samedi 30 avril 2016

Vingrau le 4 juin 1815

Changement de maire à Vingrau en 1815

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'école et la mairie à Vingrau

Je poursuis avec la commune de Vingrau mes retranscriptions concernant les archives de la période des Cent-Jours en 1815 dans le département des Pyrénées-Orientales. Nous allons voir qu'à l'instar de la plupart des communes déjà traitées, le maire de Vingrau a dû, lui aussi, laisser sa place à un sujet sans doute plus fidèle à l'Empereur.

Note : la retranscription suit l'orthographe et les lignes du document.

Vingrau

L'an mil huit cent quinze et le quatre
juin dans la commune de Vingrau departement
des Pirénées Orientales, canton de Rivesaltes.



Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Nous Parés maire, et Resungles adjoint,
assemblés dans le lieu ordinaire de nos séances.
En vertu de l'arreté de Monsieur le prefet, en
date du 27 mai dernier, et la lettre de Monsieur
le sous prefet du 27 mai dernier, qui nous ordonne
d'installer Monsieur Louis Resungles maire, et
Michel Chavanette adjoint de la susdite commune
de Vingrau, tout de suite j'ai procedé selon les
formes prescrites par le Decret impérial
du 30 avril dernier, a l'installation de
Louis Resungles, pour maire, et
de Michel Chavanette, pour adjoint, en presence de
nous Parés maire, et Resungles adjoint, sortants,
ont prêté le serment requis par la loi,
d'obeissance aux constitutions de l'empire, et de
fidelité à l'Empereur.
De tout ci dessus avons dressé le present
proces verbal le jour mois et an ci dessus,
et avons signé

[signatures]
Ls Resungles maire
Parés maire
Michel Chavanette adjoint
Resungles adjoint


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les signatures des maires et adjoints de Vingrau en 1815


Le document ci-dessus nous informe donc qu'en ce 4 juin 1815, le maire en place, Parés, est remplacé par Louis Resungles sur ordre du préfet des Pyrénées-Orientales daté du 27 mai 1815. L'adjoint sortant, Resungles, est lui aussi remplacé par un certain Michel Chavanette, sans que l'on sache vraiment si l'adjoint sortant et le nouveau maire sont la même personne ou non. Le fait d'avoir quatre signatures (les deux maires et les deux adjoints) et non trois pourrait inciter à penser qu'il ne s'agit pas des mêmes personnes, mais la similarité des deux « Resungles » me ferait plutôt pencher pour un même individu. Quoi qu'il en soit, ces signatures prouvent que tous savent au moins signer leur nom et même écrire, au contraire par exemple du maire de Cabestany à la même époque.

Le site Geneanet nous fournit une liste incomplète des maires de Vingrau. On y trouve mentionné un certain François Pares qui aurait été maire de 1806 à 1820. On y trouve aussi un Louis Resungles qui aurait été maire de 1830 à 1831 et quelques mois en 1846, sans que l'on puisse affirmer que ce soit le même que celui de 1815, le nom de Louis Resungles renvoyant notamment à plusieurs habitants différents de Vingrau nés dans les années 1780. On constate enfin que de nombreux Resungles et Chavanette ont été maires de Vingrau tout au long du 19ème siècle et jusqu'au début du 20ème siècle.

Il paraît manifeste que nous sommes encore ici en présence d'un maire oublié, ainsi que nous l'avons déjà vu pour Bouleternère, Laroque-des-Albères ou Catllar, du fait du sans doute très court mandat exercé par Louis Resungles, bref remplaçant de François Parés. Ce dernier a sans doute dû récupérer sa fonction sitôt la monarchie rétablie, courant juillet de la même année.


Source : ADPO, 2M37
Toutes photos : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]


Pour rappel, cet autre article concernant l'incendie de la mairie de Vingrau, à relire ici.


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dimanche 20 mars 2016

Fièvre de la cerise à Céret en 1943

La cerise de Céret en temps de guerre

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

On peut lire dans Le Journal (Paris) du 2 juin 1943 un intéressant article de Louis Walter à propos de la célèbre cerise de Céret, première de la saison en France depuis au moins 1922. L'auteur de l'article s'est attaché à décrire tout le circuit de production, depuis la disposition des arbres, favorable aux voyageurs en train arrivant en gare de Céret, en passant par le tri des cerises effectué par les jeunes Cérétanes, qualifiées de « plus jolies femmes du Roussillon », et jusqu'à leur expédition vers Perpignan et toute la France. Mais en 1943 la guerre n'est pas finie et la population, tributaire des cartes d'alimentation, est aussi rationnée... pour les cerises.



Fièvre à Céret

capitale des cerises

...d'où sont expédiées chaque jour
vingt-cinq mille kilos de fruits
à travers toute la France


CERET, 1er juin.- La récolte des cerises touche à sa fin.Déjà, direz-vous ? C'est que « la » cerise de Céret est la première cerise de France, en date et en saveur. Elle mûrit de bonne heure. Alors que les brumes et les froids de l'hiver finissant ou du printemps qui ne se montre pas encore sévissent à Lyon et au-dessus de la Loire, les dépêches des journalistes perpignanais signalent la récolte des premières cerises de Céret.

Tous les ans, lors des processions de la Semaine Sainte, c'est le grand Christ de bois qui reçoit l'hommage de ces primeurs.

Au printemps, toute la région de Céret, qui porte le doux nom de Vallespir, se couvre de blancheurs. Ce sont les cerisiers qui sont en fleurs. Ils apparaissent dès que vous quittez la station thermale du Boulou et que vous dévalez vers la petite sous-préfecture, à travers les vignobles de Saint-Jean-Pla-de-Corts. Tous les contreforts des montagnes de l'Albère sont blancs. Les toits rouges de Céret tranchent seuls sur cette symphonie virginale dans laquelle se confond même la blanche plazza de toros.

Le long de la voie ferrée, les cerisiers font la haie. Lorsqu'un train circulait sur ces rails aujourd'hui inutiles, les voyageurs pouvaient cueillir des cerises sans quitter leur compartiment. Les cerisiers sont partout. Ils détachent leurs tendres silhouettes sur le lit du Tech, sous l'arche émouvante du Pont du Diable et dans les prés d'herbe grasse et mouillée de la route de Maureillas.

Cette année, la récolte a été inférieure d'un tiers à celle de l'an dernier. Mais, en compensation, la qualité a été supérieure. Toutefois, ne vous alarmez pas : malgré cette diminution, il y a déjà presque un mois que Céret expédie chaque jour vingt cinq mille kilos de cerises.

Cela en représente des échelles dressées sous les arbres et des bras levés pour détacher les bouquets de fruits et des corbeilles pleines portées par des processions de jeunes filles, ces Catalanes de Céret, les plus jolies femmes du Roussillon.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le marché aux cerises de Céret à la fin des années 1920


Dans toutes les rues de Céret, on trie, on classe, on choisit. Les cerises sont en tas d'abord. Puis elle prennent place sous les doigts agiles des Cérétanes, dans des caissettes où elles s'alignent comme des confiseries de luxe, des bonbons rouges si luisants qu'on les dirait caramélisés. Ou bien, on emplit des cageots, des cagettes, des billots, formant, devant les magasins, d'impressionnantes fortifications. Et tout cela part, dans le tumulte des gazogènes, les éternuements des moteurs réticents, l'odeur néfaste du charbon et les grands cris des expéditeurs en chemise à manches courtes et en espadrilles, montant en pleine marche sur les camions sous le grand coup d'un soleil déjà estival.

A Perpignan-Ville, les cerises ont fait quelques apparitions sur le marché. Chacun en aurait voulu. Mais à un kilo de cerises par titulaire de carte d'alimentation, il aurait fallu cent tonnes par jour. Comme les répartiteurs doivent alimenter non seulement Perpignan, mais le reste des départements français, la capitale du Roussillon n'a pas été plus favorisée que Narbonne, Toulouse ou Lyon.

A Céret, le producteur a vendu ses cerises jusqu'au 10 mai à 15 francs le kilo. Du 10 au 15 mai, les cours ont été abaissés à 9 fr. 50. Aujourd'hui, on ne cueille plus que la cerise « Napoléon ». Malgré ce nom prometteur, il ne s'agit que du bigarreau blanc, qui se mélange avec les cerises ordinaires. Le tout est taxé à la production à 5 francs le kilo. Les agriculteurs cérétans, en raison de la modicité de leur récolte, estiment que ces prix n'ont pas été assez rémunérateurs. Ils doivent avoir raison. Mais le consommateur qui a payé, au détail, les cerises à 22 francs, 20 francs et 12 fr. 50 (dans les Pyrénées-Orientales), considère que c'est suffisant (pour lui). C'est une question de point de vue.


Louis Walter

Note sur l'auteur : Louis Walter a été un journaliste de L'Indépendant et effectue donc le reportage pour ce journal parisien. Il semble avoir été prisonnier de guerre en Allemagne (mais rapidement libéré) et reçoit le Prix de l'Académie (1000 francs) en 1944 pour son ouvrage Ceux des Stalags. Derrière les barbelés.

Source : Le Journal (Paris) du 2 juin 1943 (via Gallica) [domaine public]
Info Louis Walter : Ego 39-45
Photo : Bandeau issu du journal [domaine public]
Carte postale : Editions Cim (fin années 20) [domaine public]

Retrouvez ici tous les articles en rapport avec la cerise de Céret.



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samedi 27 février 2016

Visite au Pont de la Fou sur l'Agly en 1821

Une curiosité pittoresque pour Melling et Cervini

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Antoine Ignace Melling
Envoyés par l'Etat français pour parcourir les Pyrénées d'ouest en est en 1821, Joseph Antoine Cervini et Antoine Ignace Melling ont partagé leurs impressions dans un ouvrage paru en 1830 (Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises...) et dont je poursuis ici la retranscription. Ainsi que nous l'avons déjà vu, ils sont entrés dans le département des Pyrénées-Orientales, en provenance de Quillan, en se dirigeant d'abord vers Caudiès-de-Fenouillèdes. Ils sont ensuite allés visiter l'ermitage de Saint-Antoine-de-Galamus, qui les a fortement impressionné. Ayant traversé Saint-Paul-de-Fenouillet, ils se dirigent à présent vers le sud en direction du Pont de la Fou (écrit ici Pont de la Fous), et en reviennent un peu déçus, ainsi qu'ils s'en expliquent dans le texte retranscrit ci-dessous.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Saint-Paul-de-Fenouillet et le Pont de la Fou
sur la carte Cassini de 1779

Au retour de l'Ermitage de Saint-Antoine de Galamus nous allâmes visiter le Pont de la Fous sur l'Agly, situé à un petit quart d'heure de distance au sud-ouest de Saint-Paul. Ce pont qui n'est remarquable que par sa situation pittoresque, est à quelque pas d'un massif de rochers sous lesquels s'enfonce une caverne dont l'entrée s'ouvre au-dessus d'un goufre profond et inabordable. On conçoit qu'il puisse être considéré comme une curiosité par ceux des habitants du canton qui n'en étant jamais sortis n'ont pu voir des monuments du même genre dans les autres parties de la chaîne ; mais quant aux voyageurs qui ont parcouru les vallées du centre et de l'ouest des Pyrénées, nous ne les engageons pas à se détourner de leur route pour un objet si peu important, à moins qu'obligés de s'arrêter à Saint-Paul et en attendant les apprêts de leur repas, ils ne veuillent en faire un but de promenade.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Pont de la Fou

Manifestement ce petit pont d'origine romaine ne fait pas le poids par rapport  à tous ceux que nos deux voyageurs ont pu voir à travers les Pyrénées. C'est malgré tout un endroit charmant dont on trouvera la description sur le site de la commune de Saint-Paul-de-Fenouillet ici. Il tire son nom du latin fovea, qui désigne à l'origine une excavation, et dont le sens s'est ensuite élargi pour désigner des gorges ou des gouffres. Le nom de gorges de la Fou que l'on retrouve dans plusieurs endroits du département est donc une parfaite tautologie.

Sources :

  • Texte de 1821 : Rosalis (Bib. num. de Toulouse)
  • Etymologie : Lluís Basseda, Toponymie historique de Catalunya Nord, t. 1, Prades, Revista Terra Nostra,‎ 1990
Photos :

  • Portrait d'Antoine Ignace Melling : Pierre Roch Vigneron vers 1830 (domaine public, via Wikimedia Commons)
  • Carte Cassini de 1779 (domaine public, via le site de l'IGN)
  • Pont de la Fou : © site Saint-Paul-de-Fenouillet


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dimanche 7 février 2016

Une famille nombreuse récompensée à Perpignan en 1928

Le prix Cognacq-Jay pour une famille de onze enfants

Les lecteurs de « 66 Petites histoires du Pays Catalan » se souviennent peut-être que j'y mentionnais l'existence du Prix Jean S. Barès récompensant un guide de montagne, père de famille nombreuse et élevant au moins sept enfants à plus de 500 mètres d'altitude. Le bénéficiaire en 1928 en était un habitant de Baillestavy, vivant à 600 mètres d'altitude et père de neuf vaillants enfants, tous nés dans ce même village. Le prix d'une valeur de 2400 francs (1400 euros actuels) avait été attribué au mois d'août.

Quelques mois plus tard de cette même année, nous pouvons lire dans Le Cri catalan du 29 décembre une information concernant un autre prix similaire, mais bien plus conséquent, et bénéficiant cette fois-ci à un habitant de Perpignan, père de onze enfants et vivant dans le quartier Saint-Jacques.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le Cri catalan du 29 décembre 1928

Les familles nombreuses

Prix Cognacq-Jay

En attendant que le gouvernement, au lieu de voter des milliards pour préparer la prochaine guerre, vienne en aide aux familles nombreuses autrement qu'en leur offrant des médailles qui ne sont même pas en chocolat - ce qui ferait la joie des gosses - louons les initiatives privées et plus particulièrement la fondation Cognacq-Jay, instituée par des philanthropes qui sortaient du peuple, qui apporte tous les ans un peu de bonheur dans les foyers malheureux.

Un de ces prix de 25 000 francs vient d'être attribué cette année à notre ami Montagne, demeurant Cote-du-Four-Saint-Jacques, 5.

Nul plus que nous ne pouvait se réjouir d'une si bonne nouvelle et nul autre que Montagne ne le méritait mieux. Car notre ami bien que jeune encore est déjà harassé par le travail écrasant qu'il a du s'imposer pour élever sa nombreuse famille.
Cette petite somme lui permettra d'acquérir la modeste maison qu'il habite avec ses onze enfants.

Nous en sommes infiniment heureux pour notre ami Montagne et les siens auxquels nous adressons nos bien cordiales félicitations.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Marie-Louise Jaÿ

Le prix Cognacq-Jay, d'une valeur de 25000 francs (en 1928 équivalent à 15000 euros de nos jours) avait éte institué en 1922 par les fondateurs des grands magasins de La Samaritaine, Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ, eux-mêmes sans enfants et, étant tous deux issus de milieux populaires, devenus logiquement philanthropes pour les familles modestes. Il était destiné à des familles d'«  au moins neuf enfants de même lit » et attribué à une famille par département. 1928 est justement l'année de la mort d'Ernest Cognacq, trois ans après son épouse Marie-Louise Jaÿ.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Ernest Cognacq

Source : Journal Le Cri Catalan du 29 décembre 1928, via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan [domaine public]
Illustrations :
* Bandeau du Cri catalan du 29 décembre 1928 [domaine public]
* Photos d'Ernest Cognacq et de Marie-Louis Jaÿ : Auteurs inconnus, fin XIXème siècle [domaine public]

Pour rappel, toutes les histoires concernant Perpignan sont à relire ici.

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dimanche 31 janvier 2016

Promenades scolaires pour les enfants de Caixas en 1882

Caixas, une commune jugée arriérée mais en progrès

On peut lire dans le Bulletin de l’enseignement primaire du département des Pyrénées-Orientales du mois de mars 1882 un rapport de l'inspecteur primaire auprès de l'inspecteur académique à propos de l'école de Caixas, petite commune des Aspres peuplée à l'époque d'un peu plus de 300 habitants (pour seulement 137 en 2013).



Les mots sont à la fois sévères, puisque notre inspecteur ne se prive pas de traiter la population de Caixas de « plus arriérée de l'arrondissement », mais en même temps plein d'espoirs du fait des progrès que ne manqueront pas de faire les enfants de la commune grâce au zèle sans limite de leur instituteur, que l'on imagine sans peine en digne représentant de ceux que l'on appellera un peu plus tard les « hussards noirs de la République ». Et en prime, celui-ci innove : il est en effet le premier instituteur du département à organiser des promenades scolaires. Il s'agit bien sûr, nous dit-on, d'apprendre à ces rustres enfants de paysans à enfin voir et comprendre le monde qui les entoure, dont ils ignoraient tout jusque là.


Monsieur l'Inspecteur, 

J'ai l'honneur de vous transmettre, et je suis sûr que vous lirez avec intérêt le rapport ci-joint de M. Bataille, instituteur à Caixas.

Il y a trois ans, Caixas passait, non sans raison, pour la commune la plus arriérée de l'arrondissement. Située en montagne, et composée d'habitations éparses, elle semblait, cette pauvre commune, devoir rester longtemps réfractaire au progrès. Grâce au zèle intelligent d'un jeune et modeste instituteur, elle a aujourd'hui une excellente école, une bonne bibliothèque et l'honneur de voir la première, s'organiser les promenades scolaires.

Ce que M. Bataille obtient à Caixas, ses collègues peuvent l'obtenir partout ailleurs, plus facilement que lui, pourvu qu'ils le veuillent. J'espère que l'exemple du jeune instituteur sera bientôt généralement suivi. J'espère que bientôt chaque école aura sa bibliothèque et aussi que bon nombre d'instituteurs auront organisé ces promenades scolaires du jeudi, si chères aux enfants, si fructueuses pour leur cœur et leur intelligence, quand elles sont bien dirigées.

Apprendre aux fils de laboureurs à voir la campagne, à en sentir le charme, à en comprendre la merveilleuse harmonie, c'est leur rendre un inappréciable service, plus grand peut-être que celui de leur apprendre à lire dans les livres des hommes. Et cela s'apprend, sans qu'il y paraisse, dans les promenades scolaires, conduites par un maître intelligent et dévoué. Je le sais par expérience ; je l'ai vu dans un pauvre arrondissement des Alpes. Les instituteurs du superbe Roussillon, sauront, comme M. Bataille, se mettre au niveau et même au-dessus de leurs collègues de l'Est.

Veuillez agréer, M. l'Inspecteur, l'hommage de mon respectueux dévouement.

L'inspecteur primaire,
S. Boiron

Perpignan, le 19 mars 1882.

Note : Il n'y a plus de nos jours d'école à Caixas et en 2015-2016 les douze écoliers originaires de cette commune sont inscrits dans les écoles de Llauro et Tordères. Sans doute font-ils encore des promenades !

Sources :
* Bulletin de l’enseignement primaire du département des Pyrénées-Orientales du mois de mars 1882 [domaine public] (via le fonds numérisé de la Bibliothèque municipale de Perpignan)
* Site internet de la commune de Tordères, section Ecoles.


Un autre article sur Caixas est à relire ici.

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samedi 9 janvier 2016

Né à Port-Vendres, pharaon à Hollywood

Un Ramsès II français dans un péplum biblique

L'acteur français Charles de Rochefort, né à Port-Vendres en 1887 fut une vedette à l'époque du cinéma muet, avant de se tourner vers le théâtre à partir des années 30. Il tient le second rôle dans une des plus grosses productions hollywoodiennes des années 20.

Le film


Le réalisateur Cecil B. DeMille (1881-1955) est encore bien connu aujourd'hui pour avoir réalisé en 1956 le film Les Dix commandements, au casting incroyable, avec Charlton Heston dans le rôle de Moïse et Yul Brynner dans celui de Ramsès II. Ce film est à l'époque le plus cher de tous les temps, ayant notamment nécessité plus de 10000 figurants et des milliers d'accessoires.

L'affiche du film de 1956

Mais on a oublié de nos jours que ce film est en fait un remake par Cecil B. DeMille de son propre film, également intitulé Les Dix commandements et réalisé en 1923, à l'époque du cinéma muet. Ce premier essai était déjà à l'époque une grosse production, ayant coûté très cher et nécessité plus de 2500 figurants et des décors gigantesques.

L'affiche du film de 1923

Les rôles principaux sont alors tenus par l'acteur américain Theodore Roberts (Moïse) et notre natif de Port-Vendres, l'acteur Charles de Rochefort (Ramsès II), crédité sous le nom de Charles de Roche.


Moïse n'est pas content face à Ramsès II

On peut voir dans l'extrait ci-dessous Moïse venant annoncer de nouveaux malheurs à Ramsès II faute de laisser le peuple d'Israël repartir vers sa terre promise. L'histoire en est alors à la dixième des plaies d'Égypte, annonçant la mort des premiers-nés. Le pharaon dédaigne la menace et renvoie Moïse. Fatalement, on le voit ensuite se lamenter de la mort de son fils aîné (présenté juste avant comme un jeune gamin arrogant et cruel pour lequel nous n'aurons aucune compassion).




L'acteur


C'est sans doute en fait un peu par hasard que Charles de Rochefort est né à Port-Vendres, en ce temps un important port commercial et de voyageurs, mais également assez logique. En effet, son père, le marquis Paul Charles Dominique d'Authier de Rochefort, est à l'époque un agent de la Compagnie Générale Transatlantique, dont plusieurs navires naviguent notamment entre l'Algérie et Marseille, et l'extrait de naissance mentionne que le marquis et son épouse sont domiciliés à Port-Vendres à ce moment-là. Cependant, c'est à Oran que grandira le jeune Charles, avant de monter à Paris pour faire ses études et se consacrer au théâtre, puis au cinéma à partir de 1910.


Charles de Rochefort en 1922

Revenu en héros de la Grande Guerre, il poursuit sa carrière dans le cinéma, fait une demi-douzaine de film aux États-Unis dans les années 20, puis entame une carrière de réalisateur à partir des années 30. Enfin, en 1936 il prend la direction d'un théâtre à Paris, où il reste actif jusqu'à la fin des années 40, après avoir été mobilisé et blessé durant la Seconde Guerre mondiale. Il meurt à Paris en 1952. Son épouse, la comédienne Mary Grant, conserve la direction du théâtre jusqu'en 1972.


Source bio : CinéArtistes.com
Affiches : Copyright Paramount Production (1923) et Paramount Pictures (1956)
Photo film : Copyright Paramount Production (1923)
Photo portrait : Agence Rol [domaine public] via Gallica




Quelques autres articles de ce blog sur Port-Vendres à relire ici et .
Et aussi celui-ci concernant le cinéma dans les années 30.

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jeudi 24 décembre 2015

Mauvaise éducation à Cerbère en 1885

De la maison close à l'école de Cerbère, il n'y a qu'un pas


On peut lire dans L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 la plainte d'un père de famille concernant une maison close qui ne dit pas son nom et qui serait située tout près de l'école de Cerbère et ce, à cause d'un arrêté municipal récent un peu trop vague sur les distances à respecter entre ces deux types d'établissements.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La plage et les écoles à Cerbère au début du 20ème siècle

Monsieur le rédacteur de l'Avenir de Port-Vendres.

En mon nom personnel et au nom de plusieurs pères de famille, je viens vous prier de vouloir bien insérer dans votre vaillante feuille la réclamation suivante :
Aux termes d'un arrêté du maire de Banyuls-sur-Mer en date du 24 mai 1884, l'autorité administrative a autorisé en notre bourg, la création de buvettes servies par des femmes, et qui ne sont, au fond, que des maisons publiques, au même titre que les maisons fermées et soumises au rigoureux contrôle de la police.
L'article 2 de cet arrêté porte que tout établissement de ce genre ne devra être situé à proximité de l'église ni des écoles publiques.
Au pasteur à défendre son établissement ! A nous, citoyens, travailleurs et contribuables, à défendre nos droits et la conscience de nos enfants.
Selon les commentateurs les mieux autorisés, la proximité s'étend à une distance de 300 mètres.
Or, il existe, ici, à Cerbère, une maison d'amour qui, non seulement est en-dehors de la rigoureuse limite de proximité avec l'école, mais n'en est séparée que par un simple mur mitoyen !
Du seuil de la porte, des fenêtres, des créatures assaillent les passants de leurs agressions grossières, et cela publiquement, en plein soleil, sans respect pour l'âge de jeunes enfants que nous conduisons à une école différente à tous égards de la buvette en question.
Nous aimons à croire que M. l'adjoint délégué, faisant fonction d'officier de police administrative à Cerbère, voudra bien faire exécuter dans toute sa rigueur l'arrêté précité de M. le maire de Banyuls, et protéger autant la morale publique que le droit des citoyens, qui ne sauraient permettre à aucun exploiteur de chair humaine de venir cyniquement outrager l'innocence et la pureté de pauvres enfants, espoir et avenir de la patrie française.

Un père de famille.


Note : Cerbère ne devient une commune indépendante qu'en 1888. Ce père de famille s'adresse donc dans ce courrier au maire de Banyuls-sur-Mer, à l'époque M. Fortuné Forgas, élu à cette fonction de 1884 à 1886.

Concernant les buvettes tenues par des femmes à Cerbère, suite des péripéties au prochain épisode (le curé s'en mêle) !


Source : L'Avenir de Port-Vendres, Collioure, Banyuls du 24 mai 1885 [via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan]
Carte postale: Editions Berdagué-Mary-Bernard (début 20ème siècle, domaine public)


Pour rappel, un autre article sur Cerbère, à relire ici.



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