samedi 29 octobre 2016

Ambiance au théâtre de Céret en 1884

Des acteurs au niveau et des spectateurs enthousiastes


Le journal Al Galliner est un ancien hebdomadaire paraissant jadis à Perpignan dans les années 1880. Son objet principal était constitué de chroniques sans aucune pitié des principaux spectacles de la ville, en majorité les pièces de théâtre ou les opéras présentés au théâtre municipal. C'était aussi une tribune féroce (et souvent drôle) envers la politique culturelle de la municipalité et parfois envers les artistes eux-mêmes. Enfin, le journal se plaisait également à rapporter les bruits de couloir, les rumeurs du moment ou toute autre histoire insolite alors objet de discussion dans le milieu perpignanais, souvent en en faisant des récits amusants.

Mais Al Galliner ne se cantonnait pas toujours exclusivement à Perpignan, ainsi que le prouve son numéro du 10 février 1884, dans lequel nous est décrite avec enthousiasme l'ambiance au théâtre de Céret, à tel point que l'on aurait presque l'impression d'y être !

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales


Al Galliner partout


Théâtre de Céret. - Car à Céret il y a un théâtre. Ne vous attendez pas, si vous y allez, à vous trouver dans une salle luxueuse ou seulement confortable, ni loges ni fauteuils mais des chaises et des planches. Une grande cave débarrassée de ses tonneaux, au fond de laquelle on a dressé une scène ; quelques vieux décors, un rideau très défraîchi représentant un paysage, tel est ce théâtre. Ah ! j'oubliais, le directeur craignant un auditoire turbulent a eu soin de faire peindre sur le mur : Il est défendu de crier. Mais un Cérétois né malin a gratté une lettre du dernier mot si bien qu'il est maintenant dangereux de lire à haute voix la dite inscription.

Mais quelle foule, grand Dieu ! Il ne faudrait pas songer à trouver place une demi-heure avant le lever du rideau. Bien plus, les personnes ayant des places réservées ont toutes les peines du monde à traverser la cohue des gens qui se pressent contre les murs.

Dimanche dernier on donnait la première représentation de Lazare le Pâtre. Les rôles ont été fort biens tenus ma foi ! dans ce drame si émouvant et de longue haleine. - Le Pâtre Salviati a très vivement impressionné le public, Come de Médicis a été imposant de sagesse et de dignité dans ses jugements. Très bonne la duchesse de Médicis.

En somme, la troupe a été écrasée sous les applaudissements du public et la collecte faite par Mme Allau a du être, croyons-nous, très fructueuse.

Nous avons remarqué dans la salle l'élite de la société de Céret.

M. Roussel ne peut manquer de faire recette tous les jours de spectacle, mais nous lui recommandons de veiller à ne pas laisser entrer plus de monde que la salle ne peut en contenir, il pourrait lui arriver quelque désagrément.

Un passant.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Illustration de H. Taxardo en 1840 pour l'Acte III scène XI de Lazare le Pâtre

Une salle de spectacle à Céret...


De nos jours et depuis plusieurs décennies déjà, Céret dispose d'une véritable salle de spectacles : la Salle de l'Union (reconstruite récemment). En 1884, il fallait se contenter d'une cave à vin, d'une scène rudimentaire, et de chaises et de bancs. Mais ni la motivation des acteurs ni celle du public ne faisaient défaut, c'est le principal, et la petite ville de Céret (3800 habitants à l'époque) pouvait ainsi elle aussi avoir sa saison théâtrale.

...pour les Cérétois ou les Cérétans ?


On remarque que le journaliste qualifie les habitants de Cérétois, alors qu'aujourd'hui (et depuis longtemps déjà) c'est le terme de Cérétan qui est utilisé. Le Dictionnaire géographique et administratif de la France de Paul Joanne, paru à la fin du XIXème siècle et qui donne les gentilés pour toutes les communes de France, indique que l'on dit Cérétois, tout en précisant que localement on préfère l'usage de Cérétenc et Cérétenque (de la même manière que l'on qualifie encore par exemple les habitants de Banyuls, les Banyulencs), forme elle aussi désormais tombée en désuétude.

Un mot sur le spectacle


La pièce représentée ce jour là est Lazare le Pâtre. Jouée pour la première fois à Paris en 1840, ce n'est donc pas une nouveauté, mais une pièce à succès de Joseph Bouchardy (1810-1870), auteur de nombreuses pièces très populaires (et souvent longues), aux intrigues passablement compliquées et pleines de rebondissements.
Lazare le Pâtre est une pièce en quatre Actes avec Prologue et l'histoire se passe près de Florence, en Italie, vers 1440. L'image ci-dessous montre la liste des personnages telle que publiée en 1840.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Les personnages de Lazare le Pâtre


Sources
Al Galliner  du 10 février 1884 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
Paul Joanne (dir.), Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies, Hachette, 1890-1905 [domaine public] via Gallica (article sur Céret)

Photos : Fabricio Cardenas [cc-by-sa]
Illustration pour l'Acte III scène XI : H. Taxardo [domaine public]

Retrouvez ici tous les articles de ce blog concernant Céret.


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vendredi 9 septembre 2016

Un président de poids au Conseil général en 1910

Le mobilier du Conseil général mis à l'épreuve


Le docteur Jean Mirapeix, ancien maire du Boulou, fut brièvement Président du Conseil général des Pyrénées-Orientales, de 1910 à début 1912. Le journal La Veu del Canigó du 5 novembre 1910 nous donne son avis sur le personnage lors de son intronisation en tant que président, agrémenté en prime d'une caricature du nouvel élu. Notons au passage que bien que se moquer du physique des personnalités publiques soit sans doute beaucoup moins pratiqué dans la presse de nos jours (quoique différemment), cela se fait sans doute toujours un peu pour les politiques et les hommes d'affaires, que l'on a souvent tendance a considérer comme trop bien nourris, ceci excusant cela.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Le docteur Mirapeix


Silhouettes

Un Président de poids

Le département des Pyrénées-Orientales est un des plus petits départements de France ; il vient de se classer au nombre de ceux qui ont le président le plus confortable.
On sait, en effet, que, depuis la dernière session du Conseil général, M. le Dr Mirapeix, ancien maire du Boulou, un respectable cent kilos, a été désigné pour diriger les débats de l'Assemblée.
Lorsqu'il prit place au centre du bureau, un craquement formidable fut entendu, le fauteuil poussa de douloureux gémissements (les meubles de l'endroit ont été depuis fort longtemps ébranlés du reste par les cris aigus comme des vrilles d'une demi-douzaine de Jules Pams), ses rotondités débordantes firent craquer les ressorts.
Tous les citoyens présents répondirent par un soupir de soulagement :
- « Enfin ! Voilà un Président qui remplira bien sa fonction et sa chaise curule ! »
Seuls MM. Parès et Batlle restèrent indifférents. On dit même qu'ils n'étaient pas satisfaits de l'arrivée subite et imprévue de cet outsider qui avait été choisi pour les écarter.
Mais à eux deux ils n'arrivent pas à faire le poids de l'autre. Et alors ?
Qu'ils commencent par mettre du ventre !
Pour M. Batlle, je crains fort qu'il ne soit jamais qu'un homme de petit... pois.

N.ck 


Les différents journaux nationaux annoncent sa mort ayant eu lieu le 13 janvier 1912.

Voici pour exemple la nécrologie parue dans Le Temps du 14 janvier 1912.

On annonce la mort au Boulou, arrondissement de Céret, du docteur Jean Mirapeix, conseiller général radical du canton de Céret, président depuis deux ans de l'assemblée départementale des Pyrénées-Orientales. Le docteur Mirapeix avait joué un rôle important dans la politique du département.

Sources :
* La Veu del Canigó du 5 novembre 1910 [domaine public], via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
* Le Temps du 14 janvier 1912 (lire en ligne) [domaine public], via Gallica.
Caricature : Henriot, dans La Veu del Canigó du 5 novembre 1910 [domaine public].



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mercredi 31 août 2016

Inauguration de la statue d'Arago à Estagel en 1865

Hommage impérial à un républicain


De tous les membres de la famille Arago, François, né à Estagel en 1786, est sans conteste le plus célèbre. Physicien et astronome élu membre de l'Académie des Sciences à seulement 23 ans, puis entré en politique sur le tard pour, excusez du peu, être élu député, devenir ministre puis chef de l'Etat français de facto en 1848 durant la brève Seconde République, François Arago restera toute sa vie un républicain convaincu qui refusera toujours de prêter le serment de fidélité à Louis-Napoléon Bonaparte puis, plus tard, à l'Empereur. Son prestige immense et sa santé déclinante firent qu'il ne fut jamais inquiété, selon la volonté de Napoléon III lui-même, semble-t-il. Mort en 1853, il reste une référence pour beaucoup encore durant plusieurs décennies.

C'est donc logiquement qu'il est décidé, à l'initiative du député des Pyrénées-Orientales et homme d'affaires très fortuné Isaac Pereire et du sénateur et polytechnicien Michel Chevalier, de lui rendre hommage par une statue. Inaugurée à Estagel le 31 août 1865, elle est l'oeuvre du sculpteur Alexandre Oliva (1823-1890), et sera malheureusement fondue par les Allemands en 1942, avant d'être remplacée en 1957 par une autre, réalisée cette fois-ci par le sculpteur Marcel Homs et inaugurée également un 31 août.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
La statue d'Arago par Oliva à Estagel

Mais revenons en 1865. Le Journal des Pyrénées-Orientales, dans son numéro du 1er septembre, nous narre le déroulement de l'inauguration de cette fameuse statue.

Inauguration de la statue de François ARAGO.


Une solennité imposante avait réuni, hier, 31 août, une affluence inusitée, dans la commune d'Estagel. Il s'agissait de l'inauguration de la statue élevée à la mémoire de notre illustre compatriote François Arago.

La présence de hauts dignitaires de l'Etat et des sommités des sciences et des lettres, ajoutait à l'éclat de cette fête de la reconnaissance publique envers l'illustre savant dont le monde entier déplore la perte.


A côté de M. I. Pereire, on remarquait sur l'estrade d'honneur, MM. le général de division baron Renault, Michel Chevalier, sénateurs ; MM. J. Bertrand, Claire Deville, Claude Bernard et Duhamel, membres de l'Institut ; M. Niol, général commandant la 11e division militaire, M. de St-Pierre, préfet du département, M. le général Cambriels, commandant la subdivision des Pyrénées-Orientales, MM. les membres du Conseil de Préfecture, des membres du Conseil général du département,
MM. les membres de la Commision du monument, M. Passama, maire de Perpignan, M. Tournal, adjoint, le Conseil municipal de Perpignan, les autorités locales d'Estagel, plusieurs fonctionnaires du département, et enfin, les représentants de la presse Parisienne.


Les populations accourues des communes du département, stationnaient sur la place qui, en ce moment, offrait le coup-d'oeil le plus ravissant.


Huit arc-de-triomphes d'un goût parfait avaient été dressés sur la place et dans les rues de la commune et portaient des inscriptions à l'Empereur, à l'Impératrice, au Prince Impérial, à François Arago et à M. I. Pereire. Toutes les fenêtres étaient pavoisées et garnies de fleurs.


A midi, des détonations annoncèrent l'arrivée des invités. M. le maire, son adjoint et le Conseil municipal d'Estagel ont été les recevoir, et sont entrés à Estagel, précédés de la musique du 2e régiment de ligne et des orphéons. Le cortège a pris place sur l'estrade d'honneur qui entourait le monument.


Les orphéons réunis ont exécuté avec une rare perfection une cantate à François Arago, dont les paroles sont dues à M. Blanc et la musique à M. Baille.


Dans ce moment, une détonation s'est fait entendre et le voile qui cachait la statue a été enlevé ; des cris de
Vive Arago ! ont éclaté de toutes parts. Cette oeuvre magnifique est due à notre compatriote M. Oliva, l'un des statuaires les plus distingués, présent à la cérémonie.

Quand le silence a pu être rétabli, M. I. Pereire, député des Pyrénées-Orientales, M. J. Bertrand, membre de l'Institut, et M. Michel Chevalier, sénateur, ont pris successivement la parole. Les éloquents discours qui ont été prononcés et que nous regrettons de ne pouvoir publier aujourd'hui, ont trouvé l'écho dans tous les coeurs Roussillonnais et ont provoqué des applaudissements unanimes.


La cérémonie terminée, plus de 160 convives ont pris place au banquet offert par M. I. Pereire. Pendant ce temps, la musique du 2e de ligne a joué les morceaux les plus variés de son répertoire. des toasts, que nous regrettons aussi de ne pouvoir reproduire aujourd'hui, ont été portés.
Cette belle journée, pendant laquelle l'ordre le plus parfait n'a cessé de régner, s'est terminée par des illuminations.


On remarquait à Estagel des dessinateurs et des photographes de Paris et de Perpignan.
Nous avons à regretter que le programme de la grande journée d'Estagel ne nous ait point été communiqué, afin de donner d'avance à cette fête nationale la publicité du journal. - J.-B. Rodange.


Dans les numéros suivants, le même journal publie in extenso le discours de M. Isaac Pereire, qui dresse le portrait du personnage et résume ses carrières scientifique et politique. On trouve aussi le résumé du toast porté par M. le général, sénateur baron Renault, président du Conseil général, qui se conclue ainsi :
Messieurs buvons :
A l'Empereur,
A l'Impératrice,
Au Prince Impérial.


Toutes les allocutions prononcées ce jour-là ne manquèrent d'ailleurs pas de comporter quelques passages à la gloire de l'Empereur, fait assez ironique connaissant les opinions politiques de François Arago.

Pour les courageux, le site Gallica permet de lire en ligne le discours complet de M. Isaac Pereire (24 pages), ainsi que, édités par l'Académie des Sciences, les discours de Michel Chevalier et Joseph Bertrand (43 pages en tout).

Enfin, on apprend dans le numéro du 5 septembre que la journée s'est terminée par un accident sur la route de Cases-de-Pène.

La fin de la journée de l'inauguration de la statue de François Arago a été attristée par un malheureux événement qui a vivement impressionné la population. Une voiture, dans laquelle se trouvaient plusieurs personnes qui avaient pris part à la cérémonie, a versé sur la grand-route, à peu de distance de Cases-de-Pène.
M. Saléla, avocat à Prades, a eu le bras fracturé. Les autres personnes n'ont eu que de légères contusions.
Nous sommes heureux d'apprendre que l'état de M. Saléla est aussi bien que possible. J.-B. Rodange


Le numéro du 8 septembre nous précise que M. Saléla, accidenté, était justement  en charge du toast en l'honneur du sculpteur Alexandre Oliva.

Sources :
* Journal des Pyrénées-Orientales du 1er, du 5  et du 8 septembre 1865 [domaine public], via le fonds numérisé de la Bibliothèque de Perpignan.
* Notice de la statue sur la base Mistral.
Photo : Carte postale anonyme [domaine public]

Pour rappel, les autres articles de ce blog sur la famille Arago sont à relire ici.



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samedi 30 juillet 2016

Un maire de Prades contre l'onanisme

Les bons conseils du sieur Pradel

Dans le numéro du 20 juillet 1879 du journal républicain et anticlérical La Farandole, son rédacteur en chef Justin Alavaill se fend d'une charge contre la municipalité de Prades et en particulier contre son nouveau maire, Xavier Pradel. Il le qualifie de « clérical endiablé » et l'accuse d'être un faux républicain faisant « le jeu des réactionnaires » ayant de surcroît essayé de se « faire proclamer maire inamovible », avant d'être rappelé à l'ordre par le sous-préfet de Prades. Il note également qu'avant d'être maire, Xavier Pradel cherchait constamment à faire parler de lui en écrivant sur tout dans les journaux.

Malgré ce portrait peu glorieux, on peut dire cependant que Xavier Pradel sera le premier maire stable de Prades depuis des années puisqu'il demeure en fonction jusqu'en 1885, alors que durant la période 1870-1879 la ville avait auparavant connu neuf maires successifs.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Prades au début du 20ème siècle

Mais Justin Alavaill fait également un autre commentaire sur Xavier Pradel, officier de santé (qualifié localement de médecin mais sans le titre de docteur) avant d'être maire, et qui n'a pas manqué d'attirer mon attention :
« Il a déjà publié, tout seul, un ouvrage que je confesse n'avoir pas lu : Amour et Onanisme. Ce titre croustillant m'a suffit pour avoir du publiciste l'idée exacte de ses hauts mérites. »

En effet, Xavier Pradel publie en 1876 chez un éditeur parisien un petit ouvrage de 43 pages intitulé Quelques considérations sur l'hygiène de la jeunesse : amour et onanisme. Il y aborde les méfaits de l'amour en général puis poursuit avec ceux de l'onanisme en particulier. Il conclue en proposant quelques solutions pour empêcher tout comportement pervers chez les jeunes hommes et jeunes femmes qui se seraient égarés.

J'en ai sélectionné quelques passages. On y retrouve le discours et les pratiques habituels de l'époque, si choquant de notre point vue actuel, et dont on oublie parfois que le changement des mentalités sur un sujet aussi tabou que la masturbation n'est en fait que relativement récent.


Vieux papiers des Pyrénées-Orientales

Lorsque vous voyez un individu atteint d'une extrême maigreur, qu'il est pâle, engourdi, stupide, se plaignant d'une grande faiblesse dans les cuisses et les lombes, paresseux dans ses actions, cacochyme, ayant les yeux enfoncés, attribuez sans crainte la cause de ce dépérissement à l'onanisme. (p. 15)

La lecture des romans devient une autre circonstance, non moins funeste, qui hâte la corruption des moeurs chez les jeunes filles et qui aujourd'hui est une des causes les plus actives de leur dépravation. (p. 19)

On trouve chez le masturbateur moins un être vivant qu'un cadavre gisant sur la paille, maigre, pâle, sale, répandant une odeur infecte. Il perd souvent par le nez un sang décoloré, aqueux, une bave sort continuellement de sa bouche. (...) Il est au-dessous de la brute, et l'on a peine à concevoir que ce malheureux appartienne à l'espèce humaine. (p. 22)

Si vous avez une domestique ou une nourrice, surveillez-là, vous éloignerez ainsi la première cause, car souvent, pour éviter des tracas, elles n'hésitent pas à frotter ou à chatouiller les parties sexuelles des enfants, afin de les faire dormir. (p. 31)

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Appareils contre l'onanisme du 19ème siècle

Ce que je dis de l'habitude de rester trop longtemps assis m'amène à un autre ordre d'idées, mais dans un autre âge. Je veux parler des demoiselles qui s'appliquent à coudre avec la machine à pédale.
Ce travail amène, par de longues séances, non seulement la stase sanguine dans les parties inférieures, mais encore ce mouvement de la pédale produit un frottement dont les parties sexuelles peuvent se ressentir. (p. 32)

Enfin, lorsque tout a échoué, quand le raisonnement, les conseils, les menaces, les appareils sont insuffisants, il ne reste qu'à pratiquer une opération : c'est l'infibulation chez les garçons, opération par laquelle on perfore le prépuce de deux trous en regard dans lesquels on fait passer un anneau ou un fil d'or ou d'argent ; chez la femme on a recours à l'extirpation du clitoris. (p. 37)

(L'intégralité du texte est disponible pour les curieux en suivant le lien en bas de la page.)

Notons que quelques années plus tard, alors qu'il est maire de Prades, Xavier Pradel sera l'un des témoins à charge de l'affaire du curé de Nohèdes qui éclate en 1881. Ce dernier, accusé d'avoir empoisonné deux soeurs très pieuses dont il héritait tous les biens tout en entretenant une histoire d'amour passionnelle avec l'institutrice du village, sera condamné aux travaux forcés. Le témoignage de Pradel contribuera à insister sur le caractère supposément perverti du jeune curé.

Sources
* La Farandole (Perpignan) du 20 juillet 1879 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan
* Xavier Pradel (1876), Quelques considérations sur l'hygiène de la jeunesse : amour et onanisme, Paris, imprimerie de J. Dejey. [domaine public] [lire en ligne sur Gallica]
* Liste des maires depuis 1790, sur le site de la mairie de Prades

Illustrations 
* Carte postale : Place de la République et place Saint-Pierre à Prades, éditions Venant-Bergès (Prades) [domaine public] 
* Couverture du livre Amour et onanisme par Xavier Pradel, imprimerie de J. Dejey (1876) [domaine public]
* Appareils anti-onanisme : illustration anonyme du 19ème siècle [domaine public]

Les autres articles de ce blog concernant la médecine sont ici 
et ceux à propos de Prades .


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samedi 23 juillet 2016

Danse des mulets à Serralongue en 1881

Contrepas, Marseillaise, saint Éloi et mulets

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Saint Éloi en maréchal-ferrant
Tout le monde connait le bon saint Éloi, évêque du septième siècle, orfèvre et monnayeur, ne serait-ce que par la chanson parodique du Bon Roi Dagobert. Patron de nombreuses confréries, il l'est notamment pour tous les métiers liés à la métallurgie et notamment celui de maréchal-ferrant. C'est donc logiquement que l'on trouve diverses célébrations reliant saint Éloi à l'univers des chevaux. Dans nos contrées, il est d'ailleurs encore d'usage de bénir les mules, jadis très présentes et indispensables dans les montagnes, ainsi que cela se pratique encore par exemple chaque année à Arles-sur-Tech, autour du 25 juin. Cette date correspond à la translation d'une de ses reliques vers la cathédrale Notre-Dame de Paris en 1212, tandis que sa fête officielle a lieu le premier décembre.

Le courrier que nous transmet le journal Le Patriote des Pyrénées-Orientales du 3 juillet 1881 est celui d'un lecteur indigné par ce qu'il a vu à Serralongue, en Haut Vallespir, à l'occasion de la fête de la saint Éloi. On y aurait fait danser le contrepas à des mulets sur un air de Marseillaise ! L'effet obtenu ne pouvait alors être que totalement grotesque (selon ses dires).

On nous écrit de Saint-Laurent-de-Cerdans, le 28 juin 1881 :

Monsieur le Rédacteur du Patriote

Rien de plus curieux et de plus burlesque que la danse des mulets à Serralongue !
Quoi de plus grotesque que de voir ces lourds quadrupèdes danser un contrepas, sur la place publique, au son d'instruments !
Et cela se voit, chaque année, à Serralongue.
Le lendemain de la Saint-Jean, les voituriers de ce village célèbrent la fête de Saint-Eloi, et les mulets prennent part aussi, à leur façon, à cette réjouissance.
Vers les neuf heures du matin, les voituriers, montés sur leurs bêtes, se rendent à la porte de l'église, où le curé bénit les quadrupèdes.
Puis, bêtes et cavaliers vont sur la place publique, au son de la Marseillaise, et c'est alors qu'à lieu cette fameuse danse, qu'on appelle le contrepas des mulets.
Mais quel contrepas, grand Dieu ! Figurez-vous d'énormes quadrupèdes, éreintés de trainer chaque jour la charette, qu'on oblige stupidement à imiter les chevaux de cirque et de manège.
C'est inouï de grotesque !
Cependant, parfois, le comique s'y mêle, surtout lorsque quelque cavalier et sa monture prennent un billet de parterre aux grands éclats de rire de la galerie.
Après la danse, on se rend sur la grand route, où s'exécute un semblant de course, mais les jambes des coureurs refusent de fournir le galop, et tout est fini.
Telle est la danse des mulets à Serralongue.
Recevez, etc.

Un de vos lecteurs.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'église Sainte-Marie de Serralongue

Note 1 : J'ai épluché la presse des semaines suivantes afin de trouver une réponse à ce courrier, mais personne ne semble contester cette histoire. Voit-on encore des mulets danser sur La Marseillaise à Serralongue de nos jours ?

Note 2 : La Marseillaise n'est définitivement devenue l'hymne national qu'en 1879, soit seulement depuis deux ans lorsque cet épisode est relaté concernant son usage inattendu en Vallespir.

Source : Le Patriote des Pyrénées-Orientales du 3 juillet 1881 [domaine public] via le fonds numérisé de la Médiathèque de Perpignan.
Photos :
Représentation de saint Éloi ferrant un cheval à Plouzévédé (29) par GO69 [cc-by-sa] via WikimediaCommons.
Eglise de Serralongue par Palauenc05 [cc-by-sa] via WikimediaCommons.


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jeudi 14 juillet 2016

Un chien en cure à Amélie-les-Bains en 1877

Eaux minérales et instinct animal


Nos amies les bêtes nous étonneront toujours.
Après le cas relaté précédemment du chien du curé d'Angoustrine qui connaissait parfaitement le déroulement de la messe, nous pouvons lire, dans Le Réveil des Pyrénées du 10 novembre 1877, le fait, cette fois-ci, d'un chien malade à Amélie-les-Bains et qui semblait avoir compris tout le bénéfice qu'il pouvait tirer d'une certaine source d'eau minérale pour soulager l'objet de sa souffrance.

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
L'établissement thermal Pujade à Amélie-les-Bains

L'esprit des bêtes

Amélie-les-Bains possède, entr'autres sources minérales, une fontaine dont l'eau a la propriété de guérir certaines maladies cutanées. Cette source se trouve située à un kilomètre environ du village et dans un lieu très retiré.
Pendant le séjour que nous fîmes dans cette localité, le bruit public nous apprit qu'un chien dogue, qui était atteint d'une maladie de la peau, allait, de son propre mouvement, boire tous les matins de cette eau.
Les exigences de notre profession ne nous permirent jamais de vérifier ce fait, qui était, cependant, de notoriété publique, et qui nous fut confirmé par les personnes sur la foi desquelles nous pouvions avoir toute confiance.
Ainsi, voilà un animal, un être inférieur dans l'ordre de la création, qui, sans autre guide que son instinct, a su discerner, parmi les diverses eaux curatives que possède Amélie-les-Bains, celle qui était propre à combattre le mal dont il était affecté, et qui avait la constance de faire tous les jours, à heure fixe, un kilomètre dans la montagne pour suivre exactement son traitement !
Combien plus grand serait notre savoir si notre intelligence ne faussait pas nos instincts.

Amable Castillet


Les sources aux propriétés thérapeutiques sont nombreuses à Amélie-les-Bains. Il est donc dommage que l'article ne précise pas de quelle fontaine il s'agit. De nos jours, une quinzaine de sources sont captées et exploitées, mais de nombreuses autres ne le sont pas, soit du fait de leur débit insuffisant ou irrégulier, de la composition chimique de leurs eaux (plus ou moins intéressante), de leur température, ou tout simplement du fait de leur isolement. Celle dont-il s'agit ici semble être à la fois isolée et non exploitée. Peut-être un habitant de la région pourra-t-il nous renseigner sur la localisation de cette source ?

Source : Le Réveil des Pyrénées du 10 novembre 1877 (daté par erreur au 9 novembre 1877) (via le fonds numérise de la Médiathèque de Perpignan) [domaine public]
Photo : Etablissement Pujade, Amélie-les-Bains (date inconnue, fin XIXe, début XXe s.) par Eugène Trutat (1840-1910) (via le Fonds Trutat de la Bibliothèque municipale de Toulouse sur le site Rosalis) [domaine public]


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dimanche 5 juin 2016

Audacieuse arnaque à Perpignan en 1882

Un peu d'esprit pour une montre

Certains voleurs, tout en ne manquant pas de culot, ne brillent pas toujours par leur esprit. Mais dans le cas contraire, il devient soudain plus facile de manipuler son prochain et d'imaginer d'audacieuses arnaques, ainsi que nous le rapporte le journal Al Galliner du 19 mars 1882. Le fait en question, certifié authentique (mais peut-être peut-on en douter ?), aurait eu lieu à Perpignan, rue Notre-Dame (une ruelle entre la Rue du Marché aux Bestiaux et l'actuelle Avenue du Maréchal Leclerc, près de la salle de spectacles du Mediator).

Vieux papiers des Pyrénées-Orientales
Une ancienne montre à remontoir

Un vol inédit et authentique.

Un pick pocket des plus élégants entre chez un pâtissier de la rue Notre-Dame et lui commande mille petits pâtés, livrables le lendemain.

De là il se rend dans le magasin d'un horloger voisin et demande à voir des montres ; le marchand lui fait voir ce qu'il a de mieux et on tombe enfin d'accord sur un superbe remontoir du prix de 500 francs.
Au moment de payer, notre homme se fouille et constate avec étonnement l'oubli de son portefeuille. Mais se ravisant, il dit à l'horloger :
- Venez avec moi, je vais vous faire payer.
Il prend l'écrin et conduisant l'horloger sur la porte du pâtissier, il dit à ce dernier :

- Sur les mille, vous en remettrez cinq cents à Monsieur.
Le marchand le laisse partir sans défiance et ce n'est que le lendemain qu'il comprit qu'il avait eu affaire à un audacieux mystificateur qui lui envoyait 500 petits pâtés au lieu des 500 francs convenus.

L'article ne précise pas de quel type de petit pâté il s'agit, mais cela importait de toute façon peu au voleur, qui cherchait exclusivement à s'approprier la montre. Le préjudice, de la valeur de 1000 petits pâtés pour le pâtissier et de 500 francs pour l'horloger, est considérable à une époque ou un artisan, maçon ou menuisier par exemple, gagne seulement 3 francs par jour, soit 90 francs par mois.

Source article : Al Galliner du 19 mars 1882 [domaine public], via le fonds numérisé de la bibliothèque de Perpignan.
Source prix de 1882 : voyeaud.org

Photo : Mathey-Tissot [cc-by-sa]

Les autres articles concernant l'année 1882 sont à relire ici.


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