dimanche 9 août 2015

Un maire oublié à Catllar en 1815

Changement de maire à Catllar en 1815

En-tête du document
C'est avec la commune de Catllar [prononcer : "Cailla"] en Conflent que je poursuis mes retranscriptions concernant la période des Cent Jours dans le département des Pyrénées-Orientales. On a pu voir avec la vingtaine de communes déjà traitées que pour un tiers d'entre elles le maire reste en place suite au retour de Napoléon Ier, tandis que dans les deux-tiers restants, soit la majorité, le maire laisse son siège à un nouveau venu plus en grâce au yeux du nouveau pouvoir en place. Nous allons voir ce qu'il en est pour Catllar.

Pour commencer, quel est le maire en place ? Le site MairesGenWeb nous donne un relevé complet de la liste des maires supposée affichée en mairie. On y trouve un certain Jean Pallarès, qui aurait siégé de 1805 à 1816, soit durant presque tout le Premier Empire, la Première Restauration, les Cent-Jours (mars-juillet 1815) et le début de la Seconde Restauration. Résister à tous les changements de régime de cette époque peut-être vu comme un exploit, mais cela n'est pas banal dans les petites communes où les gens capables d'assurer la fonction de maire n'étaient pas forcément très nombreux, quoi qu'à l'époque Catllar compte tout de même plus de 500 habitants (un peu plus de 700 de nos jours), ce qui n'est pas si petit. Mais Jean Pallarès est-il vraiment resté en place durant les Cent-Jours ? La délibération du 4 juin 1815 nous révèle une autre situation à Catllar.

Note : la retranscription suit l'orthographe et les lignes du document.

Commune de Catllar
Canton de Prades
Departement des Pyrenées Orientales

Extrait du registre des délibérations de la commune de Catllar


L'an mil huit cent quinze le quatrième du mois de juin
dans la commune de Catllar, nous Jean Pallarés maire
de ladite commune aurions appelés les sieurs Joseph
Pallarés, et Joseph Delseny Massia, pour installer les susdits
a la place de maire et adjoint ainsi qu'il ma été
ordonné par monsieur le prefet d'aprés le procés verbal
des operations de l'assemblée primaire de ladite commune
en datte du vingt un mai dernier duquel il resulte
que le sieur Joseph Pallarés a été elu maire, et le sieur
Joseph Delseny Massia adjoint, de ladite commune de Catllar.
Monsieur le prefet considerant que les elections ont été
faites dans les formes vouluës par le decret impérial
du trente avril dernier, et qu'il ne sait élevé contre elles
aucune reclamations, arrête que les dits individus aprés
avoir prété le serment prescrit par l'article cinquante
six du senatus consulte du vingt huit floréal an douze
sont installés en leur ditte qualité, dont le teneur du
serment suit, je jure obeissance aux constitutions de l'Empire
et fidélité a l'Empereur. De quoi nous avons dressé le présent
procés verbal les jours, mois et an susdits, J. Pallarés maire
Pallarés Joseph, Delsenny Massia, ainsi signés.



Certifié veritable par nous
[signature]
Pallarés maire

On comprend d'après ce document que le 4 juin 1815, le maire en place Jean Pallarés laisse sa place à un certain Joseph Pallarés (peut-être un parent ?) et à son adjoint Joseph Delseny Massia. Il semble que le document soit signé par l'ancien maire, Jean, et non Joseph Pallarés. Combien de temps Joseph Pallarés est-il resté en place ? On ne le sait pas pour l'instant mais Jean Pallarés a probablement récupéré son siège après l'épisode des Cent-Jours, soit à peine un mois ou deux plus tard, ce qui pourrait expliquer qu'il soit noté comme maire jusqu'en 1816.

En tout cas, Joseph Pallarés est un nouveau exemple de maire oublié, après ceux déjà vu de Bouleternère ou de Laroque-des-Albères dans le même contexte.

Sources : 
Texte : ADPO, 2M37
Liste des maires de Catllar : MairesGenWeb (cf. lien)
Photos : Fabricio Cardenas, CC-BY-SA

Pour rappel, les autres articles de ce blog en rapport avec le Conflent sont ici.


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dimanche 26 juillet 2015

Joseph Arago prisonnier au Mexique en 1858

Injustement accusé de trahison et condamné à la hâte

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Benito Juárez
Joseph Arago, né à Estagel le 2 juin 1796, est le neuvième des onze enfants de Marie et François Arago et l'avant-dernier des six frères, tous devenus célèbres pour des raisons diverses et dont le plus connu est bien sûr François. Son frère aîné Jean (1788-1836), militaire de carrière, se fait un nom au Mexique, où il deviendra général, dans le camp des révolutionnaires. Joseph l'y rejoint en 1827 et intègre l'armée mexicaine au grade de lieutenant, allant jusqu'au grade de colonel. Le Journal des débats politiques et littéraires du 25 août 1858 nous informe que Joseph Arago, renommé localement José, traverse une très mauvaise passe.

Ces jours-ci, le bruit a couru à Mexico que M. Joseph Arago, prisonnier au fort de Saint-Jean-d'Ulloa, à Vera-Cruz, allait être fusillé par ordre du gouvernement puro. Vous savez sans doute que M. Joseph Arago, depuis longtemps au service du Mexique, commandait le fort du Coffre du Perote en qualité de colonel, forteresse qu'il avait conservée au parti révolutionnaire. Mais par une belle nuit, il se vit tout à coup arrêté sous l'accusation ou plutôt sous le soupçon d'avoir voulu rendre le fort au gouvernement suprême, puis emmené prisonnier à Vera-Cruz. Au bruit de sa mort prochaine, des amis se sont empressés de faire des démarches pour éviter cette terrible extrémité. Mais réussiront-ils, ou plutôt arriveront-ils à temps ?

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le fort de Perote


On l'aura compris, la situation au Mexique est à ce moment-là assez compliquée. Il y a alors deux présidents du Mexique : Benito Juárez (libéral, partisan des réformes, à Veracruz) et Félix María Zuloaga (conservateur, à Mexico). La guerre civile entre ces deux camps a lieu de 1857 à 1861 et est connue sous le nom de la Guerre de Réforme. Soutenu par les Etats-Unis d'Amérique, le camp libéral sortira vainqueur de cet épisode. Le colonel José Arago, bien connu et respecté du camp de Juárez est à l'époque un homme malade, souffrant comme plusieurs autres de ses frères et  sœurs de diabète et d'un début de cécité. Il ne combat donc plus sur le terrain et le poste de commandement du fort de Perote (près de Veracruz) qu'il a reçu en 1852 lui permet de ne pas rester dans le dénuement. José Arago est dans l'épisode cité accusé d'avoir voulu rendre ce fort au gouvernement de Zuloaga. Peut-être quelqu'un lui en voulait-il, toujours est-il qu'il échappe au peloton d'exécution et reprend son poste. Il meurt peu après, du fait de sa santé fragile, le 19 septembre 1860 à Tacubaya, près de Mexico. Son fils aîné José Tiburcio Arago obtient une pension du gouvernement en remerciement des services de son père et a eu une nombreuse descendance qui fait que le nom d'Arago existe encore aujourd'hui au Mexique.

Note : Je n'ai pas trouvé de portrait de Joseph Arago.

Sources :
Article :  Journal des débats politiques et littéraires du 25 août 1858, via Gallica (cf. lien), domaine public.
Infos Mexique : Wikipédia.
Infos supplémentaires sur les Arago : 
Nouveau Dictionnaire de Biographies Roussillonnaises 1789-2011, vol. 1 Pouvoirs et société, t. 1 (A-L), Perpignan, Publications de l'olivier,‎
Photos:
* Benito Juárez : auteur inconnu, via WikiCommons, domaine public.
* Fort de Perote : José Francisco Valle del Mojica, via WikiCommons, CC-BY 2.0

Pour rappel, un article sur un autre frère Arago, Jacques, à relire ici.




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lundi 6 juillet 2015

Explosion à Paulilles en 1885

Cinq morts et deux blessés graves

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La première pierre de la dynamiterie de Paulilles, sur la commune de Port-Vendres,  est posée le  4 septembre 1870, « le plus loin possible de la frontière allemande », selon le souhait de Gambetta. Depuis cette date, et ce jusqu'à la cessation de fabrication de dynamite en 1984, l'histoire du site sera ponctuée de nombreuses explosions accidentelles et souvent meurtrières pour les employés, de la première en 1877, jusqu'à la dernière, en 1958. On trouve une liste de ces drames dans l'ouvrage collectif Paulilles ou la mémoire ouvrière paru en 2005. Toutefois cette liste omet l'explosion dont il est fait mention dans L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls et de la région du 12 avril 1885 sur la catastrophe survenue à la dynamiterie de Paulilles le mercredi 8 avril 1885.

Catastrophe de Paulilles

Mercredi dernier, vers 10 h du matin,  nous avons ressenti à Port-Vendres une vive commotion.
On s'est tout de suite douté qu'un malheur venait d'arriver à l'usine de dynamite de Paulilles. Toute la population s'est vivement empressée d'accourir sur le lieu du sinistre.
L'émotion était grande ! car chacun redoutait d'avoir à déplorer la mort d'un des siens.
Aussitôt l'on a appris que l'explosion s'était produite dans le baraquement où se trouvait l'appareil à filtrer les acides.
On ignore complètement ce qui a pu déterminer ce malheur, attendu que les témoins qui pourraient fournir des renseignements précis ont été foudroyés.
Les uns, supposent que l'ouvrier chargé de surveiller le degré de pression, aura perdu, un instant, son sang-froid ; d'autres, prétendent que les tuyaux étaient engorgés ; enfin, l'on se perd en conjectures.
On compte cinq morts, dont quatre de Banyuls et un de Cosprons, tous pères de famille.
Parmi les blessés, il y en a deux qui le sont grièvement.
Ils étaient, parait-il, chargés de transporter les matériaux, sur un chariot, et au moment de l'explosion, ils se sont malheureusement trouvés à proximité.
Une pauvre femme, âgée d'une cinquantaine d'années et habitant Port-Vendres, qui ramassait du bois dans ces parages, a été renversée par le choc de l'explosion, et dans sa chute, elles s'est fracturé un bras.
Jeudi, à quatre heures du soir, a eu lieu l'enterrement des quatre victimes de Banyuls.
Beaucoup de gens de Perpignan, d'Elne, d'Argelès, de Collioure, de Port-Vendres, de Cerbère, etc., etc., ont eu à cœur d'assister aux funérailles de ces infortunés travailleurs.
Une foule compacte et recueillie suivait le cortège. C'était un spectacle à vous fendre l'âme ; on voyait de tous côtés des hommes, femmes, enfants, pleurer à chaudes larmes, à la vue de ces quatre cercueils, ne laissant après eux que le deuil et le triste souvenir d'une cruelle catastrophe quia fatalement enlevé l'existence à des êtres si chers à leur famille.
Nous adressons ici à ces veuves et orphelins inconsolables, nos meilleurs sentiments de condoléances.

La liste présente dans l'ouvrage cite notamment une explosion ayant eu lieu le 27 janvier 1882 avec un bilan de 20 morts et une autre en février 1886 ayant fait un mort et un blessé grave. Celle-ci s'intercale donc entre les deux, avec un bilan de cinq morts et deux blessés graves.

Ajout du 10/07/2015 : Le site Les amis de Paulilles cite l'explosion du 8 avril 1885, tout ayant trouvé peu de matière à ce sujet, mais donne par contre la liste des cinq victimes, après recherches aux ADPO.

Sources :  
Article : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls et de la région du 12 avril 1885 (via Bib. numérique de Perpignan, domaine public)
Autres infos : L'AMIC (Association Médiatrice d'Intérêt Collectif), Paulilles, la mémoire ouvrière, Saint-Estève, Les Presses littéraires,‎ 2005
Illustration : Carte postale, éditions MTIL, vers 1920.

Pour rappel, cet article à relire sur Port-Vendres ici.



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mercredi 24 juin 2015

Ode aux environs d'Amélie-les-Bains en 1912

Des babas à Montalba !
Nous avons pu lire précédemment dans l'Amélie journal du 11 janvier 1912 à propos du Tech les vers de Marc Anfossi , écrivain parisien alors en cure à Amélie-les-Bains. Dix jours plus tard, celui-ci récidive, dans le numéro du 21 janvier 1912, mais cette fois-ci à propos des environs d'Amélie. En effet, le principal souci des curistes est bien entendu de se trouver des distractions et Montbolo, Palalda ou Montalba-d'Amélie sont à l'époque des sujets d'excursions tout trouvés et accessibles. Il en résulte un poème étonnant, sur un mode enfantin, et qui se prêterait assez bien à la chanson (mais peut-être quelqu'un l'a-t-il déjà mis en musique ?).

Confidences d'un moutard parisien

Moi j'aime beaucoup Amélie...
C'est une Montagne jolie
Maman y refait sa santé
L'hiver, et quelquefois l'été.
On s'y promène, on s'y adonne
Et quand j'ai soif, maman mignonne
Souvent me grise de lolo
     A Montbolo.

Que de charmantes promenades !
Que de roches, que de cascades !
Sauge, lavande, serpolet
Parfument chaque ruisselet.
Papa dit : La belle nature !...
Grand'mère paye des montures
Et nous allons tous a dada
     A Palalda.

Quelquefois, légers, très ingambes
A nos cous nous prenons nos jambes
Et sans nous fatiguer jamais
Nous escaladons les sommets.
A ce jeu l'appétit s'aiguise,
Et pour le calmer à ma guise
Maman me bourre de babas
     A Montalba.


Pour gâterie conforme,
Marc Anfossi
Amélie-les-Bains, janvier 1912

Note : En 1912, Palalda et Montalba-d'Amélie sont encore des communes indépendantes. Palalda fusionne en 1942 avec Amélie et Montalba-d'Amélie est rattachée en 1962.

Source : Amélie journal du 21 janvier 1912 (via Bib. numérique de Perpignan, domaine public)
Photo : Fabricio Cardenas, CC-BY-SA


Cliquer sur les liens pour retrouver les articles de ce blog en rapport avec Amélie-les-Bains-Palalda ou avec Montbolo.


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mercredi 17 juin 2015

Royalistes de Pia en prison en 1880

Henri d'Artois
On trouve dans Le Petit Parisien du 20 juin 1880 une brève montrant comment, sous la Troisième République, on peut se trouver mis en prison (par un juge un tantinet zélé sans doute) pour avoir exprimé un peu trop bruyamment ses opinions politiques en public, quelques jeunes royalistes de Pia, en Salanque, en ayant fait les frais.

Les cris séditieux

En attendant que la magistrature soit épurée, ce qui n'aura pas lieu de sitôt au train dont vont les choses, la cour d'appel de Montpellier, peuplée de réactionnaires, vient de donner la mesure de ce qu'elle sait faire.
Quelques jeunes gens de Pia (Pyrénées-Orientales) avaient été récemment condamnés par le tribunal correctionnel de Perpignan à la prison et à l'amende pour avoir crié publiquement : Vive le Roi ! Ils ont fait appel devant cette excellente cour de Montpellier, qui s'est empressée d'enlever la prison et de réduire l'amende à une somme insignifiante.
Décidément, il n'est que temps de réorganiser la magistrature !  J. B.

En 1880 en France, le parti des royalistes est en perte de vitesse mais encore réuni autour de la personne d'Henri d'Artois, comte de Chambord et prétendant au trône. C'est donc sans doute à lui que font référence les jeunes gens de Pia dont il est question ici. Le comte de Chambord meurt peu après, en 1883, et ses partisans se divisent alors entre les différents prétendants possibles.

Source : Le Petit Parisien du 20 juin 1880 (cf. lien via Gallica) [domaine public]
Portrait : peinture d'Adeodato Malatesta (1806-1891), via Wikimedia Commons [domaine public]

Quelques autres histoires à propos de prison de ce blog à relire ici.

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jeudi 11 juin 2015

Quête insistante du curé de Rasiguères en 1887

Vue générale de Rasiguères
Parmi les nombreux journaux républicains et anti-cléricaux de la fin du XIXème ou du début du XXème siècles, le quotidien parisien de La Lanterne ne manque jamais une occasion de se moquer des curés de campagne, ainsi que nous l'avons déjà vu concernant le curé de  Théza en  1900. Cette fois-ci, l'article paru dans l'édition du 18 avril 1887 ridiculise le curé de Rasiguères, petit village du Fenouillèdes peuplé à l'époque d'un peu plus de 300 habitants (le double de la population actuelle). Le journal ne mentionne jamais par quel moyen il a vent de ces histoires de campagne : parfois les faits sont empruntés à la presse locale ou même envoyés directement par un lecteur du journal, trop heureux de faire de son curé un sujet de plaisanterie à travers le pays. Dans un cas comme dans l'autre, nous n'avons bien sûr qu'une version de l'histoire.

Perpignan, 16 avril. - Pour alimenter le denier de Saint-Pierre et aussi « pour faire des curés » (textuel), le desservant de Rasiguères se livrerait, volontiers, à une scène de pugilat.
Voici ce qui s'est passé le dimanche, 10 avril courant, dans l'église de cette dernière commune :
Pendant la messe, à un moment donné, deux ou trois paroissiens se lèvent, prennent des assiettes et vont, le curé en tête, présenter ces plats à chaque assistant. Il paraît que la recette n'était pas abondante, et c'est alors que le curé, n'y tenant plus, apostropha en ces termes chacun des assistants : « Toi, donne-moi un sou !  Toi, donne-moi deux sous pour avoir mangé de la viande pendant le carême », et ainsi de suite. Il est ainsi arrivé en présence du sieur X..., instituteur en retraite, et lui a demandé un sou. « Je n'en ai pas », a répondu X... « Vous n'avez donc pas d'argent ? » a ricané le curé. Pour toute réponse, X... lui a montré une pièce de 5 francs. Interdit, notre mendiant a continué sa ronde. Mais, il a vite été remis. « Allons, jeune homme, un sou, tu fumeras un cigare de moins ! Allons, petits, des sous ! des sous ! des sous ! »
Les assistants, d'abord abasourdis par le toupet de leur cher pasteur, sont revenus à eux, et une rumeur sourde s'élevait, prélude d'une émancipation prochaine, quand soudain notre fougueux curé, déboutonnant sa soutane, s'est écrié :
« Si quelqu'un d'entre vous a une dent de lait contre moi, qu'il vienne me trouver ; ici ou ailleurs, je saurai lui répondre. » Ce coup de théâtre lui a pleinement réussi. Aucun des assistants n'a relevé le défi, et les brebis galeuses sont rentrées au bercail ! N'aurait-il pas eu raison de dire que le curé de Rasiguères est un vrai batailleur ?
Si j'avais un conseil à donner aux habitants de cette localité, surtout à ceux qui se disent républicains, je leur dirais : « Restez chez vous, ainsi que vos femmes et vos enfants, et laissez le curé tranquille dans son église, vous ne courrez pas ainsi le risque d'être provoqués, et vous ferez acte de liberté et d'indépendance. »

Note : L'église de Rasiguères, dédiée à saint Jean-Baptiste, est récente (sans doute à l'emplacement d'une église plus ancienne dont il ne reste rien) et date des XVIII et XIXème siècles.

Suivez les liens pour retrouver les articles précédents de ce blog
concernant les Fenouillèdes ou les curés !

Source : Article paru dans La Lanterne du  18 avril 1887, via Gallica (cf. lien) [domaine public]
Photo : Babsy, via Wikimedia Commons [CC-BY 3.0]

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lundi 1 juin 2015

Culture du cerisier dans les Pyrénées-Orientales en 1938

Un cerisier à Maureillas en 1938
Ce week-end du 30 et 31 mai a eu lieu à Céret la fête de la cerise. Nous avons pu déjà voir dans des précédents articles que, bien que sans doute ancienne, la culture de la cerise y est très longtemps restée totalement anecdotique puisqu'à la fin du XIXème siècle Céret est universellement renommée pour ses noisettes et que l'on ne commence à parler de la cerise de Céret dans la presse nationale qu'à partir de 1926, avant que ne démarre en 1932 la tradition d'envoyer une caisse de cerises au président de la République, opération publicitaire efficace et qui prouve alors la précocité de la cerise de Céret parmi les cerises françaises.

Le succès de la cerise de Céret à partir des années 20 a incité les producteurs fruitiers a planter des arbres en grande quantité, tout en provoquant l'émergence de nouvelles variétés, non plus pour la consommation locale mais plus aptes au transport et pour le commerce national. Je propose donc dans cet article de commencer à faire le point sur cette révolution de la cerise dans les Pyrénées-Orientales vingt ans après, soit en 1938, à travers le constat dressé par les ingénieurs agricoles Peyrière, Basset et Clave dans Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales.

En 1938, la cerise est cultivée dans tout le département sauf dans le canton de Mont-Louis. Quatre communes cependant concentrent la moitié de la production : Céret, Maureillas, Reynès et Llauro. On compte 90 000 cerisiers à travers tout le département produisant en moyenne 24 000 quintaux par an. La région de Céret en particulier est passée de 20 000 à 30 000 cerisiers de 1920 à 1937 et produit alors 15 000 quintaux, soit plus de 60% de la production départementale. Voyons quels sont les cantons concentrant le plus grand nombre de cerisiers en 1938 :

Canton de Céret : 45 000
Canton de Prades : 7 200
Canton de Thuir : 6 400
Canton d'Argelès-sur-Mer : 5 250
Canton d'Arles-sur-Tech : 2 200
Canton de Saint-Paul-de-Fenouillet : 2 000
Canton de Latour-de-France : 2 000

La position dominante du canton de Céret est incontestable, mais on peut voir que d'autres régions telles que les cantons de Prades (avec la commune de Clara) ou de Thuir (avec Llauro) ont également une production honorable. Le podium de tête des communes aux plus grand nombre de cerisiers sont les suivantes, toutes dans le canton de Céret :

Céret : 25 000
Maureillas : 7 000
Reynès : 5 500

Les auteurs précisent qu'à l'époque les cerisiers n'existent sous forme de plantation quasiment que dans la région de Céret. Partout ailleurs dans le département, ils sont soit isolés, soit en petits groupes en bordure des champs, des vignes ou des prairies.
En ce qui concerne les plantations, les jeunes arbres sont tous issus des pépiniéristes locaux et plantés à 7 ou 8 mètres les uns des autres. Sitôt plantés, ils sont rabattus à une hauteur entre 1,30 et 1,50 mètre. Ensuite, quelques-uns les taillent en gobelet durant les premières années, la plupart laissent l'arbre livré à lui-même. Le seul traitement appliqué est une bouillie bordelaise à 2%, pulvérisée en hiver. Le rendement moyen est de 70 kg de cerises par arbre. En 1937, un arboriculteur de la région obtient toutefois un rendement de 150 kg sur une cinquantaine de ses cerisiers.

Note : Un quintal métrique équivaut à 100 kg. La région de Céret produit donc à l'époque 1 500 tonnes de cerises pour 30 000 arbres (dont 1 250 tonnes rien que pour Céret même), ce qui correspond plutôt à un rendement moyen de 50 kg par arbre. On est encore loin des quantités produites dans les années 70, mais c'est en fait le niveau auquel on est revenu de nos jours.

Note 2 : Un film documentaire sur l'histoire de la cerise à Céret vient de sortir ces jours-ci. Il s'agit de Céret, des cerises et des hommes, de Claire et Gérard Ebele. Plus d'infos ici.

Nous verrons dans un article suivant les variétés cultivées à l'époque.

Source et photo :
* Peyrière, Basset et Clave, Cultures fruitières et maraîchères dans les Pyrénées-Orientales, 1938 (domaine public ?)




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