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samedi 31 octobre 2015

1000 km à pied pour un entretien d'embauche

Jean Nicolas Pierre Hachette
(1769-1834) est un mathématicien natif de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, près de la frontière avec la Belgique. A 22 ans, il décide de faire 1000 km à pied afin d'obtenir le poste qu'il convoite... à Collioure, dans les Pyrénées-Orientales.


Un mathématicien autodidacte

Après ses premières études dans sa ville natale puis au collège de Reims, Jean-Nicolas-Pierre Hachette se découvre un attrait irrésistible pour les mathématiques. C'est quasiment de manière autodidacte qu'il décide de se consacrer à sa passion, tout en étant employé comme dessinateur à l'École royale du génie de Mézières depuis ses 19 ans.

Quatre ans plus tard, Hachette se sent assez sûr de lui pour proposer ses compétences et cherche un poste d'enseignant. On demande justement un professeur d'hydrographie pour Collioure et Port-Vendres. C'est à 1000 km ? Qu'à cela ne tienne, il décide de faire le voyage à pied.


1000 km à pied pour une candidature spontanée

En ce début de l'année 1793, Hachette n'a pas encore 23 ans et n'est sans doute pas très riche (son père est libraire). Le meilleur moyen de s'économiser les frais de transports est donc encore de faire le voyage à pied. Suivant le trajet emprunté, et avec les routes actuelles, entre 1000 et 1200 km séparent Charleville-Mézières, au nord, de Collioure, direction plein sud. Notre marcheur a pu passer par exemple par les villes de Troyes, Dijon, Lyon, Avignon, Montpellier, Béziers, Narbonne et Perpignan avant d'arriver à destination.

Le trajet de 1000 km

Combien de temps a-t-il mis pour un tel trajet ? Il est difficile d'évaluer cette donnée, ne sachant rien de sa vitesse moyenne, de son temps de marche quotidien, de sa condition physique ou même de celle de ses chaussures. Mais Hachette était jeune et motivé, et l'on peut supposer qu'il ait pu marcher au moins huit heures par jour. 4 à 5 km/h est un rythme tranquille, à partir de 7 ou 8 km/h, on passe en marche active. Quoi qu'il en soit, on peut alors estimer qu'il a fallu a notre jeune postulant entre 20 et 30 jours minimum pour effectuer ce voyage.


...et un emploi à la clef

Une fois arrivé à Collioure, Hachette se présente spontanément pour le poste et évince sans difficulté tous ses concurrents. Il y reste deux ans, au cours desquels il aura notamment pour élève le jeune François-Baudile Bergé, natif de Collioure. Fort de sa formation dispensée par Hachette, celui-ci deviendra plus tard le premier polytechnicien de l'histoire et un général d'Empire.

Tout en enseignant entre Collioure et Port-Vendres, Hachette participe activement à la défense de Collioure, prise par les Espagnols en 1793 et libérée par les Français en mai 1794. Il trouve en plus le temps de produire divers articles de mathématiques et de géométrie descriptive. Il en envoie un au grand mathématicien Gaspard Monge et, dès la fin 1794, il est recruté comme professeur de géométrie descriptive pour la toute nouvelle École polytechnique qui ouvre à Paris. Hachette aura donc passé un peu moins de deux ans à Collioure, à la fois loin de tout et au sein des guerres révolutionnaires, mais sa carrière était lancée. Il reste connu aujourd'hui principalement pour ses travaux de géométrie et de mécanique.

Ses titres affichés lors de son éloge funèbre sont les suivants :
Hachette (Jean-Nicolas-Pierre)
Membre de l'Institut, de la Société royale et centrale d'Agriculture,  du Conseil de la Société d'Encouragement, de la Société philomatique, des Académies de Naples, Bruxelles, etc., membre de la Légion d'Honneur, Professeur à la Faculté des Sciences.

Sources :
* Discours  prononcé le 18 janvier 1834 sur la tombe de M. Hachette (Jean-Nicolas-Pierre)
par M. le B.on de Silvestre [Augustin-François de Silvestre], Membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de la Société royale et centrale d'Agriculture, etc.; Paris, imprimerie de Mme Huzard, 1834 [via Google Books, domaine public]
* Collioure, par le Général J. Caloni, in Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales,1938 (vol. 60) [via Gallica, domaine public]

Illustrations :
* Portrait : auteur anonyme, 19ème siècle [domaine public]
* Carte : © les contributeurs d’OpenStreetMap [licence ODbl]

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jeudi 7 mai 2015

Orties inoffensives à Collioure en 1874

Grande ortie
On peut lire dans La Science illustrée du 16 décembre 1902 une observation botanique effectuée par Charles Naudin à Collioure presque trente ans auparavant concernant l'influence du vent sur les propriétés urticantes des orties.

(...)
Chez les animaux le vent  accroît la respiration, accélère les échanges nutritifs ; chez les végétaux il active la transpiration.
Il peut priver momentanément les fleurs de leur parfum, évaporer le venin des glandes, désarmer la plus redoutable de toutes les herbes : l'ortie.
En février 1874, à Collioure, un vent violent qui dura vingt-quatre heures fit tomber par millier les oranges et, beaucoup, au milieu de vigoureuses orties grièches.
Avec une appréhension bien légitime, les travailleurs, le lendemain, commencèrent à ramasser les fruits d'or dans ces peu agréables plates-bandes. Leur surprise fut grande en constatant qu'ils pouvaient manier impunément ces plantes qui, la veille encore, produisaient d'intolérables piqûres.
Le botaniste Naudin auquel le fait fut signalé remarqua qu'il fallut une semaine aux orties pour reprendre leurs habituelles propriétés.
Sans doute, le venin de l'ortie grièche est un peu volatil. Dans un air calme, il s'évapore lentement à travers l'épiderme des poils et une nouvelle quantité de liquide le remplace à mesure.
Au grand vent, l'exhalation devient si active qu'elle amène, pour quelques jours, l'épuisement de la réserve.
(...)

Charles Naudin vécut dix ans à Collioure et y fit une étude complète du climat local (cf. le chapitre que je lui consacre dans 66 petites histoires du pays catalan), tout en développant son jardin botanique et acclimatant de nombreuses espèces végétales exotiques dans la région.
Je ne sais pas ce qu'il reste aujourd'hui de ce qui semble avoir été une production intensive d'agrumes à Collioure, ville jadis renommée pour son poncire, ni même s'il y a encore des orties car il me semble (c'est un constat personnel) qu'on en voit beaucoup moins depuis quelques années dans la nature. On a en tout cas, avec les périodes de grand vent, une méthode infaillible pour les ramasser sans danger !

Source : Ferdinand Faideau, Le vent et les plantes in La Science illustrée (Paris) n° 784 du 16 décembre 1902 (via Gallica)
Photo : Uwe H. Friese via Wikimedia Commons (CC-BY-SA)

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vendredi 31 octobre 2014

Démission du maire de Collioure en 1885

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Vue du port de Collioure en juin 1883
Être maire au 19ème siècle ne rapporte rien hormis une surcharge de travail, et c'est donc à juste titre que le journal républicain L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls et de la région se plaint de cet état de fait dans son édition du 5 février 1885, en réclamant un salaire pour le maire afin de permettre à d'autres que des riches de pouvoir assumer cette charge et également d'éviter la situation décrite dans l'article au sujet de Collioure. Le sujet permet également au journal de lancer une diatribe contre les libéraux.

Le nouveau maire de Collioure

Nous avons chanté sur tous les tons que les fonctions de maire seraient moins coûteuses si messieurs les maires étaient salariés. Attendu que ces fonctions étant purement honorifiques, il n'y a qu'une petite catégorie qui puisse consacrer le temps nécessaire pour bien administrer les affaires communales. - Le riche seul peut affronter cette responsabilité, et bien entendu que les riches, en administrant les intérêts des autres, n'oublient pas les leurs.
A ce sujet, nous voyons, à Collioure, M. Coste, donnant sa démission pour gagner 3,000 francs comme docteur de la Compagnie du Midi (réseau compris entre Palau et Cerbère). M. Camille Bernadi a été appelé à prendre sa place.
On nous dit que M. Camille Bernadi est un peintre distingué, un grand amateur de musique, voire même un écrivain, mais il est riche propriétaire ! Et, les loups ne se mangent pas entre eux, quand il n'y a pas nécessité.
On nous dit aussi que M. Camille Bernadi est très libéral, nous en sommes sûrs ! mais ce ne sont pas les libéraux qui ont fait la République, et nous n'avons pas à compter sur eux pour la faire prospérer.
On nous dit encore que M. Bernadi fait beaucoup de bien, qu'il respecte le gouvernement républicain. Mais, un républicain, à sa place, au lieu de rester l'arme au bras respectueusement, travaillerait pour le principe républicain progressif ; et les libéraux comme lui, artistes, écrivains et très riches utiliseraient mieux leur temps à s'occuper de sciences, sans avoir, comme paralysateur intellectuel, les travaux d'un conseil municipal.
Allons ! messieurs les respectueux de la République, donnez vos sièges à des républicains. - Les Rois ne prennent que des royalistes ; les empereurs ne prennent que des impérialistes ; il faut que nous soyons bien imprudents pour ne pas prendre des républicains.

Cet article vaut au journal de recevoir dès les jours suivants une longue réponse du 1er adjoint au maire, Camille Bernadi. Ce dernier s'y défend d'avoir brigué la mairie (il n'est pas encore nommé), ayant presque été élu contre son gré et dans la seule fin d'accomplir son devoir de citoyen, et affirme ne rien posséder, hormis une brillante éducation. Enfin, il se dit républicain en dehors de tout parti et déclare être contre l'idée d'un salaire pour les maires.

Par la suite, le journal n'aborde plus cette affaire car au final Jean Coste, élu depuis 1878, revient sur sa démission et reste maire jusqu'en 1903.

Note sur la photo : Issue d'un négatif sur papier, l'image est bien à l'envers...

Sources : 
L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls et de la région, n° 47 bis du 5 février 1885, n°48 du 15 février 1885 [via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan].
Mandat Jean Coste : MairesGenWeb
Photo : Eugène Trutat (1840-1910) [domaine public] via Rosalis (Bib. num. de Toulouse)



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