême ramenait les sens en eux-mêmes, et les empêchait de se répandre au-dehors.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le massif du Canigou vu depuis les hauteurs de Perpignan


Thiers poursuit sa route et finit par arriver à Prades où il a cette remarque qui montre bien la réalité du pays à l'époque :

Prades est le premier bourg un peu considérable que l'on rencontre après Perpignan, et c'est aussi le dernier. Les voitures ne peuvent aller au-delà, et on ne peut voyager que sur des chevaux.

Il continue ensuite vers Mont-Louis et décrit les routes de montagne qu'il emprunte, sans toutefois retrouver l'impression saisissante que lui a laissé le mont Canigou, véritable maître du Roussillon.

Source :
* Adolphe Thiers, Les Pyrénées et le Midi de la France pendant les mois de novembre et décembre 1822, Paris, Ponthieu, 1823 (via Gallica) [domaine public]
Photos :
* Portrait anonyme, XIXè s. (via Wikimedia Commons) [domaine public]
* Canigou : photo de Poune  (via Wikimedia Commons) [CC-BY-SA]



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jeudi 2 octobre 2014

Un courageux poilu de La Cabanasse en 1914

Le drapeau du 24e RIC vers 1920
Le journal La Lanterne nous relate dans son édition du 28 novembre 1914 les faits de gloire d'un caporal originaire de La Cabanasse (253 habitants en 1911) et soldat du 24ème régiment d'infanterie coloniale, originaire de Perpignan.

 Le journal ne précise pas les lieux ni la date exacte des événements, mais on sait que le 24e RIC est en 1914 engagé en septembre dans la première bataille de la Marne, où il se distingue et subit de lourdes pertes, puis maintient ses positions jusqu'à la fin de l'année.

« Mon colonel
acceptez cette tranchée... »

Le « Journal Officiel » a publié la citation suivante : « Est inscrit au tableau pour la médaille militaire, le caporal Philip, du 24e d'infanterie coloniale ; se porta sur la ligne de feu, sous une vive fusillade, pour relever un officier blessé ; de plus, étant en patrouille mit en fuite une troupe numériquement supérieure, nous assurant la possession d'une tranchée ; blessé plusieurs fois, ne se fit panser que vingt-quatre heures après, refusant d'être évacué ; fut ensuite grièvement blessé. »

Le courageux caporal François Philip, dont il est question, est originaire de la Cabanasse (arrondissement de Prades); il est arrivé à Perpignan avec le dernier convoi de blessés, et un de nos collaborateurs a pu le voir à l'hôpital auxiliaire de l'Union des femmes de France, où il est en traitement.
Sans parler du courage qu'il déploya en relevant, et en sauvant, sous une fusillade terrible, son lieutenant grièvement blessé et que les Allemands allaient emporter, voici le fait principal qui a valu à Philip la médaille militaire. 


Un jour, le colonel C. ayant besoin d'être renseigné sur les forces ennemies, fait appeler Philip.
- Je te sais brave et courageux, lui dit-il, c'est pourquoi je vais te charger d'une mission extrêmement périlleuse.
- La nuit venue, tu prendras 25 hommes et tu iras sur cette crête où l'on voit des soldats
allemands faire une tranchée. Tu tâcheras de rester là jusqu'au matin, en te dissimulant, toi et tes hommes, puis tu viendras me rendre compte de ce que tu auras vu.
- C'est bien, mon colonel, j'irai, dit Philip sans hésitation. 

- Sais-tu que tu risques ta vie et celle de tes compagnons ? 
- Je le sais, mon colonel, mais je n'ai pas peur de la mort: c'est pour la France !
A ces mots, le colonel, ému, embrasse Philip qui, très ferme, recrute 25 volontaires aussi bien trempés que lui. La petite troupe part. Les autres coloniaux la suivent des yeux ; puis, la nuit s'épaississant, elle disparaît dans l'ombre. Arrivé près de la crête, Philip aperçoit des soldats du génie allemand creusant une tranchée, pendant qu'une sentinelle fait les cent pas et monte la garde près d'eux. Philip fait dissimuler ses hommes dans un petit bois, avec défense de bouger et de crier, quoi qu'ils entendent. Il emmène avec lui un camarade et lui dit :
- Quand nous serons près de la sentinelle allemande, et que celle-ci criera : « Wer da ! (Qui va là ?) », tu te tiendras à l'écart de moi, sur la gauche, et tu feras du bruit avec ta baïonnette de façon à faire retourner la sentinelle vers toi. Quoi que fasse le Boche, quoi que je fasse, ne dis rien, couche-toi sur le sol et attends mes ordres.


Les deux hommes avancent sans bruit ; ils ne sont qu'à deux pas de la sentinelle allemande qui se promène en fredonnant un air du pays. Philip prend à droite, et en marchant fait un petit bruit.

- Wer da ! crie le Boche.
A ce moment, l'autre colonial, exécutant la consigne, remue la baïonnette dans le fourreau. La sentinelle se retourne vers la gauche. C'est ce qu'attendait Philip, qui, posté à droite, bondit sur l'Allemand lui plante par deux fois sa baïonnette dans la poitrine et saisit son fusil. La sentinelle s'écroule sans pousser un cri. Prestement Philip, sans être vu des soldats qui travaillaient à vingt mètres plus loin à faire la tranchée, prend le manteau, le casque et le fusil de la sentinelle et se met à monter la garde à sa place; de temps à autre, il fait rouler le cadavre du Boche pour le dissimuler le
plus possible. Bientôt, la tranchée étant finie, les soldats allemands partent pour rejoindre le gros des troupes, non sans adresser un salut amical à la sentinelle qui à leur grand étonnement, continue sa promenade sans leur répondre. Quand ils ont disparu, Philip jette son casque et son manteau allemand, court dans le bois chercher ses camarades, et les 26 coloniaux s'installent dans la tranchée allemande. Au petit jour, une compagnie bavaroise arrive pour prendre possession de la tranchée préparée par le génie. Elle avance sans méfiance, les soldats devisant et plaisantant entre eux. Quand ils ne sont plus qu'à quelques pas, Philip et ses 25 camarades tirent sur eux sans répit. Un grand nombre d'Allemands tombent ; les autres veulent prendre la tranchée d'assaut : un feu meurtrier décime les téméraires et met les autres en fuite, sauf 18 qui lèvent les bras et se rendent. Pendant ce temps, le 24e colonial, entendant la fusillade s'avance au pas de charge, le colonel en tête. Philip court vers lui et lui dit :
- Mon colonel, j'ai le plaisir de vous offrir cette tranchée : elle est sur la crête ; vous pourrez vous rendre compte d'ici, mieux que moi, de la position des forces allemandes.


Le colonel, les larmes aux yeux, félicite Philip que le régiment tout entier acclame avec frénésie. Devant toutes les troupes la médaille militaire est remise au caporal Philip sur le théâtre de ses exploits.
Quelques jours après, Philip est touché au bras droit et à l'épaule droite. Malgré sa double blessure, il refuse d'aller à l'ambulance. II continue à combattre et descend un officier allemand ; Philip, voyant l'officier blessé, se porte vers lui pour le faire prisonnier et lui porter secours.
Mais au même moment, l'officier allemand braque son revolver sur le vaillant caporal et lui fracasse l'épaule d'une balle. Malgré la douleur, Philip a encore la force de prendre son fusil et de broyer le
crâne de l'officier allemand à coups de crosse, Le caporal Philip, épuisé par sa triple blessure, est emporté à l'ambulance et de là évacué sur l'hôpital de Mâcon, puis sur l'hôpital militaire de Perpignan.


Note 1 : Le caporal Philip n'apparaît pas dans les bases de données recensant les morts pour la France victimes de la Première Guerre mondiale. On peut donc supposer qu'il a survécu à ses blessures. Quelqu'un pourra peut-être nous renseigner sur ce qu'il est advenu de ce valeureux militaire après la guerre ?
Note 2 : Bien qu'ayant consulté le journal de ce régiment pour l'année 1914, je n'ai pas trouvé trace de cet événement, mais j'ai pu le manquer, l'écriture de ce journal étant essentiellement constituée à proprement parler de pattes de mouches souvent peu lisibles.

Ajout du 13/11/2017 : Grâce aux informations fournies par une lectrice de ce blog et généalogiste, je sais désormais que notre valeureux caporal est François Philip, né à La Cabanasse en 1892 et marié à Thuir en 1919, ce qui confirme qu'il a bien survécu à la guerre.

Sources : 
* La Lanterne du 28 novembre 1914 via Gallica (cf. lien article)
* Historique du 24e régiment d'infanterie coloniale : guerre 1914-1918, Perpignan, éd. Barrière, 1920
Photo : op. cité, cliché Ferrier ou Perrier (nom peu lisible), Perpignan [domaine public]

A relire à propos de la commune de La Cabanasse :



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vendredi 12 septembre 2014

Neige exceptionnelle en décembre 1906

Le train chasse-neige sur la ligne de Cerdagne
La période de Noël semble avoir été particulièrement difficile pour les habitants du Conflent en 1906, ainsi que nous l'indique La Lanterne dans son édition du 27 décembre 1906.

Les villages de Fontpédrouse et La Cabanasse sont situés respectivement à 1062 et 1511 mètres d'altitude, ce qui explique facilement le rude climat hivernal.


Le froid et la neige
 
Perpignan, 25 décembre. -  La neige est tombée en si grande abondance dans le haut arrondissement de Prades que la couche atteint deux mètres dans plusieurs villages, notamment à Fontpédrouse où habitent de nombreux ouvriers occupés sur les chantiers de la ligne de chemin de fer.
Les habitants manquent de pain, de comestibles et sont privés de nouvelles. Le bétail meurt de faim.
Deux soldats permissionnaires, qui se rendaient à la Cabanasse, surpris probablement par une tourmente de neige, auraient péri. On est sans nouvelles d'eux. On fait des recherches actives.

Les ouvriers mentionnés dans l'article travaillaient sans doute à la construction du fameux pont Séjourné, qui dura de 1906 à 1908, et situé sur la ligne de Cerdagne (celle du Train jaune) entre Villefranche-de-Conflent et Mont-Louis.

Source : Gallica (cf. lien)
Photo : Par darklenoir (libre) [Public domain], via Wikimedia Commons

A relire sur ce blog

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samedi 9 août 2014

Déluge à Urbanya en 1907

Avec 10 habitants recensés en 2011, Urbanya est aujourd'hui la commune la moins peuplée du département des Pyrénées-Orientales. Mais en 1907, on y trouvait encore 275 habitants, et ceux-ci subirent des intempéries catastrophiques, ainsi que nous l'apprend la presse quotidienne de ce mois de septembre 1907. Le village est situé  à 880 mètres d'altitude dans une vallée reculée du Conflent et il n'existait pas encore à l'époque de vraie route le reliant aux villages voisins de Conat ou Nohèdes.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Urbanya

Le Rappel du 14 septembre 1907

Prades - Un cyclone s'est abattu sur la commune d'Urbanya et ses environs et a causé des pertes considérables.

On en sait un peu plus le lendemain.

La Presse (Paris)  du 15 septembre 1907.

LE MAUVAIS TEMPS

Perpignan, 14 septembre. - Les détails qui parviennent sur la trombe d'eau qui s'est abattue sur le territoire d'Urbanya (arrondissement de Prades), disent que des ponts ont été ensevelis ou emportés, des chemins et des routes rendus impraticables, des maisons ébranlées. En certains endroits, l'amoncellement de la grêle rend difficile la circulation.

Le journal Le Canigou du 21 septembre 1907 nous donne davantage de détails sur l'étendue des dégats.

Urbanya .- Les dégâts du cyclone.

Lundi matin, nous avons eu la visite de MM. Hugonnet, agent-voyer en chef ; Petit, conseiller général ; Baixès, agent-voyer d'arrondissement, et Jalabert, agent-voyer cantonal.
Ces messieurs sont repartis sur Prades, à midi, après s'être entretenus très longuement avec M. le maire d'Urbanya et avoir constaté l'étendue des dégâts occasionnés par les tristes effets du cyclone qui s'est abattu sur notre commune, dans l'après-midi du jeudi 12 courant, aux chemins vicinaux ordinaires de la commune, aux fontaines, lavoirs, ainsi que dans de multiples propriétés complètement dévastées par la rivière sortie de son lit.
Une équipe nombreuse d'ouvriers travaille à rétablir l'ancien lit de la rivière d'Urbanya et à le déblayer des énormes blocs de pierre qui l'obstruent.
Les dommages subis sont très importants.

- Secours ministériel .- M. le Ministre de l'Intérieur vient d'accorder un secours de 250 francs à la commune d'Urbanya, pour procéder aux travaux de déblaiement des fontaines ensablées à la suite de la trombe d'eau du jeudi 12 septembre dernier.


Note de 2016 : Le recensement de 2014 révèle une progression démographique étonnante à Urbanya, qui possède désormais officiellement non plus 10 mais 34 habitants !

Source articles [domaine public] : Gallica (cf. liens)
Source Le Canigou du 21 septembre 1907 [domaine public] : fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan.

Photo : Par Petrus6622 (Travail personnel) [Licence Art Libre, via Wikimedia Commons]


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vendredi 18 juillet 2014

Médaille de bronze des postes et télégraphes en 1901

Des postiers récompensés

Rappelons à notre bon souvenir le nom de deux valeureux postiers du début du XXème siècle.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Saillagouse vers 1910

Journal officiel de la République française, 18 juillet 1901.

Par arrêté du ministre du commerce, de l'industrie, des postes et des télégraphes, en date du 10 juillet 1901, et sur la proposition du sous-secrétaire d'Etat des postes et télégraphes :

2° La médaille de bronze des postes et des télégraphes a été décernée à :

[ne figurent que les nominés des Pyrénées-Orientales]

M. Laporte (Michel-Martin-Gaudérique), facteur local à Prades (Pyrénées-Orientales) ; 25 ans de services administratifs ; 14 ans de services militaires. [lien]

M. Puig (Sauveur-Hiacinthe), facteur rural à Saillagouse (Pyrénées-Orientales) ; 33 ans de services administratifs. [lien]

Félicitations à Michel Laporte et Sauveur Puig pour leur nombreuses années passées à distribuer le courrier en Conflent et en Cerdagne. Je pense surtout à M. Puig qui devait avoir de bons mollets, car distribuer le courrier en montagne à l'époque demandait une bonne condition physique ! Concernant Michel Laporte, on peut déduire qu'il a été militaire jusqu'en 1876 avant de devenir facteur, corps d'emploi souvent utilisé pour recaser les anciens militaires en ce temps-là.

Source : Gallica
Photo : Carte postale, auteur inconnu, vers 1910 [Domaine public], via WC.


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dimanche 23 février 2014

Un doyen des anciens combattants à Ria en 1931

Un rianenc parmi les plus vieux anciens combattants français en 1931

En 1931, le Journal des mutilés et combattants se pose la question de savoir qui est le véritable doyen des anciens combattants en France. Le titre vient d'être attribué par certains journalistes, un  peu rapidement, à un certain M. Victor Brun, âgé de 93 ans. Mais très vite, d'autres candidats se déclarent. Parmi eux, figure un vétéran originaire de Ria (aujourd'hui Ria-Sirach, près de Prades).

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Le Journal des mutilés et combattants
31 mai 1931

Nos doyens

Nous avions bien raison d'écrire dans un écho récent l'existence probable d'anciens combattants qui sont les aînés de M. Brun, âgé de 95 ans. C'est ainsi que l'on signale M. Baptiste Taurinya, né en 1833 à Ria (Pyrénées-Orientales), ancien combattant de Crimée, blessé à Inkermann, pensionné de guerre et médaillé militaire.
Un de nos camarades nous indique de son côté son grand-oncle, M. Etienne Meynier, à Jallien (Isère), né en 1835, ancien combattant de la campagne d'Italie, médaillé militaire depuis le 1er janvier 1931 seulement.
Heureusement pour lui, M. Meynier a pu attendre.

Durant quelques jours, Baptiste Taurinya devient le nouveau doyen des anciens combattants. Né en 1833, il a donc approximativement 98 ans en 1931. La bataille d'Inkerman a lieu durant la guerre de Crimée le 5 novembre 1854 et oppose une coalition franco-britannique aux armées russes, qui  seront vaincues. Les pertes ce jour-là furent relativement limitées du côté Français, en comparaison avec celles des Russes.  Taurinya n'a alors que 21 ans lors de cette bataille. Venant d'un petit bourg rural (1000 habitants en 1851), il n'est pas garanti qu'il ait su s'exprimer correctement en français avant d'être enrôlé, le catalan ayant sûrement été sa langue maternelle. Ce fut sans doute également le cas des blessés que j'évoquais ailleurs concernant la campagne d'Italie en 1859.

Mais revenons à nos doyens. L'enquête se poursuit et de nouveaux candidats potentiels pour le titre suprême sont découverts. Un mois après l'article figurant ci-dessus, le palmarès semble établi. Deux centenaires viennent détrôner notre vétéran rianenc, qui se retrouve sur la troisième marche du podium.

Le Journal des mutilés et combattants
28 juin 1931


Qui est le doyen ?

Nous le pensions bien. L'attribution par de nombreux journaux du titre de doyen des anciens combattants à M. Victor Brun a fait surgir de nombreuses candidatures. A vrai dire, elles ne sont jamais personnelles, mais présentées par un proche du candidat. Ainsi y trouve-t-on, à côté d'une exceptionnelle et magnifique longévité, le plus joli témoignage d'affection filiale et familiale.
Tous leurs cadets s'associeront donc d'autant plus volontiers à ces témoignages qu'ils vont uniquement à des anciens combattants aux titres les plus certains. Et ils seront sans doute heureux d'en connaître une première liste, car nous ne doutons qu'il y aura d'autres compétiteurs vigoureux, c'est bien le cas de le dire, puisqu'il s'agit là de nonagénaires dont on se plaît à signaler l'excellente santé.
Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les deux doyens

M. Victor Brun, d'Avranches — à lui l'honneur — est né le 8 mars 1840. Blessé à Solférino le 24 juin 1859, il est amputé d'un bras. Malgré ses 91 ans, c'est presque un bleu.
Le général de Ferron, un ancien de Marignan et de Solférino voyait récemment célébrer ses 93 ans. M. Mathieu Boniface, de Lalindre, Dordogne, est né le 14 août 1837. Il aura bientôt 94 ans. C'est aussi un ancien de la campagne d'Italie avec le 71e R.L. MM. Romain Thorel, de Longueville-sur-Loire (S.-L.) et Etienne Meynier, de Gallien (Isère), deux anciens encore de la campagne d'Italie, sont nés en 1835. Ils prennent avec leurs 96 ans une sérieuse avance.
Mais voici M. Baptiste Taurinya, né à Ria (P.-O.) en 1833. Ancien combattant de Crimée, blessé à Inkermann, pensionné de guerre, 98 ans. Et encore un combattant de Crimée, M. André Castagnet, de Lagarde, près de Château-Salins. Il a 100 ans depuis le 11 juin dernier. Le 11 août 1914, à 82 ans, il se dévouait encore aux blessés des combats livrés devant et dans le village de Lagarde.
Cent ans ! Et vous pensez peut-être que c'est le doyen. Mais il y a encore — nous pensons bien qu'il vit toujours depuis l'article que nous publions l'an dernier à son sujet, il y a donc M. Antoine Bernardi, né à Ortiforio (Corse), le 22 mai 1831, combattant de Sébastopol, où il fut fait prisonnier. Et sans doute est-il aussi le doyen des A.P.G.

Personne jusqu'alors n'a ravi le titre de doyen à Antoine Bernardi.
Et à tous, nous souhaitons de rester le plus longtemps possible sur leurs positions respectives.
Mais nous faisons le voeu aussi que l'on n'oublie pas plus longtemps certains d'entre eux. Croirait-on que l'on vient tout juste d'accorder la médaille militaire à MM. Thorel et Meynier et que les deux doyens véritables, nos deux centenaires : André Castanet et Antoine Bernardi ne l'ont pas encore.
Et nous ne vous garantissons pas qu'ils ont tous la carte de combattant. En attendant, félicitons-les de donner aux jeunes l'exemple de la durée. Cela fera enrager le ministère des Finances.

Les éditions successives de ce périodique ne nous donnent pas de nouvelles sur ce que sont devenus tous ces valeureux vétérans. Peut-être quelqu'un sait-il à quel âge a disparu Baptiste Taurinya, voire même quelles furent la nature de ses blessures lors de la guerre de Crimée ? Peut-être a-t-il fini par obtenir le titre de doyen si ses deux aînés sont morts avant lui. Je n'ai rien retrouvé sur eux non plus.

Sources : Le Journal des mutilés et combattants [domaine public] (via Gallica, cf. liens)
Photos : Fabricio Cardenas


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lundi 3 février 2014

Pluies diluviennes en décembre 1932

Vieux papiers des Pyrénées-OrientalesInondations destructrices en décembre 1932 dans les Pyrénées-Orientales

Actualités du département parues dans Le Figaro du 21 décembre 1932.

Après les pluies diluviennes dans le midi

Un autre danger : la terre qui glisse

Perpignan, 20 décembre

Le glissement du terrain redouté à Thomas-les-Bains s'est produit. Le hameau avait été évacué par les habitants à la demande du sous-préfet. La terre s'est amoncelée entre l'établissement thermal et la petite localité, barrant le cours de la rivière. Si celle-ci rompt sa digue artificielle, le hameau risque d'être entièrement emporté.
Un autre glissement de terrain est signalé près de l'usine électrique de la Cassagne, dans la vallée de la Têt, ainsi qu'à Montbollo, où trois maisons qui menacent ruine sont gardées par les gendarmes pour empêcher les habitants d'y revenir.
A Mont-Ferrer, un éboulis sur une longueur de 500 mètres descend vers le hameau de Canpatère dont les maisons ont été abandonnées.
Le presbytère de Rabouillet s'est écroulé. Le moulin à farine de Conat a été démoli.
Des routes et des ponts ont été détruits à Prats-de-Sournia et à Saint-Laurent de Cerdans.
A Montlouis le grand canal de la Salitte a été démoli. Des perturbations importantes se sont produites dans les communications ferroviaires, téléphoniques et télégraphiques.
A Perpignan, cent cinquante personnes ont du se réfugier dans les écoles où la municipalité assure leur ravitaillement.
Toutefois, la pluie ayant cessé, la situation est moins alarmante.


Commentaires

Quelques précisions concernant les lieux cités.
Le hameau de Saint-Thomas-les-Bains est d'abord intégré au sein de la commune de Prats-Saint-Thomas lors de la création des communes à la Révolution française, puis celle-ci fusionne avec Fontpédrouse en 1822.
La Cassagne ne désigne pas ici la commune de Cassagne qui est située dans la vallée de l'Agly, mais bien plutôt un hameau de la commune de Sauto et situé dans la vallée de la Têt, tel que le précise l'article.

Fontpédrouse, Mont-Louis et Sauto sont en haut-Conflent. Conat est en bas-Conflent.
Montbolo, Montferrer et Saint-Laurent-de-Cerdans sont en Vallespir.
Prats-de-Sournia et Rabouillet sont dans les Fenouillèdes.
Perpignan est dans le Roussillon. 

On peut en conclure que ces inondations ont touché toutes les hauteurs du département. Perpignan n'est pas loin de l'embouchure de la Têt, les inondations y sont fréquentes.

Source : Gallica [domaine public]
Photo : Fabricio Cardenas [domaine public]


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